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liors de la province où ils exercent leur magistrature ; ils ne peuvent rien y acquérir, ni s’y marier, ni y marier leurs filles. La juridiction des eaux et forêts , souvent tyrannique pour les campagnes, est restreinte dans sou étendue, et soumise en appel au parlement. 11 est statué que les usages ruraux seront partout respectés; que les paysans pourront s’armer pour courir sus aux pillards; qu’ils auront le droit de poursuivre les loups, de détruire les nouvelles garennes faites par les seigneurs et de refuser à ceux-ci tout péage établi sans titre
Ce qui fait le caractère de cette grande ordonnance et la distingue de celle du 3 mars 1357, ccst que, sauf l’élection pour les emplois judiciaires, elle n'institue rien de nouveau, laisse intact le pouvoir royal et se borne à lui tracer des règles administratives. L’expérience du siècle précédent a porté ses fruits ; en dépit de son nouvel accès de fougue révolutionnaire, l’esprit de la bourgeoisie parisienne est au fond plus rassis et plus modéré. Sous cette domination anarchique de la municipalité dominée elle-même par une faction d'hommes grossiers et violents, des idées calmes de bien public, jusque-là contenues , se sont
* Ordonn. de Charles VI du a5 mai Ifti3, art. aoa, 174, 190, 1 66, i54, *79» *a9 à »35, a36, a38, a4i, a44> rec. des Ordonn,, t. X, p. 70 et suiv. — L'ordonnance est divisée en dix chapitres généraux qui traitent successivement du domaine, des monnaies, des aides, des trésoriers des guerres, de la chambre des comptes, du parlement, de la justice, de ta chancellerie, des eaux et foréu et enfin des gens d'armes. Au préambule se trou-
vent les paroles suivantes: « Savoir faisons
que nons afin que doresenavant les-
dicts abus et incouvcuieus cessent de tout en tout, et que tou» les fais de la chose publique de nostre dit royaume , tant au regard de toutes noadictes finances et de nostredicte justice comme autrement , soient remis en bon estât et deuement gouvernez au bien de nous et de nostredict peuple..
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fait jour au travers et peut-être à la faveur du désordre. Suivant une remarque applicable à d’autres temps de révolution : « T/es «violents ont exigé ou dicté, les modérés ont écrit'.» Ceux mêmes qui présidaient aux violences ou les couvraient de leur aveu ne furent point sans vertus civiques; ils eurent dans le cœur des sentiments de patriotisme que leur expression ferait croire modernes. Le corps municipal de Paris, écrivant aux autres villes et leur rendant compte de ses actes , disait : « Cette pré- « sente poursuite est pour garder que l’estât de la chose publi- « que de ce royaume ne verse en désolation, ainsy qu’elle estoit
« en voie à quoy, en temps de nécessité comme le temps
« présent, ung chascun se doit emploier, et préférer la pitié du « pais à toutes les aultres, soit de parens, frères ou aultres quel- « conques, car elle les comprent toutes*.» C’étaient là de nobles paroles, dignes d'annoncer la grande charte de réforme, œuvre commune du corps de ville et de l’Université. Mais cette loi administrative de la vieille France il se trouva des hommes pour la concevoir, il ne s’en trouva point pour l’exécuter et la maintenir. Les gens sages et rompus aux affaires n’avaient alors ni volonté ni énergie politique. Us se tinrent à l’écart, et l'action
resta aux exaltés et aux turbulents, aux bouchers et à leurs alliés.
Ceux-ci précipitèrent par des excès intolérables une réaction
- • JÎfc- «*#*•**£&'♦ :
• Histoire de France par M. Michelet, bourgeois, manans et habitons de la ville I. iv, p. i45. . de Noyon (3 mai 14 >3). Archives de l’hâtel
» Lettre des prévost des marchands, de ville de îfoyon. — Selon toute probaeschevins, bourgeois, manans et habitons bilité cette lettre était une circulaire, de U ville de Paris aux maire, eschevins,
IISTROMCTION.
