CHU
et pour l'avenir, tout devoir et tout serment de fidélité A la question de tolérance d'un nouveau culte se mêlait, dans ce débat à main armée, ta question de suprématie temporelle du pape sur le royaume; une même attaque était dirigée contre le principe humain de la liberté de conscience et contre le principe national de l'indépendance de la couronne, et la majorité des Français, par haine de l’un, semblait prête à sacrifier l'autre.
Mais i dans cet égarement général , il restait encore des yeux
pour voir à quel abîme on marchait , et des consciences pour le dire. Ce fut des sommités du tiers état , de la haute magistratu re, que vint, comme un cri d’alarme, la protestation du bon sens et du patriotisme. Le 18 juillet i585, lorsque Henri III alla eu personne au parlement pour y faire lire et publier son premier édit de proscription , la cour n’inscrivit l’acte sur ses registres
qu’après de vives remontrances ;
• La sentence fulminée par Sixte V frappait également le prince de Condé, hérétique, fils d'un hérétique, converti nu catholicisme , puis retourne à sa religion, comme le roi de Navarre. — I laque, in praedso hoc solio , et in plenitudine potestatis quam ip&e Rei regum et Dominas dominantium licet nobis indignis tribuit , ..... pronuntiaraus e t declaramus Heuricum quondam regem et Henricum Condensem supradictos fuisse et esse h «retiens , in hareses relapsos et impoenitentes, httreticoruin quoque duces, fautores et defensores manifestes, publicos et oolorios, sicque lasse majesUtis divine rcos. . . . et spocialiter eoedem fuisse et esse ipso jure
trois mois plus tard , quand
privatos, Henricum quondam regem, vtdelicet pratemo Navarre regno illiusque parte qnam adhuc ohtinuit, nec non Bearni ; alterum vero Henricum Condensi.
et utrumque eorumque posteros, omnibus et quibuscumque aliis principatibus, ducatibus, dominiis, civitatibus et locia, feudisque et bonis etiam emphytcuticis. . . . . ac pariter eos ipso jure privatos et inespaces ac inhabiles ad succedeudum in quibnscumque ducat i b us, principatibus, dominîis et regnis, ac specialitcr in regno Francis. (Sixti V déclara lio, etc. , Goldasti Monarchia sancti romani iwperii , t. III,
Sûtes*» '
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CHX1I
INTRODUCTION
vint le second édit , et qu’avec sa promulgation fut requis, par une insigne lâcheté du roi , l’enregistrement de la bulle qui déclarait déchu de ses droits l’héritier légitime du trône, il y eut de nouvelles remontrances plus pressantes et plus énergiques. « Sire, » disait la cour suprême dans un langage digne du chancelier de l’Hôpital , « le crime que vous avez voulu châtier est a attaché aux consciences, lesquelles sont exemptes de la puis- « sance du fer et du feu .... Quand tout le parti des huguenots a serait réduit à une seule personne , il n’y aurait nul de nous « qui osât conclure à la mort contre elle, si son procès ne lui était « solennellement fait , et si elle n’était dûment atteinte et con- « vaincue de crime capital et énorme. Qui sera-ce donc qui , sans « forme de justice aucune , osera dépeupler tant de villes , dé-
« truire tant de provinces , et convertir tout ce royaume en un « tombeau? Qui osera prononcer le mot pour exposer tant de « millions d’hommes, femmes et enfante, à la mort, sans cause « ni raison apparente, vu qu’on ne leur impute aucun crime que « d’hérésie , hérésie encore inconnue ou pour le moins indécise,
* hérésie qu’ils ont soutenue contre les plus fameux théologiens
* de votre royaume , en laquelle ils sont nés et nourris depuis
<t trente ans par « votre frère
la permission de Votre Majesté et du feu roi
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Quant à la bulle du pape , à cette sentence de mort civile prononcée par le saint-siège au nom de son droit divin de juridiction sur tous les princes*, le parlement la signalait avec in-
• Mémoires de U Ligue , 1. 1 , p. »»î. beato Pelro «jusque successonbus Iradila
