V\II
INTRODUCTION
Commencée avec tant de douceur et de réserve par le roi qui lui un saint et un grand homme , cette révolution parut , sous la main de son petit-fils, âpre, violente, arbitraire, inique même, dans la poursuite de mesures dont le but final était un ordre meilleur et plus juste pour tous. Malgré son esprit et sa tendance, elle n’eut pas le pouvoir d’exciter l’affection du peuple; aucun élan d’espoir et de joie ne l'accompagna dans ses progrès; rien de bruyant, point de scènes populaires, tout s'élaborait à froid dans une officine secrète; c’était le travail du mineur qui poursuit son œuvre en silence jusqu'à l’heure où viendra l'assaut. Jamais, peut-être, il n’y eut de crise sociale d’un aspect plus sombre que celle-ci ; pour les classes privilégiées, des spoliations et des supplices ; pour la niasse roturière , tout le poids d'une administration ébauchée, ayant plus d’astuce que de force, vivant d'expédients et d’extorsions , coûtant beaucoup et ne rendant rien. Seulement, au-dessus de ce désordre, plein de ruines et de souffrances mais berceau de l'ordre à venir, une voix s’élevait de temps en temps, celle du roi absolu, qui, au nom de la loi naturelle, proclamait le droit de liberté pour tous, et, au nom de la loi divine, réprouvait l'institution du servage
1 Attendu que toute créature humaine, qui est formée à l’image de Notre-Seigneur, doit généralement être franche par droit naturel, et, en aucuns pays, de cette naturelle libprte et franchise par le joug de la servitude qui tant est haineuse soit effacee et obscurcie; que les hommes et les femmes qui habitent ès lieux et pays dessusdits, en leur rivant soient réputés
ainsi comme morts ( ürdonaoncr
de Philippe le 2fr/[i3uj; Bec des Ürdonn. des rois de France, t. XII, p. 387). — Comme selon le droit de nature chacun doit naistre franc , et par aucuns usages et coutumes, qui de grant ancienneté ont esté entroduite* et gardées juaques-cy en nostre royaume, et par a van tore pour le mefïct de leuis prédécesseurs, moult de
(INTRODUCTION
Ces légistes du xiv'siècle, fondateurs et ministres de l’autocratie
royale, furent soumis à la destinée commune des grands révolutionnaires : les plus audacieux périrent sous la réaction des intérêts qu’ils avaient blessés et des mœurs qu’ils avaient refoulées’. Plus d’une fois la royauté fléchit dans sa nouvelle voie, et se laissa ramener en arrière par la résistance des pouvoirs et des privilèges féodaux. Mais, en dépit de ces retours inévitables, et malgré les concessions faites sous des règnes faibles, deux choses allèrent croissant toujours, le nombre des hommes libres à titre de bourgeoisie, et le mouvement qui portait cette classe d’hommes à se ranger d’une manière immédiate sous la garde et la justice du roi. Une révolution moins éclatante et moins spontanée que la révolution communale vint prendre en sous-œuvre les résultats de celle-ci, et, par un travaillent mais continu , faire, de mille petits états distincts, une même société rattachée à un centre unique de juridiction et de pouvoir. D’abord, il fut posé en principe que nulle commune ne pouvait s’établir sans le consentement du roi; puis, que le roi seul pouvait créer des communes; puis, que toutes les villes de commune ou de con-
personnes de noslre commun pueplc soient enchcues en lien de servitudes et de diverses conditions, qui moult nous desplait : nous, considérants que nostre royaume est dit et nomme le royaume des francs, et votillants que la chose en vérité soit accordant au nom.... {Ordonnance de Louis te Hutin [i3i5 , 3 juillet] , ibid., 1. 1, p. 581). — Ordonnance de Philippe te />o/V[»3i8, a3 janvier], ibid., p.653.
' Enguerrand de Marignv, peudu à Montfaucon , sous le règne de I.ouis X ; Pierre de Latilly, chancelier de France , et Raoul de Prestes , avocat du roi au parlement, tous deux mis 5 la torture sou»
le même régne; Gérard de la Guette, ministre de Philippe le Long, mort h la question en i3aa; Pierre Frémy, ministre de Charles le Bel , pendu en i3a8.