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qui amena leur chute, leur bannissement et l’abandon des réformes obtenues à si grande peine. Trois mois après sa promulgation, l’ordonnance du a5 mai fut annulée
Ainsi des hommes du tiers-état, portés par une crise révolutionnaire à s’investir eux-mèines du pouvoir constituant, eurent au commencement du xve siècle la pensée de refondre d’un seul jet l’administration du royaume, de lui donner des principes fixes , une base rationnelle et des procédés uniformes. Si le plan qu’ils rédigèrent ne fut pas même essayé, il resta comme un monument de sagesse politique , où se montre d’une manière éclatante l'espèce de solidarité qui liait dans une même cause toutes les classes de la roture. Les commissaires délégués par la ville et l'Université de Paris ont fait ce qu'aux états généraux firent les députés du corps entier de la bourgeoisie; ils se sont occupés de la population des campagnes, ils ont pris à son égard des mesures qui témoignent à la fois de leur sympathie pour elle et des progrès survenus dans son état depuis la fin du xue siècle. Depuis lors, en effet , l’affranchissement collectif des paysans par villages et par seigneuries avait toujours gagné en fréquence et en étendue. Une sorte d’émulation se déclarait sur
1 Histoire de Charles VI , par Juvénal des lirstns , Mémoires , etc., t. II , p. 48S et suiv. — Et aussi cassa, annulla, abolit, révoqua et du tout meit à ni ant et comme nulle* déclara certaines escritures qui par manière d'ordonnances avoient naguère* esté faictes par aucuns commissaires , tant chevaliers qti’escuiers, confesseur et aumosnicr du roy et deux des conseillers
de crans, au ponrehas d'aucuns de l'Universite et de la ville de Paris, et lesquelles, par grande impression tant de gens d'armes de celte ville qu’autrement, avoient esté publiées en may dernier. (Extrait des registres du parlement , rec. des Ordonn. des rois de France, t. X, p. i4o» note.)— Ordonnance du 5 septembre 141 3, ibid., p. 170.
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ce point entre les propriétaires de serfs , et le mobile en était double; d’une part, le sentiment chrétien plus fort et mieux obéi, de l'autre, l'intérêt personnel plus éclairé conseillaient la même chose, et parfois le style des chartes présentait l'alliance bizarre de ces deux motifs d'action Parmi les villages affranchis en foule dans le xiu'et le xiv* siècle, beaucoup prirent de nouveaux noms exprimant leur nouvel état, et tous ou presque tous obtinrent une forme plus ou moins complète de régime municipal. Ce régime, en s’appliquant aux campagnes, y propagea le nom de Commune, qui servait à le désigner dans les villes du centre et du nord , et de là vint le mouvement de déviation qui a fait perdre à ce mot son premier sens si restreint et si énergique \ Quelque grande qu'ait été , dans le cours des
* Je, considerans et regardans être piteuse chose et convenable de ramener en liberté et franchise les hommes et femmes qui de leur première créacion furent créez et formez francs par le creator dou monde; considéra ns aussin en ccste partie le prulïit évident de inoy et de mes hoirs. . . (Charte donnée aux habitants du village de Pcrrusses par Guy, sire de Clermont, i383, Rec. des Ordonn. des rois de France , t. VII , p. 3a). — Lesquelles personnes , en alant deraourer hors de nostre dicte terre en certains lieux , se affranchissent sans nostre congié. . . et pour liaync d’icelle servitude, plusieurs personnes délaissent à deraourer en nostre dicte terre, et par ce est et demeure icelle terre en grand partie non cultivée, non labourée
et en rieu, pourquoy nostre dicte terre est grandement mains valable.., (Charte donnée aux habitants de Couey par Enguerrand , sire de Couey, »368, Rec. des Ordonn. des rois de France, t. V, p. i54). — Considérai» . . . les courtoisies, bontés et aggréablos services que li dît habitan et leur ancesseur ont fait, ou temps passé, à nous et A nos prédécesseurs, pour l'amendemeut dudit territoire, et en récompensacion des choses dessus dictes, pour le remède des Ames de nous et de nosanccsseurs, et pour la somme de. .. que nous avons eue et reçue des habitans de nostre dicte justice de Joigny. . . (Charte donuée aux habitants de Joigny par Jehans, comte de Joigny, i3s4« /An/., p. 379).
1 Voyez plus haut, p. xxr.
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xiii* et xiv' siècles, la multiplication des communes rurales, elle n’amena point pour les classes agricoles cette unité d’état civil qui existait pour la bourgeoisie d’un bout à l’autre du royaume; la condition des paysans, résultat de transactions de tout genre sur des droits réels ou personnels, resta inégale suivant les lieux et diversifiée à l’infini.
