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INTRODUCTION
lie Henri II ' ; la seconde, qu’un prince du sang impérial , fiance à l'infante % fût élu pourrai; la troisième, que l’infante épousât un prince français, et que tous les deux fussent déclarés conjointement propriétaires de In couronne En dépit de leurs obligations envers l'Espagne et du besoin que l'union catholique avait de son assistance, les députés ligueurs se sentirent français, et rougirent à de pareilles demandes. Ils repoussèrent les deux premières propositions, et éludèrent la troisième, en disant que l'heure n’était pas venue de procéder à l’élection d'un roi * ; ils ne firent rien, et ce fut tout leur mérite. Mais le parlement, ou, pour mieux dire, les membres de cette cour qui, par zèle d'orthodoxie ou par crainte de la Ligue, étaient demeurés dans Paris*, osèrent davantage; faisant acte de souveraineté à la face des états et contre eux , ils rendirent une sentence qui déclarait nul tout acte fait ou à faire pour l'établissement de prince ou princesse étrangers, et protestèrent qu’ils mourraient tous plutôt que de rompre ou de changer cet arrêt*.
' Isabelle-Claire- Eugénie, née du mariage de Philippe II avec Élisabeth de France.
* L’archiduc Ernest d'Autriche, frère de l'empereur Rodolphe II et neveu de Philippe IL
3 In tolidum. Voy. les Procès-verbaux des états généraux de i5g3 , p. i5a,
287, 555, et, dans le même recueil , appendioel, le Journal d’Odet Soret, député du tiers état de Normandie.
* Sur la proposition qni a esté faictr ausdicts estats par monsieur le duc de Férié et antres ministres du roy catholique
de créer et establir présentement une royauté, lesdicts estats estiment qu’il seroit non-seulement hors de propos, mais encore périlleux, et pour la religion et pour Testât, de faire ceste eslection et déclaration en un temps où nous sommes si peu fortifiez et d'hommes et de moyens. ( Délibération du 4 juillet, Pnycés’Vtrbanx des états généraux de 1 5g3, p. 55s.)
* Une partie du parlement de Paris siégeait alors à Tour*, |>ar suite d’un édit de translation donné par Henri ni , en février 1 58g.
* Délibération du parlement du a8juin
INTRODUCTION
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Un mois après, en abjurant le calvinisme dans la basilique de Saint-Denis, Henri de Bourbon écarta l'obstacle que les moeurs nationales opposaient à ce qu’il fût roi de fait comme il l’était de droit, et bientôt les états de la Ligue, s’éteignant d’eux-mèmes, laissèrent libres toutes les voies légales à l’occupation du trône \
Henri IV’, c'est l'Hôpital armé ; sa victoire fut , après trentequatre ans d’hésitation publique , de tentatives prématurées et de violents retours en arrière , celle des principes de l’immortel chancelier de Charles IX. Le roi qui délivra les consciences de l’oppression religieuse et le pays de l'influence étrangère fut un de ces grands réparateurs venus après les grands désordres pour relever les ruines amoncelées, et faire germer les semences de bien éparses parmi les décombres. Une fois qu’il eut conquis la paix au dedans et au dehors, douze ans lui suffirent pour effacer la trace des guerres civiles , renouveler la face du pays par une prospérité toujours croissante, et fonder sur de nouvelles bases la politique nationale. Il avait une intelligence universelle, un esprit souple et pénétrant, des résolutions promptes et une fermeté inébranlable dans ce qu'il avait résolu. A la sagesse des hommes pratiques, à cet instinct qui va droit à l’utile et au possible, qui prend ou rejette sans prévention et sans passion, au commandement le plus absolu, il joignait la séduc-
verbaux des séances s’arrêtent, pour le cierge, au 1 3 juillet, pour la ooblesve, au 8 août, et pour le lier» état, au aa décembre.
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1 593, Procès-Verbaux appendice VIII, p. 7^0-748.
* Il n’y eut pas de clôture officielle pour les états de 1893. Les députés quittèrent leur poste l’un après l’autre; les procès-
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tion des manières et une grâce de propos inimitable. Ses hautes vertus mêlées d'étranges faiblesses ont fait de lui un type unique de roi à la fois aimable et imposant, profond de sens et léger de goûts, plein de grandeur d'âme et de calculs, de sympathies populaires et d’orgueil de race, et toujours et avant tout patriote admirable.
