XL1II
Le lieutenant du roi, Charles due de Normandie, essaya en vain les ressources d'une habileté précoce pour échapper à ces demandes impérieuses: il fut contraint de tout céder. Les états gouvernèrent sous son nom; mais le désaccord, né de la jalousie mutuelle des ordres, se mit bientôt dans leur sein. La prépondérance des bourgeois parut insupportable aux gentilshommes, qui, désertant l’assemblée, retournèrent chez eux. Les députés du clergé tinrent mieux à leur poste, mais finirent par s’éloigner aussi, et, sous le nom d'états généraux, il n’y eut plus que les mandataires des villes, chargés seuls de tout le poids de la réforme et des affaires du royaume*. Obéissant à un besoin d’action cen-
I». ia6..., — Il etmut, enduit et euorta les dépuiez dessusdiz à ce qu’il esleussent xxvm personnes des trois estas, c’est assavoir : iv prêtas , xu chevaliers et xii bourgois, qui averoient tout le gouvernement du royaume, qui ordeneroient ta chambre de parlement, des comptes et de toux autres offices, et y metleroient telles personnes comme bon leur sembleroit. Kt |>ar ce appert clércment que le gouvernement , l'auctorilé et ta puissance de gouverner le royaume il vouloit aster au roy et k monseigneur le duc, ou au moins leur eu vouloit si petit laissier comme niant , car, toute l’auctorite de fait fcusi aus xxviii usleuz , et n'en eust le roy ne le duc lors nom tant seulement. (Articles contre Robert le Coq , évêque de Laon : manuscrit publié par >1. Douet d'Arcq , dans ta Bibliothèque de l'École des charte*, t. II, p. 365, art. 5a.) — Froissait dit que le conseil des états devait être compose de trente-six personnes; mais une liste qu’on
peut croire authentique donne à ce conseil trente-quatre membres, savoir: six noble», onze ecclésiastiques et dix-sep t bourgeois. Ainsi la représentation des communes s'y trouvait égale en nombre à celles de ta noblesse et du clergé reunies. Voy., dans le tome II de ta Bibliothèque de l’École des chartes, le document cité plus haut.
* ....Or vous dis que les nobles du royaume de France et les prélats de sainte église se commencèrent à tanner de l’emprise et ordonnance des trois états. (Chroniq. de Froissart, liv. iw, a* partie, ch. 6a.) — Le huitiesine jour d’après Noël l'au dessusdit, fu l'assemblee à Paris des bonnes villes, mais il n’y ot aucuns nobles et pou y ot de gens d’eglyse. Kt tous les jours tssembloirnt et si ne povoieni estre à acoort. Kt toutes voies il demeurèrent à Paris jusque* au vint-quatriesme ou viut-cinquiesme jour de janvier. Cbron. de Saint-Denis, t. VI, p. 8o.) — Le dimenche devant karesme prenant, onsiesme
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t raie , ils se subordonnèrent spontanément à la députation de Paris, et bientôt, par la pente des choses et par suite de l'attitude hostile du régent, la question de suprématie pour les états devint une question parisienne, soumise aux chances de l’émeute populaire et à la tutelle du pouvoir municipal
Ici apparaît un homme dont la figure a, de nos jours, singulièrement grandi pour l’histoire mieux informée, Etienne Marcel , prévôt des marchands, c'est-à-dire chef de la municipalité de Paris. Cet éehevin du quatorzième siècle a, par une anticipation étrange, voulu et tenté des choses qui semblent n’appartenir qu'aux révolutions les plus modernes. L’unité sociale et l’uniformité administrative; les droits politiques étendus à legal des droits civils; le principe de l’autorité publique transférée de la couronne à la nation ; les états généraux changés, sous l'influence du troisième ordre, en représentation nationale; la volonté du peuple attestée comme souveraine devant le dépositaire du pouvoir royal ‘ ; l'action de Paris sur les provinces comme tète
lesquelles avoient esté faites par les trois estas, l’an précédent, et que il les laissas! gouverner, si comme autrefois avoit esté fait.... et pour cc que le peuple se tenoit trop mal content de moult de choses qui estoient faites au conseil de monseigneur le duc contre ledit peuple, il voul&ist mettre en son grand conseil trois ou quatre bourgeois que l’en lui nnmmcroit, toutes lesquelles choses monseigneur le duc leur octroia. (Ibid., p. 9a.)
