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voir et d’uniformité administrative. Si de ce point culminant on porte le regard en arrière jusqu’aux règnes de Saint-Louis et de Philippe-Auguste, il semble qu’on voie se dérouler un même plan , formé dès l’abord , et à l’exécution duquel chaque siècle, depuis le xne, a contribué pour sa part. La succession des temps fait apparaître une suite de rois et de ministres s’employant à cette grande œuvre, et mettant au service de la même cause tout ce qu’ils ont d’âme et de génie; on voit le peuple, pour qui ils travaillent et d’où ils tirent les éléments de leur puissance réformatrice, les devancer quelquefois de ses propres efforts, les suivre toujours, et les stimuler sans cesse par sa voix dans les états généraux, par l’opposition des compagnies judiciaires, par tout ce qu’il y avait d’organes du droit commun et de la pensée publique. C’est ainsi qu'à force de mutations progressives s’est élevée la royauté absolue, symbole de l'unité française, représentation de l'état facilement confondue avec lui. Ce régime, ennemi de la liberté aussi bien que du privilège, et dont la seconde moitié du xvii* siècle nous montre l’épanouissement splendide, la nation ne l'avait point subi, elle-même l'avait voulu résolument et avec persévérance; quelques reproches qu’on put lui faire au nom des droits naturels ou du droit historique , il n’était point fondé sur la force ni sur la fraude , mais accepté par la conscience de tous.
Tel était le pouvoir qui , après deux ministères qu'on peut nommer de véritables règnes ', fut pris en main par le fils de
1 Le ministère de Richelieu occupe dix-huit ans, de 1624 * 1642; et celui de Mazarin , dix-neuf ans, de 164a à 1661.
Die. ;.üd kyji.lt ,41
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Cf Mil
Louis XIII, à peine âgé de vingt-trois ans. Le jeune prince, jusque-là étranger aux affaires, adressa, dans le premier conseil tenu par lui, ces paroles au chancelier et à ses collègues: « J’ai résolu d'être à l’avenir mon premier ministre.... Vous « m'aiderez de vos conseils quand je vous les demanderai.... « Je vous prie et vous ordonne , monsieur le chancelier, de « ne rien sceller que par mes ordres;.... et vous, mes secré- « taires d’État , et vous, monsieur le surintendant des finances, « je vous ordonne de ne rien signer sans mon commandement '. » Cette déclaration renfermait une promesse de travail personnel , de travail effectif pour chaque jour ; Louis XIV s’y montra fidèle durant toute sa vie, et c’est là un des traits caractéristiques et l’une des gloires de son règne*. Jamais chef de nation n'eut une idée plus haute et plus sérieuse de ce que lui-même appelait énergiquement le métier de roi *. Ainsi l’exercice du pou-
1 Mémoires de Henri-Louis de Brienne , ed. Barrière, i8a8, t. II , p. i55; Mèm. de l’abbé de Choisy , coïl. Michaud, 3* série, t. VI, p. 577, et Mèm. de madame de Motteviltc, ibid., p. 586.
* Je m’imposai pour loi de travailler régulièrement deux fois par jour, et deux ou trois heures chaque fois avec diverses personnes, sans compter les heures que je passois seul en particulier, ni le temps que je pourrois donner extraordinairement aux affaires extraordinaires, s'il en survenoit, n'y ayant pas un moment où il ne fût permis de m’en parler, pour peu qu’elles fussent pressées. (Mcm. de Louis XIV adressés à son fils; Œuvres
de Louis XIV , t. I, p. ao. ) — Ibid. , p. 19.
3 Un écrit de Louis XIV, tout mtier de sa main , est intitulé : Réflexions sur te métier de roi; un y trouve comme tètes d’articles les maximes suivantes :« Tout rapporter au bien de l'état. — L'intérêt de l'état doit marcher le premier. — Penser à tout. — Se garder de soi -même.
