‹ Recueil des Monuments Inedits de l'Histoire du Tiers EtatChapitre 50 sur 273 · TT · texte numérisé non relu

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empressée à leur poursuite, tournât son ambition et ses capitaux vers le commerce, et il attirait du même côté la noblesse, en combattant le préjuge qui lui faisait un point d’honneitr de la vie oisive et inutile L’émulation du travail, tel était l’esprit nouveau qu’il se proposa d’infuser à la société française, et selon lequel fut conçu par lui l'immense projet de remanier la législation tout entière, et de la fondre en un seul corps pareil au

code de Justinien *.

le (rop grand nombre d’officiers de justice , le trop grand nombre de prêtres , de moines et religieuses. Et ces deux derniers, non-seulement se soulagent du travail quiiroit au bien commun, mais même privent le public de tous les enfants qu’ils pourraient produire pour servir aux fonctions nécessaires et utiles : pour cet effet, il serait peut-être bon de rendre les vœux de religion un peu plus difficiles, ct.de reculer l'Âge pour les rendre valables, même retrancher l'usage des dots et des pensions des religieuses, et de faciliter et rendre honorables et avantageuses, autant qu’il se pourra, toutes les conditions des hommes qui tendent au bien public, cVstà-dire, les soldats, les marchands, les laboureurs et gens de journée. (Projet d'une révision générale des ordonnances, discours prononcé par Colbert dans le conseil du 10 octobre i665. Revue rétrospective > a* série, t. IV, p. a5? et suiv.)

' Comme le commerce, et particulièrement celui qui se fait snr mer, est la source féconde qui apporte l’abondance dans les États et la répand sur les sujets k proportion de leur industrie et de leur

travail, qu'il n’y a point de moyen pour acquérir du bien qui soit plus innocent et plus légitime : aussi a-t-il toujours été en grande considération parmi les nations les mieux policées.,.. Comme il importe ,iti bien de nos sujets et à notre propre satisfaction d’effacer entièrement les restes d'une opinion qui s'est universellement répandue que le commerce maritime est incompatible avec la noblesse, et qu'il en détruit les privilèges, nous avons estime à propos de faire entendre notre intention sur ce sujet, et de déclarer le commerce de mer ne pas déroger à noblesse, par une lot qni fût rendue publique et généralement reçue dans toute l'étendue de notre royaume. (Édit d’août 1669, Rec. des ancienne), tais françaises, t. XVIII, p. ai?.) — Voy. Forbonnais, Recherches et considérations sur les finances de France, t. Il, p. i5o et 36a; t. III, p. a5?.

* Mais si Votre Majesté s’est proposé quelque plus grand dessein, comme serait celui de réduire tout son royaume sous une même loi, même mesure et même poids, qui serait assurément un dessein digne de la grandeur de Votre Majesté,

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C'est à ce dessein qu’il faut rapporter, comme des fragments d'un meme ouvrage, les grandes ordonnances du règne de Louis XIV, si admirables pour l'époque, et dont tant de dispositions subsistent encore aujourd’hui, l’ordonnance civile, l’ordonnance criminelle , l'ordonnance du commerce, celle des eaux et forêts et celle de la marine'. Colbert, d’abord simple intendant puis contrôleur général des finances, avait, par l’ascendaut du génie, contraint le roi à élever ses fonctions dans le conseil jusqu'à celles de régulateur de tous les intérêts économiques de l’état. De la sphère spéciale où son titre d’emploi semblait devoir le renfermer, il porta du premier coup la vue aux plus hautes régions de la pensée politique, et , enveloppant toutes choses dans cette synthèse, il les considéra, non en elles-mêmes, mais dans leur accord avec l’idéal d’ordre fécond et de prospérité croissante qu’il se formait. Il lui parut qu’une grande nation, une société vraiment

«ligne de sou esprit et de son Âge, et qui lui attireroit un abime de bénédictions et de gloire, dont toutefois Votre Majesté n’auroit que l’honneur de l'exécution, vu que le dessein en auroit été formé par Louis XI®, qui a été, sans contredit, le plus habile de tous nos rois- (Projet d'une révision générale des ordonnances, Revue rétrospective , a* série, L IV, p. 24®*) — Après avoir avancé ce travail, peut-être que Sa Majesté voudra que l’on poursuive pour achever le corps entier de ses ordonnances , et que l'on examine de même celles qui concernent les domaines de la couronne, les finances, les eaux et forêts, l’amirauté, la cunnélablic, les fonc-

tions de toutes les charges et offices du royaume,... et généralement, afin de rendre ce corps d’ordonnances aussi complet que celui de Justinien pour le droit romain. {Ibid., p. aS8.)

' Ordonnance civile touchant la réformation delà justice (avril 1667); ordon nance pour la réformation de la justice, faisant continuation de celle d’avril 1667 (août 1 869} ; édit portant règlement general pour les eaux et forêts (août 1669 ); ordonnance criminelle (août 1670}} ordonnance du commerce (mars 1673) ; ordonnance de ta marine (août 1681). Recueil des anciennes lois françaises, t. XVIII, p. io3, 3^1,119 et 371; t. XIX, p. 9a et 28a.

