‹ Recueil des Monuments Inedits de l'Histoire du Tiers EtatChapitre 39 sur 273 · XXXII · texte numérisé non relu

XXXII

INTRODUCTION

nirent plusieurs fois, en différents lieux, soutenant avec une certaine vigueur, contre le premier ministre, leur qualité de députés. Enfin, le i!\ mars, les présidents des trois ordres furent mandés au Louvre. On leur dit que la multitude des articles contenus dans les cahiers ne permettait pas au roi d’y répondre aussi vite qu’il l’eût désiré, mais que , pour donner aux états une marque de sa bonne volonté, il accueillait d’avance leurs principales demandes, et leur faisait savoir qu’il avait résolu d’abolir la vénalité des charges, de réduire les pensions, et d'établir une chambre de justice contre les malversations des financiers; qu'on pourvoirait à tout le reste le plus tôt possible, et que les députés pouvaient partir.

Ces trois points des cahiers étaient choisis avec adresse, comme touchant à la fois aux passions des trois ordres. La noblesse voyait dans l'abolition de l'hérédité et de la vénalité des offices un grand intérêt pour elle-même; le tiers-état voyait un grand intérêt pour le peuple dans le retranchement des pensions; et l'assemblée avait été unanime pour maudire les financiers et réclamer l'établissement d'une juridiction spéciale contre leurs gains illicites ‘. On pouvait même dire que la suppression de la paulette et de la vénalité était une demande commune des états , bien que chaque ordre eût fait cette demande par des motifs différents ; la noblesse, pour son propre avantage le

’ Voy. V Histoire de France de M. Henri Martin, il XII, p. a5i el suiv.

* Elle-même a soin de le rappeler dans les articles de son cahier : ■ L’eipé- • rience fait connaître combien est per-

* nicieux l’établissement du droit annuel ■ appelé jKiulette , qui rend tant les char- » ges de judicature que toutes autres hé-

• réditaires , et ôte à Votre Majesté le

« moyen de pouvoir choisir les officiers , et

INTRODUCTION

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clergé, par sympathie pour la noblesse, et le tiers état en vue du bien public contre son intérêt particulier. Et quant à l'article des pensions qui avait fait éclater la division entre le tiers et les deux autres ordres, les trois cahiers en étaient venus à son égard à un accord, plus franc, il est vrai , du côté du clergé que du côté de la noblesse '. Ainsi, par une circonstance bizarre, sous des votes conformes , il y avait des passions contraires ; et les promesses du roi satisfaisaient du même coup des désirs généreux et des intentions égoïstes. Ces promesses , la seule bonne nouvelle que les membres des états eussent à emporter dans leurs provinces, ne furent jamais tenues, et la réponse aux cahiers par une ordonnance royale n’arriva qu’après quinze ans.

Telle fut la fin des Etats généraux convoqués en 1614, et dissous en i G 1 5. Ils font époque dans notre histoire nationale, comme fermant la série des grandes assemblées tenues sous la monarchie ancienne; ils font époque dans l'histoire du tiers état , dont ils signalèrent , au commencement du xviT siècle,

■ l'espérance aux gentilshommes d’y par-

■ venir jamais Partant , Votre Majesté

• est très-humblement supplice de re-

• trancher entièrement la vénalité de

■ toute sorte d’offices... C’est le seul moyen

• de rendre votre état plus illustre et plus

• florissant , Votre Majesté bien servie , « et vos peuples consolés par le choix « quelle fera de personnes capables. De

• ce bien en réussira un particulièrement « à l'avantage de votre noblesse, désireuse « de vous rendre autant dç' témoignages

« de sa fidélité dans l’excrcice de la juv-

• lice, qu’elle fait dans vos armées aux oe- « easious qui s’en présentent. Elle vous

• en supplie très - humblement , Sire. - (Cahier de la noblesse de i6i5, ms. de la Bibliothèque du roi , fonds de Briennc . n°283, fol. 238 et 239.)

1 Voy. le cahier du tiers état , art 491 et 49*> celui du clergé, art. x 58 ; et celui de la noblesse, fol. 214 *w. Ms. de la Biblioth. du roi, fonds de Briennc, u** a8a, a83 et 284.

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