■ Ab immense «terni regis potentia, auctoritas omîtes teireuorum regum et
INTRODUCTION
r.vxrii
dignation comme un attentat contre la souveraineté du roi et l’indépendance du royaume; il rappelait au faible Henri lil l'exemple de ses devanciers et la tradition de ceux qui avaient en garde le dépôt des lois du pays. « Nous ne trouvons point, « disait-il , par nos registres ni par toute l'antiquité , que les « princes de France aient jamais été sujets à la justice du pape, ni « que les sujets aient pris connaissance de la religion de leuis « princes » N'osant porter au roi le reproche de lâcheté , il se l’adressait à lui-même pour sa connivence avec l’erreur de ceux qui s'étaient flattés d'amener les protestants à renoncer à leur culte, et d’abattre ce parti sans une grande effusion de sang. Il déclarait que c’était assez de honte pour lui que d’avoir prêté son ministère à la révocation de tant d’édits solennellement jurés; que son obéissance, pour ne pas devenir stupidité, s’arrêterait là ; et il terminait sa remontrance par ces graves et nobles paroles : o Faites-nous cette grâce , Sire, de reprendre en vos « mains les états dont il a plu à Votre Majesté et aux rois vos « prédécesseurs de nous honorer, afin que vous soyez délivré « des importunes difficultés que nous sommes contraints de
principum supereminct potesutes ....
inconcuusi profert in omnes judicia, cl ne diviuse maxime loge* violcntur summa ope providet, cl si quos ordinationi De» rcsistentes iuvenil, severiore ho» vindicta ulciscitur, el quainvi» patentions de solio dejiciens, veluti superbientis Luciferi ministres ad intima terræ deturkatos profttcrnit. (Sixti V dcclaratio, etc., Coldasti, àtonarctiia xancti impr/ii, t . 111, p. 1*40 ‘ Mémoires de U Ligue, i. I, p. aa5.—
La cour ne peut délibérer plus longuement l'homologation d'une telle bulle, si pernicieuse au bien de toute lu chrétienté et 4 la souveraineté de votre couronne, jugeant dès 4 présent qu’elle ne mérité aucune récompense que celle qu’un de vos prédécesseurs nous fit faire à une pareille bulle qu’un prédécesseur de ce pape lui avait envoyée, à savoir, de la jeter au feu en présence de toute l'Kglisc gallican»
{Ibid. , p. aaô.)
cxïiv
INTRODUCTION
« faire sur de tels édits, et nos consciences déchargées de la nta- « lédiction que Dieu prépare aux mauvais magistrats et conseil- « lers .... Il est plus expédient à Votre Majesté d’être sans cour « de parlement que de l’avoir inutile, comme nous sommes, et « il nous est aussi plus honorable de nous retirer privés en nos « maisons, et de pleurer en notre sein les calamités publiques « avec le reste de nos concitoyens, que d’asservir la dignité de « nos charges aux malheureuses intentions des ennemis de votre « couronne '. »
Cet avertissement fut inutile au roi comme à la nation; personne ne savait plus où se reprendre: les uns étaient aveuglés de fanatisme, d’autres séduits par les promesses des ambitieux, d'autres enlacés dans les réseaux d’une association dont la puissance dominait celle de l’État. Vingt-cinq ans de guerre civile n’avaient pas suffi pour briser la fougue des passions, et donner à tous la leçon suprême , celle de la nécessité. Jamais la cause de la liberté de conscience n’avait paru si complètement perdue; elle se soutint par l'héroïsme que le désespoir inspira aux bandes protestantes; leur chef, contraint de combattre pour son droit en même temps que pour sa religion, fit des prodiges de courage et d'habileté dans cette œuvre double qui semblait 11e pouvoir aboutir qu’à des situations incompatibles. Modéré autant quintrépide , il avait toujours le mot de paix à la bouche et dans le cœur; après la victoire la plus complète % il ne deman-
' Mémoire* de la Ligue , 1. 1, p. aa6 et
»»7- — Dam ce passage et dans les cila- * Bataille de Cou iras , le 10 octobre tions précédentes , la langue du xvi* siècle i S87. a été çà et là un peu rajeunie.