* .... Et quand ledit prevost fu en ladite chambre, et pluseurs arme» de sa compaiguie avec luy, il dit audit mousei-
jour de février, sc rassemblèrent à Paris pluseurs des bonites villes et du clergie, mais il n’y vint nul noble. Et par pluseurs journées se assemblèrent , si comme il avoient accoutume. ( Ibid. , p. 86.}
1 Le samedi ensuivant, vint-quatriesme jour dudit moys, fu monseigneur le duc en la chambre de parlement, et avec luy aucuns de son conseil qui luy estoient demeurés. Et là alèrent à luy ledit prevost et pluseurs autres avec luy, tant armés comme non armes, et requistrent à mon* seigneur le duc que il feist tenir et garder, tau* eofraindre, toutes les ordenances
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stv
de l'opinion et centre du mouvement général ; la dictature démocratique , et la terreur exercée au nom du bien commun ; de nouvelles couleurs prises et portées comme signe d'alliance patriotique et symbole de rénovation le transport de la royauté d’une branche à l’autre, en vue de la cause des réformes et pour l’intérêt plébéien voilà les événements et les scènes qui ont
gneur le duc que il ne se meist point ù mésaisc de ce qui estoit advenu , car il avoit este fait de la voient»* du peuple, cl pour esc h ié vie r greigneurs périls. . . . Et requist ledit prevost à inouseigneur le duc (pie il voulsist ratifier ledit fait et titre tout un avec eux. (Chron. de Saint-Denis, t. VI, p. 88 et 89.!
' La première semaine de janvier ensuivant, ceux de Paris ordenèrent qu’il auraient tous chappcrons partis de rouge et de pers; et fu commandé par les ostcls, de par le prevost des marchans, que on preist tels chapperon*. (Ibid., p. 73.) — Le prévosl des marchans et les eschcvins envoièrent lettres closes par les bonnes villes du royaume, par lesquelles il leur faisoient savoir le fait qu’il avoient fait, et leur requéraient que il se voulussent tenir en vraie union avec eux, et que il voulsissent prendre de leur «happerons partis de pers et de rouge, si comme avoient le duc de Nonncndie et pluseors autres du sanc de France, si comme èsdites lettres estoit contenu. Et en vérité, ledit monseigneur le duc, le roy de Navarre, le duc d'Orléans, frère dudit roy de France, et le conte d’Estampes, qui tous catoient des fleurs de lis, portoient lesdis «happerons. (Ibid., p. 94.)
* Ledit roy de Navarre vint en la maison de la ville et prescha, et entre les autres choses dist que il amoit moult le royaume de France et il y estoit moult bien tenu , si comme il disoit. Car il estoit des fleurs de lis de tous cos tes, et cust esté sa mère roy de France se elle eust esté homme; car elle avoit esté seule fille du roy de France. Et si luy avoient les bonnes villes du royaume , par espécial celle de Paris, fait très grans biens et haus honneurs, lesquels il taisoit; et pour ce estoit-il prest de vivre et de mourir avecqucs eulx. . . . Si fu alors eslcu ledit roy en capitata de la \ille de Paris; et lui fu dit, de par le prévost des marchands de Paris, que ceux de Paris escriproient à toutes les bonnes villes du royaume, afin que chascun se consentit à faire ledit roy capitain universal par tout le royaume de France. (Ibid., p. 116.) — Præpositus mrreatorum , ciim inultis de majoribus ci vibtis per quos tota civitas régi videbatur, . . . iverunt ad regem Navarre dominum Carolum de Ebroicis, qui antea per eos tamquam capitaneus voeatus fucrat,..,. ordiiiaveruni secrele ut iterum per ipso* vocaietur, — et tandem, cum ipse rex Navarre esset de linea et prnsapia régi a , ad sceptrutn regale et regnuni F ranci* ascenderet et re-
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donné à notre siècle et au précédent leur caractère politique. Ëh bien! il y a de tout cela dans les trois années sur lesquelles domine le nom du prévôt Marcel Sa courte et orageuse carrière lut comme un essai prématuré des grands desseins de la Providence, et comme le miroir des sanglantes péripéties à travers lesquelles, sous l'entrainement des passions humaines, ces desseins devaient marcher à leur accomplissement. Marcel vécut et mourut pour une idée, celle de précipiter par la force des masses roturières l'oeuvre de nivellement graduel commencé par les rois ; mais ce fut son malheur et son crime d'avoir des convictions impitoyables. A une fougue de tribun qui ne recula pas devant le meurtre, il joignait l’instinct organisateur; il laissa, dans la grande cité qu’il avait gouvernée d'une façon rudement absolue, des institutions fortes, de grands ouvrages et un nom que, deux siècles après lui , ses descendants portaient avec orgueil comme un titre de noblesse
oeuvre quant qu’il en put avoir et recouvrer de toutes parts, et lit faire grands fossés autour de Paris, et puis chaiugics, murs et portes, et y ouvroit-on nuit et jour, et y eut le terme d'un an tous les jours trois mille ouvriers. Dont ce fut un grand fait que de fermer sur une année et d’enclorre et avironner de toute défense une telle cité comine Paris est et de tel circuit. El vous dis que ce fut le plus grand bien que oneques le prévôt des marchands fit en toute sa vie; car autrement elle e&t été depuis courue, gâtée et robée par trop de fois. ( Chron. de Froissart , liv. i *f, a* partie , ch. 66.) — Dictes-notis que pas un des Clercs , de Marie , Marcel ne
gnarrt. Nam dictus rex Navarre ad hoc tolis viribus anhel.ib.it. . . . (Chron. de Guillaume de Nangis , a* continuât. , t. II , p. a68 et 369.)
