Dépense
Cette deuxième partie offre plus d’intérêt que la première, parce que le grand-compteur, loin de se borner à l’enregistrement pur et simple des dépenses, lient un véritable journal, où se trouvent men-
• O'aprrt )ç* calcul» de M. I«brr. Voj n Mémoires sur f appréciation U Jorntnt priver au moy ru âge, iO-4*, 184a.
Momies avec détail les mol ifs de chacune de ces dépeuses, et qu’il donne ainsi sur l’adminislration intérieure de lu cilé et sur les événements dont elle a clé le théâtre, des notions qu'on ne saurait trouver ailleurs.
La dépense se compose :
i° Des arrérages de rentes à vie qui n’ont pas été soldés dans l’année de leur échéance. Quant aux renies viagères dues, pour l’année courante, elles sont payées par un comptable spécial qui prend le titre de maître des présents et payeur des rentes à vie; elles ne figurent sur le compte du grand-compteur qu'indirectement, et elles sont comprises dans le chiffre des sommes fournies par lui au inaitre des présents, pour subvenir aux dépenses que ce dernier est chargé de solder. Si la ville n'était pas très-rigoureuse pour le recouvrement des impôts, et tolérait quelquefois les retards des contribuables, comme le prouvent les nombreux chapitres qui figurent dans les registres aux comptes, sous le titre d 'arrérages, d’un autre côté, elle n’était guère plus exacte à payer ses propres créanciers. Il est à remarquer que les sommes dues par l'un des trois comptables inférieurs sur l’exercice d’une année n’étaient point, l’année suivante, payées par sou successeur, mais tombaient à la charge du grand-compteur, et figuraient dans son compte lorsqu’elles étaient acquittées. C.ct usage, un de ceux, peut-être, qui compliquent le plus la comptabilité de la ville d’Amiens, est attesté par le premier chapitre de la dépense du compte du grand-compteur, et on en trouve dans le chapitre quatre une autre preuve en ce qui concerne le maître des ouvrages.
a" Des vieils de/ttes à cause. île deniers mis en garde. Les enfants mineurs étaient placés sous la tutelle du maire et des échevins, et leurs deniers étaient, comme disent les registres, mis en wardc et en déptil par devers le ville. Ce sont les sommes restituées aux mineurs, à l'époque de I eu r majorité, qui sont conquises ici sous ce titre.
3° Des arrérages de /taules de deniers. 1-es boutes de deniers paraissent être les intérêts accumulés des sommes déposées entre les mains des magistrats municipaux, cl destinées, comme il vient d’être dit, à être gardées par eux, jusqu'à ce que le mineur orphelin ait atteint sa majorité.
AMIEiNS
4" Des vieil* dettes à cause de ouvrages et matères. Ce chapitre ne figure pas dans tous les comptes, et cela se comprend aisément. I) est en général consacré au\ sommes pavées aux maîtres des ouvrages des exercices précédents, pour reliquats de compte, et à divers fournisseurs de la ville, pour travaux ou ventes de matériaux.
5° Des deniers rendus à cause de communs prests faits à la ville, dans l'année ou dans les'années précédentes. On a vu à l’article des recettes comment la ville avait recours à des emprunts temporaires dans les occasions pressantes.
6“ Des vieil s dettes communes. Le grand-compteur était sans doute souvent embarrassé lorsqu'il s’agissait de classer dans les différents chapitres, adoptés pour la tenue des comptes, les dépenses qu’il avait à enregistrer; de là le titre donné à ce chapitre, qui comprend les dépenses pour objets divers, et dans lequel on trouve, entre autres, des aumônes faites aux hôpitaux.
7° Des sommes payées aux rentiers de U ville. Il s'agit de redevances annuelles pour certains droits féodaux achetés ou pris à ferme à diverses époques parla commune, tels par exemple que le poids des halles, pour la ferme duquel elle payait 6o livres par an au sire de Rubempré, qui lui-même tenait ce poids en fief des seigneurs dePicquignv, vidâmes d’Amiens’.
