DU HARENG
Les marins d’Abbeville se servaient, pour le hareng, de filets nommés saines ou apploits, dont la longueur variait entre huit et quatorze brasses. Les hommes qui formaient l’équipage d’un même bateau avaient chacun une part égale dans les produits de la pêche; ceux qui apportaient les plus grands blets contribuaient à des prises plus importantes, sans prélever un plus grand bénéfice, et se trouvaient ainsi lésés dans leurs intérêts; ceux qui n’avaient que des blets de petite dimension les estimaient bien au delà de leur valeur réelle, lorsqu’ils venaient à se déchirer ou à se perdre par suite d’accidents de mer; il résultait de là une grande inégalité dans la répartition des profits et pertes et de violentes querelles. L’échevinage, par fordonnance ci-jointe, décide que les blets seront tous d’une même qualité et d’une même dimension. Cette ordonnance fut publiée à son de trompe, le 12 janvier i526, par le greffier de f échevinage, dans les quartiers de la ville et des faubourgs où résidaient les pêcheurs de harengs h
‘ Un nouveau statut des mariniers fut pro- objet la pêche du hareng. On v voit qu’une
mulguéle iGmai i 535. Ce statut a surtout pour grande quantité de ces poissons étaient salés.
A tous ceuix qui ces présentes lettres verront, les maire et eschevius de la 1 526-1 Sa ville d’Abbeville, salut. Savoir faisons, comme nous ayans été advertis c{ue plu- Janvier sieurs marigniers de ceste ville d’Abbeville ayent plusieurs saignes et apploictz à pescher le harencq, qui ne sont d’une mesme longueur, assavoir les unes de huit aulnes, à l’aulne qu’ilz ont acoustumé user ou dit estât, les aultres dix, aulcunes douze à quatorze pour le plus, qui est au détriment et dommaige de ceulx qui les ont plus longues, par ce qu’ilz contribuent au gaing quy en pœult venir aussy avant les ungs que les aultres; et meismes quant elles sont perdues, adhirées ou rompues de la fortune de la mer, ilz en demandent semblable pris que des bonnes, et que souvent, par raison de ladite quallité et prouffit, se esmoeuvent entre eulx questions, querelles et altercations de très-maulvaise conséquence, parce qu’il n’y a ordre ne aulcune ordonnance sur les dites saignes, qui est au grand scandalle et détriment de la dite enseigne; pour à quoy obvier et donner ordre, à telle fin que les dits marigniers puissent doresenavant vivre en paix sans aulcunes divisions, altercations ou querelles, avons édicté, ordonné et statué, et par ces présentes édictons, ordonnons et statuons que, de jourd’buy en avant, nul de quelque estât ou condicion qu’il soit ne ayt à porter, mectre ou bailler, pour pescher le dit harencq, aulcunes saignes qu’elles ne soient de la longueur de seize aulnes pour le mains , à l’aulne que les dits marigniers ont acoustumé user au dit estât, qui sont trente -deux aulnes à l’aulne de ceste dite ville, et trois cens macques ^ de parfont; et que les dictz apploitcz soient bons et souGTisans, sur peine de confiscacion des dites saignes et admende de soixante sous, à applicquer moictié à la dite ville, ung quart à la boiste d’icelle enseigne, et l’aultre quart à l’accusateur.
En tesmoing de ce, nous avons mis notre scel aux causes ad ces présentes édit et ordonnance, accordées en nostre collège, et publiées par notre greffier, assisté de Guion Duquesne, l’un de nos sergens, à mâtine aprez le son de le trompe, audevani de la maison de Hues de Grymont; au pont de Sottine; audevant de l’église SainctPol, et sur le pont de la rivière du Doigt, alans le pont Sainct Jehan de Rouvroy, le douziesme jour de janvier l’an mil cincq cens vingt six.
Begistre des statuts des corporations , p. 867.
l'umés et encaqués à Abbeville. [Registre des statuts des corporations , fol. 374.) A celte époque les marins d’Abbeville allaient pêcher le hareng à Malestrom, en Norwége, et la morue à Terre- Neuve. Ils formaient une corporation très-nombreuse. En 1 53 1 , lors du passage de la reine
d’Angleterre, ils mirent, sous les armes, pour son cortège, cinq cents hommes armés. (Traullé, Abrégé des annales du commerce de mer d’Abbeville. Abbeville, 1819, in-4°.)
‘ C’est-à-dire trois cents mailles; le motmac^ue est encore en usage sur les côtes de la Picardie.
ABBEVILLE