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INTRODUCTION
sures, capables de commencer une ère de tolérance civile, si elles eussent été prises de bonne foi , avec la volonté et avec la puissance de les maintenir ; mais le prince qui les décréta ne voulait ni ne pouvait faire durer son œuvre. Esprit faible et fantasque, fanatique et dissimulé, il ne vit dans cette paix qu’une ressource extrême, une contrainte dont il se débarrasserait dès qu’il en trouverait le moyen. D’ailleurs, eût-il été plus sincère et plus ferme de propos, des périls inattendus l’auraient fait reculer. La paix conclue d’un côté lui suscita la guerre de l'autre; elle le mit en butte à la défiance et à la haine des catholiques intolérants. Ce parti , qui avait de son côté le nombre , la puissance des vieilles mœurs et la force populaire , fut soulevé tout entier par un mouvement d’indignation , et de ce mouvement sortit la Ligue, association formidable, créée pour briser tout ce qui ne voudrait pas se joindre à elle. Son ressort fut le serment d'assistance mutuelle et de dévouement jusqu’à la mort, un régime de terreur, et l’obéissance absolue à un chef suprême qu'on devait élire la seule annonce de cette élection future était une
' Au cas qu'il y ail empêchement, opposition ou rébellion à ce qiip dessus, par qui et de quelle part qu'ils puissent estre, seront lesdiis associez tenus et obligez d'employer tous leurs biens et moyeus, mesmes leurs propres personnes jusques à la mort pour puuir, chastier et courir sus à ceux qui les auront voulu contrain*
dre et cmpescher
Au cas que quelques uns des associez, leurs suhjects, amis ou confédcrcz, fussent molestez, oppressez et recherchez pour les cas dessusdits, par qui que ce soit, seront
ten us lesd i ts associez employer leurs corps, biens et moyens pour avoir vengeance de ceux qui auront faict lesdites oppresses et molestes, soit par la voye de justice ou par les armes, sans nulle acception de personnes.
S’il advenoit qu’aucun des associez, après avoir fait serment en ladite association, se vouloit retirer ou départir dricclic, sous quelque prétexte que ce soit [que Dieu ne vueillc !J , tels réfractaires de leurs consentements seront offensez eu leurs corps et biens en toutes sortes qu’on
INTRODUCTION
menace pour le roi. Une fois constituée sur un point du royaume et déclarée par ses manifestes, la Ligue s’étendit rapidement, grâce aux passions réactionnaires qui murmuraient contre la cour, et que, dans sa duplicité, la cour elle-même favorisait. Elle fit le premier essai de sa puissance dans les élections pour les états généraux convoqués à Blois au l5 novembre i üyfi ; les protestants et les politufu.es en furent écartés par tous les moyens de fraude et de violence.
Ainsi , une convocation d'états , promise par l’édit de pacification comme sa garantie nationale, fut tournée contre lui , et la plupart des députés réunis à Blois y apportèrent pour mandat le mot d’ordre de la Ligue : une religion catholûjue romaine Les représentants de la noblesse , qu’on avait vus aux états de iSfiosi zélés pour la liberté de conscience, se montraient presque unanimes et non moins violents que ceux du clergé dans cet esprit de réaction. Ceux du tiers état inclinaient aussi vers un retour à l'unité de culte, mais avec des sentiments plus modérés; la haute bourgeoisie n'avait pas cédé sans réserve au courant de passions extrêmes qui entraînait, associées sous la main du clergé, l’aristocratie et les classes inférieures. Quant au roi, dans ses entretiens avec les députés et dans les conférences préliminaires, il annonça qu’il tenait pour nulles et demandait aux états d’annu-
se pourra adviser, corame ennemis de Dieu, rebelles et perturbateurs du repospuklic....
Jureront lesdicts associes toute prompte obt'itsance et service au chef qui sera député . et seront les défaillait» et
dilavans punis par lauthorité du chef et selon son ordonnance ...... ( Acte con-
stitutif de la Ligue, Pal rua Cayet, chronologie novonnaire , Collect. Michaud et Poujoulat , i** sérié, t.XU, p. i3).