[Œuvres de Louis XIV, t. II , p. 456.) *— Ici je ne vous dirai pas seulement qye c'est toutefois par là (par le travail) que l’on règne, pour cela qu'on règne, et qu'il y a de l’ingratitude et de l’audace à l'égard de Dieu, de l'injure et de la tyrannie à l'égard des hommes, de vouloir l'un sans
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voir, qui, depuis la mort de Henri IV, n'avait eu lieu que par délégation, se trouva réuni à son principe, et la royauté, réduite durant un demi -siècle à l'état de pure idée, redevint pour ainsi dire une personne. Celte révolution, qui simplifiait logiquement l'autorité souveraine, fut saluée avec joie par la sympathie et l’espérance populaire; on y voyait le terme de ces maux que les peuples imputent toujours aux intermédiaires placés entre le trône et la nation ; personne alors n’eu pressentait les vastes et singulières conséquences.
Tamis XIV, avec une rare dignité de caractère, possédait un sens droit, l'instinct du pouvoir et de l’ordre, l’esprit des affaires jusque dans le détail, une grande faculté d’application et une remarquable puissance de volonté ; mais il lui manquait la haute portée de vue et la liberté d'intelligence qui avaient mis au premier rang des hommes d'état Richelieu et Mazarin. Sa résolution d'agir en tout selon la règle du devoir et de n’avoir pour but que le bien public était profonde et sincère, les mémoires qui nous restent de lui l’expriment avec une effusion quelquefois touchante mais il n’eut pas la force de suivre toujours la loi morale qu’il s'imposait. En voulant ne faire qu'une même
l'autre. (Méat. <le Louis XIV, ibiil., 1. 1, P-J9-)
< J'ai toujours considère comme le plus doux plaisir du monde la satisfaction qu'on trouve à faire son devoir. J’ai même souvent admiré comment il se pouvoit faire que l’amour du travail, étant une qualité si nécessaire aux souverains, fût
pourtant une de celles qu'on trouve pins rarement en eux. (QEttrres de Louis XIV , t. 1, p. io5.) — Quand j’ai pris le gouvernement de mon royaume, j’ai bien vu que ma réputation al loi t être i la merci de tout le monde, qui peut-être ne me rendroit pas toujours justice. Mais, comme je ne songe qu’à me bien acquitter de tout
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chose de son propre bonheur et du bien de l'état, il inclina trop à confondre l'état avec lui-même , à l’absorber dans sa personne*. Trop souvent il prit la voix de ses passions pour celle de ses devoirs, et ce qu’il se vantait d’aimer le plus, l'intérêt général, fut sacrifié par lui à son intérêt de famille, à une ambition sans bornes, à un amour déréglé pour l’éclat et pour la gloire '. Sa longue vie le montre de plus en plus entraîné sur cette pente périlleuse. On le voit d’abord modeste et en même temps ferme d'esprit, aimant les hommes supérieurs et cherchant les meilleurs conseils’; puis préférant qui le flatte à qui l’éclaire, ac-
ce que je dois à mes peuples et à ma dignité, j'ai méprisé, pour faire mon devoir, toutes les autres gloires. J’ai cru que la première qualité d’un ro» étoitla fermeté, et qu’il ne devoit jamais laisser ébranler sa vertu par le bÜinc ou par les louanges; que, pour bien gouverner son état, le bonheur de scs sujets étoit le seul pèle qu’il devoit regarder, sans sc soucier des tempêtes et des vents différents qui agiteroieut continuellement son vaisseau.
(Ibid., t. U, p. 4^3.)
1 Enfin, mon fils, nous devons considérer le bien de nos sujets bien plus que le uôtre propre. Il semble qu’ils fassent une partie de noos-mêmes , puisque nous sommes à la tête d’un corps dont ils sont membres. Ce n’est que pour leurs propres avantages que nous devons leur donner de* lois, et ce pouvoir que nous avons sur eux ne nous doit servir qu’à travailler plus cfiicaccmrnt à leur bonheur. (Ibid., 1. 1, p. 116.) — Quand on
a l’état en vue, on travaille pour soi. Le bien de l’un fuit la gloire de l’autre. Quand le premier est heureux, élevé et poissant, celui qui en est cause en est glorieux, et par conséquent doit plus goûter que ses sujets, par rapport «t lui et à eux, tout ce qu’ii y a de plus Agréable dans la vie. (Ibid., t. U, p.457.)
