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temporel des évêques; elle appliqua au patronage civique, dégénéré en quasi-souveraineté, les institutions et tous les privilèges de la seigneurie domaniale. Le gouvernement des municipes, en dépit de son origine, se modela graduellement sur le régime des cours et des châteaux. I .es citoyens notables devenaient vassaux héréditaires de l'église cathédrale, et, à ce titre, ils opprimaient la municipalité ou en absorbaient tous les pouvoirs. Les corporations d’arts et métiers, chargées par abus de prestations et de corvées, tombaient dans une dépendance presque servile. Ainsi, la condition faite aux hommes de travail sur les domaines des riches et dans les nouveaux bourgs qu’une concession expresse n’avait pas affranchis, tendait, par le cours même des choses, à devenir universelle, à s'imposer aux habitants, libres jusque-là, des anciennes villes municipales. •
Il y eut des cités où la seigneurie de l'évêque s'établit sans partage et resta dominante; il y en eut où le pouvoir féodal fut double, et se divisa entre la puissance ecclésiastique et celle île l'officier royal , comte ou vicomte. Dans les villes qui furent le théâtre plus ou moins orageux de cette rivalité, l’évêque, sentant le besoin d'une alliance politique, se détacha moins de lu municipalité libre ou se replia sur elle. Il lui prêta son appui contre les envahissements du pouvoir laïque; il se fit conservateur du principe électif, et ce concours, s’il n’arrêta pas la décadence municipale, devint plus tard un moyen de réaction civile et de rénovation constitutionnelle. Le x' siècle et le siècle suivant marquent, pour la population urbaine, le dernier terme d’abaissement et d’oppression ; elle était, sinon la classe la plus malheu-
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reuse, du moins celle qui devait souffrir le jdus impatiemment le nouvel état social, car elle n’avait jamais été ni esclave ni serve, elle avait des libertés héréditaires et l’orgueil que donnent les souvenirs. La ruine de ces institutions, qui nulle part ne fut complète, n’eut point lieu sans résistance ; et quand on remue à fond les documents de notre histoire, on y rencontre, antérieurement au xne siècle, la trace d'une lutte bourgeoise contre les pouvoirs féodaux. C’est durant cette ère de troubles et de retour à une sorte de barbarie, que s’opéra la fusion, dans un même ordre et dans un même esprit, de la portion indigène et de la portion germanique des habitants des villes gauloises, et que se forma entre eux un droit commun, des coutumes municipales, composées à différents degrés, suivant les zones du territoire, d’éléments de tradition romaine et de débris des anciens codes barbares.
Cette crise dans l’état fie la société urbaine, reste vivant du monde romain, n'était pas bornée à la Gaule; elle avait lieu en Italie avec des chances bien meilleures pour les villes de ce pays, plus grandes, plus riches, plus rapprochées l’une de l'autre. C'est là que dans la dernière moitié du xie siècle, à la faveur des troubles causés parla querelle du sacerdoce et de l'empire, éclata le mouvement révolutionnaire qui, de proche en proche ou par contre-coup, fit renaître, sous de nouvelles formes et avec un nouveau degré d'énergie, l’esprit d’indépendance municipale. Sur le fonds plus ou moins altéré de leurs vieilles institutions romaines, les cités de la Toscane et de la Lombardie construisirent un modèle d’organisation politique, où le plus grand développement possible de la liberté civile se trouva joint au droit absolu de
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juridiction, à la puissance militaire, à toutes les prérogatives des seigneuries féodales. Elles créèrent des magistrats à la fois juges administrateurs et généraux; elles eurent des assemblées souveraines, où se décrétaient la guerre et la paix ; leurs chefs électifs prirent le nom de consuls. Le mouvement qui faisait éclore et qui propageait ces constitutions républicaines, ne tarda pas à pénétrer en Gaule par les Alpes et par la voie de mer. Dès le commencement du xu1' siècle, on voit la nouvelle forme de gouvernement municipal, le consulat, apparaître successivement dans les villes qui avaient le plus de relations commerciales avec les villes d’Italie, ou le plus d'affinité avec elles par les mœurs, l’état matériel, toutes les conditions de la vie civile et politique. Des villes principales où elle fut établie , soit de vive force, soit de bon accord entre les citoyens et le seigneur, la constitution italienne s’étendit par degrés aux villes de moindre importance. Cette espèce de propagande embrassa le tiers méridional de la France actuelle, pendant que, sous une zone différente, au nord et au centre du pays, la même impulsion des esprits, les mêmes causes sociales, produisaient de tout autres effets '.
