SECONDE ORDONNANCE DE L'ÉCHEVINAGE D AMIENS, RELATIVE AUX PELLETIERS
En l'année 1 3 1 i, l’échevinage d’Amiens avait statué, comme on l’a vu que les mêmes ouvriers ne pourraient travailler à des ouvrages
• Ci-4osiu, p. 14«.
4TTÜ.
de vieille et de neuve pelleterie , et il avait interdit la vente des pelleteries neuves hors de la grande Italie. Cette halle, où se tenait un marché le samedi, était l’iine des plus considérables de la ville, à cause de l’importance du commerce des fourrures au moyen âge. La location des étaux rapportait, chaque année, beaucoup d’argent à la commune; aussi les magistrats municipaux veillaient-ils avec grand soin au maintien du privilège des marchands locataires.
Vers 1371 , des pelletiers de vieux s'étaient mis à vendre sur leurs étaux de la place du Castillon des fourrures neuves, qu’ils faisaient passer pour vieilles , en y ajoutant comme déguisement des ourlet. t et des espaulière.t . Par suite de cette contravention, la grande halle devenant moins productive pour la ville, l’échevinage fit une ordonnance destinée à donner plus de force aux dispositions de celle de 1 3 1 1 . En outre il assigna des places distinctes dans la halle aux marchands de vieux et aux marchands de neuf, et il leur interdit de vendre des fourrures dans leurs maisons les jours de marché. La plupart des articles ajoutés, en 1371, à l’ancien règlement, sont destiués à prévenir les fraudes auxquelles se livraient les fabricants et les marchands d'ouvrages de pelleterie. L'n seul article, le vingt-septième, est relatif à l'organisation politique du métier, et à ce titre mérite d’être signalé. Il constate qu’après une année d’exercice, les mayetirs de bannière des pelletiers devenaient les cswartls de l’année suivante, à la différence de ce qui avait lieu dans la plupart des corporations industrielles d’Amiens, où les csvvards étaient nommés par l’éclievinage.
Sachent tout clùl qui cest escript verront ou orront, comme pour ce que à la congnoissance des maieur et eschevins d'Amiens estoit venu que pluiseurs personnes deniourans en ladicte ville, lesquelz s'entremettent de marchandise de vaire œuvre et pelleterie, tant de viez comme de nocef, jà soit ce que de grant anchienneté en ladite ville ait tousjmirs eu et acoustumé à avoir halle aux vairiers et pelletiers, laquelle est belle et honneste, et en lequelle ait esté acoustumé de Tendre en samedi jour de marquié toute marchandise de vaire oeuvre, de pelleterie neeuve , à toutes manières fie gens qui accater en voloient , fussent gens d’église, nobles, bourgois ou autrez, et meismement aux marchons estranges qui en icellui jour de marquié en venoient accater en ladicte balle, laquelle
pour ce Tendre et accater dès piéna est ordonnée halle, aussy comme pour vendre les autres marchandises sont ordonnez les lieux et places où vendre se doivent. Depuis ung petit de temps, pour leur voulenté et singulier prouffit, se sont efforchez, de jour en jour s'efforchent les aucuns et pluiseurs pelletiers qui s'entremettent de marchandise de pelleterie viese , de icelle tenir et mettre en vente sur huions , en le place de Chastellon , et par leurs cautelles et malices, avec leur pelleterie viese y ont, tiennent sur leur hayons et vendent toute manière de vaire œuvre, de pennes et pelichons nœufz; mais, pour cause de ce qu'il y mettent ung ourlet et adjoustent espaullières , le réputent et appellent viese pelleterie, ineismement en leurs (nuisons ont et tiennent de le marchandise de vaire œuvre et pelleterie nœufve, lequelle il y tiennent sans aporler au marquié ne en ladite halle , pour ce que quant les bonnes gens en jour de marquié passent devant eulx , il les appellent et les mainent en leurs maisons là où il leur vendent laditte nœufve pelleterie; et, parce que pluiseurs vairiers et pelletiers de nœuf se sont exposez à faire comme iceulx viesiers, le fait de le marchandise de le nœufve pelleterie , qui soloit estre ungs grans fais a Amiens, est annuliez, et ladite halle, qui à ledite vdle rendoit grant prouilit , demeure gatté , lesquelles coses sont contre le bien commun et ou grant douiagede ledicte ville; et pour obvier à telz fruuldes, cautelles et malices, en entretenant l'anchien usage, et aflin que ladite halle soit excercée de ladite marchandise pour lesquelles elle fu premier ordonnée , et pour le prouilit du bien commun, par les dessusdits maieur et eschevins est ordonné eu le manière qui s'ensieut :
t. C'est assavoir que désormais en avant, toutes manières de vairiers et pelletiers, tant de ledicte ville corne les forains, qui en icelle ville voulront vendre vaire œuvre ou quelconque pelleterie nœufve, le sont tenu de ap|K>rter le samedi jour de marquié en ladite halle, et illec à estai les venderont et porront vendre et non ailleurs, exepté que ceulx qui vendent filletures, puignes , cas , et blans connins devant l'huis du Beeffroy, les venderont à l'entrée de fuis de ledite halle.
a. hem, toutes fourrures de menu vair seront faictes de bonne et loyeile œuvre justement, sans y mettre ne adjouster aultre œuvre que menus vairs, bon , léal et marcant, et tel qu'il doye passer par 1 eswart du meslier.
3. Item , les napperons de menus vairs seront fais de samblable et telle œuvre que dessus est dict , et seront faiz iceulx napperon» de xxim ventres de îneuus vairs du moins, bons et loyaus, de telle œuvre que pardessus est déclairié.
4. Item , est ordonné que les fourrures de gros vair seront faictes de droitte
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et juste muison , sans y mettre ne adjouster aucunes melleures ne aultre adjonction que de gros vairs , et ara et contenra chacune foureure de vu tiers, lii ventres et lu dos et xxxn dos pour l'estoffer, et le muison de vi tiers, xlviii ventres et xlviii dos pour l’estoffer, et d'icelles muisons seront faictes, et non de moins.
5. Item , que en fourrures de pappes , aucune ne mette ventres de esquevinesses , néantmainz pour ce que seullement de pappes loyaux et marcandes ; et ara chacune fourrure se droicte muison , et tant pareillement qu'il est dit cydessus des pennes de gros vair.
6. Item , fourrures d'escureurs seront faictes de droicte muison et sans y mettre ne merler parmy aucunes pennes d’esquevinesses , ventres ne dos, et lequelle muison sera , c’est assavoir : celles de vi tiers, de xlhii ventres, xlhii dos et de xxiiii dos pour l’estoffer; et le muison de cincq tiers sera, c’est assavoir: de xxxvi ventres, xxxvi dos et xx dos pour l'estoffer et non de mains.
7. Item, fourrures d'esquevinesses seront faictes, chacune de droitte muison, de xlviii ventres, xlviii dos, et par ce estoffés de lui-meismes.