Il y a trois choses dans l'œuvre du vainqueur de la Ligue: l’établissement définitif de la liberté de conscience et de l’état civil des dissidents, la restauration et le progrès de tout ce qui constitue la richesse publique, enfin la conception d’une politique française, fondée sur le maintien des nationalités et l’équilibre des puissances européennes. Aucun des anciens édits de tolérance n'avait eu le caractère de loi perpétuelle ; c’étaient des actes provisoires, des traités de paix conclus dans l’attente d’une réunion des deux cultes par un concile général ou national. Or, les deux cultes n'avaient pu ni se fondre ensemble, ni se détruire l’un l’autre; il fallait que leur séparation et avec elle leurs droits respectifs fussent proclamés et sanctionnés par un décret irrévocable. Tel fut l’objet du célèbre édit signé à Nantes, le i3 avril 1098, et auquel cette ville a donné son nom. Résumant les édits antérieurs dans leurs dispositions essentielles et vraiment praticables, il garantit, d’une part, aux personnes l’entière liberté de conscience, de l’autre, aux religions, des privilèges limités pour chacune d’elles selon la mesure de ses forces et sa situation dans le pays’.
• Maintenant qu’il plaît à Dieu com- voir mieux employer qu’à vaquer à ce qui menccr à nous faire jouir de quelque œeil- peut concerner la gloire de sou saine t nom
leur repos, nous avons estimé m* le pou* et service, et pourvoir qu’il puisse être
“Digitizëd
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Par cette transaction dernière entre la justice naturelle et la nécessité sociale, les réformés obtinrent définitivement le droit d'habiter dans tout le royaume sans être astreints à faire aucune chose contre leur conscience; l’admissibilité à tous les emplois publics avec dispense à l’entrée en charge de toute cérémonie et forme de serment contraire à leur culte; le droit de n’être jugés que par des tribunaux mi-partie de protestants et de catholiques; celui de publier des livres de leur religion , de fonder des collèges, écoles et hôpitaux, et, avec cela, d’être admis comme étudiants dans les universités et les autres écoles du royaume, ou , comme pauvres ou malades , dans les anciens hospices. L’exercice privé du nouveau culte fut déclaré libre pour chaque famille , mais l’exercice public n’en fut permis que dans les lieux où l’avait autorisé l’édit de 1677, avec une ville de plus ou un moindre lieu par bailliage'. Cette charte de droits qui transportait à l’État l’unité dont le privilège avait, depuis tant de siècles, appartenu à l'Église, devint la loi civile des deux cultes rivaux ; elle les régit en paix jusqu’au jour où elle fut brisée
adore et prié par tous nos subjects; et s'il ne lui a pieu permettre que ce soit pour encore en une mesme forme et religion, que ce soit au moins d'une mesme intention et avec telle reigle qu’il n’y ait point pour cela de trouble et de tumulte entre eux , et que nous et ce royaume puissions toujours mériter et conserver le liltre glorieux de très-chrestien.... Nous avons jugé necessaire de donner maintenant sur le tout à tous nosdits subjects une loy generale, claire, nette et absolue, par laquelle
ils soient réglés sur tous les différends qui sont cy devant sur ce survenus entre eux et y pourront encore survenir cy- après , et dont tes uns et les autres ayent sujet de se contenter, selon que la qualité du temps le peut porter. {Préambule de l'édit de Nantes , Rec. des anciennes lois françaises, t. XV, p. 171.)
* Édit de Nantes, art. 6, 7,8, 9, 10, 11, ai, ai, *4 , 17, 3o, 3 1 , 3a, 33, 34 , 35, 36, 43, 64, 66 et 67.
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I1NTROM.CTION.
par un vertige du pouvoir royal, qui, ramenant, après quatrevingt-dix ans de tolérance , le fanatisme et les proscriptions du xvi* siècle , imprima due tache ineffaçable snr l’un des plus grands règnes de notre histoire
A part l'édit de Nantes et une loi remarquable contre le duel \ toute la législation de Henri IV roule sur des matières d’économie publique , et là sa passion du bien-être général , son intelligence des conditions de prospérité pour le pays , son génie créateur et l’activité de son esprit se montrent d'une façon merveilleuse. On sait quel nom l’histoire associe au sien dans une gloire commune, celle d’avoir fait renaître et développé avec une énergie alors sans exemple les forces productives de la France. Maximilien de Béthune, marquis de Rosny, docdeSuIly, créé surintendant des finances en i5q6 \ fut l’homme d’action qui , dans cette entreprise où les obstacles étaient sans nombre, mit une volonté intrépide et une persévérance à toute épreuve au service de la pensée du roi. Premier ministre en fait sinon en titre, il porta la réforme et la vie dans toutes les branches de l'administration. Non-seulement il releva les finances de l’abîme où les avait fait descendre l'énorme déficit du dernier règne *, augmenté par cinq ans d'anarchie et par les capitulations
' Révocation de l'édit de Nantes par l’ordonnance de Louis XtV du ao octobre i685.
