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CXCV11I

INTRODUCTION

pour le reste, il y eut doute ou répugnance. Comme après le règne de Louis XI, l’opinion publique réagit contre l’action révolutionnaire du pouvoir. Les classes même à qui devaient profiter le nivellement des existences nobiliaires et l’ordre imposé à tous furent moins frappées de l’avenir préparé pour elles, moins sensibles à l’excellence du but qu’indignées de la violence des moyens, et choquées par l'excès de l’arbitraire.

Cette réaction du tiers-état contre la dictature ministérielle, c'est-à-dire contre ce qu’il y avait eu de plus hardiment novateur dans l’action du pouvoir royal , fut le principe et l'aliment des guerres civiles de la Fronde. J’aborde iei l’un des événements les plus curieux et en même temps les mieux connus du xvn* siècle , un épisode vivement touché dans des mémoires lus de tout le monde, et, de nos jours, étudié à fond par des écrivains distingués je n’en ferai point de récit même sommaire, le plan de cet essai consiste à passer vite sur les points où l’histoire parle, et à m'arrêter sur ceux où elle se tait. Dans les quatre années qu’embrasse le mouvement de la Fronde, il y a deux époques distinctes : l’une présente, extérieurement du moins, les caractères qui sont propres aux révolutions constitutionnelles des temps modernes;

■ viendront «près nous liront en notre hiv

*» loin* que le cardinal de Richelieu

« s’ils ont quelque goutte de sang françois

• dans les veines et quelque amour pour

• la gloire de leur pays, pourront-ils lire

• ces choses sans s'affectionner a lui ; et ,

• ■ votre avis , l'aimeront-ils ou l’estime- » l ont-ils moins à cause que, de son temps,

• les rentes sur l'hôtel de ville se seront

«payées un peu plus tard, mi que l’on * aura mis quelques nouveaux officiers

■ dans la chambre des comptes? Toutes les

■ grandes choses content beaucoup!-...»

(Lettre lxïiv, édit de 1701, p. 179.)

* M. de Sainte-Aulaire , Histoire de la Fronde; et M. Bazin, Histoire de France sous le ministère dit cardinal Mazarin.

INTRODUCTION

cxcm

l'autre ne fait que reproduire la physionomie des troubles du règne de Louis XIII et quelques traits effacés des troubles de la Ligue. La première seule rentre complètement et doit tenir une place importante dans l'histoire du tiers-état ; c’est à elle que je bornerai mes remarques.

On sait dans quelles circonstances, au mois de juin i64d, les quatre cours souveraines, c’est-à-dire le parlement, la chambre des comptes, la cour des aides et le grand conseil se liguèrent pour résister ensemble au pouvoir royal exercé, sous Louis Xl\ mineur, par sa mère et par le cardinal Maiarin. On sait que cette coalition des compagnies judiciaires, faite, au nom de leur intérêt privé, pour le maintien gratuit du droit annuel ', se tourna bientôt vers la défense des intérêts publics et la réforme de l'état. Le signal d’opposiliou donné par la haute magistrature rallia autour d'elle tout ce qui avait souffert ou souffrait encore du régime dictatorial imposé à la France par Richelieu, et conservé après lui sans sa force dame et son génie Non-seulement les

• O droit, condition de l'hérédité des charge», n’était établi que pour neuf am. A sou expiration, en 1648, l’cdit par lequel il fut renouvelé pour le terme ordinaire imposa aux officiers des compagnies la retenue de quatre années de leur* gages. (Voy. plus haut, p. cxlv et

MIIV. )

* Depuis la mort du roi Louis XIII d'heureuse mémoire, quoique les princes, grands seigneurs et officiers, k cause des ressouvenanccs des énormes injustices et maux intolérables qui leur ont été fait» et à tout le royaume, par ceux qui sVtaient em-

pares de la puissance absolue près du roi sous le nouveau nom de premier ministre d'état, eussent protesté hautement de ne plus souffrir qu’un particulier s’élevât ainsi sur les épaules des rois et k l’oppression du monde, neanmoins, par le trop de bonté qu’ils ont eu, il est avenu qn'tiu étranger, nommé J nie Maxarin, s'est installé dam ce souverain ministère. (La Requête des trois états présentée à MM. du parlement, en 1648 [pamphlet du temps], Mémoires d'Omcr Talon, collcct.Michaml.

3* série, t- VI, p. 3i6.)