8. Item , les fourrures d'œulles seront faictes de xlhii peaulx et de xiiii dos.
9. item , est ordonné que toutes manières de gens qui s'entremettent de vendre pennes ou quelconque aultre pelleterie viese, désormais en avant les venderont à l’autre lez de ledite halle , au lieu qui leur est ordonné pour vendre ladite viese pelleterie, et ne porront avec ladicte viese pelleterie, audit lieu qui leur est ordonné ne ailleurs, vendre quelconque vaire œuvre , letiches , ne quelconques fourrures , ne pennes nœufves.
10. Item, que nulz hahitans ou forains qui s'entremettent du mestier de sauvechine de connins mettre en œuvre , ne puist merler connins d’Espaigne avec connins nottrés, car les connins d'Espaigne ne se pueuvent porter contre les connins nottrés; mais se metteront en oeuvre les connins nottrez à par eulx, d’une part, et ceulx d'Espaigne à par eulx, d'autre part, et sans aucune mellure ; et aussy seront mis à par eulx les ventres des connins nottrez et des connins d’FJpaigne bien et deuetnenl.
11. Item, est ordonné que nulz ne puist vendre en le halle d’Amiens viese pelleterie avec nœufve , mais pour les souppechons qui se puevent esqueir, se tiennent à l’un ou à l'autre , c’est assavoir à nœuf ou à viez.
ia. Item, que tous ceulx qui s’entremettent de pelleterie d’aigniel mettre en œuvre, soit hahitans ou forains, ne puissent vendre pelleterie là où il y ait vez aignin avec aigniel , pour les frauldes qui s’y puevent coracttre, parce que le vez aignin ne se pœut porter avec l’aigniel.
i3. Item , que les viesiers de pelleterie désormais en avant ne porront
Tendre fourrures nulles ne pelichôns, que premièrement elles ne soient liées et estovées, c’est assavoir: le boucque et le essolers de ourlet quant aux fourrures, et les pelirlmns dessoubz et desseure tous preste pour vestir; ne aussy ne porront vendre pennes d’aigneaux selles ne sont fendues devant et mises en fourrure de pennes vieses.
14. Item, ne porront vendre aucuns manteaux nœufz ne caperons nuœfz, quelz qu ilz soient, ventres de menus vairs, letiches nœufves, blons connins nœufz, ne aultre pelleterie nœufvc, quelle qu'elle soit, hors œuvre de blans cas et caurois.
15. Item, que aucun vairier ou pelletier de nœuf, ou aucun viesier de pelleterie, ne porront mettre en nœufve penne pelleterie viese, sur peine de perdre le mestier an et jour en le voulcnté du maieur et eschevins.
16. Item, lesdis viesiers-pelletiers ne porront accater pelleterie nœufve, que en dedans les deux jours ensuivans qu’il les aront accaté il sont tenus de festoyer, ourler et mettre en telle fourme que dessus est dit et qu'il doivent vendre leur viese pelleterie.
17. Item, ne porront lcsdils viesiers mettre ne faire mettre en oeuvre quelconque pelleterie nœufve que ce soit.
1 8. Item , que nul fourreur ne puist fourrer et estre marcant ensemble , pour les cautelles et malices qui s’en porroirnt ensieuir; mais se tiennent à l’un ou à L’autre , excepté qu’il porront vendre toute matière crue , sans estre ouvrée , exepté que pour enfTans porront faire peliclions de connins de cas et de lienves.
19. Item, que nulz vairiers ne pelletiers de nœuf ou viesiers ne puist, en le banlieue d’Amiens , vendre aucune pelleterie taincte.
ao. Item , que nulz fourreurs ne puist accater fourrures nulles pour qui que ce soit, se les personnes pour qui il accateront ou aucune personne pour eulx ne sont avec eulx , ou au moins sont tenus d’éclaircir les personnes pour qui il feront ledit accat; car en ce a et peut avoir grant fraulde et déception, parce que aucuns d'iceulx fourreurs, qui lesdites fourrures ont accaté, les revendent à leurs maistres plus haut pris que acalé ne les avoient.
ai. Item, que nulz valletz ouvriers, soit & loyer ou à journée, en nœuve pelleterie , ne porra vendre ne faire vendre nœuve pelleterie , qui soit à lui propre , par le tamps qu'il ouvrera ou sera à loyer ou à journée.
aa. Item , que les dessusdis vairiers ou pelletiers de nœuf et les pelletiers viesiers, en samedi, jour de marquié, en leursdites maisons ne pœuvent ou porront vendre [ne] en autrez lieux que es lieux cy-dessus déclarez et ordenez, ne aussy ne porront appeller ne faire apeller d'estal à aultre les gens qui accater yoront de leurs marcandises.
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a3. Item , ne porront iceulx viesiers, en icellui jour de marquié, vendre ne faire vendre aucunes de leurs marcandises en leurs maisons , ne appeller les marcans ou faire appeller ne mener en leursdites maisons, pour leurdites mnrcandises vendre en aucune manière.
Item, que aucuns desdis mestiers ne puist mettre cauroirs en fourrures d'aigneaux.
20. Item , que aucuns ne puist vendre peaux de poulains pour caurois.
26. Item , est ordonné , et aftin que tes bonnes gens puissent avoir greigneur raison de pennes d'aigneaux , que aucuns viesiers pelletiers ou viesiers de le banlieue d'Amiens, depuis le venredi, heure de prime au blé, jusques au samedy, prime au poisson , ne accate ou face acater par lui ne par aultre aucunes pennes d'aignaux à marcant estrange, ne à personne foraine.
27. Item, est ordonné, et aflîn que le fait des mestiers dessusdis soit plus diligemment wardez , que li maieur des vairiers et pelletiers qui aront esté pour l'année passée seront es w art pour l’année advenue, et ainsy sera fait pour le tamps ad venir. Liquel feront serment au maieur et eschevins comme les eswars des autrez Lumières, et lesquelz eswars seront tenus de eswarder les denrées et inarcandises de pelleterie viese et nœufve ; et s’il y treuvent aucune deffaulte, il seront tenus de le rapporter aux dessusdiz maieur et escbevins.
28. Et toutes lesquelles ordonnances sont faictes en le voulenté et ou rappel desdis maieur et eschevins. Et quiconques trespassera aucunes d'icelles ordonnances, pour chacune foiz que le cas s’offrera, il sera enqueux en xl solz d’amende, au prouflit de ladicte ville, desquelz le banière ara xm deniers.
Ce fut fait et ordonné en l’eschevinage d'Amiens, par sire Jehan des Rabuissons , maieur d'Amiens, sire Jehan de Saint-Fuscian , sire Willamme de Conty, Jehan Lenormant, Freinin Froterie, Philippe de l’Abéye, Jacque Lecomte, Colart de Ricquebourc et pluiseurs autrez eschevins, le venredi xxv* jour d'avril fan de grâce mil ccc lxxi.