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ecxxut

complète devait être k la fois agricole, manufacturière et navigatrice, et que la France, avec son peuple né pour l’action en tout genre , avec sou vaste sol et ses deux mers , était destinée au succès dans ces trois branches du travail humain. Ce succès, général ou partiel , fut à ses yeux le but suprême et le seul fondement légitime des combinaisons financières. 11 s’imposa la tâche d'asseoir l’impôt, non sur les privations du peuple, mais sur un accroissement de la richesse commune, et il réussit, malgré d'énormes obstacles, à augmenter le revenu de l’état en réduisant les charges des contribuables

Dans ses plans formés surtout en vue de la prospérité matérielle, Colbert fit entrer pour une large part le soin des choses de l'intelligence. Il sentit qu’au point de vue de l’économie nationale, des liens existent entre tous les travaux, entre toutes les facultés d’un peuple; il comprit le pouvoir de la science dans la production des richesses, l'influence du goût sur l’industrie, des arts de l’esprit sur ceux de la main. Parmi ses créations célèbres on voit l’Académie des sciences, l’Académie des inscriptions et belles-lettres, les académies de peinture, de sculpture et d'architecture, l’école de France k Rome , l’école des langues orientales, l'Observatoire, l'enseignement du droit à Paris. Il institua, comme partie du service public et de la dépense ordinaire, des pensions pour les littérateurs, les savants et les artistes, et ses bienfaits envers eux ne s’arrêtèrent pas aux limites

Vojr. le» Recherches de Forbonn*u sur Colbert, et un excellent chapitre sur le le» finances de la France, fourrage de même sujet dans le t. XIV' AcVHûtnire de M. Pierre Clément sur l'administration de France de M. Henri Martin.

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du royaume. Quant aux mesures spéciales de ce grand ministre pour la régénération industrielle de la France, leur détail dépasserait les bornes où je suis tenu de me renfermer. Les changements qu’il opéra dans toutes les branches de l'administration linancière, ses travaux pour accroître ou pour créer le capital national sous toutes ses formes', ses encouragements de tout genre distribués à toutes les classes d'hommes concourant à l’œuvre de la production, depuis le chef d'entreprise jusqu'au simple ouvrier, ce vaste et harmonieux ensemble de lois, de règlements, de statuts, de préceptes, de fondations, de projets, se trouve habilement exposé dans des publications récentes1. Il me suffira d'y renvoyer le lecteur et de dire que c’est à l'impulsion donnée par Colbert, à ce principe de vie nouvelle répandu en nous il y a près de deux siècles que nous devons de compter dans le monde comme puissance maritime et commerciale.

Colbert eut cela de commun avec d’autres hommes doués du génie organisateur qu’il fit des choses nouvelles par des moyens qui ne l'étaient pas, et se servit comme instrument de tout ce qu’il avait sous la main. Loin de lutter contre les habitudes et les pratiques anciennes, il eut l’art d’en tirer des forces, vivifiant par une volonté inspirée et par des méthodes d'application originales, ce qui semblait inerte et usé. C'est ainsi que pour les finances et le commerce il transforma une accumula-

• Les routes, les canaux, les bâtiments civils et militaires, les arsenaux, la marine marchande et U marine de l’Etat.

• V«y. le tome XIV de 1* Histoire de France de M. Henri Martin, l'ouvrage de

M. Pierre Clement cilé pins haut, et ï Histoire de l’administration en France, depuis le règne dé Philippe-Auguste , jusqu 'à la monde Louis XIV , par M. Dareste de la Chavanne.

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tion de procédés empiriques en un système profondément rationnel; de là sa puissance et ses merveilleux succès dans son temps, dont il ne choqua point les doctrines; de là aussi la faiblesse de quelques parties de son ouvrage aux yeux de l'expérience acquise et de la science formée après lui. A-t-il eu tort de ne tenir aucun compte du vœu des états généraux de i6i4 pour radoucissement du régime des jurandes, et démarcher, dans ses règlements, au rebours de cette première aspiration de la France vers la liberté du travail ’P La réponse à cette question et à d’autres du même genre que soulève l'administration de Colbert * ne peut se faire isolément. Tout est lié dans les actes du grand ministre de Louis XIV, et, sur cct ensemble systématique, deux faits dominent : le premier, c’est qu’il fit découler tout du principe de l'autorité, qu’il ne vit dans la France industrielle qu’une vaste école à former sous la discipline de l'état 1 ;

' Voy. plus haut , p. clxiv. — Édit de mars 1673, portant que ceux qui font profession du commerce, denrées ou arts, qui ne sont d’aucune communauté, seront établis en corps, communautés et jurandes, et qu'il leur sera accorde des statuts. Rec. des anciennes lois françaises , t. XIX, p. 9t.

* Notamment celle des tarifs des douanes. Voy. l'édit de septembre 1664, portant réduction et diminution des droits de sortie et d’entrée, avec la suppression de plusieurs droits ( Recherches de Forbonnais sous cette date), et l’analvse faite par M, Pierre Clément de l'ordonnance de septembre 1667. Histoire de la vie et de T. I.

T administration tir Colbert, p. a 3 1 et 3 1 ?»