INTRODUCTION

intérêts blessés, mais les opinions, les consciences, les passions se soulevèrent, une foule deléments divers, débris du passé ou germes d’avenir, contribuèrent à cette fermentation des esprits. I, es justes griefs du peuple accablé d’impôts et les rancunes de la noblesse amoindrie dans ses privilèges; les traditions de liberté, soit des états généraux , soit des provinces ou des villes, et l'idée d’une liberté supérieure née des études classiques et du progrès de l’intelligence moderne; un besoin plus ou moins vague de garanties légales et de constitution régulière, enfin le travail des imaginations échauffées par l’exemple que donnait alors l'Angleterre , voilà de quels mobiles réunis vint aux événements de la première Fronde' leur caractère de puissance et de nouveauté; voilà, en un mot, ce qui fit sortir un commencement de révolution du conflit tant de fois élevé entre la cour et les titulaires d’offices de judicature et de finance.

Quant à l'acte célèbre que délibérèrent soixante députés des cours souveraines, et qui fut comme une charte de droits imposée à la royauté sous forme d’arrêt du parlement *, on ne saurait, de quelque façon qu’on le juge, en méconnaître l’importance. Pour la forme, c'était une usurpation du pouvoir législatif tentée à l'aide du privilège traditionnel de remontrance, pour le fond, cette espèce de loi fondamentale concordait avec nos chartes modernes en donnant des garanties expresses contre l’impôt arbitraire et les détentions arbitraires. Son texte porte : « Ne

1 Celle de 1648 et 1649, cée en U chambre de Saint-Louis, le

* Délibérations arrêtées en l'assemblce 3o juin 1648. ( Rec. des anciennes lois frondes cours souveraines, tenue et commen- faites , t. XVII, p. 7 a et suie.)

Digit - —

INTRODUCTION

« seront faites aucunes impositions et taxes qu'en vertu d'édits « et déclarations bien et dûment vérifiées ès cours souveraines,

« avec liberté de suffrages — Aucun des sujets du roi, de

« quelque qualité et condition qu’il soit, ne pourra être détenu « prisonnier passé vingt-quatre heures sans être interrogé sui- « vaut les ordonnances, et rendu à son juge naturel'.... » Outre le veto dans les questions de finance, les cours souveraines s’attribuaient le même droit sur les créations de nouveaux offices, et, ainsi armées contre toute loi qui eût modifié leur composition , elles devenaient en fait le premier pouvoir de l’état *.

Si, chose impossible, la royauté, vaincue alors , se fût résignée à de pareilles conditions, le gouvernement de la France serait devenu une monarchie tempérée par l’action légale des corps judiciaires érigés en pouvoirs politiques. Qu’un tel établissement, plus régulier que la monarchie sans limites, eût valu moins qu'elle pour l'avenir du pays, cela ne peut être aujourd'hui un sujet de doute. Ce qu’il y a de sympathique pour nous dans cette ébauche de révolution, c’est le souffle qui l’inspira un moment, c’est l'instinct de démocratie que révèlent certains pamphlets de l’époque , et qui perce dans les discours des orateurs du parlement. Chez l’un des plus modérés, on trouve les

1 Délibérations des coups souveraines , etc. , art. 3 et 6. L’article 3 prononçait la peine de mort contre toute personne employée à l'assiette ou an recouvrement d’impôts non vérifiés; on donnait A l'article 6 le nom à' article rte ta sûreté publique.

‘ Qu'il ne pourra A l’avenir être fait

aucune création d'offices, tant de judicature <|ue de finances, que par édits vérifie* és cour» souveraine», avec (a liberté entière des suffrages , pour quelque cause, occasion , et sous quelque prétexte que cë soit , et que l'établissement ancien desdite-. compagnies souveraines ne. pourra être changé ni altéré. (Ibid., art 19.)

INTRODUCTION

maximes que voici : Les rois sont les égaux des autres hommes selon le principe commun de la nature, l’autorité seule nous distingue. — L’autorité que possèdent les souverains dépend de la soumission de leurs sujets. — Les rois sont redevables de leur fortune et de leur puissance aux diverses classes d’hommes qui

leur obéissent, et dont les grands sont la moindre partie Les

fonctions des magistrats, l'industrie des artisans , la patience des soldats, tous ceux qui travaillent contribuent à l'établissement et à la conservation de la royauté. — Sans le peuple, les états ne subsisteraient point , et la monarchie ne serait qu’une idée '.