Arch. de l'hôtel de «illc d'Amiens, reg. »ui chartes cote b , fol. 171 xa à 174 v*.
NOTICE D'UNE LETTRE PAR LAQUELLE CHARLES V ORDONNE AUX BOURGEOIS D'AMIENS DE S'ÉQUIPER POUR LA GUERRE.
Dans le cours de l'année 1371, la guerre contre les Anglais était vivement soutenue dans le Limousin , le Poitou et l'Auvergne. Le j juin de cette même année, Cbarles Y écrivit aux Asniénois, et les requit
DigitizgdJjy
de s'organiser pour la défense du royaume. Aux termes du mandement royal les bourgeois riches doivent se tenir montés et armés. Les habitants qui ne peuvent avoir un cheval s’équiperont convenablement et selon leurs ressources, pour le service de gens de pied, latexte de ces lettres ne nous est point parvenu ; nous 11e les connaissons que par la notice suivante, conservée dans l’un des anciens inventaires des archives municipales.
Mandement du roi Charles, adreclmnt aux bourgeois et habitans de la ville *3?* d'Amiens, qui leur prescrit, sur l'amour et féauté qu’il/, luy doivent, que ceulx qui avoient la puissance se teinssent montes et armez, et les autres convenablement en estât de bonne deffence, telle qu’il les peust avoir, et de eulz soy aidier pour résister aux entreprinses que s'efforchoient faire les Anglois , ses uncltiens ennemis, en son royalme.
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An.ii, de l'htot de ville d'Amiens , rcg. aux rharlct rote S 1 , notice uu i6i.
NOTICE D’UN MANDEMENT DONNÉ PAR LE ROI CHARLES V A L’ÉCHE- VINAGE D’ AMIENS POUR LA SÛRETÉ DE LA VILLE.
On sait quels furent, au xiv* siècle, les excès commis par les bandes ou compagnies de gens d’armes qui s étaient formées dans le royaume a«i milieu des désastres de la guerre civile et delà guerre étrangère. Les places fortes elles-mêmes 11’étaient pas toujours à l’abri de leurs attaques, et, dans la crainte des surprises, on prit pour la garde des villes les précautions les plus sévères. Voici la notice d'un mandement de Charles V, qui défeud au maire et aux écbevins d'Amiens de laisser entrer dans la ville aucun corps de troupes supérieur en nombre aux forces de la bourgeoisie, à moins que ce corps ne soit commandé par quelqu’un des princes du sang, des officiers du roi ou d'autres gens de bonne congnoissance.
Mandement du roy Charles, qui prescrit aux maire et échevins d'Amiens de il-i ne laisser et souffrir entrer en ladite ville, surtout qu'ilz porront meffaire, au- , DV,
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cunes gens d'armes, se iceulz et les habitai» d’icelle irille n estaient les plu» fors, se n'estoient gens du sang royal, officiers du roy ou autres de bonne congnoissance.
Arv'li. de l’iiôtrl de tille d’Amiens, reg. aux cJutrles coté Si, nolire u“ i5A.
CCLXVIII
ARRÊT DU PARLEMENT AU SUJET DUNE ACQUISITION FAITE DANS LA VILLE D AMIENS PAR LES RELIGIEUX AUGUSTINS.
Une communauté de frères ermites de Saint-Augustin habitait depuis longtemps l'un des faubourgs d'Amiens, où elle avait une maison, une église et d'autres édifices considérables. Dans les guerres et les troubles dont Amiens eut tant à souffrir durant la captivité du roi Jean, ces religieux furent inquiétés et vexés de différentes manières, soit par les ennemis nu les factieux qui tenaient la campagne, soit par l’autorité qui veillait à la défense de la ville. Leur église et leur maison furent dévastées et ruinées à plusieurs reprises : ils en coururent un grand dégoût pour l’habitation des faubourgs, et cherchèrent dès lors, par tous les mojens possibles, à transporter lenr domicile dans l’intérieur des murs. Eli l'année i368, ils firent l'acquisition d'une grande maison , située dans le quartier le plus populeux d’Amiens, et nommée l’hôtel d'Espagny; ils s’y établirent après avoir fait abattre leur maison du faubourg et vendu les matériaux de toute espèce provenant de celte démolition. L’hôtel d’Espagny avec ses dépendances occupait un terrain d’environ trois arpents, et aliénait à l’un des bastions de la ville, entoure par les eaux de la Somme; de sorte qu’on pouvait par cet endroit sortir d’Amiens en bateau, de nuit comme de jour.
L’acquisition faite par les frères Augustius, l’un des quatre ordres mendiants, souleva des oppositions de tontes parts : le procureur dn roi, l'évêque, le doyen et le chapitre, le maire et les échevins, l'abbé et le couvent de Saint-Martin-aux-Jumeaux , et le curé de la paroisse de Saint-Loup, s’unirent pour protester contre l'établissement de ces religieux dans l’intérieur de la ville; ils leur intentèrent un procès dans le but de faire rescinder la vente de l'hôlel d'Espagny et annuler les lettres d'amortissement que la communauté avait obtenues du rot.
L'affaire ayant été portée devant le parlement, chacun des nombreux demandeurs développa les motifs de son opposition : si la vente et l'amortissement de l'hôtel d’Espagny étaient maintenus, le procureur du roi devait perdre ses droits de haute justice sur cette maison, l’évêque sa juridiction spirituelle, le chapitre des cens et des dimes, les religieux de Sainl-Marlin-auv-Jumeaux et le curé de Saint-Loup des offrandes et des droits de sépulture; mais la commune surtout appuyait sa requête de graves motifs dont voici le sommaire :
Il est défendu aux ordres mendiants d’acquérir de nouvelles maisons et de quitter celles qu’ils occupent, sous peine d'excommunication. Les Augustins d'Amiens ne peuvent s'autoriser d’une permission de la cour de Rome, puisqu’ils ne représentent point l’acte original de cette permission ; et d'ailleurs, si cet acte existe, ils ne l'ont obtenu que par ruse et par fraude. — D'après une coutume notoirement observée à Amiens, uul ne peut acquérir un immeuble situé dans la ville ou son territoire, sans que l’acte soit fait et passé devant le maire et les échevins; formalité qui n’a pas eu lieu pour la vente de l'hôtel d’Espagny *. — Il y aurait péril pour la sûreté des bourgeois d'Amiens, si des religieux appartenant à des nations et à des langues diverses , de dieersis nalionibus et Unguis, pouvaient entrer dans la ville, en sortir en toute liberté par la rivière, et recevoir dans leur maison qui ils voudraient. — Ka possession de l’hôtel d’Espagny par les Augustins retrancherait cette maison et ses dépendances de la juridiction de l’échevinage, priverait la commune de certains droits utiles, et plusieurs bourgeois des cens et rentes qu'ils y possèdent ; elle serait en outre préjudiciable à l'industrie de la ville, car des foulons et des tisserands, au nombre de cent ou cent vingt, exerçaient leurs métiers dans les bâtiments de cet hôtel. — Les religieux pourraient, par la suite, faire de nouvelles acquisitions dans le voisinage, ce qui procurerait à d'autres frères mendiants le moyen de s'établir dans la ville, qui se trou-
• L'assertion d« crbniiu fui coainlct par le* défendeurs , qui (oulintrol que la rente était valable » puisqu'elle avait été passée detiul le tabellion ou le* auditeurs d'Amiens , aotu le sceau du bailliage , coram tabellion* vtl atulitoribu* Jmbianensïbm , sigtilo bai {fi rie Amkiantruii tîgii-
Usta ; contradiction qui fait présumer que , dés le Xiv* siècle, ce dernier mode de solenniscr les actes , selon le nouveau droit du royaume, se trouvait dans Amiens en concurrence avec l'ancienne forme prescrite par le droit municipal. Voj vt cidessus, p. 17 ri is4-
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verait ainsi habitée par un nombre excessif de personnes jouissant de l'immunité ecclésiastique
Le maire et les échevins invoquaient l’autorité de plusieurs arrêts rendus en leur faveur dans des cas semblables, et faisaient valoir, comme ils l'avaient déjà fait dans d’autres circonstances, la nature pleinement libre de leur constitution municipale, disant que leur magistrature avait été noblement établie par les rois de France, que la ville d’Amiens avait corps, collège, loi, communauté, beffroi, haute, moyenne et basse justice , sauf les cas royaux , et que , par conséquent , ils étaient en possession du droit absolu de permettre ou d’empècher dans Amiens la construction de nouvelles églises ou l’appropriation d'édifices quelconques à des usages religieux. Ils ajoutaient que l’établissement des Augustins dans l'hôtel d’Espaguy, et l’érection faite pat eux de plusieurs chapelles dans cette maison, avaient eu lieu malgré une défense formelle de l’autorité municipale.
