LETTRE DES MAGISTRATS MUNICIPAUX D AMIENS AU DUC DK LANCASTRE
A la fin île l’année i354> des marchands d’Amiens comptant, pour la sécurité de leur commerce , sur les trêves conclues entre les rois de France et d’Angleterre , avaient chargé sur un navire d’Abbeville quarante-sept tonneaux et une pipe de gttcile, représentant une valeur de trois mille florins. En se rendant en Flandre , ce navire fut attaqué et pris par une chaloupe anglaise à la hauteur de Calais, et conduit dans ce port, où l’on retint la cargaison. i.e capitaine de Calais ayant refusé de relâcher la prise, le maire et les échevins d’Amiens adressèrent la lettre qu’on va lire au duc de Lancaslre qui était venu en France pour traiter de la paix avec les plénipotentiaires du roi Jean. Dans cette lettre, les magistrats amiénois prient le duc de mander au capitaine de Calais et aux officiers de justice d'Angleterre qu’ils aient
' Henri, duc de Lancaitrc, descendait en ligne son cumin Edouard III, dans 1rs guerres entre la directe du roi Henri III. Sont le titre de comte de France H I" Angleterre. Il fut fait duc de Lancustrr Derby, il contribua puissamment aux Miecê* de en 1 cl mourut en i36a.
SUPPLÉMENT
à restituer dans le plus bref délai les denrées saisies. Ils ajoutent qu’en faisant observer les trêves et voulant bien prendre sur lui le soin de celte affaire, il épargnerait aux réclamants les délais que nécessiterait l'intervention du roi de France, et qu’en même temps il rassurerait tous ceux qui , sur la foi des trêves et à l’annonce de sa venue, s’étaient aventurés à mettre leurs marchandises en mer. Aucun acte postérieur ne fait connaître les résultats de cette supplique.
Noblez et puissanz princes monseigneur le duc de Lenquastre,
Plu heurs et boins marcheanz de la cité d’Amiens, euh confia»* cz triêves traicliez et acordéez dairainenient entre le roy de France, notre très-soverain et trez-redoubté seigneur, pour luy et ses subgiez de son royaume , d une part , et le roy d'Engleterre pour luy et ceulz de son royaume , d’autre , en espérance que euls et tous bonz marcheans et leurs marchandisez pooient passer et rapassertie l’un royaume en l'autre paystcblemeiii sans estre empéchié ou molesté en corps ou en biens, et dévoient les atteiuptas eslrc réparé, et ceuls qui fais les avoient pugnjs, avoient la nef Bernars le Carbonnier d’Abbeville, de laquelle estoit maistrez Wistaces le Guisneis, fait chargier de quarante-sept tonnaux et une pippe de waidc , en pris et de le valeur de environ trois mille flourins à l'escu du quing le roy Philippe nostre sire dairain trespassé, là où estoit toute le chevance d’aucuns desdis bourgeois ; che nonobstant, ainsi que ledicte nef faisoit son voyaige par la mer et qu'elle pussoit devant le hable de le ville de Calais, le lundi matin premier jour de cest présent mois de décembre, pour estre menez en pays de Flandres; dudit hable yssi une barqe en lequelle estoient pluiseurs Engloiz qui par leur forche prinrent ledicte nef chargic des waidez dessusdis, et, contre la volenté du inaistrcet gens estans en ycelle, l’enmenèrent en la ville de Calais et rendre ne délivrer ne l'ont volu ne encore ne veullent ne ledit capitaine de Calais, luy requis et sur ce sommé souffissamment, lequelle prinze a esté et est faite en attemptant contre lesdictes triêvez, ou très-grant grief, dommage et préjudice desdis marchan* ; si vous supplions , noblez et puissan» princez, que vous qui, si comme nous tenonz, volez lezdictes triôvez entériner et faire tenir des subgiez du roy d'Engleterre et lez délis et meffais estre pugnis , ne telz attemptas , excez et damagez contre les boins marcheanz, faisans loial fait et marchundise, ne vautriez souffrir, u veulliez par votrez lettrez mander au capitaine de Calais et ad capitainez et justiciers d'Engleterre que lesdis waidez ainsi prins et enmenez en Calais il rendent et restituent sans delay à nosdis bourgeois ou leur en facent telle restitucion qu'il leur soufQse, et
AMIENS
ne souffrez que nostliz marcbeans soustiengneut tel dommage de leursdictes marchandises en temps de trièvez ainsi prinzes , quar au cas que souffrir leur convenroit , lesdis marchand ou lez aucunz d'iceub seroient em péril d' avoir perdu estât et chevance, dont grant pitié seroit; et, puissans princez, plaise vous pourveir hriefment en ceste besoingne et y mettre tel remède que nos bons marchans n’nyent cause de euls en traire au roy nostre sire , ne que marchandise en puisse ou doye estre enipéechie , quar, tant pour lesdictes trièvez comme pour votre venue par dechà, moult de boins marcha ns se sont avanchié de mener et envoyer leurs marchandises par la mer. Escript à Amiens, le iute jour de décembre l’an mil ccc liiii, soubz le scel as causez de le ville d’Amiens.