J Les arts étaient nouveaux ou presque totalement oubliés par l'interruption du commerce. Nous ignorions les gnAts du consommateur étranger; nos manu facturiers, pauvres, écrasés sous les taxes et la honte de leur état,' n’avaient ni les moyens ni le courage d’aller puiser au loin les lumières; il s’agissait d'imiter rt non d’inventer. Le ministre donna aux ouvriers des instructions, et la plupait furent bonnes, parce quelles étaient rédigées par des négociants ou des personnes expérimentées soit dans l’art, soit dans le commerce étranger. Chaque régie était appuyée de son motif. (Forbonnais , Rr -

le second, c'est que les résultats immédiats lui donnèrent pleinement raison , et qu’il parvint à pousser la nation en avant d’un demi-siècle

Il avait fallu de longues années de guerre pour que l'œuvre de Richelieu s’accomplît ; pour que celle de Colbert, complément de l’autre, se développât librement et donnât tous ses fruits, il fallait de longues années de paix. Après le traité de VVestphalie et le traité des Pyrénées un repos durable semblait assuré à l’Europe et à la France , mais ce que promettaient ces deux grands pactes, Louis XIV ne l'accorda pas. Au moment où le jeune roi paraissait livré tout entier aux soins de la prospérité intérieure’, il rompit la paix du monde pour courir, sous un prétexte bizarre, les chances d’un agrandissement extérieur. Il entreprit, au nom des prétendus droits de sa femme, l’infante Marie-Thérèse, et contre l’avis de ses meilleurs conseillers, la guerre d'invasion que termina le traité d’Aix-la-Chapelle1, guerre injuste, mais dont

cherches et considérations sur les finances et l’agriculture sont les moyens les plus de France, t. II, p. 366.) prompts, les plus sûrs et les plus lêgi-

' Voy. dans l’ouvrage de M. Dareste de times pour mettre l’abondance dans notre la Chavanne , Histoire de l'administration royaume, aussi nous n’avons rien oublié en France , etc., t. II, p. aai, un tableau de toutes les choses qui pourraient oblides manufactures créées par Colbert. ger nos sujets de s’y appliquer. (Édit d«

* t6/|8et«659. décembre i665, portant réduction des

1 L’affection que nous portons à nos rentes du denier dix-huit au denier vingt, sujets nous ayant fait préférer a notre Bec. des anciennes fois françaises, t. XVIII,

gloire et à l’agrandissement de nos états p. 69.)

la satisfaction de leur donner la paix, 4 Ce traité fut signé le a mai 1668. — nous avons en même lemps employé nos Voy. sur le droit de dévolution invoque principaux soins pour leur faire recueil- par Louis XIV à la mort de Philippe IV, lir les fruits d’une parfaite tranquillité; roi d'Espagne, et sur les événements de la H comme le commerce, les manufactures guerre de 1667, l’ouvrage de M. Mignet,

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l'issue fut heureuse pour le roi et pour la France. Le roi y gagna un renom d'habileté politique et militaire; la France, en acquérant plusieurs villes de la Belgique fit un pas considérable dans les voies de son agrandissement naturel. Mais dan-, ce premier coup de fortune, il y eut quelque chose de funeste Une fois éveillée pour la gloire des armes, la passion chez Louis XIV ne se reposa plus; elle attiédit en lui le zèle pour les travaux pacifiques ; elle le fit passer, de l'influence de Colbert, sous celle du conseiller le plus désastreux Et non-seulement elle le rendit moins occupé de progrès au dedans que de conquêtes au dehors , mais encore , dans les affaires extérieures , elle le détourna de la vraie jiolitique française, de cette politique à la fois nationale et libérale dont le plan avait été conçu par Henri fV et l’édifice élevé par Richelieu *.

Quelque embarras qu’on éprouve, connue patriote, à juger rigoureusement la politique d'un règne clou la France sortit avec ses frontières fi xées à l'est et considérablement reculées vers le nord, il faut séparer deux choses dans les guerres de Louis XfV :

\rgociaùons relatives h la succession fl’ Es pogne, t. 1er, a* partie, sect. i et a; I. II, 3e partie, sect. a. — Les opposants à cette guerre, dans le conseil du roi, furent Colbert et le ministre des affaires étrangères, de Lionne, l'nn des plus grands diplomates qu'ait eus la France, négociateur du traite de Westphalie, de la Ligue du Rbin et du traité des Pyrénées. « Si,

- avant la guerre de Flandre, on eût donne ' au roi Cambrai, ou même Bergues, il se

- serait peut-être contente. Lionne, sur-

a tout , étoit au désespoir de la guerre. > (Oeuvres de Racine, t. VI, p. 338.)

1 Charleroi, Rinch, Alli, Douai, Tournai, Oudenarde, Lille, Arrocntièro, Cotirtrai , Bergues et Furnes.

9 Le marquis de Lot* vois , fils du ministre Letellier , d'abord associe a *on père dans le département de la guerre, pois charge seul de ce portefeuille eu 1666,

* Voy. pins haut, p. cil etcxcv.

dd.