Four tous ces motifs, les demandeurs concluaient à ce qu'il plût à la cour de reconnaître la justice de leur opposition , d'annuler la vente et l’amortissement de l'hôtel d’Espagny, et de condamner les défendeurs à des dommages-intérêts et aux dépens.
Voici les principaux moyens de défense que les religieux Augustins opposaient aux allégations de leurs adversaires : ils avaient, disaientils, le droit de venir habiter dans l'enceinte des villes, d’y construire des églises et d’y célébrer l’office divin. — Leur ordre avait été approuvé par les souverains pontifes, et eu particulier par le pape Innocent VI, qui leur avait accordé la faculté de changer de demeure, nonobstant les dispositions contraires contenues dans les décrétales. — La coutume et l'usage leur permettaient, dans la ville d’Amiens, d'acquérir et de consacrer au culte divin des édifices quelconques, sans l’autorisation des magistrats municipaux. — Ils avaient ainsi acheté dans les faubourgs une maison , où ils avaient demeuré longtemps sans nul congé du maire et des échevins, bien que cette maison fût du ressort de la juridiction communale. — Enfin, élevant pour leur compte le débat à la hauteur
* Déjà au *111' siècle l'échevinage » 'était opposé, rornt de* ficrc* prêcheurs dao* l'intérieur de U
sans dou'c par le* même* mol ifs, à rétablisse* ville d' Amiens. Yoyci ci-dessus, p. aag.
— Digiiizôd-by i
QOJ.
d’une question de principes sociaux, les Augustins disaient que tous corps, autres que les corps religieux, étaient par leur origine en dehors du droit commun; qu’une communauté civile ainsi fondée par privilège ne pouvait être maintenue en possession ou saisine d’un droit quelconque, si elle ne faisait preuve du privilège qui lui conférait cette possession , et que, même en faisant cette preuve, elle ne pouvait prétendre a un droit plus étendu que celui qui était contenu dans l’acte constitutif de son privilège. Or, la ville d’Amiens était constituée en corps et communauté par privilège, et nou en vertu du droit commun; l’échevinage n'avait pas prouvé que le droit dont il se prétendait en possession fût formellement exprimé dans son privilège; on ne pouvait donc suppléer par voie d’inductiou au silence de la charte communale, pour admettre une prétention contraire au droit des gens, au droit naturel et primordial, contra jut gencium et natumk primevam. Ces curieuses formules offrent un exemple de l’esprit de démocratie théocratique et d'opposition à tous les pouvoirs, hors un seul, celui du pape, qui était, au moyen âge, le caractère des ordres mendiants.
Après avoir entendu les dires respectifs des parties, et consulté les lettres, actes et documents déposés par elles, la cour, adoptant les conclusions de la commune et de scs codemandeurs, condamna les Augustins aux dépens du procès, dont elle se réserva la taxation.
Notuni facimus quud, cum procurator ouvrer generalis ac cpiscopus, decanus (3-1. et capituluin , majorque et scabiui ville AinbiatiensU, ubhas eciani et con- ’J veutus Sancti Martini ad Jumellos et curatus Sancti Lupi Ambianensis, prout eorum quemlibet tangere poterat, actores in bac parte, proposuissent in nostra parlamenti curia contra religiosos virus prieront et conventum fratrum lieremitarum Sancti Augustini Ambianensis , defensores, quod dicti religiosi habuerant et habebant ecclesiam, domum et plura edificia magna et notabilia, qui seu que ad usus et habitàcionem dictorum religiosorum sufticere poterant et debebant , et in quibus per longa tetnpora habitaverant , et adhuc bene babitarent , si vellent ; que quidem ecclesia et edificia erant et sunt si ta in dicte ville Ambianensis suburbiis , que adhuc sunt vallata et firmata magnis fossatis atque portis; nichilominus tamen dicti religiosi certa ex dictis edificiis ibidem detnolierant, propria sua voluntate et absque cujusquam presertim de dicta
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villa cotnpulsione , tegulasque ac lapides et merrenum ex illis vcndiderant t hoc tune ignorantibus actoribus antedictis; et licet dicta edificia essent et adhuc sunt bepe spaciosa et competencia , actamen ipsis religiosis duo arpenta ibidem covicina admortisaveramus , ad finem quod in ca&u quo forsitan oportui&set aliquam partem dictoruni edificiomm demoliri propter gu erra s , ipsi religiosi possent, si veulent, ibidem edificare de novo ; et quomvis sulBciat alias religiosis mendicantibus in suburbiis predictis commorari , nichilominus tamen dicti religiosi, defensores, semper affectaverant viam invenire per quant in dicta villa possent trahete suam moram, ut ipsi magis delicale vivere possent; et ob hoc, quemdam notabilem domum , que dicitur domus d’Espaigny, sibi vendi procuraverant , et eam de facto intraverant in nocte festi Ascensionis Dominice , anno Domini m*ccC* cx“ viîi*, ibi que erigi fecemnt et construi ait»ria, ac inceperant diviria celebrare officia. Quod quidem hospiciutn d’Espaigny erat et est adeo notabile atque magnum, quod bene continebat tria arpenta terre vel circa, et erat situatum in magno vico dicte ville; ibidemque erat et est locus fort» et aqua riparie Somme circumdalt» , ac a parte posteriori , prope dicte ville munis , conjunctus, ac per illud posset exitus dicte ville periculosus libéré haberi , die nocteque, navigio mediante; et in dicte domus spacio sexries viginti vel centum fullones et textores dudum artem suam exercuerant.