1 Voy. le recueil intitulé : Des états généraux et autres assemblées nationales , t. XIII , p. 97 et suiv.
INTRODUCTION
ex
1er les concessions qu'il avait faites ; redoutant la Ligue , il s’en déclarait le chef pour prévenir un autre choix , tandis que le petit nombre d'élus des calvinistes et de leurs amis se retiraient, protestant d’avance contre les résolutions de l’assemblée *. C’est dans de telles conjonctures que la question de la tolérance fut, pour la seconde fois, remise au jugement des états généraux. Les deux premiers ordres votèrent sans débat l'abrogation de l'édit et la reprise de la guerre civile. Dans le troisième il y eut division, line partie des votants, et à leur tète la députation de Paris, ne reculait pas devant la guerre; l'autre voulait que la restauration de l'imite catholique eût lieu par les voies les plus douces. U n homme , qui fut comme publiciste le précurseur de Montesquieu, Jean Bodin, député du Vermandois, se distingua dans cette lutte en déployant, pour la cause qu’avait défendue l'Hôpital, de grands talents et un noble courage. Chef de l’opposition bourgeoise contre la Ligue et contre la cour, il entreprit détenir tête aux députés du tiers état parisien, aux commissaires des deux autres ordres et aux commissaires du roi. N’ayant pu taire que, dans le cahier de son ordre, la demande de réunion à un culte unique fût suivie des mots : sans guerre, il rendit la guerre impossible en provoquant, à force d’habileté, un refus peremptoire de tout subside \
• U# ‘art’*-
1 On compta présents à la séance royale i<>4 députés du clergé, 7S de la noblesse et i5o du tiers état.
* Voy. le mérooirede Bodin sur les états «le 1576 ; Des états généraux, etc., t. XIII, p. «11 et sniv.-— Vos très- humbles subjectif
les gens du tiers estât vous supplient voulloir réduire tous vos subjecu À l’union de l’église cathoücque,apostolicque et romaine, par les meilleures et plus sainctes voyes et moyens que Vostre Majesté ad visera, et, eu ce faisant, l’exercice de toute autre pré-
INTRODUCTION
CJI
Cette assemblée, dont le travail n'aboutit qu'à enfermer la question religieuse dans un cercle sans issue, avait une haute idée du droit des états généraux; elle professa sur l’exercice et le partage de la souveraineté une sorte de théorie constitutionnelle. Les lois, selon elle, étaient de deux sortes : il y avait les lois du roi et les lois du royaume, celles-là faites par le prince seul, cellesci faites par le prince d'après l’avis des états; les premières modifiables et révocables à volonté ,Jes autres inviolables et ne pouvant être changées qu’avec le consentement des trois ordres de la nation A l’ancienne demande de périodicité des états généraux , l’assemblée de lüjü joignit le vœu que toutes les provinces du royaume eussent le droit de tenir des états particuliers ; enfin, elle se déclara fortement contre la nomination aux dignités ecclésiastiques sans choix préalable du clergé et d’une partie du peuple, et contre la vénalité des offices judiciaires. Ije cahier du tiers état, aussi abondant en matières diverses que celui de i îitio’, n'offre point la même fermeté d’idées, ni la même précision de style. L'esprit de réforme ne s’y montre plus dans sa verve et sa plénitude. On y traite de la législation civile et criminelle, de la
tendue religion estre oste tant en publicq quVn particulier. Cahier du tiers état de » S-6 , art. XIII , ms. de la Bibliothèque royale, SF. 5q5, a, fol. 6 r*.)
’ Il y a différence entre les loix du roi et les lois du royaume,.... que celles-cy, d'autant qu'elles ne peuvent estre faites qu'en générale assemblée de tout le royaume, avec le commun accord et consentement des gens des trois estais, ... aussi depuis elle» ne peuvent être changées ni in-
novées qu'avec l'accord et commun con • lentement des trois estais ( Instruction des gens des trois estais du royaume de France, Mémoires de Nevers. io-fol. , T.
* Il y a -|.|8 articles rangés sous les titres suivants: iw de l’état de IVglise; a° des universités ; 3° de la justice; 4° de la noblesse ; 5° de» finance» , Utiles et impositions; 6° de la marchandise et police. (Voy. le Ms. de la Bibl. royale, 5F. 5$5,a.'
n\ii
INTRODUCTION
procédure, de l’enseignement public, des finances et du commerce; mais il y a dans tout cela peu de choses neuves et originales. Ce sont presque toujours des conseils déjà donnés , d'anciennes plaintes, ou l’invocation de lois promulguées et non exécutées. Trois articles sont remarquables, comme signe de résistance des privilèges municipaux à l'envahissement administratif; ils revendiquent, au nom des corps de villes, la liberté des assemblées, la liberté des éleotions, et la juridiction pleine et entière'. D’un autre côté, l'esprit jaloux de l’ancienne magistrature, soit urbaine, soit parlementaire, se montre ici par la demande de suppression des tribunaux de commerce*; requête bizarre que le gouvernement eut la sagesse de ne pas écouter.