8* Des deniers payés au roi /mur le Jemie de le prévôté . On a vu plus haut qu’en l’année t aqa , la ville d’Amiens avait pris à ferme la prévôté avec tous les revenus, amendes, issues et profits qui en dépendaient avec toute justice et domaine appartenant au roi à raison de ladite prévôté et avec Unis les ilroits et émoluments que le prévôt royal y percevait, et cela moyennant un cens annuel de 690. livres l’arisis, payables à Paris au Temple, en trois termes, savoir: à la Toussaint, à la Chandeleur et à l’Ascension’. La prévôté d'Amiens avait cela de particulier, qu’elle comprenait tous les droits des anciens comtes réservés par ces derniers lors de leur adhésion à rétablissement de la commune.
90 Des sommes payées pour les aurnosnes de le ville. La première des dépenses inscrites dans ce chapitre est toujours destinée à l’entretien
1 Voyei ci-deMus , p. a? 5. de PhilippHe-Bcl par levjortle* U prévoir «J'Aihkm»
» Voyez ri-devso», p. a8# rl mit., k* Unir» eat affermer à l'èrlierinagc.
DigitizecLby.Gûûgle
el à la nourriture (les enfants trouvés <|ui étaient recueillis dans le plus ancien et le plus important des hospices d’Amiens, l’Hôtel-Dieu Les autres aumônes sont faites à des hôpitaux, à des couvents et à des particuliers.
io° Des frais payés pour des messes. On voit dans ce chapitre que la ville recevait à titre de prêt ou de don des sommes assez considérables, à la charge [>ar elle de faire célébrer, chaque année, une ou plusieurs messes pour le repos de l’àme des donateurs, Pour chacune de ces messes, le grand-compteur inscrit le nom du fondateur et le motif de la fondation.
1 1° De la despence / tour te fait de ta guerre. Dans ce chapitre figure d’une manière fixe la solde du capitaine de la ville. Ou y trouve l’énumération exacte de tous les frais occasionnés à la commune par sa participation aux guerres du temps: tantôt, elle envoie au roi des arbalétriers qu’elle entretient à ses frais; tantôt, elle fournit des tentes, des armes, des vivres, et toute sorte de munitions de guerre. Les gages du capitaine de la ville étaieut payés par les bourgeois, bien que cet oflicier liil, à de rares exceptions pies, depuis 1 3 1 7, à la nomination du roi * ; ces gages s'élevaient à la somme de 4°° livres Tournois, que le grand-compteur évalue à trois cent vingt livres l'arisis. Comme on fa vu, la livre l’arisis était à Amiens la monnaie de compte; l'emploi de la livre Tournois dans le chiffre des gages du capitaine donne lieu de penser que le taux de ces gages était fixé par le roi.
1 a° Des deniers fournis par le grand-compteur au maître des présents , qui (“tait en même temps le payeur îles rentes à vie , el au maître des outrages, entrepreneur de tous les travaux publics. Ces sommes figurent à l’article recette, dans les comptes spéciaux fournis par ces deux comptables.
1 1° Des deniers prestes pur le ville. La ville prêtait, non-seulement à ses citoyens, mais encore aux princes et aux seigneurs, lieux-ci avaient souvent recours à son trésor, et on voit que l’échevinage délibérait sur leur demande, et accordait ou refusait l'emprunt qu’ils avaient demandé. On comprend que, dans bien des occasions, le refus était difficile : aussi
• VojeiCHlriMM, p. 499 H Sot. * Voyr* p. W*.
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les registres aux comptes constatent-ils que l'échevinage a souvent consenti.
t4° Des dons et restitutions faits par la ville. En général, ces dons sont destinés à’ récompenser un service important; quelquefois ce sont de pures aumônes faites par l’échevinage. Ainsi, en 1387, on trouve la mention suivante : « A maistre Guillaume de Paris, bachelier en loys, de « nouvel devenu crestiens et à notre foy , auquel, par considération « de ce, pour sa vie et nécessité, xx sous. »
1 5° Des salin ires payés par la ville au bailli d’Amiens, à son lieutenant ou à l’un de ses clercs, pour avoir servi d’arbitres dans les différends de la ville avec l'évêque, le chapitre ou d'autres seigneurs voisins, ou pour avoir assisté, eu vertu d’un mandement du roi, aux élections municipales et à la reddition des comptes. L'inscription de ces deux dernières dépenses dans les registres de chaque année, constate que la ville indemnisait le gouverneur du bailliage d’Amiens des frais qu’il faisait pour venir assister au renouvellement de ht loi, c’est-à-dire à l’élection des nouveaux magistrats ou à la reddition des comptes municipaux. Cependant, l’intervention du délégué royal dans ces deux circonstances était un empiétement sur les anciens privilèges de la ville. Pour les élections de l'échevinage, il datait, comme on l’a vu, de la révolution électorale de 1 333 ; le roi avait tiré de cette révolution un double prolit , puisqu’il avait forcé la ville, non-seulement à subir l'intervention de sou oflicier dans les élections municipales, mais encore à paver une indemnité pour cette intervention.