INTRODUCTION
liait rien que le rétablissement des anciens édits de tolérance. De son côté, le chef de la Ligue, aidé de la faveur populaire, poursuivait rapidement l’exécution du plan hardi qu’il avait conçu : s'emparer des conseils du roi et avoir la main sur sa personne ; le garrotter par l’intervention des états généraux , être une sorte de maire du palais jusqu'au moment d’usurper le trône sous ombre de volonté nationale. Henri III , tenu en écbee par cette fortune grandissant toujours, ne savait qu'hésiter ou plier ; le sentiment de sa dignité perdue le torturait parfois, mais ne le relevait pas ; incapable de faire un noble effort , il cédait sans fin', se réservant le dernier recours des lâches, la
1 Nostre volonté et intention est de commencer à tenir les estAts libres et généraux des trois ordres de nostredit royaume, an 1 5 aoust prochain en nostre ville de Bloys, où nous entendons que se trouvent aucuns des plus notables personnages de chacune province, bailliage et séueschaussée pour en pleine assembler. proposer libre-
ment. . . ce qui sera pins propre et convenable pour du tout esteindre et abolir les divisions qui sont entre nos subjects, ruesinement entre les catholiques, et parvenir à un bon et asseuré repos, avec lequel nostre saincte religion catholique soit si bien restablie, et toutes hérésies repurgées et extirpées de nostre royaume, que nos subjects n’ayent plus d’occasion d'y craindre changement tant de nostre vivant qu’a prés nostre décez. (Mandement au prévôt de Paris, dernier mai 1 588, Rec. des anciennes lois françaises, t. XIV, p. 614.)— Et premièrement noos jurons et renouvelions le serment par nous faict, en nostre sacre, de
vivre et mourir en la religion catholique, apostolique et romaine, promouvoir l'advanccment et conservation d’icdle, employer de bonne fey toutes nos forces et moyens , sans esparguer nostre propre vie, pour extirper de nostre royaume, pays et terres de nostre obcyssance , tous schismes et hérésies condamnées par les sainct»
conciles et principalement par ccluy de Trente, sans faire jamais aucune paix ou trefve avec les hérétiques, ny aucun édirt en leur faveur.
Art. a. Voulons et ordonnons que tous nos subjects, princes, seigneurs, tant ecclésiastiques, gentilshommes, habitansdes villes et plat pays, qu’autres, de quelque qualité et conditiou qu’ils sovent, s’unissent et joignent en ceste cause avec nous, et facent pareil serment d’employer avec nous toutes leurs forces et moyens jusque» à leurs propres vies, pour l'extermination dcsdicts hérétiques.
Ali. 3- Jurons aussi et promettons de
r.xxvi
INTRODUCTION
trahison et l’assassinat. Tels sont les éléments dont se composa l’un des plus grands drames de notre histoire, celui qui rend célèbre l'année i588, qui s’ouvre à Paris par l'émeute des barricades, et se dénoue aux seconds états de Blois par le meurtre du duc et du cardinal de Guise.