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le résultat et l'intention ; les conquêtes raisonnables, qui à ce titre subsistèrent, et les folles entreprises qui, tendant bien au delà du véritable but, purent s’y trouver ramenées plus tard, grâce à d’heureuses nécessités. La guerre de Hollande, par l’esprit de vengeance qui l’inspira et la manière dont elle fut conduite, eut ce caractère; si elle produisit les avantages territoriaux obtenus à la paix de Niniègue, ce fut parce que la cour de Madrid, en s’alliant aux ennemis du roi, lui fournit l’occasion d’attaquer de nouveau la Franche-Comté et les Pays-Bas espagnols '. Un semblable accroissement de territoire ne résulta point de la guerre d’Allemagne; toutes les conquêtes faites durant cette guerre de neuf ans furent rendues par le traité de Riswick, celle, entre autres, qui donnait à la France sa frontière naturelle des Alpes'. Enfin, dans la crise amenée par l'extinction de la maison royale d’Espagne \ Louis XIV, ayant à choisir, aima mieux les chances d’une couronne pour son petit-fils qu'un agrandissement de ses états consenti par l’Europe. Sa gloire personnelle et sa famille, voilà le double intérêt qu'il poursuivit

‘ Le traité de Niniègue fut signé le to août 1678; la guerre avait commencé en 1672. Par ce traité, la France rendit plusieurs villes qui lui donnaient dans les pays-Bas nue position offensive, notamment Charleroi, Ath, Bioch, Oudenarde et Court rai, qu'elle possédait depuis 1668; clic acquit, avec la Franche-Comté, des territoires et des villes importantes dans l’Artois, la Flandre et le Bainaut, qui régularisèrent ses limites au nord et loi

firent, à l'aide du génie de Yauban , une puissante ligne de défense. — Voy. sur l’invasion des Provinces-Unies et sur les traités qui la suivirent, le tome IV des iïfcgocia lions relatives à la succession d Espagne.

* Le traité de Rbrwick fut signé le ao septembre 1697- La Savoie et Nice avaient été occupées par suite de l'adhésion du duc Victor - Amédée à la ligue d'Augsbourg.

1 A la mort de Charles II, en 1700.

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et \ \ u

de plus en plus aux dépens des intérêts nationaux , en brisant tout le système des anciennes alliances, en faisant quitter à la France le rôle de gardienne du droit public et de protectrice des petits états, pour la rendre aux yeux des peuples un objet de crainte et de haine , comme l’Espagne de Philippe II

Cette fatale guerre de Hollande, qui commença le naufrage de la politique de Richelieu , frappa du même coup le système financier de Colbert et faussa toutes ses mesures. Il lui fut impossible de pourvoir pendant six ans aux dépenses d’une lutte armée contre l’Europe sans sc départir de l'ordre admirable qu’il avait créé, sans retourner aux expédients de ses devanciers et sans compromettre les nouveaux éléments de prospérité intérieure. De 1672 à 1678, tout fut arrêté ou recula en fait d’améliorations économiques; et quand la paix fut venue , quand il s'agit de réparer les pertes et de recommencer le progrès, la pensée et la faveur du roi avaient cessé d’être avec Colbert. Un homme doué d'un génie spécial pour l’administration militaire, mais esprit étroit , âme égoiste, flatteur sans mesure, conseiller dangereux et détestable politique, le marquis de Lou vois s’était emparé de Louis XIV en servant et en excitant sa passion de gloire et de conquêtes. Cette confiance sans bornes qui avait fait du contrôleur général des finances presque un premier ministre, se retira de lui , et

1 Louis XIV eut l'ambition d'étre élu empereur ou de faire Dominer son (ils roi des Romains. Il négocia dans cette vue avec plusieurs des princes d’Allemagne; des traités secrets furent conclus par lui , en 1670 avec l'électeur de Bavière, en

1679 avec l'électeur de Brandebourg, et dans la même année avec l’électeur de Saxe. Voyez sur ces négociations une notice de Lemontcy, dans scs Œuvres, t V, p. aa3 et suiv.

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e’cst au secrétaire d’état de la guerre que fut transportée, avec les bonnes grâces du roi, la prépondérance dans le conseil. Réduit dès lors ù la tâche ingrate d’opposer la voix de la raison à un parti pris d’orgueil , de violence et d’envahissement au dehors, de garder le trésor appauvri contre des demandes toujours croissantes pour les Fêtes, les bâtiments de plaisance, l’état militaire en pleine paix, Colbert fléchit par degrés sous la fatigue de cette lutte sans fruit et sans espoir. On le vit triste et on l’entendit soupirer à son ancienne heure de joie, à l'heure de s’asseoir pour le travail ' : il se sentait à charge dans ee qu’il voulait de bien, dans ce qu’il empêchait de mal, dans sa franchise de langage , dans tout ceque le roi avait jadis aimé de lui ’. Plusieurs fois, après des signes trop certains de disgrâce, la forte trempe de son âme et le sentiment du devoir patriotique le relevèrent encore et le soutinrent contre ses dégoûts ; mais enfin il y eut

‘ Nous remarquions que jusqu'à ce temps, quand M. Colbert entrait clans son cabinet, on le voyait se mettre au travail avec uti air content et en se frottant les mains de joie; mais que depuis il ne se mettait guère sur son siège pour travailler qu'avec un air chagrin et en soupirant. M. Colbert, de facile et aisé qu'il était, devint difficile et diflicultueux , en sorte qu’on n’expédiait pas alors tant d’affaires, ù beaucoup près, que dans les premières années de sa surintendance. { Mémoires de Charles Perrault, tiv. IV, p 84, édit, de M. Paul Lacroix [ 184a]. )