16“ Des frais pour plaids d’assises de parlement et if ailleurs. Ce chapitre, consacré aux frais des nombreux procès que la ville soutenait nu Itailliage et au parlement de Paris, est toujours fort loug dans les registres aux comptes. Il constate que, durant tout le moyen âge, la ville fut sans cesse en procès avec les seigneuries du voisinage.
17® Des frais occasionnés par les députations envoyées par la ville, soit pour soutenir ses procès, soit pour mener à bien différentes affaires négociées par elle avec le roi , avec les princes ou avec les villes voisines- Dans ce chapitre, intitulé voies de (r court de parlement et if ailleurs, le grand-compteur, loin de se borner à enregistrer les dépenses occasionnées par ces divers voyages, donne de grands détails
sur l'époque , le but et le résultat de chaque mission. Cette partie du compte, dans laquelle il met peut-être encore plus de soin à détailler les motifs de chaque dépense, devient une véritable chronique, dans laquelle sont mentionnées toutes les affaires importantes qui ont occupé la ville et nécessité le déplacement de ses magistrats ou de ses ayants-cause. Grâce à ces détails, on peut se faire une idée de l'activité de l’échevinage; on suit, année par année, toutes les démarches que lui suggérait sa sollicitude pour les intérêts de ses administrés, Dans le registre au* comptes de 1387, par exemple, on voit qu’en cette année, l’échevinage envoya des députés, tantôt vers le roi, pour demander une diminution d’impôts ou quelque autre faveur, tantôt vers le duc de Bourgogne, pour solliciter sa protection auprès du roi, tantôt vers un seigneur, pour lui prêter de l'argent ou lui en redemander, tantôt dans une ville voisine ou éloignée, pour s'assurer de l’existence de ses créanciers viagers et solder les rentes qui leur étaieut dues, tantôt vers le conseil d’avocats que la ville d’Amiens pensionnait à Paris, pour leur demander une consultation sur ses affaires; tantôt enfin, on voit l’échevinage envoyer des députés ou se déplacer lui-même dans un but purement honorifique, par exemple, pour rendre les derniers honneurs à un personnage de distinction au convoi duquel il a été prié.
18“ Des gages payés au* pensionnaires de la ville. Le maire figure eu tête de ce chapitre; il reçoit pour tout émolument le prix d’achat d’uu palefroi. On n’y voit aucune mention des échevins, ce qui prouve que leurs fonctions étaient absolument gratuites; quant aux quatre officiers comptables, ils touchaient une indemnité analogue à ce que nous appelons frais de bureau*. Le chapitre concerne deux classes de pensionnaires : 1” les avocats et procureurs de la ville, soit à Paris, soit à Amiens. a° le chirurgien de la ville, le sergent royal , gardien de la ville cl ie gouverneur de Tnuloge. Le premier recevait huit livres, le second dix et le troisième douze.
Nous avons déjà dit que la commune entretenait auprès du bailliage d’Amiens et du parlement de Paris, des conseils composés d’avocats et de procureurs, qui recevaient d’elle un traitement fixe pour vaquer à la défense de ses intérêts. Ix- grand nombre de ces avocats et procureurs qu’on trouve mentionnés dans chaque registre, concorde
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7Sa
parfaitement avec celui des procès dont les frais figurent au chapitre des plaids (t assises de parlement et (tailleurs. Ces deux chapitres se complètent cl se contrôlent ainsi 1’un par l’autre. le salaire pavé à chacun des avueals et procureurs preud dans le registre le titre d c pension ; il était soldéà différents termes; le montant en est inditpié pour l'année, et il varie pour chacun des pensionnaires, sans doute à proportion de leur plus ou moins de mérite.