Major autem et scabini predicli dicte ville, vidantes occupacionem dicii loci per prefatos religiosos , sicut premittitur, indebite factam , sibi et toti reipublice dicte ville et parcium vicinarum fore prejudiciabilem , de hoc conquesti fue rant, in casu novitatis; et fuerat dies certa partibus assignat» coram buillivo dicte ville , ad procedendum in causa predicta , ut esset racionis. Dicti vero religiosi , hoc considérantes , subrepticie , tacito de prenüss» , et express» to quod ipsi, propter guerras, multum dampnificati fuerant, quodque primum eorum hospicium fuerat ita diniptum , quod in eo morari non poterant, a nobis, sub consideracione et occasione assercionis corumdem , dictant domum et locum d'Espaigny amortisari procuraverant; sed ad sciendum an lioc nobis et dicte ville esset prejudiciabile , nec ne, dictum admorlisamen , niiseramus dilectis ac fidelibus genlibus nostre camere compotomm Parisius, ut veritas inde sciretur. Que quidem gentes compotorum baillivo dicte ville commiserant, ut veritatem super hoc inquireret, ac eam dicte nostre camere remitteret.
Prefati autem episeopus, capitulum, abbas et curatus, videntes iu bac parte evidens eorum dampnum et prejudicium imminere, si dictum admorlisamentum transiretet fieret, impetraverant a nobis et oblinuerant certes litteras, per quas mandaveramus ipsos contra preiuissa per dicte ville gubemutorem ad opposi-
ctonem “dmittj , et d.ctan, causant oppo.icio.ii, ad dirai parlamenti nostri cur.»,„ remit.. ; mandaveramu, in.upcr quod dicte gente, no.trc caméra compotorom prefalum admortisamentum et alla, li.tera,, ,i Uaherent, ,j dicta m parlamenü no.tn curia m remitterent. In qua quidem curia parlamcn.i, .psi» parti li u. propter hoc con.titu.i., dicti major et .cal.ini, premissa laciu, proponendo et reci.ando , propo.uerant ulteriu, prefato, religioso, ad se j„v»n- “T cn,Pc*one «u acquisicione Tel conques,,, dicti loci dEspaignv non fore “dm,. tende, cum de jure c. racionc nulle ordinum mendican.ium pos.it acquirerc al, qua. domo. nova, e, dimittera antiqua» qua. priu, habebat, quodque ««lis acqtu.icio non valebat, et .entendant excommunicacioni, incurreban. Contran uni facien.es. Dicli vero religio.i bonam domum et edificia magna label, ant, ut prefertur, et nicbilominu, prefatan, domum dEspaignv de novo acquirerc voluerant; e. quamvi, dicerent ,c a roman, curia de hoc licencia n, olitinui.se, de ca tamen .ejuvare non poterant, quia de original! ipsiu. fidem acere non potuerant, légitimé requi.iti; dicta eciarn littera licencie, ,i quan, habebant, erat et fuerat .ubrepticie impetrata , «pressa falsitatc et Ucita veri- U.te, ut d.cebant adores predici. Insuper dicebant quod , secundum cousuetudinem ,n »,lla An.h.anensi no.orie obserratam , nullus potera. neque pote,, al, quan, rem utuiobilen. emere, nec p«,ses,ionem habere alicujusrei inmob.lis empte in d.cta villa et juridicione ejusdem, nisi empcio fucrit facta et transivent coram majore et scabinis predicti,; dicta autem vcndicio do, nu, d'Espaignv ac possessio inde .equta non fuerant facte vel habite coram dicti, majore et scabim, : quapropter apparcbal et apparet dictos majorera et scabino, »e légitimé oposuisse contra dictam vendirionem dicte domus.
Nostra eciarn plurimi intererat et interest quod dicta empcio non teneat, et eciam quod dicta admortisacio non transeat, propter confiscaciones que in dicta domo conungere possunt e. evenire, que omne, ad no, .pectant, tara in dicta domo quant m v.lla; qua. confiscaciones in dicta domo ami.teremus, si dicta v.ndic", et «dmorütamentum fièrent. Ami., «remu, eciam juridicionem ,, mener,ta,, s quant ibidem habemus, subsidia eciam nohi, ,olvi milita ab habitatonbus q„, .olebant in dicta domo habitare amitteremus; et villa prédiras plunmum deppopularetur, si habitatores ipsius domu,, propter .lictum admortisamentum, reoederent; et pre.erea dicti religio.i ünmunitatem haberen. in duobus loc,s separatis, quod ccdcre posset in nostrum et reipublice prejudicium , propter malefactores, qui facilius refugium po.sent invenire, et inde causarent occasioneni malignandi , ul fréquenter comingit.
Proponebant eciam dicli actores quantum dicti religio.i sint pro mnjori paite de dtver». nacionibus et linguis, et qui possent intrare dictam villam et de es T.
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rxire, ad libitum, per ripariam, ac ibi ponerc génies quales vcllent : in tle posset magnum séqui pcriculuin, prout in dicta villa in casu consiniib fuerat visum.
Prefatus insuper episcopus suam amitteret spiritualem juridicionein in doino predicta; ncc cuiquam licebut in epUcopatu et juridieione suis sine sua licencia et consensu aliquam edificare ecclesiam , ad quem eciam episcopum beneficiorum oollaciones ac ecclesiarum sue diocesis pertinere dinoscuntur.
Dicti vero decanus et capitulum super dicta dorno d’Espaigny hubebunt et percipere consueverant, quolibet anno, certos census, quos nb ipsis religiosis exiger»* et habere non valerent. Ad ipsos eciam decauuiu et capitulum pertinehaut décime fnictuutn ibidem collectorum et animalium minutonun et alionim de quibus décimé solvi debent, quas amitterent, si dicta transiret admortisacio, et sic redditus et pioventus dictoruui decani et capituli diminuerentur, quod (ieri non debebat sitic eorum consensu et absque sedis a|>ostolice aucloritale et licencia speciali. Et insuper ecclesic predicte Sancti Martini ad Jumellos et Sancti Lupi subsunt dictis decano et capitulo, ac de eorum sunt pntronntu; in parroebiaque dicti Sancti Lupi prefuta domus d'Espaigny situatur, et ad curai mil dicte eedesie Sancti Lupi oblaciones pertinebant et pertinent, quibus fraudaretur et privaretur, ac jura dictorum decani et capituli minuerentur, si dicta domus d'Espaigny ad prefatos pertinerel religiosos; anime eciam defunctorum, quorum corpora in autiqua ipsorum religiosomm ccclesia crant et sunt sepulta , tervicio divino ac precibus que ibidem lier» pro eis debent fraudarentur.