Suivant la marche constante des révolutions, il y eut dans la Fronde un moment de crise où le pouvoir, se relâchant de sa résistance, fit des concessions incomplètes’, et où une voix formidable, celle du public, répondit: 11 est trop tard. C’est alors qu’à la lutte légale succéda l’action violente, et qu'après un coup d’état de la cour1 vint dans Paris cette journée d’émeute qui , renouvelant l’une des plus fameuses de la Ligue, fut nommée, comme elle, Journée des barricades. Un pareil nom appelle désormais sur la page d’histoire où il figure plus que l'intérét de curiosité; à lui se sont attachés de nos jours, et par un étrange contraste, de glorieux et d’horribles souvenirs. En li-

* Mémoires d’Omer Talon , colicct. Michaud , 3* série , t. VI , p. a59- — J’ai touché çà et là au texte original, pour le rendre plus clair, en le degageaot de la forme oratoire ou de locutions quelque peu vieillies.

* Voy. les édits rendus dans le courant de juillet 164S, et surtout la déclaration

du roi vérifiée au parlement en lit de justice le dernier jour du mois et intitulée : « Règlement sur le fait de U justice, police et finances et le soulagement des sujets du roi. » Rec. des anciennes lois françaises, t. XYII , p. 84 et suiv.

* L’arrestation du conseiller Brousse! et des présidents Char ton et Blauctnesnil.

INTRODUCno.Y

sant les faits du 37 août 1648 rapportés dans les mémoires du temps, on s'arrête pensif quand on rencontre des détails tels que ceux-ci : «Tout le monde sans exception prit les armes; l'on

« voyoit les enfants de cinq et de six ans avec des poignards à la « main, on voyoit les mères qui les leur apportoient elles-mê- « mes. 11 y eut dans Paris plus de douze cents barricades en « moins de deux heures, bordées de drapeaux et de toutes les « armes que la Ligue avoit laissées entières. Dans la rue iNeuve- « Mostre-Dame, je vis entr autres une lance trainée plus tôt que « portée par un petit garçon de huit ou dix ans, qui estoit as- « sûrement de l’ancienne guerre des Anglois '. » Si les vieilles armes des Ligueurs se remontrèrent alors dans les mains du peuple de Paris, ce- fut à la voix de passions nouvelles et pour des principes nouveaux; l'esprit populaire de i648 tenait moins du passé que de l'avenir. Une force toute plébéienue et purement politique venait de sc dresser tout à coup en face du pouvoir royal, non pour le vaincre cette fois, les temps n’étaient

1 Mèm. du cardinal de Rets, collect.

Michaud, 3e série, L I, p.67. — La face de la ville de Pari» étoit méoonnoi&sablc ; tous les homme* jeunes et vieux, et petite enfante depuis Tige de douze ans «voient le» arme» à la main.... Nous trouvâmes depuis le Palais jusque» au Palais -Royal huit barricades faites par les chaînes tendues es lieux où il y eu doit avoir, par «ies poutres mises en travers, par des tonneaux remplis de pavés, ou de terre, ou de moellons; outre plus toutes les avenues de» rue» traversantes étaient aussi barricadées, et à chacune barricade un

corps de garde composé de vingt-cinq ou trente hommes armés de toutes sortes d armes, tous le» bourgeois disant hautement qu’il* étoieot au service du parlement.. . Chose étrange que dans la maisou du roi les officiers domestiques nous disnient : ■ Tenei bon , l’on vous rendra vos conseillers;» et, dans les gardes frauçoisrs, les soldats disoient tout haut qu’ils ne combattraient point contre le* bourgeois, et qu’il s roeitr oient les armes bas , tant étoit grand le mépris du gouvernement.

( Mém. d ‘Orner Taloc , ibid. , t, VI, p. *65-

CCIY

INTROOCCl IO>.

pas mûrs, mais pour se rasseoir presque aussitôt sur elle-même, grandir sans cesse par le travail des idées, et, après cent quarante ans, reparaître souveraine aux jours de 1789.

La déclaration royale du a4 octobre 1648 ’ marqua pour la Fronde un second moment critique, répondant il ce point où parviennent les révolutions quand le pouvoir accepte, mais sans résignation et sans bonne Coi, le pacte que la nécessité lui impose. Un temps d'arrêt plein de défiances et de tiraillements conduisit à la période extrême du mouvement révolutionnaire, à l'usurpation de toute l'autorité dans Paris par le parlement ayant pour auxiliaires les magistrats municipaux. Les mesures qui furent prises alors au nom du salut public, la levée d'impôts et de troupes régulières, l’organisation de la défense et de la police de la ville , l’appel d’union fédérative adressé à tous les parlements et à toutes les villes du royaume prouvent que la magistrature coalisée ne manquait ni d’audace ni d’énergie \

1 Déclaration du roi portant règlement sur le fait delà justice, police, finances et soulagement des sujets de sa majesté.

(Hem. d’Omer Talon, Collect. Michaud,

3* série, I. VI, p. S93.) • — Cette ordonnance n'est que la confirmation des articles délibérés daus la chambre de Saint- Louis; voy. plus haut, p. cc.

