CI.XXI V
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l'importance croissante, les passions, les lumières, 1a puissance morale et l'impuissance politique. Leur réunion n’abontit qu’à un antagonisme stérile; et avec eux cessa d’agir et de vivre ce vieux système représentatif qid s’était mêlé à la monarchie, sans règles ni conditions précises , et où la bourgeoisie avait pris place , non par droit , non par conquête , mais à l’appel du pouvoir royal. Entrée aux états du royaume sans lutte, sans cette fougue de désir et de travail qui l’avait conduite à l'affranchissement des communes, elle y était venue , en général , avec plus de défiance que de joie, parfois hardie, souvent contrainte, toujours apportant avec elle une masse d’idées neuves, qui, de son cahier de doléances, passaient, plus ou moins promptement, plus ou moins complètement , dans les ordonnances des rois. A cette initiative, dont le fruit était lent et incertain, se bornait le rôle effectif du tiers-état dans les assemblées nationales; toute action immédiate lui était rendue impossible par la double action contraire on divergente des ordres privilégiés. C’est ce qu’on vit plus clairement que jamais aux états de i6i5; et il semble que l’ordre plébéien , frappé d’une telle expérience , ait dès lors fait peu de cas de ses droits politiques. Cent soixante-quatorze ans s’écoulèrent sans que les états généraux fussent une seule fois réunis par la couronne , et sans que l’opinion publique usât de ce qu’elle avait de forces pour amener cette réunion ’.
1 Durant les troubles de la Fronde, les états généraux furent convoqués à deux reprises ; d'abord spontanément par la cour en lutte avec U bourgeoisie ; ensuite
sur les instances de la noblesse unie au clergé. Des philanthropes, joints au parti aristocratique, les reclamèrent au déclin du règne de Louis XIV. Le régent y son-
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r.t.xv v
Espérant tout de ce pouvoir qui avait tiré du peuple et mis en œuvre par des mains plébéiennes les éléments de l’ordre civil moderne, l'opinion se donna, un siècle et demi, sans réserve à la royauté. Elle embrassa la monarchie pure, symbole d’unité sociale, jusqu'à ce que cette unité, dont le peuple sentait profondément le besoin , apparût aux esprits sous de meilleures formes.
Ici commence une nouvelle phase de l’histoire du tiers état; le vide que laisse dans cette histoire la disparition des états généraux se trouve rempli par les tentatives d'intervention directe du parlement de Paris dans les affaires du royaume. Ce corps judiciaire, appelé dans certains cas par la royauté à jouer un rôle politique, se prévalut, dès le xvf siècle, de cet usage pour soutenir qu'il représentait les états, qu'il avait, en leur absence, le même pouvoir qu'eux ’ ; et quand l’issue de leur dernière assemblée eut trompé toutes les espérances de réforme, l’attente pubbque se tourna vers lui pour ne plus s'en détacher qu’au jour où devait finir l’ancien régime. Recruté depuis plus de trois siècles dans l’élite des classes roturières, placé au premier rang des dignitaires du royaume , donnant l'exemple de l’intégrité et de toutes les vertus civiques, honoré pour son patriotisme , son lustre, ses richesses, sou orgueil même , le parlement avait tout ce qu’il fallait pour attirer les sympathies et la confiance du tiers
gea pour étayer son pouvoir ; et il n’en lut point question sous le règne 4e Louis XV. Leur souveoir, presque éteint pour la masse nationale, ne se raviva qu’à
l’heure où ils se présentèrent à elle comme la clef d’une révolution.
* Le parlement disait de lui-même qu’il était les états généraux; au petit pied.
ami
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état. Sans examiner si ses prétentions au rôle d’arbitre de la législation et de modérateur du pouvoir royal étaient fondées sur de véritables titres on l’aimait pour son esprit de résistance à l'ambition des favoris et des ministres, pour son hostilité perpétuelle contre la noblesse, pour son zèle à maintenir les traditions nationales , à garantir l’état de toute influence étrangère, et à conserver intactes les libertés de l’église gallicane. On lui donnait les noms de corps auguste, de sénat auguste, de tuteur des rois, de père de l’état , et l’on regardait ses droits et son pouvoir comme aussi sacrés, aussi incontestables que les droits mêmes et le pouvoir de la couronne.
