CLXXXVII
de l'autorité suprême une logique impassible et des rigueurs impitoyables. Il fut sans merci comme il était sans crainte, et mit sous ses pieds le respect des formes et des traditions judiciaires. Il fit prononcer des sentences de mort par des commissaires de son choix, frappa, jusque sur les marches du trône, les ennemis de la chose publique , ennemis en même temps de sa fortune, et confondit ses haines personnelles avec la vindicte de l’état. Nul ne peut dire s'il y eut ou non du mensonge dans la sécurité de conscience qu'il fit voir à ses derniers moments 1 ; Dieu seul a connu le fond de sa pensée. Nous qui avons recueilli le fruit lointain de ses veilles et de son dévouement patriotique, nous ne |>ouvons que nous incliner devant cet homme de révolution par qui ont été préparées les voies de la société nouvelle. Mais quelque chose de triste demeure attaché à sa gloire; il a tout sacrifié au succès de son entreprise; il a étouffé en lui-même et refoulé dans de nobles âmes les principes éternels de la morale et de l’humanité'. A la vue des grandes choses qu’il a faites, on l’admire avec gratitude, on voudrait, on ne saurait l’aimer.
Les novateurs les plus intrépides sentent qu'ils ont besoin de
* Le curé lui demandant s'il ne pardon* noit point à ses ennemis, il répondit qu*il n'en avoit point que ceux de l'État. Mém. de Montglat, collect. Micluud, 3* série , t.V, p. 1 33.) — Voy.'aussi mém. de Montchai, Rotterdam , 1718, p. a68.
* Le cardinal de Richelieu a fait des crimes de ce qui faisoit dans le siècle passé les vertus des Miron, des Harlav, des Marillac, des Pibrac et des Faye. Ces martyrs de l'estât, qui, par leurs bonnes
et saintes maximes, ont plus dissipé de factions que Por d'Espagne et d'Angleterre n'en a faict naistre, ont este les défenseurs de la doctrine pour la conservation de laquelle le cardinal de Richelieu confina M. le president Barilion à Amkoise; et c'est lui qui a commencé à punir les magistrats pour avoir advancc des vérités pour lesquelles leur serment les oblige d'exposer leur propre vie. (Mém. du card. de Raiz, collect. Michaud et Poujoulat, p. 5o.)