* M. Ma nsa ni prétend qu’il y » trois ans que Colbert était à charge au roi pour les bâtiments-, jusque-là, que le roi lui dit

une fois : « Ma tiN.tr d , on me donne trop de dégoûts , je ne veux plus songer à bâ tir. * (Œuvres de Racine, t. VI, p. 335.J — Voici, Sire, un métier fort diflicilc que je vais entreprendre; il y a près de six mois que je balance à dire les choses fortes à Votre Majesté que je lui dis hier et celles que je vais encore lui dire. . . Je me confie en la bonté de Votre Majesté, en sa haute vertu, en l’ordre qu'elle nous a souvent donne et réitéré de l’avertir au cas quelle allât trop vite, et en la liberté qu’elle m’a souvent donnée «le lui dire mes sentiments. ( Méin. de Colbert au roi [1666], cité par Monthyon, Particularité* sur (es ministres des finances,

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un jour où l’amertume de cette situation déborda et où le cœur du grand homme fut brisé.

Telle est l’histoire douloureuse des dernières années de Colbert , années remplies, d’un côté, par des accès d'activité fébrile, et de l’autre, par ces alternatives d’éloignement et de retour, de rudesses blessantes et de froides réparations qui marquent la fin d’une grande faveur. I-i tristesse, qui, sans nul doute, abrégea sa vie, se nourrissait de deux sentiments, du chagrin de l’homme d’état arrêté dans son oeuvre, et d’une souffrance plus intime. Colbert aimait bonis XIV d’une affection enthousiaste; il croyait à lui comme à l’idée même du bien public; il l'avait vu autrefois associé de cœur et d’esprit à ses travaux et à ses rêves, et, supérieur pour le rang, son égal en dévouement patriotique ; et maintenant il lui fallait se dire que tout cela n’était qu'illusion, que l’objet de son culte, ingrat envers lui, était moins patriote que lui. C’est dans ce désenchantement qu’il mourut '; au lit de la mort, l’état de son àme se trahit par une sombre agitation et par des mots amers. Il dit en parlant du roi : « Si j'avois fait pour Dieu ce que j'ai fait pour cet « homme-là , je scrois sauvé deux fois, et je ne sais ce que je « vais devenir’. » Une lettre de Louis XIV, alors malade, lui ayant été apportée avec des paroles d’amitié, il resta silencieux comme s’il dormait. Invité par les siens à faire un mot de réponse, il dit: « Je ne veux plus entendre parler du roi, qu’au « moins à présent il me laisse tranquille; c’est au Roi des rois

' Le 6 septembre i6#3. 1 Monthyon , Particularités sur les au -

attires des finances , p. 79, noie.

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« que je songe à répondre » Et quand le vicaire de Saint- Eustache, sa paroisse, vint lui dire qu’il avertirait les fidèles de prier pour sa santé; « Non pas cela,» répondit brusquement Colbert, « qu’ils prient Dieu de me faire miséricorde *. »

Ce qu’il y eut de fatalement triste dans cette noble destinée ne s'arrêta point à la mort. Chose étrange! le ministre qui anticipait dans ses plans toute une révolution à venir, le règne de l’industrie et du commerce, celui qui voulait l’abolition des privilèges en matière d’impôt, une juste proportion dans les charges publiques, la diffusion des capitaux par l'abaissement de l'intérêt, plus de richesse et d’honneur pour le travail et une large assistance pour la pauvreté1, celui-là fut impopulaire jusqu’à la haine. Son convoi devant passer près des halles ne sortit qu’à la nuit et sous escorte, de peur de quelque insulte du peuple, la* peuple, et surtout celui de Paris, haïssait Colbert à causedes taxes onéreuses établies depuis la guerre de Hollande; on lui imputait la nécessité contre laquelle il s’était débattu en vain, et l’on ou-

' Mon th y on , P annulantes, etc., |>. 79, note. — Œuvre» de Racine, t. VI, p, 334- — Lettres de madame de Maintenou , 10 sept. i683, t. Il, p. io3.

' Œuvres de Racine, t. VI, p. 334. — 1 .'hôtel Colbert était situé dans la rue Neuve- des-Peti (s-Champ*.

i Voy. dans les histoires de l'administration de Colbert, ses efforts constants pour réduire l'impôt de la taille, et scs tentatives pour substituer la taille réelle n U taille personnelle, établir le cadastre et fonder le régime hypothécaire. Voy.

aussi le règlement general sur les tailles, donne le ta février i663, l'ordonnance d'avril 1667 sur les biens communaux, l'edit de décembre t665, portant réduction de l’intérêt legal au denier vingt, ledit de mars 1673, pour la publicité des hypothèques, et ledit de juin 166*, portant qu’il sera établi dans chaque ville et bourg du royaume un hôpital pour les pauvres, les malades et les orphelins. Rec. des anciennes lois françaises, t. XVIII, p, »8, aa, 69 et 187, et t. XIX, p. 73.