Au milieu des embarras d'une paix armée, pleine de désor-
f Que toutes ellections des prévostz des marchait» , eschevins , capitouls et gouverneurs de villes se facent librement et soient suivies , et ceulx qui par autres voyes entreront en telles charges en soient ostez, et leurs noms rayez des registre» (Cahier du tiers état de 1676, art, 44 o, Ms. de la Bibl. roy. SF. S9S , a, loi. 11a, r*.). — Vous plaira aussy, suivant l’antienne roustume et libertés, ordonner qu’il sera permis aux maires et eschevins, capitoulz , juratz , consulz et autres administrateurs des villes, de faire leurs assemblées généralles et particullières, sans demander permission de ce faire à vo* couru de parlement, baillif», sénéchaux et autres officiers, et sans ce qu'il* soient tenu* ny rontraiocu deles y appelier Ibid.,art.44 1 ). —L'expérience du passé a faict assez enten-
dre les désordres qui sont advenus aux villes à l’occasion de la désobéyssance faict r aux maires, eschevins, cappitoulc, juratz et consulz d’icelles, ausquelz 1a jurisdio don criminelle et politicque qu'il* avoient
auparavant auroit esté ostée vous
plaira ordonner que ceulx qui avoient anciennement la juridiction tant civille, criminelle que pollidcque seront réintégrez d'icelle, pour en jouir et user tout ainsi qu'ilz avoient accoustumé de faire auparavant, nonobstant touscédictx, ordonnance*, et jugeraens à ce contraires (Ibid., art. im, fol. 3a, v°.).
' Et quant aux prieurs et juges-consuU des mardi ans, qu'ilz soient dès à présent
supprimez et leur jurisdictioo réu*
nye aux jurisdiedons ordinai res lhid . , a rt . 118, fol. 3i, r°}.
INTRODUCTION
CMII
dres et toujours près de se rompre, deux ans se passèrent sans que le roi répondit aux cahiers des états généraux. Sa réponse ne fut donnée qu'au mois de mai 1579, par la publication d'un édit qu’on nomme l’Ordonnance de Blois. Supplément et confirmation des grandes lois qui l’avaient précédée, et dont elle approche par le mérite', cette ordonnance est une preuve des difficultés sans nombre qui s’opposaient alors à ce que le progrès demandé par la raison publique et consenti par le pouvoir se réalisât et descendît dans les faits. Beaucoup de dispositions des ordonnances de Moulins et d'Orléans y sont rappelées et prescrites de nouveau; c’est comme une réponse dernière aux plaintes des anciens états généraux, en même temps que la sanction des cahiers de 1576. Cette fois encore le cahier du tiers état entre pour la plus grande part dans le dispositif de la loi nouvelle, qui souvent ne fait qu’en reproduire le texte. L’ordonnance de Blois libérale comme celle d'Orléans dans ce qui touche au droit civil, et .gardant le même silence qu’elle sur les demandes de droits politiques, a pour caractère propre l'intention de supprimer ou d'atténuer pour la prérogative royale les gênes que lui imposaient, sur certains points, les ordonnances précédentes. Pour le!t nominations aux dignités ecclésiastiques, elle repoussa l'élection pure sans admettre la présentation de candidats, et maintint ledroit absolu dû roi selon lé concordat de t5i6: pour les nominations judiciaires, à la présentation de trois personnes
1 Elle n S6S arlietev rf.Hit 1*0 liNtitent i|uc, «te la noblesse, de l'armee , des linau- Jr l'admiimtnuino de b justice , j i de* en rl de I* polire. iimvfniilM, rtlr rrstr de l'rtal «‘fcle'iijpti-
INIV
INTRODUCTION
par les corps de judicature, système chéri du tiers état et passé eu droit bien qu’éludé souvent, elle en substitua un nouveau, celui du choix par la couronne sur des listes d’éligibles dressées dans chaque circonscription juridique et renouvelées tous les trois ans
A l'année t.^76 et à la session des états de Blois se rapportent les premiers actes politiques d’un prince, alors chef de parti, et destiné à rallier un jour les partis qui divisaient la France, Henri de Bourbon, roi de Navarre , que l’extinction de la dynastie des Valois devait appeler. à la couronne. Ce prince, né dans le calvinisme . devenu catholique par force mais sans beaucoup de résistance sous le règne de Charles IX, puis échappé de la cour sous Henri III et redevenu calviniste, avait été ballotté dans sa vie, et dans sa conscience au vent de la guerre civile et des dissensions religieuses. Les accidents de sa fortune et ses propres variations lui avaient appris, de bonne heure à juger et à tolérer. Une nature sympathique, généreuse, ouverte aux impressions douces et à toutes les grandes émotions, l’élevait, même dans la lutte , au-dessus de l'esprit de secte et de parti; et peut-être aussi le ihible de son caractère, son extrême facilité de mœurs et une certaine tiédeur en religion, coucquj rui-ent, avec ses hautes qualités d'homme et de patriote, à faire de lui, quand le temps lut venu, l'instrument de la pacification et de la réconciliation nationales. L’âme de oplui qui devnit être
• Voy, l'ordowwucc de Blois, art. i,af Jtor. de* am-ttanrs loir, fm# Xl\,
10a et io3, et confère* ces articles avec 38<»rl suiv., rf \* fit et *i*iv. u
le» art. i et de l'ordonnance d'Oi lôau»,
INTROOllCriON.