La convocation des états généraux de 1 588 fut un acte du roi contre lui-mème. Cette assemblée, venue à la suite d'une émeute victorieuse, et représentant, non la France entière, mais la France exclusivement catholique, eut pour mission et pour but de fonder la prédominance des états sur le pouvoir royal Il y a deux parts dans son histoire, l’une qui précède, l’autre qui suit l’assassinat des Guises et l’arrestation de plusieurs députés des trois ordres'. Dans la première de ces deux époques , les états, ayant le tiers à leur tète, soutiennent contre le roi une lutte de principes sur la question de la souveraineté ; ils déclarent qu’ils veulent pro-
par les provinces 4 ce que chacun Avançât d’y envoyer ses députés, pourvu qu'ils fussent catholiques romains; car autrement U nVtoit permis à aucun de la religion, ou soupçonné de favoriser ceux de la religion , de s'y trouver. ( Des états generaux , etc., t. XIV, p. *75.) — L’ assemblée s’ouvrit le 16 octobre; on y comptait 5o5 députes, savoir: x34 du clergé, 180 de U noblesse, et 191 du tiers-état.
* La Chapelle-Marteau , président du tiers étal , Coin pans et de Neuilli , députés de Paris, Leroi , député d'Amiens, le comte de Brissac, président de la uoblesse , et le sieur de Bois-Dauphin. Quatre députes du tiers état et trois du cierge , qui étaient sur la liste, s'échappèrent *3 décembre).
ne les favoriser ny advanccr de nostre vivant ; ordonnons et voulons que tous nos xubjects uuis jurent et promettent dès à présent et pour jamais , après qu'il aura pieu à Dieu disposer de nostre vie sans nous donner des enfans, de ne recepvoir à estre roy, prester obeyssance à prince quelconque qui soit hérétique ou fauteur d'hérésie. (Édit de renouvellement de l’union du roi avec les princes et seigneurs catholiques du royaume , juillet ■ 588, p. G 16.)
1 C’est le ta mai qu’eut lieu le soulèvement nommé Journée des barricades; l’ordonnance de convocation des états fut reuduc le dernier jour du même mois. — Lettres furent de toutes parts expédiées
INTRODUCTION
céder par résolution et non par supplication; ils attribuent aux seuls édits faits avec leur concours le titre de lois fondamentales. Malgré la retenue de leurs paroles et leur apparente soumission à l’ancien ordre monarchique, ils menacent la royauté d'en constituer un tout nouveau, de la mettre en tutelle permanente sous la représentation nationale , et de déléguer pour le présent celte tutelle au chef de la Ligue. La seconde époque, ou l'assemblée se débat entre la crainte et la colère, ne présente, au lieu de cette hostilité agressive , qu'une opposition d'inertie sous laquelle couve, dans le cœur de chacun, l'impatience d'être congédié pour se rendre sur un terrain propice à la rébellion
ouverte
Comme je l'ai déjà dit, ce fut le tiers état qui joua ici le premier rôle; il était la puissance du jour; il prit l'initiative des propositions hardies envers la royauté ou violentes contre les huguenots. Son cahier renferme les demandes suivantes : que les ordonnances faites à la requête des états soient déclarées immuables, et n'aient pas besoin d ‘être vérifiées en cour de parlement ; que pour tout autre édit, les cours souveraines aient toute liberté de remontrances, et ne soient jamais forcées d'enregistrer’; que les parlements ne puissent vérifier aucun édit, sans qu'auparavant il ait été communiqué aux procureurs-syndics des états, dans les pays d'états, et que toutes les provinces du royaume
• Voy. lo Journal d'Etienne Bernard, député du tiers état de Bourgogne , Det étau généraux, etc., t. XIV, p. 440 et suiv. — La st ance de clôture des états tnt lieu le 16 janvier 1S89.
. tanr.ttA tv *
* Cahier général du tiers #*tat («588 . Recueil det cohier % généraux det trois ordre/, t. III , p. 186.