Dicebant eciam predicti major et scubini quod ipsi baliebant exercicium oui* nimode juridicionis in omnibus casibus , exccptis quibusdam Itobif reservatis, de quo ipsi major et scahini fraudarentur ac de pluribus aliis utilitatibus quas ibidem ipsi IuiIhiiI. — Dicta insuper domus d'Espaigny est nostra tailliabilis ac justiciubdis, una cuiu locis et hereditagiis propinquis, que amitteremus, si dicta aduiortisacio suum sortiretur effectum. — Amitterent eciam pluies burgenses dicte ville nonnullos census ac redditus ibidem habenlcs. — Et unaciiui hoc, in dicta villa, quemultum fuit dampniûcata propter guerras, possent dicti religiosi .tliqua propinqua loca acquirere , sicut fuccre bactenus consueverant; quantobrem nlii mendiantes babereiit occasionem querendi vias per quus ita esse ni in dicta villa bospitati , sicut dicti defensores; et sic dicta civitas pro majori parle esset occupa ta loci immunitatem babentibus, quod esset nobis ac dictis majori et scabinis valde dampnosum.
Proponebant eciam quod gcutes nostre caincre compolorum, informate de premissis, guhernatori Ambianensi per suas mandaverant litteru* quod ipse eompeliercl dictos religiosos ad exeundum de dicta domo d'Espaigny et ad ponendum eam extra manum suam, infra unuui annum, jam clapsum. Ex
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quibus dire b a rit dicti major et scabini se hnbere bonain opposicionis causant ; et alias, [quod] in casibus simili bus, fuerant prolata plura arrrsta contra dictos religiosos; et ali;»*, ad intrncioneni nctorum predictoruni. Proponelmnt ecian» dicti major et scabini , in causn novitatis pendente inter ipsos, ex parte una, et dictos religiosos, ex altéra, quod ipsi major et scabini fuerant et erant nobiliter fundati per prederessores nostros, ac quod ipsi hnbebant corpus, legem , cominunitatem , collegium et beffretum , seu campanoiu grossam, ac totuin id quod ad collegitim et funducioncm communitatis poterat et potest seu débet pertinere : racione vero dicte fundacionis, ipsi babebani omnimodam juridicionetn , altam, médian» atque bassan» , soit et in sotidum in dicta villa ac territorio ejusdem, exceptis aliquibus casibus nobis reservntis; quodque ipsi ernnt et sunt in possessione et saisina tali , videlicet, quod ali- (piis religiosus vel alius in dicta villa non potest nec debet ediBcare, alias edificari facere ecclesins, domos nec alia edibeia, pro celebrando vel ponetido ad usum ecclesiasticiim, sine atictoritate et consens»» dictorun» majoris et scabinorum; et si aliqui nisi fuerint in conlrarium, illud destruction et ad pristinum statum reductum fuerat : dequibus non obstantibus, prefoti religiosi plura edificia in dicta domo d Kspaigny fieri et cotistrui fecerant, videlicet, altaria ac alia apta ad celebrandun» divina, prêter et contra voluntatem et prohibicionem prefatorum majoris et scabinortim; nisi fuerant eciatn dicti religiosi ibidem suani facere inoram, quamvis nonduiu locus predictus esset admortisntns, sed erat in juridicione iiostra ac dictorum majoris et scabinortim : quapropter, virtute quarumdam litterarum gubemntoris Ambianensis, fecerant ipsi major et scabini dictos religiosos supra dicta loca contenciosa evocari, qui querimonie dictorum majoris et scabinorum se opposuerant, eos in suis dicti* , possessione et saisina iropediendo et perturbando indebite ac de novo. — Pendente vero dicta novitatis causa, recredencium eisdetn major» et scabini* iieri debebat, ut proponebant, cura ipsi habeant pro se jus commune, per quod nullus potest cditicare nuiluin edilirium ad usum ecciesiasticum, iu justicia et doininio alterius, sine sua licencia et consensu; et si forsnn dicti religiosi recredenciani predictum haberent , quod absit , ipsi jus proprietatis illico immutarent, el locum predictum facerent consecrari ac Deo dedicari; qui de cetero profuuus existere non valereU — llabebant ulterius dicti major et scabini ultima expleta, nec admortisamentum et vendicio predicta adliuc erant perfecte, nec transiveraul nec facta fuerant coram dictis majore et scabinis ; quod umen necesse fuerat , ut superius fuit diclum. Per hoc eciam veniebanl seu venire uittebantur dicti religiosi contra suaui profession em , novum locum acquirere volendo; et sic claie apparebat nullam recredenciam eis fieri debere, ut dicebant actores predicti.
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Quare petebunt per arrestum curie nostre dici et pronunciari dictos religiosos non admitti ad se juvandum de empcione et admortisamento predictis, et quod hoc non prosit eisdem, et dicti opponentes bene se opposuerunt, dictumque admortisanientum nullum et invalidum pronunciari, prefatos actores in suis predictis possessionibus et snisinis manuteneri et servari, impedimentum per dictos religiosos nppositum indebite et de novo amoveri, res contenciosas ipsis actoribus, umquain in manu partis, expediri atque poni, novilate araota, recredencianique eis et non dictis religiosi* fieri, dictosque actores admitti ad omnia proposita pereosdem, ac dictos religiosos in suis interesse dampnis et expensis condempnari.