oiv
Henri IV se fit voir tout entière et pour lu première fois dans une réponse au vote des états généraux pour la réunion à un seul eulte réponse donnée sous forme de note, et où se trouvent les passages suivants d'une grâce de bon sens admirable :
« Le roi de Navarre loue les états du zèle qu'ils ont au bien « et repos de ce royaume , craint toutefois que la requête « qu ils ont faite au roi de ne tolérer en ce royaume exercice « d'autre religion que la romaine ne soit pas la voie pour par- « venir à ce repos tant désiré, ni d'appaiser les troubles , qui se- « ront d'autant pires que les précédents qu'il n’y aura moyen « de les pacifier , quand bieu, à la fin, les deux parties le voii- «.droient.... Partant, ledit roi de Navarre prie et reprie ladite « assemblée, au nom de Dieu, et pour l'obligation qu'ils ont au bien du roi et de la patrie, d'y vouloir bien penser et repenser, « comme étant la plus hasardeuse chose et de la plus grande « importance dont on ait jamais délibéré en France. Les prie « considérer, non-seulement ce qu’ils désirent, mais ce que ee « pauvre royaume peut comporter, et ce qui se peut faire, comme « le malade désireux de santé , qui ne prend pas ee qu’il trouve « agréable et à son goût, mais souvent ce qui est bien déplaisant « et amer, comme plus convenable à sa maladie. Que s’il fait
* Lorsque la majorité de l'assemble* eut résolu que le roi serait supplié de ramener tous les Français à la religion catholique, elle s'effraya de la retraite de* dissidents, et fit partir uue ambassade pour •négocier avec eus, dans leur* place» de s fierté au delà de la Loire. Les envoyés tr»>u-
vèrent le roi de Navarre en Guienne, A ht tête des protestants armes. * Il reçut tout • en bonne part, * dit le député Bodin dan» ses Mémoires , * et pleura oyant Tarche- •* véque de Vienne réciter les calamités « de la guerre. * ?•* «r. d» ■■ . *
ny l'yh '
INTRODUCTION
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« mal au cœur des catholiques, qui jouissent de leur religion, « sans qu'on leur fasse aucun trouble, voir ceux de ladite reli- * giou , à qui on la veut ôter du tout , après leur avoir tant de « fois accordée et si longtemps permise, il désire que les états « considèrent soigneusement qu’en vain on s’est efforcé de la « chasser de ce royaume et des royaumes d’Angleterre, Hongrie, « Bohème, Danemark, Ecosse, Suède, Suisse et Allemagne, où
« elle a mis le pied Et partant ledit roi de Navarre prie et
« reprie ladite assemblée, pour la troisième fois, d’y vouloir « bien penser et remettre l’affaire en délibération »
Cette voix de la raison et du patriotisme ne fut pas écoutée; les étals se séparèrent sans revenir sur leur vote; mais, faute d'argent pour la guerre offensive, ce vote demeura un simple vœu, et de nouvelles négociations amenèrent une nouvelle trêve non moins agitée, quoique plus longue que les précédentes Elle durait encore en iô84, lorsqu’un événement imprévu, la mort du frère unique du roi1, donna au chef de la maison de Bourbon , chef du parti des réformés , les droits de premier prince du sang et de plus proche héritier de la couronne \ Ce fut le signal d’une crise violente pour les partis et pour la royauté. Bien que douteuse, parce que le roi était encore jeune, la perspective d’un successeur huguenot lit courir un frisson d'effroi
nea fois françaises, (. XIV, p. 33o et suiv,
3 François, duc d'Anjou.
4 Les Bourbons étaient issus de Louis IX, par Robert, comte de Clermont , son dernier fils.
* Extrait des Mémoires de Bodin, Rec.
des états généraux , etc. , t* XUI, p. 187 et suie.