* ♦ . . Ensuite la cour délibéra des moyens de la conservation publique, et pour y parvenir arrêtèrent de former un million de livres. (Mon. d’Omer Talon, ibid. ,

1. VI, p. 3ai.) — Arrêt du parlemeut qui déclaré le cardinal Maz&rin ennemi du roi et de l’état , et ordonne une levée de

gens de guerre, 8 janvier 1649. — Idem faisant défense à tous capitaines et soldats d’approcher à vingt lieues de Paris, ci enjoignant aux villes, bourgs et communes de leur courir sus, 10 janvier.

— Idem qui ordonne l’expropriation nécessaire ponr fortifier jwir des retranchements les faubourgs de Paris, 1 a janvier.

— Lettre du parlement de Paris aux autres parlements du royaume, 18 janvier. — Lettre aux baillis, sénéchaux, maires, échevius et autres officiers du royaume, même date. — Arrêt du parlement de Paris qui ordonne que tous les deniers publics du ressort seront versés dans les coffres de

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INTRODUCTION

Sa marche en avant se continua tant que pour la poursuivre elle n'eut besoin que des sympathies exaltées de la bourgeoisie et du peuple; son écueil fut l’alliance que la force des choses l’obligea de faire avec, les intérêts et les passions de la haute

noblesse. Ce segpurs plus que dangereux devait l’entraîner hors de ses voies de probité et de patriotisme; dès qu'elle le vit , elle recula. Ce fut l'honneur du parlement d'avoir répondu par l'indignation et le dégoût à ceux qui proposaient de donner à la cause populaire l'appui des ennemis de la France. Contraint de choisir entre une opposition inflexible et le devoir de tout bon citoyen , il n'hésita pas; il fit sa paix avec la cour, au lieu de pactiser avec l’Espagne'.

Un fait singulièrement remarquable del'histoire delà Fronde, c'est l'accueil dédaigneux que firent les classes roturières à la convocation des états généraux ordonnée pour le i5 mars 1649 ’. Cet appel du pouvoir royal à l’autorité nationale des trois ordres, qu'il prenait pour arbitres dans sa querelle avec le parle-

ment, fut écouté par la noblesse, mais non par le tiers état; ni la bourgeoisie, ni le peuple des campagnes, ne se portèrent aux élections, leur foi politique n’était plus là ; détrompés sur la

l'HAtel de ville, 19 janvier. — Arrêts par lesquels il déclaré sa jonction avec les parlements de Provence et de Normandie, a8 janvier et 5 février. ( Rec . des anc. lois françaises t t. XVII , p. n5, 118, 119, 1 2 1 , 147 et 1 55 ; Registres de l'hôtel de ville de Paris pendant la Fronde, publiés par MM. Leroux de Lincy et

Douet d'Arcq, I. Ier, p. 129 et tS5.)

* 11 mars 1649; voy. ci-après, p. ccvii 1 Voye* la lettre circulaire du roi pour cette convocation, a3 janvier. Rec. des anc. lois françaises t t. XVII, p. a 44; voy. aussi les lettres du 4 avril i65i, ibid. , p. 24 1 et 242.

rr. i

INTRODUCTION

vertu de ces assemblées où les classes privilégiées comptaient deux voix contre une , ils aimèrent mieux poursuivre une expérience nouvelle sous la conduite des magistrats de leur ordre', f^es corps municipaux reconnurent à l’envi l'autorité suprême du parlement'; celui de Paris, avec son prévc^des marchands, ses échevins, ses conseillers, ses syndics de corporations industrielles, ses quarteniers, ses colonels et capitaines de milice, fut le pouvoir exécutif des lois faites par la compagnie souveraine *. Il n'est pas sans intérêt de suivre dans les registres ofticiels les actes de ce pouvoir qui s’empara de la Bastille , et qui eut quelque chose des errements de la fameuse commune de Paris1.

pour le 8 septembre iG5i. Mais celle fois rom me Triture les élections, surtout relie*, du tiers étal, u eurent point lieu dans toute la France. Voy. ibid., p. x5o et suis.

* Parmi les villes dont l'adhésion fut déclarée, on peut compter celles de la Normandie, de la Provence, du Poitou, de la Guyenne, du Languedoc, Amiens, Péronnc, Mézières, le Mans, Hennés, Angers, Tours, et beaucoup d'autres.

3 Les arrêts politiques du parlement *«• terminent par cette formule : • Enjoina au prévoit des marchands et eschevins de tenir la main à l’exécution; • et les ordonnances de la ville portent cil générai celle-ci : * Conformément à t arrêt de awseigneurs de la cour de parlement, * Voy. les Registres de l'kAtel de ville de Paris, publiés par MM. Leroux de Lincy et iiouci d'Arvq.