■ Voy. l’Introduction du bel ouvrage de M. Mignet: Négociations relatives à la succession d'Espagne sous fouis XI F.
1 Délibérer à loisir sur toutes les chose» importantes et en prendre conseil de diverses gens n’est pas, comme les sots sc l'imaginent, un témoignage de foiblcsse ou de dépendance, mais plutôt une marque de prudence et de solidité. C’est une maxime surprenante, mais véritable pourtant, que ceux qui , pour sc montrer plus maîtres de leur propre conduite, ne veulent prendre conseil en rien de ce qu’ils font , ne font presque jamais rien de ce qu’ils veulent. ( Œuvres de Louis XI F, t. U, p. 1 1 3.)
INTROOl CTIOS.
cueillant, non l'avis le plus solide, niais l'avis le plus conforme à ses goûts; puis enfin, n’écoutant que lui-même, et prenant pour ministres des hommes sans talent ou sans expérience qu’il se charge de former. Ce règne, glorieux à juste titre, offre ainsi des phases très-diverses; on peut le diviser en deux parts presque égales pour la durée, l’une de grandeur, l’autre de décadence; et, dans la première, on peut de meme distinguer deux périodes, celle des années fécondes où tout prosjière par une volonté puissante que la saine raison dirige, et celle où le déclin commence, parce que la passion prend de l’empire aux dépens de la raison.
C’est le génie d’un homme du tiers état, du fils d’un commercant, de Jean-Baptiste Colbert , qui donna l’inspiration créatrice au gouvernement de Louis XIV \ Colbert fut ministre vingt-deux ans ', et durant ce temps, le plus beau du règne, la prospérité publique c-ut pour mesure le degré d'influence de sa pensée sur la volonté du roi. Cette pensée dans sa na-
' Le père de Colbert, marchand de drap a Reims, y tenait boutique à l'enseigne du long vêtu, et joignait à ce commerce celui des toiles , du vin et du blé. Sa famille avait plusieurs branches également vouces au négoce, dont lui-même lit l’apprentissage à Paris d’abord, et ensuite à Lyon.
Revenu à Paris, il quitta la vie de comptoir, et fut successivement clerc de notaire, clerc cher un procureur au Châtelet, commis au bureau de recette financière qu’on nommait des parties casuelles, secrétaire particulier du cardinal Mazarin,et enfin
intendant de sa maison. Ma/ar in , à son lit de mort, le recommanda vivement aurai.
On trouve cette phrase dans 1rs instructions qu’il écrivit de sa propre main pour son fils aîné : « Mon fils doit bien penser « et faire souvent réflexion sur ce que sa • naissance l’auroit fait être, si Dieu n'avoit «pas béni mon travail, et si ce travail ■ n’avoit pas été extrême. *■ Voy. Y Histoire de la vie et de l’administration de Colbert , par M. Pierre Clément, Pièces justificatives, n** vi et xti.
* De x66i à t683.
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ture intime , se rattachait à celle de Richelieu , pour la mémoire duquel Colhert professait un véritable culte Dès son entrée au conseil, il fit reparaître les plans du grand ministre et se proposa pour but l’exécution de tout ce que cet homme extraordinaire n'avait pu qu’ébaucher, indiquer ou entrevoir. L’œuvre de Richelieu s’était accomplie dans la sphère des relations extérieures; mais il n’avait pu que déblayer le terrain et tracer les voies pour la réorganisation intérieure du royaume. Par la diplomatie et par la guerre, lui et son habile successeur avaient assuré à la France une situation prépondérante parmi les états européens; il s’agissait de lui donner un degré de richesse et de bien-être égal à sa grandeur au dehors, de créer et de développer en elle tous les éléments de la puissance financière, industrielle et commerciale. C’est ce qu’entreprit un homme qui n’avait ni le titre ni les droits de premier ministre , serviteur d'un monarque jaloux de son autorité personnelle, et ombrageux en ce point jusqu’à la manie*. Richelieu avait fait de grandes choses
* Colbert, fidèle observateur des maximes de Richelieu jusqu'à s'en attirer des plaisanteries de la part du feu roi..... Quand il s’agissait d’une affaire importante, le feu roi disait souvent: «Voilà « Colbert qui va nous dire : Sire, ce grand • cardinal de Richelieu , etc. • (Mém. de M. de Valinrourt, sur la marine , joint aux Mém. du marquis de Villcltc, publ. par M. de Monmerqué pour la Société de l’bist. de France, p. lu.)
