CXI.I
de l'ordre dan» le chaos, de l’énergie politique dans laflâissement, de la liberté d’action dans les entraves qu'apporte aux états l’influence de l'étranger. •
Le règne de Henri IV est une de ces époques décisives ou finissent beaucoup de choses et où beaucoup de choses commencent. Placé sur la limite commune de deux grands siècles, il recueillit tous les fruits du travail social et des expériences de l'un , et jeta dans leur moule toutes les institutions que devait perfectionner l'autre'. La royauté, dégagée de ce que le moyen âge avait laissé de confus dans son caractère, apparut alors clairement sous sa forme moderne, celle d’une souveraineté administrative, absolue de droit et de fait jusqu'en 178;», et, depuis, subordonnée à la souveraineté nationale. Alors se réglèrent d’une manière logique les départements ministériels, et leurs attributions s’étendirent à tout ce que réclament les besoins d'une société vraiment civilisée. Alors enfin le progrès de la nation vers l'unité s’accéléra par une plus grande concentration du pouvoir, et le progrès vers l égalité civile par l'abaissement dans la vie de cour des hautes existences nobiliaires et par l'élévation simultanée des différentes classes du tiers état. Trois causes concoururent à diminuer pour la haute bourgeoisie l’intervalle qui la séparait de la noblesse : l'exercice des emplois publics, et surtout des fonctions judiciaires, continué dans les mêmes familles, et devenu pour elles comme un patrimoine par
1 Voy. la Monographie politique «le fondateurs de f unité nationale en France , Henri IV, pnr M. de Camé, Études sur Ut L 11, p. i et «uiv.
cjui INTRODUCTION.
le droit de résignation ' ; l’industrie des grandes manufactures et des grandes entreprises qui créait d’immenses fortunes, et ce pouvoivle la pensée que la renaissance des lettres avait fondé au profit des esprits actifs. En outre, la masse entière de la population urbaine avait été remuée profondément par les idées et par les troubles du siècle; des hommes de tout rang et de toute profession s'étaient rapprochés les uns des autres dans la fraternité d’une même croyance et sous le drapeau d’un même parti. La Ligue surtout avait associé étroitement et jeté pêlemêle dans ses conseils l'artisan et le magistrat, le petit marchand et le grand seigneur; l’union dissoute, les conciliabules fermés il en resta quelque chose dans l’âme de ceux qui retournèrent alors à la vie de boutique ou d’atelier : un sentiment de force et de dignité personnelle qu’ils transmirent à leurs enfants.
Quant à la population des campagnes, elle parait, au xvi* siècle, généralement affranchie de la rude et humiliante condition du servage; ses obligations envers les propriétaires du sol s’étaient fixées et modérées de plus en plus, et dès la fin du xve siècle, son admission à une certaine part de droits politiques avait marqué par un signe frappant le progrès accompli
' Par suite de la vénalité des charges, qui s'était maintenue depuis le régne de François Iw en dépit des réclamations «les états généraux et des promesses du gouvernement, le titulaire d'un office de finances ou de judicature pouvait le résigner à une personne de sa famille ou il toute autre personne capable de le remplir. Il fallait que la résignation eut lieu
quarante jours au moins avant la mort du titulaire, sans quoi elle était nulle, et la charge retournait aux mains du roi.
Henri IV exempta de cette gène tous l»s officiers de justice et de finances; il leur concéda la propriété héréditaire de leurs charges, moyennant un droit annuel équivalant au soixantième de la valeur de chaque office.
INTRODUCTION