EXTRAITS DES COMPTES DE RECETTE ET DE DÉPENSE DE LA VILLE D'AMIENS
'Jusqu’ici les documents relatifs aux finances de la ville d’Amiens se sont montrés extrêmement rares. Tout ce qu’on en trouve ci-dessus consiste dans un petit nombre de pièces touchant les emprunts contractés par la ville, et dans un état de ses dettes envoyé au roi saint Louis en l’aunée taSg. Il nous a été impossible d'indiquer autrement que |>ar conjecture quels ont été, durant près de trois siècles après la fondation de la commune, les diverses sources du revenu municipal, l’assiette et le mode de perception des impôts, l'ensemble des recettes et des dépenses et la comptabilité mise en pratique par l'échevinage. C’est seulement à partir de la fin du xiv’ siècle qu’on peut établir d'une manière exacte et précise l’histoire financière d'Amiens, à l’aide des registres aux comptes conservés dans les archives de la ville. Ces registres, au nombre de 45 1, forment, pour la période qui va de l’année r 383 à l’année 1789, une série complète, sauf quelques lacunes pour les dernières années du xiv* siècle et les premières années du xv*.
On ne saurait suivre d’année en année, à travers un tel espace de temps, les vicissitudes de l’état financier de la commune. Nous nous bornerous à donner une fois pour toutes, et comme spécimen, des extraits sommaires des comptes de recette et de dépense, pris dans les années 1387 et i388‘, et nous placerons sous cette date un tableau de l'organisation financière et de la comptabilité de la ville d’Amiens. L'état de choses que nous allons faire connaître, et dont nous ne pouvons marquer l’origine, était le résultat d’une expérience acquise par plusieurs siècles de pratique. Peut-être même y eut-il là, comme point de départ, quelqu’une de ces traditions administratives des temps romains, qui, conservées comme en dépôt dans les villes sous la barbarie et l’oppression féodales, subsistaient encore au xn* siècle, quand vint la renaissance du régime municipal.
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AMIENS
A Amiens, l’aunée financière comme l’année administrative s’étendait d'une fête de Saint-Simon et Saiut-Jude (a8 octobre) à la suivante. En général, chaque volume des registres aux comptes commence à l’un de ces termes et finit à l'autre. Les principaux agents comptables de la ville étaient le grand-compteur, le receveur des rentes, le maître des présents et payeur des rentes à vie et le maître des ouvrages. Leur nomination avait lieu en même temps que celle du maire et des échevins, et leurs fonctions étaient considérées comme si importantes que, jusqu’à la révolution électorale de 1 383, elle fut, ainsi que celle de J’écbevinage lui-méme, confiée aux majeurs de bannières. Ces fonctions étaient annuelles, et, au bout de l’année, chacun des comptables se rendait à la Malemaison , lieu des assemblées solennelles de l'échevinage, et y présentait un compte séparé de sa gestion, en présence du receveur du bailliage d’Amiens , du maire et des échevins en charge, du maire de l’aunée à laquelle le compte se rapportait, et des bourgeois convoqués à sou de cloche.
Les quatre comptables n’occupent pas le même rang dans la hiérarchie municipale. Le grand-compteur est, pour ainsi dire, le ministre des finances de la cité; les trois autres comptables ne sont guère que ses agents. Ils reçoivent do lui les sommes nécessaires pour remplir les obligations de leurs charges, et versent dans ses mains celles qu’ils perçoivent, en sorte que leurs comptes viennent se fondre et s’absorber dans le sien. Les comptes se font par livres, sous et deniers. A Amiens, comme on l’a vu constamment jusqu’ici, la livre de compte est la livre Parisis, plus forte d’un quart que la livre Tournois.
Les comptes sont divisés par chapitres, comme nos budgets actuels. Il y a pour cette division une règle fixe que les comptables suivent trèsexactement; souvent même ils insèrent dans leurs comptes des titres de chapitres sous lesquels ils n’ont ricu à enregistrer. Les divisions auxquelles correspondent ces chapitres ne sont pas toujours paifaitement motivées; il y a des doubles emplois, et quelquefois des matières différentes sont mêlées dans le même chapitre. Nous croyons néanmoins, en analysant les registres aux comptes, devoir nous conformer à l’ordre qui y est adopté. Vouloir les- ramener à la sévérité de nos classifications modernes, ce serait leur ôter leur caractère original, et
renoncer d’avance au bul principal que nous avons en vue, l’exposition de la comptabilité d’une grande commune au moyen âge.
COMPTE l)U GRAND- COMPTEUR.
Nous commençons par le compte du grand-compteur. U comprend , deux parties, la recette et la dépense. Voici quels étaient, vers la fin du xiV siècle, les chapitres qui figuraient daus chacune de ces parties.