A l’extrémité du territoire, sur des points que ne pouvait atteindre l’influence ultramontaine, un second type de constitution, aussi neuf, aussi énergique, mais moins parfait que l’autre, la commune jurée, naquit spontanément par l’application faite au régime municipal d’un genre d'association dont la pratique
' Voyez le» Considérations sur l'histoire de France , en télé des Récits des temps mérovingiens, chap. v.
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dérivait des moeurs germaines Appropriée à l’état social , au degré de civilisation et aux traditions mixtes des villes de la Gaule septentrionale, cette forme de municipalité libre se propagea du nord au sud, en même temps que l’organisation consulaire se propageait du sud au nord. Des deux côtés, malgré la différence des procédés et des résultats, l’esprit fut le meme, esprit d’action, de dévouement civique et d’inspiration créatrice. Les deux grandes formes de constitution municipale, la commune proprement dite ’ et la cité régie par des consuls, eurent également pour principe l'insurrection plus ou moins violente , plus ou moins contenue, et pour but l’égalité des droits et la réhabilitation du travail. Par l’une et par l’autre, l’existence urbaine fut non-seulement restaurée, mais renouvelée; les villes acquirent la garantie d’un double état de liberté; elles devinrent personnes juridiques, selon l’ancien droit civil, et personnes juridiques, selon le droit féodal , c’est-à-dire quelles n’eurent pas simplement la faculté de gérer les intérêts de voisinage, celle de posséder et d’aliéner, mais qu’elles obtinrent de droit, dans l’enceinte de leurs murailles, la souveraineté que les seigneurs exerçaient sur leurs domaines.
I^esdeux courants de la révolution municipale, qui marchaient l’un vers l’autre, ne se rencontrèrent pas d’abord; il y eut entre
* Voyez les Considérations sur l'histoire de France , chap. v, p. 3 il; et ci-après, ui’ siècle, p. a6.
* Ce mot n’avait point dans le moyen âge la généralité de sens que nous lui prêtons aujourd'hui; il désignait d’une ma-
nière spéciale, la municipalité constituée par association et par assurance mutuelle sous la foi du serment. Voyez les Considérations sur l'histoire de France, chap. v, p. 33o et suiv.
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eux une zone intermédiaire, où l’ébranlement se lit sentir sans aller jusqu’à la réforme complète, au renouvellement constitutionnel. Dans la partie centrale de la Gaule, d'anciens municipes, des villes considérables, s'affranchirent du joug seigneurial par des efforts successifs, qui leur donnèrent une administration plus ou moins libre, plus ou moins démocratique, mais ne tenant rien ni de la commune jurée des villes du Nord, ni du consulat des villes du Midi. Quelques-unes reproduisirent dans le nombre de leurs magistrats électifs des combinaisons analogues à celles qu’avait présentées le régime des curies gallo-romaines; d'autres affectèrent dans leur constitution un mode uniforme, le gouvernement de quatre personnes choisies chaque année par la généralité des citoyens, exerçant tous les pouvoirs administratifs et judiciaires avec l’assistance d'un corps de notables'. Il y avait là des garanties de liberté civile et de liberté politique; mais, quoique ces villes, moins audacieuses en fait d’innovation, eussent réussi à dégager de ses entraves le principe de l’élection populaire, l'indépendance municipale y demeura sous beaucoup de rapports faible et indécise; la vigueur et l'éclat furent pour les constitutions nouvelles, pour le régime consulaire et la commune jurée, suprême expression des instincts libéraux de l’époque.
Cette révolution complète, à laquelle échappèrent de vieilles
' I^es dix prud'hommes d’Orléans et de Chartres semblent une réminiscence du ride que jouaient les dix premiers sénateurs, Deccmprimi , Detaproti, dans la municipalité romaine. Le gouvernement de quatre prud'hommes, qui fut celui de Bourges et de Tours, jouit d’une grande faveur
sur une bande de territoire prolonger de l’ouest k l’est dans la Touraine, le Berry, le Nivernais, la Bourgogne et la Franche- Comté; peut-être y aurait-il lieu de l’envisager comme un troisième type général de constitution révolutionnaire.
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cités municipales, pénétra sous l’une ou l'autre de ses deux formes dans beaucoup de villes de fondation postérieure aux temps romains. Quelquefois même, quand la cité se trouvait côte a côte avec un grand bourg né sous ses murs, il arriva que ce fut dans le bourg, et pour lui seul, que s’établit soit le consulat, soit le régime de l’association jurée’. Alors, comme toujours, l’esprit de rénovation souffla où il voulut, sa marche sembla réglée sur certains points, et sur d’autres capricieuse; ici il rencontra des facilités inespérées, là des obstacles inattendus l’arrêtèrent. Les chances furent diverses et le succès inégal dans la grande lutte des bourgeois contre les seigneurs ; et non-seulement la somme îles garanties arrachées de force ou obtenues de bon accord ne fut point la même partout , mais, jusque sous les mêmes formes politiques, il y eut pour les villes différents degrés de liberté et d’indépendance. On peut dire que la série des révolutions municipales du xii' siècle offre quelque chose d’analogue au mouvement constitutionnel de nos jours. L’imitation y joua un rôle considérable ; la guerre et la paix, les menaces et les transactions, l’intérêt et la générosité eurent leur part dans l’événement définitif. Les uns, du premier élan, arrivèrent au but, d’autres, tout près de l’atteindre, se virent ramenés en arrière; il y eut de grandes victoires et de grands mécomptes, et souvent les plus nobles efforts, une volonté ardente et dévouée, se déployèrent sans aucun fruit ou n’aboutirent qu’à peu de chose ’.