' i356, 57 et 58. — Étienne Marcel eut pour associé , dans sa lutte contre le pouvoir et dans ses projets de ré formation , un membre du clergé, qui, par son origine et ses études, appartenait à la bourgeoisie, Robert le Coq, évêque de Laon, juriste habile, d'abord avocat, puis maître îles requêtes, et enfin président-clerc au parlemeut.
* Voy. l'Histoire de l'hôtel de ville de Paris , par M. Leroux de Liucy, liv. ui , ch. tw, p. 58 à 60. — .Si mit ouvriers en
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XLVI f
Pendant que la bourgeoisie formée à la liberté municipale s’élevait, d’un élan soudain mais passager, à l’esprit de liberté nationale, etantieipait en quelque sorte les temps à venir, un spectacle bizarre et terrible fut donné par la population demi-serve des villages et des hameaux. On connaît la Jacquerie, ses effroyables excès et sa répression non moins effroyable. Dans ces jours de crise et d'agitation, le frémissement universel se fit sentir aux paysans et rencontra en eux des passions de haine et de vengeance amassées et refoulées durant des siècles d’oppression et de misères. Le cri de la France plébéienne, « Les nobles déshonorent et trahissent le royaume, » devint, sous les chaumières du Beauvoisis , un signal d’émeute pour l’extermination des gentilshommes. Des gens armés de bâtons et de couteaux se levaient et marchaient en bandes grossies de proche en proche, attaquant les châteaux par le fer et le feu , y tuant tout , hommes, femmes et enfants, et, comme les barbares de la grande invasion, ne pouvant dire où ils allaient ni ce qui les poussait ’. Maîtresse
de» Bnuraers souffre que le fils d'un détruirait. Et chacun d’eux dit: «Il dit
Italien , d’un An y lois , d'un Lorrain ou voir! il dit voir! honni soit celui par qui
Escourois se die aussi bon François que luy. il demeurera que tou» les gcutilshonum*
( Du grand et loyal devoir, fidélité et obéis- ne soient détruits! » Lors se assemblèrent
tance de messieurs de Paris envers le ray et s’en allèrent sam autre conseil et sans
et couronne de France, pamphlet contre le nulle* armures, for» que de bâtons ferres
cardinal de Guise, petit in-3°, i565,p.vn.) et de couteaux.... Et multiplièrent tant
' .... Aucunes gêna des villes cbampè- que ils furent bien six mille; et partout
très, sans chef, s’assemblèrent en Beau- là où ils venoient, leur nombre croisaoit;
voisin , et ne furent mie cent hommes les car chacun de leur semblance les suivait,
premiers, et dirent que ton» les nobles du (Chroo. de Froissait , liv. 1“, a* partie,
royaume de France , chevalier» et écuyer», cb. 65.) — Mais ils étoient jà tant mui-
hoonissoient et trahisaoient le royaume, tipliés que, si ils fussent tous ensemble,
et que ce serait grand bien qui tous les ils eussent bien été cent mille hommes.
xi.vm
de tout le plat pays entre l'Oise et la Seine, cette Corée brutale s’organisa sous un chef qui offrit son alliance aux villes que l’esprit de réforme agitait. Beauvais, Senlis, Amiens, Paris et Meaux l'acceptèrent, soit comme secours, soit comme diversion. Malgré les actes de barbarie des paysans révoltés , presque partout la population urbaine, et principalement la classe pauvre, sympathisait avec eux *. On vit de riches bourgeois , des hommes politiques, se mêler à eux, les dirigeant , et, modérant leur soif de massacres, jusqu'au jour où ils disparurent tués par milliers dans leurs rencontres avec la noblesse en armes, décimés par les supplices ou dispersés par la terreur*.