Et pourtant , cette masse d’affranchis encore attachés au domaine par quelque lien et tout au moins soumis à la juridiction seigneuriale, cette population, qui ne relevait point immédiatement de la puissance publique, pouvait déjà compter parmi les forces vives de la nation ; elle était comme un corps de réserve imbu de l’esprit patriotique, et capable d’un élan spontané de vigueur et de dévouement. C’est ce qu’on vit, lorsque la défaite d’Azincourt, plus funeste que celle de Poitiers, eût amené pour la France une série de revers, où la noblesse, la bourgeoisie, la royauté elle-même, ne surent que reculer pas à pas jusqu’à la honte d’un traité qui léguait la couronne et livrait le pays à un prince étranger '. Paris, dans un accès de faiblesse et d’égarement , avait ouvert ses portes et fêté le triomphe des Anglais; le royaume était conquis jusqu'à la Loire, où Orléans, dernier boulevard des provinces encore libres, soutenait contre l’armée d’invasion une lutte désespérée, qui semblait être le dernier souffle de l'énergie nationale. On sait quel secours presque miraculeux vint alors à cette ville et au royaume, ce que fut Jeanne d'Are, ce qu’elle fît, et comment, par elle et à son exemple , une émotion de pitié et de colère , l'amour de la commune
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patrie , la volonté de s’unir tous et de tout souffrir pour la sauver, remonta des derniers rangs populaires dans les hautes classes de la nation.
Du long et pénible travail de la délivrance nationale sortit un règne dont les principaux conseillers furent des bourgeois, et le petit-fils de Charles V reprit et développa les traditions d’ordre, de régularité, d'unité, qu'avait créées le sage gouvernement de son aïeul. Charles VII , roi faible et indolent par nature, occupe une grande place dans notre histoire, moins par ce qu’il fit de lui-même que par ce qui se fit sous son nom ; son mérite fut d’accepter l’influence et de suivre la direction des esprits les mieux inspirés en courage et en raison. Des âmes et des intelligences d’élite vinrent à lui, et travaillèrent pour lui, dans la guerre avec toutes les forces de l’instinct patriotique , dans la paix avec toutes les lumières de l'opinion nationale. Un fait déjà remarqué et trèsdigne de l'être, c’est que cette opinion eut pour représentants et le roi pour ministres des hommes sortis des classes moyennes de la société d'alors, la petite noblesse et la haute bourgeoisie. Audessus de tous leurs noms dominent les noms roturiers de Jacques Coeur et de Jean Bureau, l’un formé à la science de l'homme d’Etat par la pratique du commerce, l’autre qui cessa d’être homme de robe pour devenir, sans préparation, grand maître de l’artillerie, et faire le premier.de cette arme encore nouvelle, un emploi habile et méthodique '. L'esprit de réforme et depro-
' Deux frère» Bureau siégeaient dans le conseil de Charles VII ; se» autres conseiller» bourgeois furent Jean Jouvenel ou
Juvénal, Guillaume Cousinot, Jean Rabateau , Étienne Chevalier et Jean Leboursier.
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grès qui, en <4 >3, avait brillé un instant et n'avait pu rien fonder, parce qu’un parti extrême en était l’organe , reparut , et modela sur un plan nouveau toute l’administration du royaume, les finances, l’armée, la justice et la police gépérale'. Les ordonnances rendues sur ces différents points eurent leur plein effet, et elles se distinguent , non comme les précédentes par une ampleur un peu confuse , mais par quelque chose de précis, de net, d'impérieux, signe d’un talent pratique et d'une volonté sûre d’elle-même parce qu’elle a le pouvoir. La question de l’impôt permanent et des taxes mises sans l'octroi des états fit alors un pas décisif; après quelques alternatives, elle fut tranchée par la nécessité, et, à ce prix , le royaume eut pour la première fois des forces régulières. Les milices des’ villes , organisées jadis hors de la dépendance et de l’action de la royauté , vinrent se fondre dans une armée royale et en même temps nationale. Il y eut, pour la partie privilégiée du tiers état, diminution de droits politiques; mais la forme de la monarchie moderne , de ce gouvernement destiné à être à la fois un et libre, était trouvée, ses institutions
' Voyez l’ordonnance du a novembre 1439 pour la ré forma lion de l’état militaire, celle du a5 septembre 1 443 sur le gouvernement des finances, celle du 10 février i444 sur le meme sujet, celle du 19 juin i445 sur la juridiction des élus, celle du a6 novembre 1447 sur la comptabilité du trésor, celle du a8 avril t44& sur les francs archers, celle du 17 avril i4S3 pour la réformation de la justice, celle» du ai janvier et du 3 avril 1459 su*
la reddition de» compte» et l’assiette des tailles, celle du 18 septembre 1460 sur la procedure devant les conseillers des aides et celle du mois de décembre 1460 sur la juridiction de la chambre des comptes.
Recueil des Ordonn. des rois de France, t XIII, p. 3o6, ibid., p. 37a, ibid., p. 4 *4* ibid., p. 4a8, ibid., p. 5i6; t. XIV, p. I , k ibid., p. 184, ibid., p. 48a et p. 484, ibid., p. 496, ibid., p. 5 10.