• Voy. le traité de Bergerac et l’édit de Poitiers, septembre 1677. /irr. des nnriert'
INTRODUCTION
CXMI
parmi les niasses catholiques. Il ne s’agissait plus, disait-on avec une terreur sincère ou affectée, de savoir quelle mesure de tolérance serait faite à la nouvelle religion, mais si on ne la verrait pas s’asseoir sur le trône, et , devenue religion de l’État, s’armer île la toute-puissance royale contre l’ancienne foi du pays. I.a Ligue, dont les progrès avaient été bornés jusque-là, en fit tout à coup d'immenses; elle pénétra cette fois dans les hautes classes de la bourgeoisie, qu’elle parut embrasser tout entière.
Ici se développent dans toute leur grandeur les projets ambitieux de Henri de Lorraine duc de Guise, d’une famille qui avait lié sa fortune et donné un martyr à la cause du parti catholique '. Il était l'âme de la Ligue, le chef élu et servi par elle, celui dont elle voulait faire le rival d'abord , ensuite le maître du roi; joignant l’habileté à l’audace, il savait se faire craindre sans jamais sc trahir, et s'élevait à une immense popularité, tandis que la faiblesse et les débauches de Henri 111 rendaient ce prince pusillanime de plus en plus impopulaire. Les doctrines républicaines , que l'indignation produite par l'attentat de Charles IX avait suscitées et propagées dans le parti calviniste , passaient alors dans les rangs opposés par l'effet du mépris où tombait la royauté présente et des appréhensions qu'inspirait la royauté à venir. On invoquait la souveraineté du peuple et le droit d’élection nationale comme sauvegardes de la foi orthodoxe contre de prétendues connivences avec l'hérésie et contre l’avénement d'un roi hérétique. Ce fut cette crise d'opinion , on
’ Fr»r>voi», dur dr Guise, pire de Henri, auMÙné en i563 parmi ijenlillioiimie hiiçurnot.
rivin
INTRODUCTION
le zèle pour l’ancien dogme s'imprégnait de passions démocratiques , qui ouvrit la route et marqua le but à l’ambition des Guises Ils visèrent à la couronne, en s’appuyant des titres vrais ou faux qui les rattachaient à la seconde race, et en prenant un point d'appui plus effectif dans le patronage des droits que le progrès social avait mis, depuis trois siècles, en litige avec la royauté. Ils eurent des promesses de restauration pour tous les privilèges, ceux du clergé, ceux de la noblesse, ceux des provinces et ceux des villes. la» villes de liberté municipale, qui se sentaient tomber, non sans regrets , sous le niveau de l’administration, saisirent avidement l'espérance de regagner leurs franchises perdues, et de rétablir leurs constitutions mutilées. Elless’enrôlèrent à l’envi dans la Ligue, dont leurs milices composèrent la principale force, et Paris fut à la tête de ce mouvement. Comme au temps d’Etienne Marcel , on vit se fomer une association de corps municipaux sous l’influence et la direction de la démocratie parisienne; mais c’était dans un esprit de secte et de division, et non pour le grand intérêt national, c'était pour l'extermination d’une partie des Français, et non pour le salut de tous. En cas de victoire, le résultat de l’insurrection bourgeoise et populaire devait être une sorte d'assurance mutuelle entre le clergé, la noblesse et les communes, contre l’action du pouvoir royal et le progrès vers l’unité , un régime d’intérêts spéciaux et de morcellement administratif sous la haute protection d’une
Guise, son fils aine le prince de Joinville, et ses oncles les ducs d'Aumale et d’Elbeuf.
