ORDONNANCE DE CHARLES VI RELATIVE A LA VENTE DU PAIN DANS
AMIENS
Au mois de septembre i386, Charles VI se rendit à Amiens pour y célébrer son mariage avec Isabcau de Bavière. Le sire de Kay ne val , grand-panel ier, qui l’avait accompagné dans ce voyage, et qui, en raison de son office, exerçait la haute surveillance sur le commerce du pain dans toute l’étendue du royaume, réclama, pour la police de ce commerce dans la ville d’Ainiens, le renouvellement d’une ancienne ordonnance tombée en désuétude, et qui, à Amiens comme dans les autres bonnes- villes, défendait à toute personne de vil mestirrou maniant graisses et cuirs de vendre du jiain et de te manier marchandement. En effet des graissiers, cordonniers, boucliers, pelletiers et drapiers d’Amiens faisaient du pain, et l’exposaient en vente sur les étaux où ils vendaient leurs graisses, souliers, cuirs et autres marchandises. Le roi, ne pouvant pas souffrir, ce sont les termes de l’acte, chose aussi deshonoraide et abominable, accéda à la demande du sire de Ravneval, et fit savoir aux magistrats municipaux qu’ils eussent à défendre aux graissiers, cordonniers, bouchers, pelletiers, etc., de faire à l’avenir le commerce du pain. S’il arrivait que les gens de ces métiers ou d’autres du meme genre voulussent continuer ce commerce, il leur est enjoint, sous peine d’amende et de saisie, de faire confectionner le pain par des gens habiles et convenables, et de ne le mettre en vente que sur des étaux particuliers, tenus en bon état de propreté.
A tous cenlx qui ces présentes lettres verront ou orront, les maire et eschevins de le cité d'Amiens, salut. Savoir faisons que aujourd'hui par devant nous ont esté apportées , veues , leues et diligemment regardées les lettres du roi nostre sire, scellées de son grand seel en queue pendant, saines et entières, si comme par l'inspection d'icelles apparoit, contenant le forme qui s’ensieut :
Charles, par la grâce de Dieu roy de France, au maire et eschevins de nostre bonne ville d'Amiens, salut. Nous, à le requeste de nostre amé et féal chevalier et conseillier le sire de Rainerai , panetier de France et nostre chambellain , coiuplaingnant que, comme de si longtemps qu'il n'est mémoire du contraire, il soit accoustumé en nostredicte ville d'Amiens et par toutes les aultres bonnes villes de nostre royaume que nul de vil mestier ne qui se en* tremette de manier craisses, cuirs ne semblables marchandises, se puissent ou doient entremettre de vendre pain, de le manier marcliandemrnt, communément, pour la dignité du pain ; néantntoins, plusieurs personnes de nostredicte ville d'Amiens, comme craissiers, cordonniers, houcliiers, pelletiers, gens faisans draps en leurs maisons ou autres mestiers, se sont puis ung peu de temps en çà entremis de vendre pain et entremettent de jour en jour sur leurs estaulx là ù ilz vendent craisses, saoul ers, chars, pelleterie ou autres denrées, laquelle chose est très déshonnorable et abominable, et ne fait à souffrir que eulx et leurs maisnies manient ledit pain, comme ils font leurs craisses et autres coses, requérant sur ce nostre provision. Pour ce est-il que nous, considéré les coses dessusdictes , lesquelles ne font a souffrir ne à demuurer en tel état, vous mandons et commettons que vous faictes faire deffence, de par nous, à tous ceulx que vous trouverez ou serés informez [s'entremettre] des mestiers dessusdietz et d'autres non convenables à ce quil vendent pain en ladicte ville d'Amiens, ilz n'en vendent plus sur leurs estaulx ne où ilz mettent leurs craisses et autres denrées, en leur faisant commandement, de par nous, que, se ilz se veulent entremettre de vendre pain , ilz aient gens habilles et convenables à faire ledit pain et non conversans en leursdiz mestiers et estaulx, tous propres appartenans à faire et vendre ledit pain, sur painc d’amende et de perdre ledit pain; car ainsi nous plaist-il estre fait. A nostredit conseillier et panetier l'avons oltroié et ottroionx de grâce espéciul par ces présentes, nonobstant quclzconques lettres subreptices, impélrées ou à impétrer au contraire. Donné à Amiens, le xir jour de septembre, l’an de grâce mil ccc nu" et vi , et le vi* de nostre règne. Ainsi signées par le roy, à le relacion du conseil : V uleteil.
F. n tesmoing de ce nous avons mis à ces lettres de viditnus ou transcript le aeel aux causes de le ville d’Amiens. Donné le xtm* jour de septembre, l’an de grâce mil ccc nu" et vi.
ArtJj. de l'bàtel de Tille d'Amica» , rrg. aux charte* rôle w, fat. V» f».