Kl quand on leur demandoit pourquoi iis faisoicut ce, ils repoudoient qu'ils ne savoient, mais ils le renient aux autres faire, si le faisoient aussi. (Ibid., ch. 66.)
' El firent un capitaine que on appelloit Guillaume Cale, etalèrent à Compiôgne; mais ceux de la ville ne les y laissièrent entier. Et ilrpuis il alèrent à Senlis, et firent tant que ceux de ladite ville alèrent en leur compagnie. Et abattirent toutes les forteresces du pays, Armenonvillc, Tiers, et une partie du chastel de Beaumont -sur- Oyse. (Chron.de Saint- Denis, L VI, p. no.) — Puis s'assemblèrent autres patsans en plusieurs lieux en Bcanvaisis, et ailleurs eu France; et roesmes « eux de Beauvais cstûicnt contre les nobles hommes : et en mena-on plusieurs à Beauvais, qui y furent occis par le consentement du commun de la ville, et aussi le maire d'Amiens envoya cent hommes du commun à l’aide dos vilains. ( La Chron. de Flandres , publ. par D. Sauvage [Lyon,
i56a ] , ch. 94 , p. *96.) — Plusenrs qui estoient partis de la ville de Paris, jusque* au nombre de trois cens ou environ , desquels gens estoit capitain un appelé Pierre Cille, cspicier de Paris, et environ cinq cens qui s'estoient assemblés à Cilly en Mucien, desquels estoit capitain un appelle Jehan Vaillant, prevost des monnoies du roy, alèrent à Meaux.... Et toutes voies, avi»il lors pou de villes, cités ou autres en la langue d'Oyl qui ne fussent meurs contre les gentilshommes , tant en faveur de ceux de Paris qui trop les haoient , comme pour le mouvement du peuple. {Chron. de Saint- Denis , t. VI, p. 11 3.
* Et en ces assemblées a voit gens de labour le plus, et si y «voit de riches hommes , hnurgois et autres. ( Ibid. , p. lia.) — En ce temps alèrent ceux de Paris à Ermenonville et assaillirent le chastel et le prirent par force. Là estoit Robert de Lorcis , qui , pour peur de la
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I.a destruction des Jacques ' fut suivie presque aussitôt par la chute, dans Paris même, de la révolution bourgeoise. Ces deux mouvements si divers des deux grandes classes de la roture finirent ensemble, l'un pour renaître et entraîner tout quand le temps serait venu , l’autre, pour ne laisser qu’un nom et de tristes souvenirs. L’essai de monarchie démocratique, fondé parÉtienne Marcel et ses amis sur la confédération des villes du nord et du centre de la France, échoua, parce que Paris, mal secondé, resta seul pour soutenir une double lutte contre toutes les forces de la royauté jointes à celles de la noblesse et contre le découragement populaire’, l/e chef de cette audacieuse entreprise fut tué
mon renia gentillesse, et dit qu'il aimoit mieux la bourgeoisie de Paris (dont il estoit né) que chevalerie , et par ce fut il sauve et sa femme et ses en fans. (La Chron. de Flandres, cb. gil, p. 197). — Et aussi tuoient les gentilshommes tous ceux que il povoient trouver qui avoieut esté de la compagnie des Jaques, c’est à dire, des communes qui avoient tué les gentilshommes, leur femmes et leurenfans et abattues maisons; et tant que on tenoit certainement que l’en en avait bien tué dedans le jour de la S.- Jean Baptiste vint mil et plus. (Cliron. de S.-Denis , t. VI , p. 1 1 7. ) — Depuis cette tléconfiture qui fut faite à Meaux, ne se rassemblèrent ils mille part ; car le jeune sire de Coucy, qui s'appeloit messirc F.nguerrand , avoit grand foison de gentilshommes avec lui , qui les (nettoient à fin partout où ils les trouvoient , sans pitié et sans merci. ( Chron. de Froissart, Ht. i", a* partie, ch. 68.)
' Les villageois soulevés s’appliquaient à eux -mêmes le sobriquet de mépris que la noblesse donnait au peuple : Tune lemporis Mobiles, derisiones de rmticis et simplirihuyjacicntes , vocabant eos Jacquc Bonhome. (Chron. de Guillaume de Nangis, a’ continuât. « t. H, p. a38.) — Le duc de Normandie — s’en ala à Provins et....
d’illec vers Chasteauticrry et vers Gandelus, où l’en disoit qu’il y avoit grande assemblée de ces communes que l’en appâtait Jaques Bonhomme. ( Chron. dr Saint-Denis, t. VI, p. 117.)
