‹ Recueil des Monuments Inedits de l'Histoire du Tiers EtatChapitre 48 sur 273 · CCI · texte numérisé non relu

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jamais au milieu d’un silence général ’, et l'œuvre de Richelieu , conservée par un ministre moins grand que lui, put, des mains de ce dernier, passer intacte aux mains d’un roi. Le jour où Ixtuis XIV déclara en conseil qu’il voulait gouverner par luimême’, on comptait cinquante et un ans depuis la mort de Henri IV, et, dans cet intervalle, grâce à l’ordre puissamment créé ou habilement maintenu par la dictature ministérielle, l’état social et moral de la France avait fait d'immenses progrès. Au sortir des guerres civiles du xvie siècle, la nation, retirée désormais du double courant de passions religieuses qui l'avait entraînée en sens contraire dans le grand débat européen , ramena sa pensée sur elle-même, et se mit à chercher sa place originale dans l’ordre politique et dans l'ordre intellectuel. De là naquirent, pour le xvii* siècle, deux tendances simultanées qui consistaient: l’une, à rendre libre et personnelle l'action de la France au dehors, l'autre, à développer l’esprit français dans son individualité propre et son caractère natif. Au siècle précédent, la renaissance des lettres avait été un mouvement d’idées commun à toute l’Europe civilisée; elle nous plongea, comme les peuples voisins, dans l’étude et l’imitation de l’antiquité,

* Nous avons fait et faisons très expresses inhibitions et défenses aux gens tenant notre dite cour de parlement de Paris de prendre ri -après connoissance •les affaires générales de notre état et de la direction de nos finances, ni de rien ordonner, ni entreprendre, pour raison de ce, contre ceux à (pii nous en avons confié l'administration , à peine de déso-

béissance; déclarant dès à présent nul et de nul effet tout ce qui a été ci-devant ou pourmit être ci-après résolu et arrêté sur ce sujet dans ladite compagnie au préjudice de ces présentes, et voulons qu’en ce cas nos autres sujets n’y aient aucun égard. (Déclaration du ai octobre 1 65 a, Rec. des anc. ioisfranç t. XVII, p. 3oo.)

* Le 9 mars 1661.

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elle ne nous créa point une littérature nationale; ce travail devait venir plus tard. Il commença dès que le pays eut marqué son rôle comme puissance européenne; notre langue se fixa en même temps que se fondait notre politique, et la réforme de Malherbe fut contemporaine des projets de Henri IV. Pendant que ces projets s’accomplissaient par Richelieu et par Mazarin, l'intelligence française trouvait ses véritables voies et y marchait à pas de géant; elle atteignait à la plus haute des méthodes philosophiques, au sublime en poésie et à la perfection de la prose; elle livrait à l'admiration des hommes trois noms d'une grandeur impérissable. Descartes, Corneille et Pascal.

A la révolution d’idées qui, en France, mit l’empreinte nationale sur la philosophie, la littérature et l’art', se joignit une révolution de mœurs. On vit, dans la chaleur de ce nouveau mouvement de vie intellectuelle, la haute société polie s’organiser sur un pied tout nouveau. L’esprit y compta désormais pour une distinction égale à toutes les autres, les hommes de lettres sans naissance y entrèrent, non plus comme domestiques ou protégés des princes et des grands, mais à titre personnel. I.a conversation entre les deux sexes, étendue par la mode ellemême aux sujets les plus élevés et les plus graves, fonda ce pouvoir des salons, qui devait s’exercer chez nous de concert avec le pouvoir des livres*. En un mot, la bourgeoisie lettrée gagna dans le monde du loisir l’influence dont elle jouissait déjà

1 II faut joindre le uom de Poussin aux moire pour servir à l'histoire de la société trois grand* noms déjà cités. polie en France.

• Voy. l'écrit de Rœderer intitulé : Blé’

introduction.

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dans le monde des affaires; elle fut mêlée à tout, et eut en quelque sorte des postes avancés partout.

C'est d’elle que vinrent à la fois, au xvne siècle, l'agitation politique par la Fronde, et l'agitation religieuse par le jansénisme, tentative de réforme intérieure du dogme et de la discipline catholiques, doctrine plus rigide pour la croyance et plus libre envers l'autorité, qui fut l’un des ressorts moraux de la révolte des corps judiciaires contre le pouvoir absolu. Cette doctrine, sans portée sociale, mais illustrée par les grands caractères et les grands esprits qui la soutinrent, tient une place considérable, quoique indécise, dans l'histoire du tiers état'. Liee aux efforts successifs de l’opposition parlementaire, elle servit d’aliment à l’esprit de discussion jusqu'au milieu du wm” siècle, jusqu’au temps où cet esprit fut transporté, avec une audace et une puissance inouïes, dans la sphère philosophique , où , audessus de toute tradition , il alla chercher, pour les faire descendre dans la loi, les principes éternels de raison, de justice et d'humanité.

Le règne de Louis XIV marque dans notre histoire le dernier terme du long travail social accompli en commun par la royauté et par les classes non nobles de la nation , travail de fusion et de subordination universelle, d'unité nationale, d’unité de pou-

* Voy. l’ouvrage de M. Sainte-Beuve, intitulé: Pon-Royal.

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