a Quant aux personnes qui dévoient seconder mon travail, je résolus, sur toute»
choses, de ne point prendre de premier ministre; et, si vous m’en croyez, mon fils, et tous vos successeurs après vous, U* nom en sera pour jamais aboli en France, rien n'étant plus indigne que de voir d'un côté toute la fonction , et de l'autre le seul titre de roi. Pour ce dessein , il étoit absolument nécessaire de partager ma confiance et l’exécution de mes ordres, sans la donner toute entière à pas an.
pres tic louis XJP, t. I, p. a?.) — Nul ne partage votre travail sans avoir un peu de part à votre puissance. N'en laisses à
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dans sa pleine liberté d'action, Colbert en lit de non moins grandes sous la dépendance la plus étroite, avec la nécessité de plaire dans tout ce qu’il lui fallait résoudre, et avec la condition de ne jamais jouir extérieurement du mérite de ses propres actes , de prendre pour soi dans le pouvoir les soucis , les mécomptes, les injustices populaires, et de porter sur autrui le succès , la gloire et la reconnaissance publique.
Rien de plus étrange que le contraste des figures et des caractères dans cette association au même travail qui liait l’un à l’autre Louis XIV et Colbert. Le roi, jeune et brillant, fastueux, prodigue, emporté vers le plaisir, ayant au plus haut degré l’air et les goûts d’un gentilhomme; le ministre, joignant aux fortes qualités de la classe moyenne, à l’esprit d’ordre, de prévoyance et d’économie, le ton et les manières d’un bourgeois. Vieilli avant l’âge dans des devoirs subalternes et des travaux assidus, Colbert en avait gardé l’empreinte; son abord était difficile, sa personne sans grâce, ses traits austères jusqu’à la dureté. Cette rude enveloppe couvrait en lui une âme ardente pour le bien public, avide d’action et de pouvoir, mais encore plus dévouée qu’ambitieuse Glacial pour les solliciteurs et peu
autrui que ce qu'il tous sera impossible de retenir; car, quelque soin que vous puissiez prendre, il vous en échappera toujours beaucoup plus qu'il ne serait à souhaiter. (Ibid., p. i5o.) — L'ambassadeur de Portugal luy dit un jour : « Sire,
• j’ a ce o ni modéra y cette affaire avec vos
• ministres. Monsieur l’ambassadeur, ré-
« pliqua le roy, vous voulez dire nos gens « d affaires. » (Les portraits rie la cour. Archives curieuses de l’histoire de France, 3* série, t. VW, p. 371.)
