‹ Recueil des Monuments Inedits de l'Histoire du Tiers EtatChapitre 20 sur 273 · XXXII · texte numérisé non relu

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reçu la promesse'. Mais les quatorze années du règne de Charles VIII s’écoulèrent sans que les états eussent été une seconde fois convoqués, et les taxes furent de nouveau levées par ordonnance et réparties sans contrôle. A en juger par le zèle des trois ordres à faire une loi de leur consentement, et par le tableau que leurs cahiers traçaient de la misère du peuple accablé sous le faix des impôts, ce fut une grande déception; tout semblait dire que la monarchie absolue menait le pays à sa ruine, et pourtant il n’en fut rien. Le pays resta sous le régime arbitraire ; il eut à supporter encore les abus, souvent énormes, de ce régime ; il souffrit sans doute, mais, loin de décliner, ses foices vitales s'accrurent par un progrès sourd et insensible. Il y a pour les peuples des souffrances fécondes comme il y en a de stériles ; la distinction des unes et des autres échappe aux générations qui les subissent ; c’est le secret de la Providence, qui ne se révèle qu’au jour marqué pour l’accomplissement de ses desseins. Chose singulière , ce fut dans le temps même où la voix publique venait de proclamer

' Pour subvenir aux grans affaires dudit seigneur, tenir son royaume en seureté, payer et soudayer ses gens d’armes et subvenir à scs autres affaires, les trois eslatz luy ottroyent par manière de don et ottroy et non autrement, et sans ce qu'on l’appelle doresenarant tailles, ains don et ottroy, telle et semblable somme que du temps du feu roi Charles Vil estoit levée et cueillie en son royaume, et ce pour deux ans prochainement venans , tant seulement et uon plus Que le bon plaisir

dudit seigneur soit défaire tenir et assem-

bler lesdits étss détiens deux ans prouchaincmeut venans eu lieu et temps qu’il luy plaira, et que de ceate heure, lesditz lieu et temps soient nommez, assignez et déchirez; car, lesditz estaz n'entendent point que doresenavant on mette sus aucune somme de deniers, sans les appeller, et que ce soit de leur vouloir et consentement.— Le roy est coûtent que les estais se tiennent dedeus deux aus prouchainement venant et les mandera. (Journal des états généraux tenus à Tours en i48j, P-449, 45i et 71*.)

avec amertume l’épuisement prochain du royaume, que fut résolue, par un coup de tète follement héroïque de Charles VIII, l’invasion du sud de l’Italie, la plus lointaine expédition que la France eût encore faite. Il fallut dépasser en armements les dépenses du règne de Louis XI; une lougue paix semblait être le seul moyen de salut, et l'ère des grandes guerres s’ouvrit pour la nation, sans crise au dedans et avec honneur au dehors.

Au xu* siècle, la renaissance des institutions municipales avait été le contre-coup d’une révolution opérée en Italie; la renaissance du droit romain au xiii" siècle nous était venue des écoles italiennes; à la fin du xv', une autre initiation de l’Italie, la renaissance des lettres eut lieu pour nous, mais à la faveur d'événements déplorables, de cinquante ans de guerre au delà des Alpes. Une fois ouvert par nos armes et par ses discordes à l’occupation étrangère, le pays qui gardait et fécondait pour le monde les traditions du génie romain devint le champ de bataille et la proie des monarchies européennes. Il perdit l'indépendance orageuse qui avait fait sa vie, et dès lors il déclina sans cesse au milieu des progrès de la civilisation moderne. La France eut le malheur de porter le premier coup pour cette graude ruine, et, mise en contact, quoique violemment, avec les états libres et les principautés d'Italie, elle puisa dans ces relations, soit hostiles, soit amicales, un esprit nouveau, le culte des chefs-d’œuvre antiques et la passion de renouveler, par leur étude , toutes les idées et tous les arts. Par cette révolution intellectuelle, en même temps qu'une voie plus large et plus sûre fut ouverte au génie national , il s’établit en quelque sorte une

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communion de la pensée pour les hommes d'élite que la séparation des rangs et des classes tenait à distance l’un de l’autre; quelque chose d’uniforme infusé par l’éducation littéraire atténua de plus en plus les différences traditionnelles d’esprit et de inceurs. Ainsi se prépara par degrés l’avènement d’une opinion publique nourrie dans la nation tout entière de toutes les nouvelles acquisitions du savoir et de l'intelligence. Cette opinion, qui s'est emparée de tout et a tout transformé depuis un siècle, date, pour qui veut mafquer ses origines, du temps où commence à se former, au-dessus de la tradition indigène, des préjugés de caste, d’état et de croyance, un fond commun d'idées purement laïques, d'études sorties d’une source autre que celle des écoles du moyen âge.

En dépit des maximes qui avaient retenti à la tribune de i484: Souveraineté du peuple, Volonté du peuple , Droit de possession du peuple sur la chose publique , rien ne changea quant an caractère des états généraux ; ils furent depuis lors ce qu’ils étaient auparavant, un recours suprême dans les temps de crise, non une institution régulière et permanente. On dirait qne ce fut la destinée ou l’instinct de la nation française de ne point vouloir sérieusement la liberté politique, tant que l’égalité serait impossible. C'est du tiers-état brisant le régime des ordres et réunissant tout à lui que devait émaner chez nous le premier essai d'une constitution représentative. Les états généraux , sous Charles VIII, avaient demandé que leur droit d’intervention fut déclaré permanent et leur tenue périodique ' ; entre ce vœu et

* Semble ausdiu estatz que, pour le pliioé et pays adjacens, et que bon ordre

bien et rêformacion du royaume, Danl- soit (cnn, et pour parvenir aux affaires du

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