1 On peut citer, pour le premier cas, • Voye* l'Histoire de la commune de Pcrigueux et le Puy-Saiut-Front; pour le Vczelay, Lettres sur l'histoire rie France , second, Tours et Chdteauneuf. lettres xxu, xxm et xxxv.
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Au-dessus de la diversité presque infinie des changements qui s'accomplissent au xnf siècle dans l’état des villes grandes ou petites, anciennes ou récentes, une même pensée plane, pour ainsi dire, celle de ramener au régime public de la cité tout ce qui était tombé par abus, ou vivait par coutume sous le régime privé du domaine. Cette pensée féconde ne devait pas s’arrêter aux bornes d’une révolution municipale; en elle était le germe d’une série de révolutions destinées à renverser de fond en comble la société féodale, et à faire disparaître jusqu'à ses moindres vestiges. Nous sommes ici à l’origine du monde social des temps modernes ; c’est dans les villes affranchies, ou plutôt régénérées, qu’apparaissent, sous une grande variété de formes, plus ou moins libres, plus ou moins parlàitcs, les premières manifestations de son caractère. Là se développent et se conservent isolément des institutions qui doivent un jour cesser d’être locales, et entrer dans le droit politique ou le droit civil du pays. Par les chartes de communes, les chartes de coutumes et les statuts municipaux, la loi écrite reprend son empire; l’administration, dont la pratique s’était perdue, renaît dans les villes, et ses expériences de tous genres, qui se répètent chaque jour dans une foule de lieux différents, servent d’exemple et de leçon à l’Etat. La bourgeoisie, nation nouvelle dont les mœurs sont l’égalité civile et l’indépendance dans le travail, s’élève entre la noblesse et le servage, et détruit pour jamais la dualité sociale des premiers temps féodaux. Ses instincts novateurs, son activité, les capitaux qu’elle accumule, sont une force qui réagit de mille manières contre la puissance des possesseurs du sol, et, comme aux origines de
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toute civilisation, le mouvement recommence par la vie urbaine.
L’action des villes sur les campagnes est l'un des grands faits sociaux du xn' et du xui' siècles;’ la liberté municipale, à tous ses degrés, découla des unes sur les autres, soit par l’influence de l’exemple et la contagion des idées, soit par l’effet d’un patronage politique ou d’une agrégation territoriale. Non-seulement les bourgs populeux aspirèrent aux franchises et aux privilèges des villes fermées, mais, dans quelques lieux du Nord, on vit la nouvelle constitution urbaine, la commune jurée, s’appliquer, tant bien que mal, à de simples villages ou à des associations d’habitants de plusieurs villages’. Les principes de droit naturel qui .joints aux souvenirs de l’ancienne liberté civile, avaient inspiré aux classes bourgeoises leur grande révolution, descendirent dans les classes agricoles, et y redoublèrent, par le tourment d’esprit, les gênes du servage et l’aversion de la dépendance domaniale. N’ayant guère eu jusque-là d’autre perspective que celle d’être déchargés des services les plus onéreux , homme par homme, famille par famille, les paysans s'élevèrent à des idées et à des volontés d’un autre ordre; ils en vinrent à demander leur affranchissement par seigneuries et par territoires, et à se liguer pour l’obtenir. Ce cri d’appel au sentiment de l’égalité originelle : Nous sommes hommes comme eux', se fit entendre dans les hameaux et retentit à l’oreille des seigneurs, qu’il éclairait en les
' Voyez. les Lettres de Philippe-Auguste, donnée* sous le* dates de 1184, n85, 1 186, 1196, uo5, 1216 et liai. (Recueil des Qrdonn. des rois de France, t. XI, p.i3i, iÎ7, *45, 277, 291, 3o8 et 3i5.)
Nui tûmes honni tuai il suit!.
Tes membres uvnm citai il uni ,
El altresi gratis cors itum,
El altrctant sofrir poum ;
Ne nui faut fors cwr salement.
(Woca, Roman Je Ami, ». J, p, M.)