Ce qu’il y avait d’aristocratique dans l’existence faite aux cours • de judicature par l’hérédité des charges, loin de diminuer leur crédit auprès des classes moyenne et inférieure de la nation, n’était aux yeux de celles-ci qu’une force de plus pour la défense des droits et des intérêts de tous. Cette puissance effective et permanente, transmise du père au fils, conservée intacte par l’esprit de corps joint à l’esprit de famille, paraissait pour la cause des faibles et des opprimés une protection plus solide que les
' Dan» scs remontrances à Louis XIII (l6i5)f le parlement se vante de tenir la place du conseil des princes et barons, qui de tonte ancienneté étaient près de la personne des rois, poire arec l’état, et il ajoute: « Pour marque de ce , les princes et pairs
• de Franco y ont toujours eu séance et
• voix délibérative, et aussi y ont été vé- - rifiês les lois, ordonnances et édits, créa*
• tion* d'offices, traité* de paix et autres
• plus importantes affaires du royaume et
« dont lettres patentes lui sont envoyées « pour, en toute liberté, les mettre en de- > libération, en examiner le mérite, y ap- ■ porter modification raisonnable, voire
• même que ce qui est accordé par nos
• états généraux doit être vérifié en votre - cour, où est le lieu de votre trône royal
• et le lit de votre justice souveraine. » [Des états généraux, etc., t. XVII, Impartie, p. 14a}. Voyet ci-après, p. clxxx.
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prérogatives incertaines et temporaires des états généraux. En réalité l'esprit politique des compagnies judiciaires était moins large et moins désintéressé que celui dont se montraient animés, dans l’exercice de leurs pouvoirs, les représentants élus du tiers état Si le parlement tenait de ces derniers sous de certains rapports, il en différait sous d’autres; son opposition la plus courageuse était parfois égoïste ; il avait quelques-uns des vices de la noblesse à laquelle il confinait. Mais, malgré ses travers et ses faiblesses, ceux qui souffraient des abus ne se lassaient point de croire à lui et de compter sur lui. Il semble qu'au fond des consciences populaires une voix se fit entendre qui disait: Ce sont nos gens, ils ne sauraient vouloir que le bien du peuple.
I^s faits restèrent , dans toute occasion , fort au-dessous des
1 On en vit on exemple en i6i5 h propos du droit annuel d’où provenait l'hérédité des charges. La chambre du tiers état en avait demandé l'abolition, quoique la plupart de scs membres fussent ofliciers de judicature. Le parlement, dès que les cahiers eurent été remis au roi, s’assembla pour protester contre celte réforme, ei pour dénoncer en meme temps les abus de l'administration, faisant ainsi un mélange bizarre de l'intérêt public et de son intérêt particulier. • Le lundi neuvième ■ jour du dit mois de mars, il y eut un « grand contraste dans le parlement pour • raison de la pauletle et de plusieurs au- " très affaires d'importance auxquelles ce « grand et auguste corps vouloit pour-
« voir Ils firent réponse qu'ils venoient
« prendre leurs plaees pour aviser aux af- T. 1.
« faire*, non pas pour le seul sujet de la « pnu lutte, mais du royaume, qui étoit
• régi et gouverné à (a volonté de deux ou
« trois ministres d'étal qui boulevcrsoient « les règles et loix de la monarchie
* Les voici donc aux opinions, qui ne re- « gardent plus particulièrement le bien
* universel de l’état (comme ce qui s’étoil «dit le jour précédent sembloit le pro- « mettre); les plus zélés alloient au bien « public, les autres portoient leurs coups « et leur* flèches au seul intérêt particu- « lier des officiers, pour empêcher l’cxtioc- « tion du droit annuel, sous la foi duquel •• plusieurs s’étoient flattés d’être dedans « les charges, comme dans un bien héré-
ditairc et patrimonial. « (Relation de Flor. Rapine , III* partie, p. tîo, i3i et