19° Des gages payés aux quatre serpents à mâche de ta mairie <t Amiens qui recevaient chacun 10 livres 5 sous. A. la suite sont mentionnées les dépenses faites pour l’achat et la confection des robes de drap qui. étaient fournies , chaque année , par la ville à ces sergents et à divers officiers qui sont : le cheppier du heffroy, le charpentier de la ville , le clerc «le la ville, l 'aa/logier, le ivaite ou guetteur du heffrov, et le gardien de la ville.
jo* Des gages payés à divers officiers d’un ordre inférieur, savoir : i° aux tvaites et portiers de la ville. Ces gages étaient soldés k trois termes : Noël, Pâques, Sainl-Jean-Décolacc (39 août). Les portiers étaient au nombre de «|uaranle environ, et chacun d’eux recevait pour salaire, en trois termes, cent quatre-vingts sous par an; a° aux quatre sergans de te prreosté , «pti recevaient chacun cent sous par au ; 3° aux sergans de le compagnie le maieur, qui recevaient douze deniers par jour ; li aux messiers «les marais communaux et à d’autres personnes exerçant des offices inférieurs que le registre qualifie menus nies tiers. \ côté des gages |>ayés aux messiers des marais, le grand-compteur enregistre les sommes donn«:es par lui k l’épicier chargé de fournir k l’hôtel de ville la cire à sceller, le luminaire, le papier, etc.
ai” Des frais de justice. Ils comprennent les gages du bourreau, qui étaient de six deniers par jour, et les frais des exécutions, pour lesquels il percevait des droits spéciaux et fixes.
aa° Des dons faits aux messagers qui avaient été envoyés vers la ville, et k ceux qui avaient été envoyés par elle.
a 3° Des frais faits pour les présents donnés par la ville. Il s’agit ici de présents purement honorifkpirs, offerts dans certaines circonstances .par le grand-compteur , au nom de l’échevinage , k «les officiers royaux ou a certains personnages marquants qui avaieut rendu des services k la
commune. En général, ces présenls consistent en volailles, gibier ou poissons. On verra plus loin que les présents de vin , très-usités à Amiens comme dans la plupart des villes du moyen âge, étaient faits par le comptable spécial , qui prenait le titre de maître des présents.
i4* Des deniers payés aux collecteurs chargés de percevoir la taille, les cens, rentes et louages qui appartenaient à la ville. On a vu qu’il y avait des collecteurs pour chaque paroisse, et quelquefois des collecteurs particuliers pour une aide spéciale. Leurs salaires varient , sans doute en proportion de l'importance des paroisses ou de la valeur des aides qu’ils sont chargés de percevoir '.
î5° Des frais payés par la ville pour exécutions et arrès, c’est-à-dire pour contraintes et autres actes de procédure signifiés contre elle.
a 6* De la drspenre commun c. Sous ce titre le grand-compteur inscrit des dépenses de nature fort diverse, comme les frais de réparation, d’entretien et de chauffage de l'hôtel de ville, les dépenses faites pour la confection des comptes, le coût des repas donnés par l’échevinage aux négociateurs avec lesquels il traite des aides à établir par le roi, ou de toute autre affaire.
27 * Des sommes employées au payement des immeubles acquis par la ville. Ce chapitre, intitulé uccas de héritages fais en cest an, est un de ceux qui ne figurent pas sur les registres de chaque année. On comprend, en effet, qu’il arrivait souvent que la ville n'ajoutât rien à ses propriétés territoriales.
28° Des deniers mentionnés dans le compte des recettes et repris dans celui des dépenses, parce qu’ils étaient encore dus à la ville.
29“ Des pertes occasionnées à la ville par le change et le déchet des monnaies.
Après avoir enregistré sous les vingt-neuf chefs que nous venons de faire connaître, les diverses dépenses de la ville, le grand-compteur les résume, comme il a résumé plus haut les recettes, et en donne le chiffre total ; puis il établit la balance entre les recettes et les dépenses, et inscrit , s’il y a lieu , la somme que la ville lui doit ou celle qu’il doit à la ville. Son compte est toujours terminé par une sorte de procès-
* Vojre* ri-dessui. p. 687 et 688, mue ûwtroclioii r«nUc par ('échevinage aux collrdeur» <l« l'aun*
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verbal, qui fait connaître la manière dont il a été rendu, le lieu où cette opération s’est laite, le nom des magistrats qui y ont présidé et celui des principaux d’entre les bourgeois qui y ont assisté.
En 1387, la dépense s’éleva à la somme de xm" cxxxn livres vm sous v deniers.