-Digitoed

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bliait d immenses services pour le rendre responsable de mesures qu’il déplorait lui-même et qu'il avait prises malgré lui. F.e roi fut ingrat, le peuple fut ingrat; la postérité seule a été juste.

mort de Colbert et la révocation de l’édit de Nantes, une perte irréparable et un coup d'état funeste, marquent, dans le règne de Louis \[\, le point de partage des années de grandeur et des années de décadence. De ces deux événements séparés par un court intervalle, on peut dire que le second ne fut pas sans liaison avec le premier. Il faut ajouter aux mérites du grand ministre celui d avoir été le défenseur des protestants, d avoir combattu sans relâche les atteintes portées par l'esprit d’unité religieuse à la charte de liberté de Henri IV '. C'était encore la politique de Richelieu qu’il suivait en maintenant les droits inoffensifs garantis deux fois aux réformés'. Moins par philosophie que par instinct patriotique, il protégeait en eux toute une population d’hommes tels qu’il les voulait pour ses plans, d hommes actifs, probes, instruits, versés dans l’industrie et le commerce, et attachés à ces professions par la malveillance même qui les écartait graduellement des fonctions publiques. Tant que dura l’influence de Colbert dans les conseils de bonis XIV, la raison du roi fut tenue en garde contre les suggestions du clergé catholique et contre ses propres désirs s ; mais,

Vt»7- plus haut, p. cxxxvi.

1 D'abord par ledit de Nantes, 1 3 avril • ^98, et ensuite par l edit donné à Nîmes, en juillet 1619.

? Quant à ce grand nombre de me* su-

jets de la religion prétendue réformée, qui étoit un mal que je regarde avec douleur... il me sembla, mon fils, que ceux qui vouloient employer de* remèdes violens ne connoisaoient pas la nature de ce ma),

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sur ce point comme sur bien d'autres, le vertige du pouvoir absolu commença dèsque la faveur se fut détournée de l’homme de génie. C'est ainsi qu’à la captation exercée pour ramener les dissidents succéda l’emploi de la contrainte, et qu’après les peines portées contre le repentir des nouveaux convertis vint l’entière abolition de la liberté de culte et de conscience, [/immortel édit de Henri IV, confirmé et juré par Louis XIII en i6ag, fut révoqué par Louis XIV le 1 7 octobre i685 date qui reste au nombre des plus tristes souvenirs de notre histoire. On sait quel effroyable coup cet acte violent et ses suites portèrent à la civilisation et à la fortune de la France, par quelle émigration d’ouvriers, d’inventeurs, de négociants, de marins, de capitalistes, l’avantage que nous avaient donné sur nos rivaux d’industrie les établissements de Colbert fut presque entièrement perdu *.

cable , supprimé et révoqué, supprimons et révoquons l’édit du roi notre dit aïeul , donné h Nantes au mois d'avril 1 5g8, en toute son étendue , ensemble les articles particuliers arretés le a mai ensuivant, et les lettres patentes expédiées eti iccux, et l'édit donné à Nîmes au mois de juillet 16x9, les déclarons nuis et comme non avenus, ensemble toutes les concessions faites, tant paricettx que par d'autres édits, déclarations et arrêts, aux gens de ladite religion prétendue réformée, de quelque nature qu’elles puissent être. ( Édit portant révocation de l'édit de Nantes, Rec. des anciennes bis françaises , t. XIX, p. 53o.) — Voy. plus haut, p. ccxiv, la note relative au traité d’Adais.

■ Voy. l'ouvrage tic Rulhières, intitulé : Éclaircissements historiques sur les cause s

causé en partie par la chaleur des esprits qu’il faut laisser passer et s’éteindre insensiblement, au lieu de l’exciter de nouveau par des contradictions aussi fortes. .. Je crus que le meilleur moyeu pour réduire peu A peu les huguenots de mon royaume étoit en premier lieu de ne les point presser du tout par aucune rigueur nouvelle contre eux, de faire observer ce qu’ils a voient obtenu de mes prédécesseurs, mais de ne leur rien accorder au delà, et d'en renfermer même l'exécution dans les plus étroites bornes que la justice et la bienséance le pouvoient permettre. Quant aux

grâces qui dépcndoienl de moi seul

(Mémoires de Louis XIV, écrits vers l'année *670; Œuvres, t. Ier, p. 84 et suiv.)

' Savoir faisons que nous,.., avons, par ce présent édit perpétuel et iirévo-

En i685, il y avait déjà près d’un siècle que la France, devançant à cet égard les autres peuples chrétiens, était entrée dans les voies de la société nouvelle qui sépare l'église de l’état , le devoir social des choses de la conscience, et le croyant du citoyen. Sous le régime de l'édit de Nantes, le principe légal en matière de religion, ce n’était pas la simple tolérance, mais l’égalité de droits civils entre catholiques et réformés; mais la reconnaissance, et, sauf quelques réserves, la pleine liberté des deux cultes. Nous étions en cela supérieurs à l’Europe soit catholique soit protestante, supériorité acquise au prix de quarante ans de malheurs, et peut-être à l’aide d'un sens plus prompt de la justice et du droit ’. C’est de la hauteur de ce principe déposé dans la loi et qui subsistait en dépit d’infractions plus ou moins directes, plus ou moins graves, que l’édit de révocation fit tomber le pays sous un régime de violences et de contradictions qui, pour devenir simple, aboutit à la mort civile des protestants’. Tel est le point de vue d’où l’historien doit juger l’acte d’autorité qui fut pour Louis XIV, sinon un crime, du moins la plus grande des fautes. A ce point de vue, ni les idées ni les pratiques des autres états de l'Europe en fait de tolérance civile ne peuvent servir d’excuse à la conduite du

de la révocation de l’édit de Nantes ; le tome II lit-’ Y Histoire de madame de Maintenon, par M. le duc de Noailles, et les tomes XV et XVI de Y Histoire de France de M. Henri Martin.