1 Us principaux membres de cette fa* mille étaient le dur de Guise, scs frères le duc de Mayenne et le cardinal de
INTRODUCTION
au
puissance ennemie déclarée de la grandeur et de l’indépendance du royaume
De l’état de société secrète pour la défense du catholicisme, la Ligue avait passé à l'état de parti révolutionnaire préludant, pur la négation des droits de l’héritier présomptif du trône, à de futures attaques contre le roi. Sa première démonstration hostile eut lieu en i *>85 ; une armée fut rassemblée, et plusieurs provinces se soulevèrent au nom du cardinal de Bourbon, oncle du roi de Navarre, se disant premier prince du sang parce qu’il était prince catholique ', et ayant derrière lui le due de Guise, véritable chef de la révolte V Henri III était somme
' L'Kspagne. — A.«l venant le cas île la mort du roy sans rofans, les catho-
liques : le plus diligemment qu'ils pourront, feront assembler les estais pour parvenir à lYslection d'uu roy catholique et ordonner les loix du royaume pour remettre toutes choses un cours des ancien ues loix fondamentales de la France. . . . Il sera très-nécessaire d’advenir nostre saint t Père le Pape et le roy catholique de toute* nos intentions, afliu de les ptéveuir, et qu’au besoin Sa Sainctcté nous assiste de sa satuetc bénédiction et le roi catholique de se» forces et moyeu» pour une *t >aiocte cause qui leur louche de près, voire «mi ils y ont intérest notable et principale «ietfetttc.
Le moyeu a il vise et résolu de tenir pour essayer en ce grand di sordre qui tneuace de lotîtes parts la ruine finale de nostre religion et de Testai de ce royaume est de tnéllre un si bon ordre que nous restablissiona reste monarchie et tous les estais
«l'icelle selon les anciennes fondamental* •' loix, sans nous despartir de la dette obey*sance que nous devons au roy, tant qu'il sera catholique ou qu’il ne se dcclarrr.i fauteur d’héri -tique* :
Premièrement c’est de faire que le plu» que Ton pourra de provinces et de villes de ce royaume s'unissent ensemble de force et conseil et moyens... i Instruction- «In comité parisien de la Ligue , adressées en 1587 m tons les comité* des bonne' villes. Palm» (Javel, Chronologie novennaire , Collect. Michaud et Poujoulat .
1" série, t. XI I* p. 34-18).
* La représentation admise en ligne collatérale pour la succession au royaume de France faisait passer le neveu avant l'oncle , quoique celui-ci ft\l plus proche d'un degré.
1 Voy. le manifeste intitule: Déclaration des causes qui ont mil monsieur le cardinal de Bourbon, et les pairs , princes , seigneurs, villes et communautés catholiques de rr*
eu
INTRODUCTION
respectueusement , mais sous peine de guerre avec la France orthodoxe , d'accomplir le voeu des états généraux , la réunion de tous ses sujets au culte catholique romain. II céda , et le traité conclu avec les révoltés fut accompagné d'un édit qui révoquait tous les édits de pacification accordés jusque-là aux calvinistes I/exercice de tout autre culte que la religion catholique était défendu sous peine de mort. Tæs ministres devaient sortir du royaume dans le délai d’un mois, et les autres protestants dans le délai de six mois, sous la même peine. Cette proscription fut encore aggravée, et un nouvel édit , imposé par le parti ligueur, réduisit de six mois à quinze jours le délai assigné aux religionnaires pour abjurer ou quitter la France *. Tous les biens des réfractaires et de quiconque les assisterait directement ou indirectement devaient être saisis et appliqués aux frais de la guerre que le roi allait recommencer avec toutes ses forces unies aux forces de la lègue. Ainsi s’ouvrit la plus longue et la plus sanglante des guerres civiles du siècle, celle dont Henri IV porta le poids durant dix ans avec une constance hé- ' s roique. Elle fut inaugurée en quelque sorte par une bulle d’ex-
communication qui le déclarait déchu de tout droit à la couronne de France, et qui annulait à son égard, pour le présent
Tout, Verdun, Rouen, Caen, Dijon, MAcon , Auxonnc , Orléans, Bourges, Angers et Lyon.
1 Édit de juillet 1 585. Rtc. des anciennes lois françaises, t. XIV, p. 5g5. — Mémoires de la Ligue, t. 1, p. 178.
* Déclaration du 16 octobre i585. Mémoires de la Ligue, 1. 1, p. «7.
royaume f de s ’ opposer h ceux qui />ar tous moyens s'efforcent de subvenir la religion catholique et l'État. Mémoires de la Ligue, t. I, p. 56 et stdv. — Les provinces et villes soulevées étaient la Champagne, la Picardie, la Normandie, la Bretagne et la Bourgogne, Rhcims , ChAlons, Soissons, P«*ronne, Amiens, Abbeville, Méxières,
D igifc ed-by-Ci©og le
INTRODCCNON.