* Édit de juin 1609, Rtc. de* anc. lois françaises, t. XV, p.35i.
* Il remplaça les boit intendants con* trdlcnrs generaux des finances, et fut nona-
me successivement grand voyer de France, grand maître de 1’arttllerîe et surintendam des bâtiments et fortification*.
4 Voye*, sur l’étàt de» finances en »5?6 et eti t588 , l’Histoire de France de M. Henri Martin , t. X/p. XI,
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d'argent au prix desquelles avait eu lieu la soumission des grands de la Ligue r non-seulement il remplit de nouveau le trésor vide, mais, remontant jusqu'aux sources de la richesse publique, il les agrandit et les multiplia. L'agriculture, encouragée avec un xèle qui gagna la noblesse elle-inème, prit un essor inconnu jusque-là; toutes les parties de l’aménagement du sol, les eaux et les bois, le défrichement des terrains vagues, le dessèchement des marais, furent l’objet de mesures qui provoquaient de grandes entreprises particulières; la même protection s'étendit aux manufactures, et l’industrie de la soie fut propagée dans tout le royaume. En même temps des sommes considérables étaient employées aux routes, aux ponts, aux levées, au ereusement de canaux navigables; et le dessein de faire communiquer l’une avec l’autre les deux mers qui baignent la France s’élaborait dans les entretiens du grand roi et.du grand ministre'.
S il faut admirer à l'intérieur l'esprit d'ordre, de suite et de progrès qui caractérise le gouvernement de Henri IV, ses plans
1 Le projet d'unir la Seine à la Loire et celle-ci à la Saône fut en partie exécute par l’ouverture du canal de Briarc; un second projet, celui de joindre l'Aude à la Garonne , demeura sans exécution - — Voy. l’ordonnance de mai 1^97 sur les eaux et forets, l’entretien des chemins publics et des rivières, etc. ; Ica edi U d'avril 1699 cl de janvier 1607, pour le dessèchement des marais; l'édit de mai 1^99, qui crée un office de grand voyer de France ; les lettres d'août 1697, établissant une fabrique de cristal à Melun; l’édit d’août itioî, pour l'établissement à Paris d'une
manufacture de draps et toiles d’or, «l’argent et de soie; la déclaration «lu 16 novembre i(>o5, pour l'etablissement dans tous les diocèses d'utie pépinière de mûriers blancs, et ledit de janvier 1607, qui établit dans plusieurs villes du royaume des manufactures de tapisseries. liée, des anc. loit françaises , l. XV, p. 141, axa, 3«3, aaa, 164» a83, 391 et 3aa. — Une assemblée de commerce, sorte d’états néraux de l’industrie , fut convoquée à Paris en 1604. Voy. Archives curieuses tie l'histoire de France , t. XIV, p. a 19 et suiv.
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de politirpie extérieure sont peut-être encore plus dignes d’admiration. Il entreprit à la fois de préserver la France du danger continuel dont la menaçait la prépondérance de la maison d’Autriche, et de lui faire à elle-même une situation prépondérante en reconstituant l’Europe d’après un nouveau principe, celui de l'indépendance et de l'équilibre des états. Le système de balance politique réalisé un demi-siècle plus tard par le traité de Westphalie fut une création de sa pensée; il le conçut dès l’abord sous des formes idéales qui le passionnaient, mais que son sens pratique lui faisait regarder comme secondaires, et dépendantes de ce qui , dans l’exécution, serait possible ou opportun '. lo mort le surprit au moment où il allait partir pour commencer la guerre colossale dont le succès devait aplanir le terrain sur lequel il voulait édifier. Le crime d’un fanatique fit descendre dans la tombe, avec le roi martyr de la liberté de conscience, de vastes desseins qui, encore secrets et seulement mesurés par la grandeur des préparatifs, tenaient, d’un bout de l’Europe à l’autre, les esprits en suspens, et remplissaient les imaginations d’une attente mystérieuse. Quand on arrive à cette triste page de notre histoire , quand on relit la fin soudaine et violente d’une si noble vie et d’une si grande destinée, il est impossible de ne pas s’arrêter ému , de ne pas ressentir, à la distance de plus de deux siècles, quelque chose de l'angoisse des contemporains qui virent tout à coup la France tomber, par la mort d’un seul homme,
* Voy. dans les Économies royales de 4^7 ; H, p. 1S0, aia, a»o, 3»3, 33ÿ H
Sully le projet de formation d’une ré- (Collect . Mit haut!, i™ sérir, l. XH
publique chrétienne, t. I, p, a43, 353, et XV.)
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