4 Ibid., 1.1er, p. loa, t'Joct paxtim.

1 Un arrêt du parlement de Bretagne, touchant la convocation des états généraux et celle des états particuliers de la province, porte ce t|ui suit: « 1-a cour,.,.. « a arrestc que le roi sera très-h umblc-

* meut supplié d'avoir pour agréable que

* l'ordre de tout temps observé pour la « convocation des états généraux soit in- *» violableroenl gardé, et qu'ils ne soient

assembles que par lettres* patentes véri-

* fiées èn parlement , et de surseoir la tenue «des états de la province; et cependant « fait inhibitions et défenses à toutes por- - sonnes de quelque qualité et condition < qu'elles soient , de s’y trouver et de t’as- « sembler sous prétexte desdits états. « (/fer. des a ne. lois françaises, t. XVII p. 1 Go. J -** Il n'y eut que des élections incomplètes, et la réunion des états fut ajournée indéfinimeut; après deux ans, et sur les instances de la noblesse, elle fut ordonnée de nouveau avec de nouveaux choix de députes

INTRODUCTION

Ce fut sans doute un jour d'orgueil pour la bourgeoisie parisienne que celui où un prince du sang parut devant les magistrats municipaux , et leur dit qu’ayant embrassé leur parti et («lui du parlement, il venait habiter auprès d'eux pour s’occuper avec eux des affaires communes où de grands seigneurs prêtèrent serment comme généraux des troupes de la Fronde, et où des femmes brillantes de noblesse et de beauté s’installèrent à l’iiôtel de ville comme otages de la foi de leurs maris ; mais ce jour-là l’entreprise plébéienne contre le pouvoir absolu perdit son caractère de dignité et de nouveauté; elle commença d'être une imitation de ce qui s’était vu sous la régence de Marie de Médicis. Ce que la révolte avait de sincère dans son esprit et de grave dans ses allures disparut quand les courtisans factieux, leurs mœurs et leurs intérêts y entrèrent.

La paix conclue à Saint-Germain, le 3o mars 1649, entre la cour et le parlement*, termina ce qu’on peut nommer la période logique de la Fronde, c’est-à-dire celle où le mouvement d’opinion et l’action révolutionnaire partirent d’un principe, le besoin de lois fixes, pour marcher vers un but d’intérêt social, l'établissement de garanties contre l’arbitraire. L’acte final de cette paix sanctionna de nouveau la grande concession déjà faite, l’intervention du parlement de Paris dans les affaires générales, surtout dans les questions d’impôt. Ainsi le régime absolu cessa pour faire place à un régime de contrôle judiciaire; mais, loin

r Le prince de Coati, ibid., p. 118.

* Voy. le traité signé à Ruel le 11 mars, et l'édit pour le rétablissement de la tran-

quillité publique, enregistré le i** avril, Âee. des anc. lois françaises, t. XVIf, p. 161 eti 164. ?*!

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INTRODUCTION

que ce changement, qui énervait tout le système administratif, fît naître un meilleur ordre et pacifiât la France, il n'en résulta que l'anarchie. Ce fut la destinée du parlement aux deux derniers siècles d’exciter chez la nation des désirs de liberté légale et d’être incapable de les satisfaire par rien d'efficace ou de sérieux. Dans la première année de la Fronde, son rôle eut une certaine grandeur, mais la suite le montra déchu de sa position dominante, ne dirigeant plus, se gouvernant à peine lui-même, tour à tour violent et timide, complice malgré lui de l’ambition des grands alliée aux passions de la multitude. Trois ans de guerre civile pour de pures questions de personnes , un pêlemêle de complots aristocratiques et d'émeutes populaires, de frénésie et de frivolité, les scandales d'une galanterie sans pudeur joints à ceux de la révolte par égoïsme et d’un appel fait à l’étranger, des noms glorieux tout d'un coup souillés par le crime de trahison envers la France', enfin un massacre comploté contre la liante bourgeoisie par des démagogues à la solde des princes’: telles sont les scènes qui, du mois d’avril |64<) au mois de septembre t65a, remplissent et complètent l'histoire de la Fronde. Folles ou rebutantes, elles sont tristes à lire et encore plus à raconter.

Après un ébranlement qui, pour sa durée, avait eu peu de profondeur, la société française se raffermit sur ses nouvelles bases, l’unité et l'indépendance absolue du pouvoir. Le principe de la monarchie sans limites fut proclamé plus rudement que

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