Prefatis religiosis in contrarium proponentibus et dicenlibus quod ipsi poterant et possunt facere corpus et collegium, ordinata causa religionis, in omnibus locis, villis et civitutibus, et sunt ta lia collegia licita ac permisse, possuntque domos et loca eniere, ac in eis trahere licite suam moram, in ipsisque facere ecclesias ac divinum servicîum celebrare, secundum civiles et canonicas anncciones , maxime cuoi ipsi sint religiose persone , religioque eorum sit una de religionibus approbatis, quam papa Innocencius sextus approbaverat ac plures alii summi pontifices; qui papa Innocencius eis licenciam dederat tenendi ac possidendi terras, possessiones ac bona alia, eis ex principum largicione vel oblacione lideliutu concessa , Tel aliter per eos canonice acquisita , in ipsisque locis facere ac construere ecclesias , capellas , oratoria et alia necessaria vel apta ad divinum servicîum celebrandum , quodque in eis valeretit trahere suam moram, non obstantibus decretalibus in contrarium constitutis; erantque consuetudo, usus et coinmunis observancia in civitalc Ambianensi notorie observât! taies, quod dicti religiosi poterant et possunt, de jure ~suo, facere ecclesias, domos vel edificia ad celebrandum et morandum, sine licencia, auctoritate vel consensu dictorum majoris et scabinorum ac communitatis ville Ambianensis; nec est aliqua consuetudo in contrarium introducta de pre* missis ; quod erant et fuerant dicti religiosi in pos&essione et saisina, pacifice, per se ac predecessores suos, a tanto tempore de quo hominum memoria non extabat in contrarium, vero quod sufficiebat ad bonam possessionem et saisinam acquirendam et retinendam, de hiisque fuerant usi pacifice , per se ac per predecessores suos per longum tempus et sufficiens, dictis majore et scabinis hoc videntibus et scientibus pacifice ; et si quod impedimentum fuerat appositum, inde amotum fuerat ad dictorum religiosorura utilitatem ; ac de dictis possessionibus et saisinis usi fuerant per annos, et explecta novissima continuando. Ante possessionem suam, dicti religiosi acquisiverant quandam domura a domino de Falerny in suburbiis Ambianeusibus, iu justicia quant dicti actores
dicunt se habere , in qua domo fieri fecerant dicli religiosi quandam ecclesiam pulcram , in qua divina celebraverant pluries ac pluribus annis continuis, et alia edificia ibi fecerant ecclesiastica, in quibus morati fuerant per longiim tempus et usque ad dictorum edificiortim destruccionexn , ac premissa fecerant sine licencia, auctoritate seu conaensu dictorum majoris et scabinorum. Posuerant eciam dicti religiosi in quodam celario vocato, ornamenta dicte eoruni ecclesie , videlicet libros, vestes , cura aliis tnagnis et preciosia bonis roobilibus , ut tucius conservarentur : que per dictos actores et de eorum precepto fuerant combusta ac destructa , in quibus fuerant dicti religiosi dampmficati in quatuor mille libris vel ci rca; que facta fuerant anno Domini m*ccc* quin* quagesimo octavo, quando inimici regni nostri suburbia dicte ville ceperunt. Quo anno dicti major et scabini prefatis religiosi* preceperunt quod dictas ecclesiam ac domos suas ad terram prostemerent, alioquin eas comburerent, que merito dicti religiosi formidantes, dictant ecclesiam minari fecerunt pro inajori parte , in tantum quod ad terram cedderat , et sic , per factum ac compulsionem et culpam dictorum majoris et scabinorum, dicti religiosi prefata* ecclesiam et domos suas amiserant, postque ipsi religiosi quandam aliani domum a Johanne de Sene einerant ad dicti Johannis vitam, in qua quandam ecclesiam fecerant et in ea celebraverant ac morati fuerant, eamque ad usus ecclesiasticos applicnverant , sine licencia seu auctoritate dictorum majoris et scabinorum, ipsis videntibua, scientibus, seu scire valentibus, sine impedimento quocunque, ac per longum tempus et taie quod sufficiebat et sufficit ad bonam possessionem acquirendam et eciam retinendam. Postquam vero dicti inimici se retraceront, dicti religiosi prefatam suam domum primam refici pro parte fecerant, ac ibidem unum parvum oratorium construxerant , pro quibus mille libris vel cirdter expenderant, casu tamen fortuito vel aliter incendium positum fuerat paulo post in ecclesia Deate Marie Ambianensis : ex quo eciam edificia predicta per dictos religiosos reedificata fuerant combusta, etnichilominus, post dictant secundam destruccionem , ipsi religiosi omnes predictas domos et ecclesiam refici fecerant, in quibus duos mille libras vel circa expenderont. Anno vero Domini m * ccc® iviu", in vigilia Pasche, dicti major et scabini preceperant, seu procuraverant precipi per guhematorera Arabianensem, dicti* religiosis, quod ipsi usque ad arenm prefatas domos suas et ecclesiam destruerent, dicentes eas posse nocere civitati Ambianensi ac periculosas esse in casu quo insultas lieret contra dictam civitatem, et cum hoc, dicti major et scabini licenciant dicti* religiosi* dederant, seu per dictum gubernatorem dari fecerant, que* rendi locum et domos alias in villa Ambianensi vel extra, in quibus valerent hospiuri, prout hec per litteras sigillo baillivie Ambianensis sigillatas possunt
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evidenter apparere : quapropter dieti religiosi dictas domos suas cun» ecclesia destrui fecerant indilate , qui, tune non habentes certum réfugiant nec locum in cjuo divins valerent celebrare misteria, dictum bospicium d’Espaigny in villa Ambianensi a Jarobo de Mareil et a nonnullis aliis emerant, precio quatenus centuni triginta duaruin librarum Parisiensiuni , prout per litteras sigillo dicle bnillivie Ambianensis sigillatas potest liquide apparere; quod hospicium dieti religiosi ac venditores ipsius prefatis majori et scobinis obtulerant, diccnteseisdem quod, si non vellent dictum bospicium emere, ipsi religiosi eum emerent,
Proponebant insuper dieti religiosi quod ipsi sive alii quicunque ven- < lentes vel ementes domos in villa Ambianensi erant et sunt liberi et quied ab omnibus vends et saisinis, possuntque capere possessionem hereditagiorum que emuntur per se ipsos per tradirionem litteraruni inde faclarum ac de oonsensu venditoris, et ita in villa Ambianensi notorie observatur; predicte vero domus d'Espaigny dieti religiosi possessionem acceperant et in ea edificia ad divinacelebrandum conveniencia fecerant, ac ibi commoniti fuerantde voluntate et consensu vemlitorum ejusdem domus, et sic veri poasessores dicte domus fuerunt; de quibus possessionibus dieti religiosi usi fu erant per se et prede- «•essores suos per tantum tempus de cujus contrario hominum memoria non extabat, et per explecla et modos superius declarata.
Prefad vero majores etscabini impetraverant quandam querimoniam a gubermiLore Ambianensi, quam ad factum reduxerant contra dictos religiosos, eosdent in possessionibus suis prédictif perturbando et impediendo indebite ac de nom. Ipsi vero religiosi in contrarium se opposuerunt, et tandem ail dictorum actolum requestam, ac virtute cujusdant appellacionis ex parte dictorum religiosorum cmisse, causa ad parlamenti nostri curiam fuerat devoluta, in qua dieti religiosi proposuernut quod, attentif per cosdem propositis, ipsi debebant teneri et servari in dictis suis possessionibus et saisinis, nec erat admittendn aut substineri pote rat querimonia in casu novitatis super hoc per dictos adores impetrata, nam de jure et omni racione dare licenciam celebrandi ad papani , archiepiscopos et episcopos pertinebat, et non ad personas laicas, quam vis forte possint facere injonccionem quod infra annum nova acquisita temporali» per religiosos extra manum ipsorum pouantur.