CXWIII
INTRODUCTION
puissent élire « cet effet des procureurs-syndics; qu'il n’y ait plus de levées d’argent, pour quelque cause et sous quelque forme que ce soit, sans le consentement des états généraux1 * 3; que les hérétiques soient punis selon les ordonnances de François I" et de Henri II, et que des mesures rigoureuses soient prises contre les fauteurs d’hérésie; que le roi de Navarre soit déclaré incapable de succéder à la couronne, et que tous ses biens soient confisqués1. Parmi les demandes qui ne tenaient rien des passions du moment, on peut noter celles-ci, renouvelées pour la plupart du cahier de 1^76 et de celui de i56o: le rétablissement des élections ecclésiastiques, malgré le concordat de François I", le maintien scrupuleux de l’élection pour les emplois de judicature, la poursuite d’office contre les seigneurs coupables d’exactions sur les habitants de leurs domaines, la restitution du droit de justice civile aux corps municipaux , l’égalité des poids et mesures \ En général, les propositions du tiers état se distinguent moins fortement qu’autrefois de celles des deux autres ordres ; on voit qu’il y a, sur beaucoup de points, parité de sentiments et d’idées. De plus, ce cahier de i58tt n’offre pas, en ce qui regarde le droit et l’administration , la même abondance d’objets que les cahiers de i56o et 1 57#» * , soit que deux réunions d’états, si près l’une
1 Cahier général du tiers étal, art. 67
et aa3.
3 Plaira à Voire Majesté déclarer Henri de Bourbon , roi de Navarre , comme heretique et notoirement relaps, criminel de lése-ruajesté divine et humaine au premier chef, inhabile et incapable de succéder à la couronne de France, privé de
tous droits et prérogatives de prince et de pair, tant lui que ses hoirs procrées et à procréer. [Ibid., art. a.) — Ibid. , art. 3 el 4.
3 Ibid. y art. *4,77» *9^» 9$ el >6g.
4 11 ne contient que aya articles. Le cahier de 1S60 en avait eu 354* et celui de <576, 4 4 8*
INTRODUCTION
de 1 autre , eussent laissé peu de choses nouvelles à voir et à conseiller, soit que les élus du tiers état ligueur aient été , par cela même, plus remplis du besoin d’action immédiate que du sens réfléchi d'où procède le travail d’analyse en matière de législation.
Après le meurtre du duc de Guise, Henri III, délivré en idée, s était écrié: Maintenant je suis roi! Il croyait avoir frappé de mort toute la Ligue; il fut bientôt détrompé. Pendant qu’il perdait le temps à faire devant les états des harangues et des apologies, 1 insurrection provoquée par son crime éclatait à Paris, et se propageait d’une ville à l’autre. Bientôt des provinces entières furent entraînées dans ce mouvement, et, de la Picardie a la Bretagne, de la Bretagne à la Provence, une fédération municipale s’organisa contre la royauté. Le projet de gouvernement révolutionnaire conçu par les comités de la Ligue fut exécute, sous l’empire de passions ardentes jusqu a la frénésie, exaltees jusqu'au dévouement \ On tournait les yeux vers les cantons suisses, et l’on parlait de se constituer en république à leur exemple1; la démocratie parisienne, maîtresse du parle-
' Voy. plus haut, p. cxix.
M. de Mayenne s'achemine à Paris, non pour conquester, mais seule ment pour recevoir et donner ordre à tant de peuples et villes qui , comme à l'euvy les uns des autres , se mettoient. du parte de l'union , aucuns sous les bonnes espérances qu'ils s’csloient imagines de vivre à l'advenir 4 la manière des Suisses, et destre exempts de tailles et de payer les cens et devoirs 1 leurs seigneurs, d'autres d'anix. i.