1 H est homme sans fastidic , sans luxe, d’une médiocre dépense , qui sacrifie volontiers tous ses plaisirs et ses divertissoinens aux intérêts de l’état et aux soins des
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sympathique aux plaintes de l’intérêt privé, il s'animait de tendresse et d'enthousiasme à l’idée du bonheur du peuple et de la gloire de la France '. Aussi tout ce qui constitue le bien-être, tout ce qui fait la splendeur d'un pays, fut-il embrassé par lui dans ses méditations patriotiques. Heureuse la France, de tout le bonheur où alors elle pouvait aspirer, si le roi qui avait cru à Colbert sur la parole de Mazarin mourant * eût toujours suivi l'admirable guide que la providence lui donnait. Du moins, dans les vingt-deux ans de ce ministère mêlés de confiance et de dé-
affaires. Il rat actif et vigilant, ferme et inviolable (lu eoslé de son devoir; qui fuit les partis , et ne veut entrer en aucun traitté «ans en donner ronnoissance au roy et sans un exprès commandement de sa majesté; qui témoigne n'avoir pas grande avidité |Hvur les richesses, mais une forte passion d'amasser et de conserver Ira biens du roy. [Les Portraits de la cour. Archives curieuses tic l'histoire de France, 3e série, t. VIH, p. 371.) — Voy. ('Histoire de U vie et de l'administration de Colbert par M. Pierre Clément, la notice sur Colbert par Lemoritev , et le rapport lu par M. Villemain à la séance annuelle de l’Académie française, le 17 août 1848.
* Je voudrais que mes projets eussent une fin heureuse, que l’abondance régnât dans le royaume , que tout le monde y fût content, et que, sans emplois, sans dignités, éloigne de la cour et des affaires, l'herbe crût dans ma cour! (Paroles de Colbert citées par d’Au vigny. Fies des hommes illustres de la France , t. V, p. 376.) — Je déclare en mon particulier à Votre
Majesté qu'un repas inutile de 3, 000 livres me fait une peine incroyable, et lorsqu’il est question de millions d’or pour la Pologne, je vendrais tout mon bien, j’engagerais ma femme et mes enfans , et j’irais à pied toute ma vie pour y fournir, s'il étoit nécessaire, (Lettre de Colbert à Louis XIV, Particularités sur les ministres des finances, par M. de Monthyon, p. 44.)
* On dit que le cardinal mourant lui avoit conseillé de se défaire de Fouqurt comme d'un homme sujet à ses passions, dissipateur, hautain, qui voudrait prendre ascendant sur lui; au lieu que Colbert, plus modeste et moins accrédité, se* roit prêt k tout et réglerait l’état comme une maison particulière- On dit même qu’il ajouta ces mots (et M. Colbert s'en vantoit avec ses amis) : • Je vous dois tout, « sire, mais je crois m'acquitter en qnel- • que manière en vous donnant Colbert. • {Mémoires de l'abbé de Chois/, coller t. Michaud et Poujoulat, 3* série, t. VI t P. 579.)
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faveur, il lui permit de mettre la main à presque toutes les parties du gouvernement , et tout ce que toucha Colbert fut transformé par son génie. On est saisi d'étonnement et de respect à la vue de cette administration colossale qui semble avoir concentré dans quelques années le travail et le progrès de tout un siècle.
S’il y a une science de la gestion des intérêts publics, Colbert en est chez nous le fondateur. Ses actes et ses tentatives , les mesures qu’il prit et les conseils qu’il donna prouvent de sa part le dessein de faire entrer dans un même ordre toutes les institutions administratives jusque-là incohérentes, et de les rattacher à une pensée supérieure comme à leur principe commun. Cette pensée, dont I.ouis XIV eut le mérite de sentir et d'aimer la grandeur, peut se formuler ainsi : donner l’essor au génie national dans toutes les voies de la civilisation , développer à la fois toutes les activités, l’énergie intellectuelle et les forces productives de la France. Colbert a posé lui-même, dans des termes qu’on croirait tout modernes, la règle de gouvernement qu’il voulait suivre pour aller à son but : c’était de distinguer en deux classes les conditions des hommes, celles qui tendent à se soustraire au travail, source de la prospérité de l’état, et celles qui, par la vie laborieuse, tendent au bien publie; de rendre difficiles les premières, et de faciliter les autres en les rendant, le plus possible , avantageuses et honorables '. Il réduisait le nombre et la valeur des offices, afin que la bourgeoisie, moins
' Il faut aussi prendre garde que tous ceux qui seront nommés pour cette matière aient plus de force et de probité qu'aucuns... Il sera bien necessaire qu’ils
observent de rendre difficiles toutes les conditions des hommes qui tendent à se soustraire du travail qui va au bien général de tout l’état j ces conditions sont