1 La jurisprudence française fut la première à condamner le principe de l'esclavage, en déclarant libre tout esclave qui

mettait le pied dans le royaume, Voy. le Glossaire du droit français, par Lauriérr, au mot Esclave .

* Voy. ce que dit Rulhières de la déclaration du 14 mai 1724 et de l'affreuse jurisprudence qui en résulta. Éclaircissements sur la révocation de Cé*Ut de Nantes , éd. Auguis, p. 269, 28a, 463 et 481.

INTRODUCTION

roi de France; la France, depuis un siècle, avait élevé son droit public au-dessus des idées du temps. Quant à la réaction du catholicisme à l'intérieur, on ne peut pas en faire davantage un moyen d'apologie , car elle n’était pas nouvelle , et deux grands ministres avaient su lui résister durant trente ans; quoique hommes d'église tous les deux , ils s’étaient tenus dans les limites tracées par la bonne foi publique et par la raison d’état '. Louis XIV fut pleinement libre de sentir et d’agir comme eux; sous lui, les protestants n’inspirèrent pas plus de crainte, et la pression de l'intolérance catholique ne devint pas plus embarrassante. Il n'a tenu qu'à lui de laisser les choses dans l’état où il les avait prises ’, de n'étre pas dupe des fausses conversions qu’on provoquait pour lui plaire, de ne pas devenir sans l’avoir voulu persécuteur atroce ; enfin , de ne pas

’ Richelieu maintint scrupuleusement la liberté pour les catholiques de changer de religion , et pour les protestants convertis de retourner à leur ancien culte.

Mazarin, sollicité par le clergé de prendre des mesures contre ceux que l'Église qualifiait d'apostats et de relaps, ne céda point h ce s instances. Il disait en parlant des calvinistes : • Je n’ai point à m’inquiéter - du petit troupeau ; s'il broute de raau- * varies herbes, du moins il ne s’écarte « pas. * Voy. Rulhiéres , Éclaircissements historiques sur la révocation de l'édit de Nantes, p. 19 et suiv., et Y Histoire de France de M- H. Martin, t. XV, p. $89 et suiv.

* Le préambule de l’édit de juillet 1 679, qui supprime les tribunaux mi-partie de catholiques et de protestants, offre ce passage curieux : « Considérant qu’il y a cin-

" quante années qu’il n’est point survenu

• de nouveau trouble causé par ladite

• religion, et que par ce long temps les

• animosités qui pouvoient être entre' nos « sujets de Tune et de l’autre religion sont

■ éteintes, nous avons cru pouvoir ne rien

• faire de mieux que de supprimer les- « dites chambres, et les réunir auxdiis

• parlements, tant pour effacer enlière- <* ment U mémoire des guerres passées , « que pour faciliter l’administration de

• la justice, en ôtant le prétexte à nos « sujets catholiques de se servir du nom n et des privilèges desdits de la religion « prétendue réformée pour perpétuer les

■ procès dans les familles par des évoca-

• lions ou par des règlements déjugés. • (Rcc. des anciennes lois françaises, t. XIX, p. xo5.)

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INTRODUCTION

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léguer en mourant à la France du xvm* siècle tout un code de proscriptions plus odieuses que celles du seizième \

Le grand fait , le fait imprévu alors, qui domine tout le règne de Louis XIV, c’est que, dans ce règne, dernier terme du mouvement de la France vers l’unité monarchique, on vit le pouvoir absolu, exercé personnellement par le roi, tomber, pour la satisfaction des vrais intérêts nationaux, au-dessous. de ce qu’avait été précédemment le même pouvoir délégué à un premier ministre. Richelieu, et après lui Mazarin, gouvernant comme s’ils eussent été dictateurs d'une république, avaient, pour ainsi dire, éteint leur personnalité dans l’idée et le service de l’état. Ne possédant que l’autorité de fait, ils s’étaient conduits tous les deux en mandataires responsables envers le souverain et devant la conscience du pays, tandis que Louis XIV,

» Conférez les Écla ircuscments de Rh- Ihiéres sur la révocation de l'édit de Nantes avec le t. II de Y Histoire de madame de Maintenon par M. le duc de Noailles. — f/une des premières pensées du régent fut de retirer tous les édits de Louis XIV contre les protestants; mais la violence même des faits accomplis parut opposer à cette mesure un obstacle insurmontable. ■ Le régent me paria à ce propos de toutes » les contradictions et de toutes les difli-