mosité, de courroux et de despii 4 cause de la bonne opinion qu'il» avoient de feu M. de Guise, et parmy ceux-14 quelquesuns affectionnez 4 la religion catholique romainc. { Palm. Cayet , Chronologie novennaire, collecl. Michaud, t. Xil.p. i0a. — Si d'un autre coslc l'on propose de réduire ce royaume en république, connoissant qu'il est impossible de ehas»er le roy ei en estahjir un autre, j’advoue que ce sera une chose plus aisoe i faire, parce qu'il
cm
INTRODUCTION
ment par un coup d'état , supprimait le nom du roi dans les actes judiciaires, et nommait de sa propre autorité un lieutenant général du royaume'. Cependant, au lieu d'agir et de monter ■à cheval, Henri III, retombé dans sa mollesse, expédiait du château de Blois des proclamations inutiles et des ordres qui ne parvenaient pas; entouré par la révolte, comme par un cercle de fer qui se resserrait de plus en plus, il se trouva enfin réduit à n’avoir en sa puissance que les deux rives de la Loire, entre Tours et Beaugency. Alors il prit une résolution qui donnait la mesure de sa détresse; il fit, sous le nom de trêve, un pacte d’alliance avec le prince qu’il avait déshérité et proscrit, et il mit sa couronne sous la garde des religionnaires dont il s’était fait gloire de poursuivre l’extermination *.
Quatre mois après le meurtre du chef de la Ligue, Henri de Valois et Henri de Bourbon eurent, au Plessis-lez-Tours , une entrevue où ils scellèrent, en s’embrassant, l’union du parti royal et du parti calviniste. Leurs deux armées n’en formèrent plus
ne faut que luy dcsoier l’obéyssance et se gouverner sous l'auihorité des quarante conseillers et des maires et eschevius des villes sans plus parler de roy, et se tenir bien alliez et con fédérez les uns avec les autres pour se supporter et pour se d effondre contre luy. (Mémoires deNcvers, ti“, p.919.)
1 Le titre donné au duc de Mayenne était celui de lieutenant général de I état royal et couronne de France.
a Les témoignages sont assez notoires. . . de quel zèle et bon pied j'ai toujours mar-
ché à l’extirpation de l'hérésie et des hérétiques, à quoi j'exposerai plus que jamais ma vie, jusques à une mort certaine, s’il en est besoin , pour la défense et protection de notre sainte foi catholique, apostolique et romaine, comme le plus superbe tombeau où je me pourrois ensevelir que dans la ruine de l'hérésie. (Harangue du roi, 16 octobre i588, Des états généraux, etc., t. XIV, p. 356.) — Voy. le* lettres d'armistice avec le roi de Navarre données À Tours le a6 avril 1689. (Hec. des anticnn lois franç., t. XIV, p. 646.)
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INTRODUCTION
ciui
qu'une seule, qui bientôt se porta vers Paris, où la Ligue était maîtresse, et d'où elle agissait sur les provinces. Arrivés sous les murs de la ville, qui fut frappée de terreur à leur approche, les rois campèrent, l'un , celui de France , à Saint-Cloud , l’autre, celui de Navarre, à Meudon. Les apprêts du siège étaient terminés à la fin de juillet, et l'assaut devait avoir lieu le a août; mais Henri III ne vit pas ce jour. Il fut tué d'un coup de couteau par un jeune moine dominicain , poussé au régicide par son fanatisme ligueur, des prédications furieuses, d’adroites manœuvres et la consternation qu'il voyait régner dans Paris '. Ainsi la Ligue rendit à Henri IH crime pour crime, et le même coup vengea sur lui l’assassinat des Guises et les meurtres de la Saint- Barthélemy. Du reste, ce prince eut une mort qui rachetait jusqu’à un certain point les faiblesses de son règne ; il n’bésita pas à ce dernier moment sur ses devoirs de roi et de patriote; il voulut jeter les fondements dé la réconciliation nationale. 11 fit appeler le roi de Navarre, et lui dit: « Mon frère, la couronne est vôtre après que Dieu aura fait sa volonté de moi. » Puis, s’adressant aux princes et aux nobles qui entouraient son lit, il leur commanda de jurer au successeur légitime obéissance et fidélité; tous, mettant le genou en terre, firent ce serment *.