Plus bas y à cote du sceau : Lez maire et eschevins de la cité de Amiens.
Au dos est écrit : A très-chier et très-redouté signeur monsigneur le roy ou à son consel ; et plus bas : De par la cité et bailliu d’Amiens.
Londres, Musée Britannique , bibl. («lion., Caligula, d m , fol. 3a r*. — Original aur papier «le coton. Le sceau en dre étant plaqué ; il a été enlevé.
AUTORISATION DONNÉE PAR LE ROI D'ANGLETERRE , A L'UN DES OTAGES DE LA VILLE D'AMIENS DE S’ARSENTER DE LONDRES.
Par les lettres qu’on va lire, datées du 4 juillet i3Ci , le roi d’Angleterre , Édouard 111 , accorde à Jean d’Ypres , bourgeois d’Amiens, cl l’un des otages fournis par cette ville , en exécution du traité de Brétignv , l'autorisation de s’absenter pendant un mois de I-ondres, lieu de sa résidence obligée L'acte royal porte que Jean d’Ypres pourra se rendre sur tel point de l’Angleterre qu'il jugera convenable, et qu’il sera tenu de se présenter au bout d’un mois à Londres, devant le roi ou son conseil , et d’v rester en otage comme par le passé et conformément à son serment. De semblables autorisations furent données à la même époque aux bourgeois des autres bonnes villes, venus à titre d’otages en Angleterre.
Edward , par la grâce de Dieu roi d'Engleterre, seigneur d’Irlande et d’Aquitaigne, à Johan de Ypres,bourgois de Amyens, salua. Par certeines causes que
* Voyn, ci-dessus, [>. 6U, «le* lettre* du roi Jean, relative* aux otage* amiénoii, datées du 1 1 mai i36*.
SUPPLÉMENT. 8:17
nous movent, tous donons congié de vous transporter hors de la cité de Londres , en quiale vous estez obligez à demorer liostages pour l’acomplisement des choses accordées parmy la paiix faite entre nous et nostre très-cher frère de Ffrance , quele part que vous plerra , dedans les termes de nostre roialme sanz passer ycelles , par un mois entier» à compter du jour de Ittndy prix hein à venir après la date de cestes ; si que touteffoiz vous vous présentez à nous ou à nostre consail en ladite cité de Londres, au chief dudit mois, pour y demeurer liostages en matière et forme que obligez en estez et de novel promis avez par les seiiitz ewangels Dieu par vous corporelement touchez à lesqueles obligations. Quant as autres choses contenues en ycelles , nous ne volons que aucun préjudice se face par la teneur de cestes présentes. Donnéez souz nostre grant seal à nostre palais de Westminster, le quart jour de juyllot l’an de nostre règne trente-quint.
Londres, Mti»rc Rnlanniqn* : ltibl (hilton.. CaUgitta . s mi, fol. Copie H» temps .mr parduaMD.
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