" La convocation des états généraux a Paris pour le 7 novembre i35; fut faite conjointement par le duc de Normandie, qui expédia Ses lettres sous le sceau de la régence , et par le prévôt des marchands, qui expédia les siennes sous le sceau de la ville : « Et envoia ces lettres aux gen> d’églyse, aux nobles et aux bonnes ville», et les manda. Et aussi envoia ledit prévôt
fi
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au moment de la pousser à l'extrême et d’élever un roi de la bourgeoisie en face du roi légitime. Avec lui périrent ceux qui avaient représenté la ville dans le conseil des états, et ceux qui l’avaient gouvernée comme chefs ou meneurs du conseil municipal Descendu de la position dominante qu'il avait conquise prématurément , le tiers état reprit son rôle séculaire de labeur patient , d’ambition modeste et de progrès lents mais continus. Tout ne fut pas perdu pourtant dans cette première et malheureuse épreuve. Le prince qui lutta deux ans contre la bourgeoisie parisienne prit quelque chose de ses tendances politiques, et s'instruisit à l’école de ceux qu’il avait vaincus. Il mit à néant ce que les états généraux avaient arrêté et l’avaient contraint de faire pour la réforme des abus; mais cette réaction n’eut que peu de jours de violence, et Charles V, devenu roi, s’imposa de lui-même une partie de la tâche que, régent du royaume, il avait exécutée malgré lui. Son gouvernement fut
des marrhans ses lettres aux dessusdis, avec les lettres dudit mouseigticur le duc. • (Citron, de Saint-Dcuis, t. VI, p. 6a.)
' Le meurtre d'Étienne Marcel, par Jean Maillart, eut lieu le 3i juillet i358; son frère Gilles Marcel , greffier de fhAlel de ville, et Charles Toussac echevin, comme lui député de Paris et membre du conseil des états, furent, l'un assassiné le 3 1 juillet, et l'autre décapité le a août. Simon le Pionnier, Philippe Giflart et Jean de 1’ I sle, membres du conseil municipal , furent tués, les deux premiers avec le prévôt, et le troisième avec son frère. Cinq autres bourgeois, conseillers ou officiers de la
ville, furent coudamnés à mort et exécutés la semaine suivante. Nicolas le Chauceteur et Colart de Courliégis, députés d'Abbeville et de Laon aux états généraux et membres du conseil des états, eurent le même sort. — Pluies capti suut et quæstionibus appositi , et infra certum dictn ad forum tracti fuerunt et judicialiter decollati. Et isti fuerunt illi qui cum prædicto prseposito villa ru autea guberuabaut et de quorum consiiio in omnibus agebatur; inter quos fuerunt atiqui burgenses roultum solcmnes et éloquentes quamplurimum et edocti. (Citron. de Guill. de Nan gis, 2e continuât. , t. fl , p. 273.)
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arbitraire mais régulier, économe, imbu de l'esprit d’ordre et surtout de l’esprit national. Formé jeune à la patience et it la ruse dans une situation difficile et périlleuse, il n’eut rien de la fougue violente ou chevaleresque de ses devanciers , mais un sens froid et pratique. Avec lui la royauté présente un caractère nouveau qui la sépare du moyen Age et la rattache aux temps modernes. 11 fut le premier de ces rois venus comme réparateurs après une époque de crise, appliqués aux affaires, mettant la pensée avant l’action , habiles et persévérants, princes éminemment politiques, dont le type reparut plus frappant sous des as- , peets divers, dans Louis Xf et Henri IV s , Nous sommes parvenus au point où notre histoirç sociale, dégagée de ses origines et complète dans ses éléments , se déroule simple et régulière comme un fleuve qui , né de plusieurs sources, forme en avançant une seule masse d’eau contenue entre les mêmes rives. A ce point, les forces dont l’action, simultanée ou divergente, a constitué jusqu'à nos jours le drame des changements politiques , se montrent avec leur caractère définitif. On y trouve la royauté engagée sans retour dans la voie des traditions de Home impériale, secondant l'esprit de civilisation et contraire à l’esprit de liberté, novatrice avec lenteur et avec la jalousie de pourvoir à tout par elle-même ; la noblesse gardant et cultivant l'héritage des mœurs germaines adoucies par le christianisme, opposant au dogme de la monarchie absolue celui de la souveraineté seigneuriale , nourrie d’orgueil et d’honneur,
' Voy. l'Histoire de France de H. Michelet, t. III , p. 5i», et celle de M. Henri t.V, p. 564. V -