Ce fut le 4 août 1589, qu’après avoir signé la promesse de maintenir sans altération la religion catholique Henri de Bour-
». v 1 .CTanxii .vajifeiO*1
' Ceci arriva dans la matinée du i”aoèt; aaire , coliect. Miduud, t. XII, p. «So.
le moine se nommait Jacquet Cktneot. » Noua Henri , par la grâce de Dieu ,
* Palma Cayet , Chronologie notes- roi de France et de Navarre , promettons
CXXJII
INTRODl CTION
bon fut solennellement reconnu pour roi par les chefs de l’armée royale , et ce fut le aa mars 1 5g4 , que , vainqueur de la Ligue et devenu lui-même catholique , il entra militairement dans Paris. Il fallut plus de quatre années de combats, une constance à toute épreuve et une admirable prudence, des victoires signalées et une transaction décisive ', pour que le principe du droit héréditaire, allié aux intérêts de l’indépendance nationale, prévalût contre l’association du principe de l’orthodoxie avec les doctrines de la souveraineté du peuple. On sait quelles furent les vicissitudes de cette grande lutte, soutenue intrépidement de part et d’autre devant l’opinion publique, et dont cette opinion était à la fois le juge et le prix. Au-dessus des événements variés qui en marquent le cours, il y a un fait qui domine, c’est le retour graduel de la bourgeoisie à l’esprit de tolérance de i56o, avec plus de réflexion, avec la maturité de jugement que donnent l’expérience et le malheur. A mesure que le prince réduit à être conquérant de son propre royaume gagnait une de ces victoires glorieuses d’humanité autant que d’héroïsme, le zèle fanatique perdait du terraiu, et, abandonnant les classes moyennes de la nation, se retirait dans les classes inférieures. C’est en elles
et jurons, en foy et parole de roi , par ces présentes, signées de notre main, à tous nos bons et iidels sujets, de maintenir et conserver en nostre royaume la religion catholique, apostolique et romaine eu son entier, sans y innover ou changer aucune chose , soit en la police et exercice d’iceUe , ou aux personnes et biens
ecclesiastiques. ( Déclaration et serinent du roi à son avenement à la couronne; Kec. des Anciennes lois françaises , t. XV,
* Bataille d’Arques, le i3 septembre 1689; bataille d’irry, le 14 mars i5go; abjuration du roi à Saint-Denis, le juillet 159).
INTRODUCTION
r.xxxui
que se prolongea le sombre enthousiasme et l’énergie des premiers jours de la lutte, c’est elles qui, par un régime de compression et de terreur, imposèrent à Paris la prodigieuse patience avec laquelle cette grande cité souffrit les fatigues et Ips misères d'un siège de quatre ans; elles enfin qui, livrées en aveugles au protectorat du roi d'Espagne, donnèrent le monstrueux spectacle d'un parti démocratique qui u’était pas un parti national
La Ligue avait eu la prétention de transporter la royauté et de la rendre, au moins une fois, élective; elle échoua dans ce dessein, et ne réussit qu’à empêcher le roi héréditaire de régner, tant qu’il ne fut pas catholique. Son dernier acte d’autorité fut une convocation d'états généraux faite sans mandement royal. Indiquée et ajournée plusieurs fois depuis l'année i5qo, cette assemblée révolutionnaire, qui se disait nationale et sur laquelle pesaient le patronage et l'ambition de l’Espagne, se réunit enfin à Paris le a8 janvier i jg3 *. Les députés qui y vinrent en petit nombre 1 ne tardèrent pas à se trouver en face de l'intérôt étranger se couvrant de l'intérêt de la foi catholique pour demander avec hauteur le sacrifice des lois fondamentales et de l’indépendance du pays. Us eurent à entendre successivement trois propositions du roi d’Espagne : la première, de reconnaître pour reine par droit de naissance l’infante Isabelle sa fille, petite-fille
■ Voy. lUût. de France de M. Henri Martin, t. XL, p. et suiv.
* Voy. les Procès -verbaux des états généraux de i&ÿl, publiés par M. Auguste Bernard , dans la Collection des do-
cuments inédits sur l'histoire de France 3 Ils étaient environ cent trente . la plupart du tiers état; Paria seul avait doute représentants de cet ordre.