‹ Recueil des Monuments Inedits de l'Histoire du Tiers EtatChapitre 42 sur 273 · CI.XIXIY · texte numérisé non relu

CI.XIXIY

INTRODUCTION

une sorte de complot pour ramener la France en arrière au delà du règne de Henri IV; des tentatives qui faisaient dire aux uns avec une joie folle, aux autres avec une profonde affliction, que le temps des rois était passé, et que celui des grands était venu la menace toujours présente d'une dissolution administrative et d'un démembrement du royaume par les intrigues des ambitieux unies à celles de l'étranger : voilà le spectacle qu'offrit, au milieu de ses variations, le gouvernement de Louis XIII, jusqu'au jour où un homme d'état marqué dans les destinées de la France pour reprendre et achever l'œuvre politique de Henri le Grand, après s'être glissé au pouvoir à l'ombre d'un patronage, s'empara de la direction des affaires de haute lutte, par le droit du génie

Le cardinal de Richelieu fut moins un ministre, dans le sens exact de ce mot, qu’un fondé de pouvoir universel de la royauté. Sa prépondérance au conseil suspendit l’exercice de la puissance héréditaire, sans que la monarchie cessât d’exister, et il semble que cela ait eu lieu pour que le progrès social, arrêté violemment depuis le dernier règne, reprit sa marche par l'impulsion d’une sorte de dictateur dont l’esprit fût libre des influences qu'exerce sur les personnes royales l'intérêt de famille et de dynastie. Par un étrange concours de circonstances, il se trouva que le prince faible, dont la destinée devait être de prêter son nom au règne du grand ministre, avait dans son caractère, ses instincts, ses qualités bonnes ou mauvaises, tout ce qui peut

* Mémoires tic Sully, collect. Michaud , * 1624.

2* «rie, t. II , p. 388.

mRODUCTION.

répondre aux conditions d’un pareil rôle. Louis XIII, âme sans ressort mais non sans intelligence, ne pouvait se passer d’un maître; après en avoir accepté et quitté plusieurs, il prit et garda celui qu’il reconnut capable de mener la France au but que lui-même entrevoyait, et où il aspirait vaguement dans ses rêveries mélancoliques. On dirait qu’obsédé par la pensée des grandes choses qu’avait faites et voulues son père, il se sentît sous le poids d’immenses devoirs qu’il ne pouvait remplir que par le sacrifice de sa liberté d’homme et de roi. Souffrant parfois de ce joug, il était tenté de s’en affranchir, et aussitôt il venait le reprendre, vaincu par la conscience qu’il avait du bien public et par son admiration pour le génie dont les plans magnifiques promettaient l'ordre et la prospérité au dedans , la force et la gloire au dehors'.

Dans ses tentatives d’innovation, Richelieu, simple ministre, dépassa de beaucoup en hardiesse le grand roi qui l’avait précédé. Il entreprit d'accélérer si fort le mouvement vers l'unité et l'égalité civiles, et de le porter si loin, que désormais il fût impossible de rétrograder. Après le règne de Philippe le Bel , la royauté avait reculé dans sa tâche révolutionnaire et fléchi sous une réaction de l’aristocratie féodale; après Charles V, il s'était fait de même un retour en arrière; l’œuvre de Louis XI avait été près de s’abîmer dans les troubles du xvi* siècle; et celle de Henri IV se trouvait compromise par quinze ans de désordre et de faiblesse. Pour qu’elle ne pérît pas, il fallait trois

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1 Voy. Je Testament politique du cardinal de Richelieu.

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