• cultes dont les édits et déclarations du feu

• roi sur les huguenots étoient remplis,

• sur lesquels on ne pouvoit statuer par

• impossibilité de les concilier, et, d’autre

• part, de les exécuter à l'égard de leurs

• mariages, testaments, etc... Be la plainte

• de ces embarras, le régent vint à ceDe

« de la cr liante avec laquelle le feu roi « avoit traité les huguenots, à la faute

- même de la révocation de l’édit de Nan- « tes , au préjudice immense que l’état eu

■ avoit souffert et en sou ffroit encore dans « sa dépopulation , dans son commerce, « dam la haine que ce traitement avoit « allumée che* tous les protestants de l'Eu-

■ rope.... Le régent se mit sur les ré- « flexions de l’état ruiné où le roi avoit

- réduit et laissé la France, et de là mn « celles du gain de peuple, d'arts, d’argent

* et de commerce qu'elle feroit en un mo- « ment par le rappel si désiré des hugue* « nots dans leur patrie, et finalement me

• le proposa. * (Mémoires de Saint-Simon, t. XIV, p. 1 53 et suiv.)

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INTRODUCTION

réunissant le fait et le droit, se crut exempt de toute règle extérieure à lui-même, et n’admit, pour ses actes, de responsabilité que devant sa propre conscience. Ce fut cette conviction de sa toute-puissance, conviction naïve et sincère, excluant les scrupules et les remords, qui lui fit renverser coup sur coup le double système fondé par Henri IV au dedans pour la liberté de religion ", au dehors pour la prépondérance nationale assise sur une tutelle généreuse de l’indépendance des états et de la civilisation européenne.

A l’avénement personnel de Louis XIV, il y avait plus de cinquante ans que la politique française suivait sou oeuvre en Europe, impartiale devant les diverses communions chrétiennes, les différentes formes de gouvernement et les révolutions intérieures des états. Quoique, la France fût catholique et monarchique, ses alliances étaient, en premier lieu, les états protestants d'Allemagne et la Hollande républicaine; elle avait même fait

* Spécieuse raison «Tétai : en vain vous opposâtes à Louis les vues timides de la sagesse humaine ; les temple* profanes vont détruits ; les chaires de réduction *»uut abattues; le mur «le séparation est ôté; le temps, la grâce, Tiustruction, achèvent peu à peu un changement dont la force «'obtient que les apparences. Oraison funèbre de Louis XIV, Mas&illon, Œuvres, uVUI, p. 139.) — Il n'eoleodoit que de* c loge s, tandis que les bons et vrais catholiques et le» saiuls évéqnes gémi» soient de tout leur ccrur de voir des orthodoxes imiter, contre les erreurs et les hérétiques, ce que les tyrans héréti-

ques et païeus .«voient fait contre la vérité, contre les confesseurs et contre les martyrs. Ils ne se pouvoient surtout consoler de cette immensité de parjures et de sacrilcgre. Ils pleuroient amèrement l'odieux durable et irrémédiable que de détestables moyens répandoient sur la véritable religion, tandis que nos voisin* exultoienî de nous voir ainsi nous affaiblir et nous détruire nous-mêmes, profitaient de notre folie, et bâlis&oient des desseins sur la haine que nous nous attirions de toutes les puissances protestantes. ( Mémoires de Saint - Simon , U XIII, p. 117.}

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amitié avec l'Angleterre régicide’. Aucun intérêt autre que celui du développement bien compris de la puissance nationale ne pesait dans les conseils et ne dirigeait l’action extérieure du gouvernement. Mais avec Louis XIV tout changea, et des intérêts spéciaux, nés de la personnalité royale, du principe de la monarchie héréditaire ou de celui de la religion de l’état, entrèrent en balance, pour prendre bientôt le dessus. De là vint le bouleversement du système d’équilibre européen, qu'on eût pu nommer le système français, et son abandon pour des rêves de monarchie universelle renouvelés de Gharles-Quint et de Philippe II. De là une suite d’entreprises formées au rebours de la politique du pays, telles que la guerre de Hollande, les brigues faites en vue de la couronne impériale, l’appui donné à Jacques II et à la contre-révolution anglaise, l’acceptation du trône d’Espagne pour un (ils de France gardant ses droits à la couronne *. Ces causes des malheurs sous lesquels faillit succomber le royaume sortirent toutes de l’événement, applaudi par la nation, conforme à l’esprit de ses tendances, qui, après que la royauté eût atteint , sous deux ministres, son plus haut degré de puissance, la remit, absolue, aux mains d’un prince

1 Voy. dans le Corps thpfomaUt/ue de Dumont, t. VI, a* partie, p. un, le traité de paix et de commerce entre l'Angleterre et la France, signé le 3 novembre i655. Un article secret de ce traité stipulait, d'une part, l'interdiction aux Stuarts et à leurs principaux adhérents de séjourner en France ; de l’autre, le renvoi des agents de Condé, alors ennemi de son pays, hors du territoire britannique.

* Par des lettres-patentes données en décembre 1700, Louis XIV conserva au dur d’Anjou, devenu roi d'Espagne sous le nom de Philippe V, son rang d’héritage entre les ducs de Bourgogne et île Berry. Voy. sur cet acte et sur l'acceptation du testament de Charles II l’ouvrage de M. Mignet : Négociations relatives à la succession d'Espagne, Introduet., p. i.xxst et suiv.

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