Dicebant eciam dieti religiosi quod omnin «lia collegia quant religiosa, sunt lundata de jure specinli; collegium autem sive corpus, quod est introductum per privilegiuiu et de jure speciali et non eonimnni, non est ndniittendum ad mattulenendum possessionem seu saisinam aliquam, secundum usum ac stiluni et observanciara in parlamenti nostri curia notorie observatos, si de dicto privilegio uon facial proropiam fidem ; et si fnceret , non potest mnnutcncre mojo
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XIV SIÈCLE. wj
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commun,, de quo privdegio non Gérant prompt.* (idem: et 1 .lare
Tu ràlÎTrt “ "UJUrem “C 4C"',,n“ "°n P°sse deduerre possessionen, qu.m allegabant , eu* ,ps. eontra jus geneium et na, orale primevnm.
mum' a'lia1 ‘“m TT Ct scabm, dederant ipsis religiosi. Ilcenciam qoerendi do- “ ‘ t m’ UlPirt'fCrtUr Cl P*»1 dictas liueras gubernatoris Amlnanen-
», et a c apparent per predicta prefatos majore» et scabino, ad manutenen- ™ iî, poMeM'onem non fore admit, endos, qu.n ymo predictos re.igioso,
. * nov.tat,, «usa debere merito obünere. In quantum vero tan-ebat
: : am > *<*»»*“ M- religiosi se in eadem obtinere debere corn
„ue ür T r SCabU,i Pre'llc,i-el sunu,la si. raeio
que pro rehgione facu. Luam .psorum rehgmsorum vous babitaeio erat e, es.
O nnmo destrueta, quan, refficere non valerent, eum sue non spectant facultés et, posito quod esset reed.fieata, ipsa i.crato des.rui posset imoinentlbus guerrarun, pencubs; baben. eciam d.cu religiosi jus commune pro se e. jus clarius ..uatn <bc„ major et scahmi, qui de suo privilégié [njollan, feeeran, fidem, ips,
™d t8'0 T ‘ ,,,iv,legiia p,ü,“Pu,m « 1-bu. »p£
rebat d eu» relig.os,, et non pani sue adverse recredenciam fieri debere L pendente, jure vero super boc lutbiio. ’
Dicebamprefati religiosi quod, postqu.m dieu, emprio facu, fuerat, ipsi nobis aigmfu avérant quomodo eorum an tiqua babitaeio lcr fuerat destrueta propter a nobis débit* et juste impetraverao, dicte domus d Espaign, admm ti-' amentum, quod erat bonum et val, du, n, statimque hoc ad ipsorum actorun, devenerat notteam, tpaum ad.nortisamcntum impediverant in nostra cernera compotorum, et cun, boc quasdam impetraverant littera, per quas ad oppnsi
rC.CepU fut'rant’ ‘l“aru,,‘ litterarun, virtute, causa ad parla,,, émum
, ’ que de jure et cousue, ud, ne notoria, sua bona poterant libéré alienare m dmtosrebgmso, eapaees in boc cas,,, que ecam v^ Z aluerat, postquam de precio inter vendi.ores et en, p, ores convcn.un, itéra,.
TcZnZizrr- uun fuisset imjc fi,cu ^ - *«„„,*
actorun absent, a ac une eoruu, con.ensu fu.sset facta, et ita An.biani, notorie
velTuir,rb',i,Ae ht<IUe T ïalcl‘U' *«• — tabelhone
cl auditonbus Amb, . mens, bus, «g, llo ba.lbvie Ambianensis sigillau,, abaque
l.oc quod fuent Coran, ipsis majore et scabini. ooncordata.
icebant insuper religiosi predicti quod, premissi» cons.deratis, dicti actores
"n trant adm.ttend, ad empeionen, et admortisamentum predicta impugnan-
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tlum, et, ai admitterentur, quod eia prodesse non debebat ; quodque, poaito quod alique sint domus Ambianis pluribua redditibus ac oneribus onerate , in eia lumen pote&t licite fieri ecclesia et divinum servîcium celebrari , euro dicte domus sint, biis non obstantibus, oneribus prefatis onerate, et ita Ambianis notorie observatur, et sic clarissitne apparebat dictum episcopum et alios consortes in bac parte interesse aliquod non habere, per quod dictum admortisamentum valeant impedire, maxime cumipsi nullos redditus babeant in doino d'Espaigny sepe dicta. Tamen, quia eciara in villa Ambianensi venditores et emptores sur.t liberi et quicti de omnibus vends ac saisinis, ut prefertur, eratque et est dicta domus d'Espaigny sita in alta justifia nostra,ad nos eciam pertinent omnesconfiscaciones delinquencium in villa Ambianensi et maxime in dicta domo d'Espaigny commorancium, que dicti actores confessi fuerant corapetenter, et sic nullum babebant racionc confiscacionis interesse, et si haberent, hoc non impediebat quominus nos possimus dictum admortisamentum predieds reiigiosis concedere, ut dicebant.
Quare petebant pronunciari et declarari eos esse et dabere remanere in possession et saisina pacilicis dicte domus d'Espaigny, pro faciendo et ordinando in ea etalüs domibus suis ville Ambianensisecclesias, domos ac alia edificia apta ad celebrandum et morandum in eisdem, sine licencia etconsensu dictorum ma* joris et scabinorum, in dictisque suis possessionibus teneri et servari, impedimeiir tunique partis adverse indebite ac de novo appositum amoveri, manum nostram ad udlitatera ipsorum religiosonim a rebus contendosis ad plénum levari, dictos religiosos ex jus la ac bona causa se opposuisse, opposicionem eorum validaui esse, prefatos actores ad manutenendum possessionem quant pretendunt non admitti, nec ad proposiu per eosdem, et si admitterentur, quod eorum querimonia dicatur torsonneria et iniqua, recredenciam rerum contensiosarum in casu diladonis eis fieri, et non actoribus supradictis, empeionem, admortisamentum dicte domus d'Espaigny et litteras inde factas esse validas atque justas, nec eus adnullari, ipsos religiosos admitti ad omnia proposita per eosdem, et non partes suas adverses, quin ymo eas in suis expensis legitimis condempnari.
Auditis igitur ad plénum partibus antedictis in hiis omnibus que ulterius tant replicando quam duplicando dicere et proponere voluerunt, visisque racionibus earumdent permodum memorie, una cum iitteris, actis etmunimentis bine inde in dieu noslra curia traditis, hiisque considéra tis et attends cum ceteris que nostram curiam predictam movere poterant et debebant, per arrestum dicte curie dictum fuit prefatum procuratorcm nostrum, episcopum, tuajorem, scabinos ac alios suos consortes in bac parte ad proposita per rpsdem fore admittendos, et eos dieu nostra curia admisit et admittitj
predirtos autem religiosos non esse admiltendos ad proposes per eosdeni , et ipsos dicta curia non ndmisit nec adniittit, ipsosque religiosos in dictorum majoris et scabinorum ac alioruni suorum consortium expensis condeinpnavit et condempnat, taxacione earum predicte nostre curie reservaLi ; dicta lauien curia nostra eisdcm religiosis reserravit et réservât, et ex causa quod ipsi licite aliter de dicta domo d'Espaigny suant facere valeant utilhatem. Pronunciatum die xxiii* deceiubris, [anno Domini millesimo trecentesinio] x.xx*i".
Arrli . du rü) lumt , Hjctiim judiritirv, Parlemeol de Péris* Jugri, reg. si, fol. 4ti à 4X4 s°.