OC XL
INTRODUCTION
doué de qualités à la fois brillantes et solides , objet d'affection enthousiaste et de légitime admiration.
lorsque le règne qui venait sous de tels auspices couronner la marche ascendante de la monarchie française eût démenti l’immense espoir que ses commencements avaient fait naître , lorsqu’on eût vu, au milieu de victoires stériles et de revers toujours croissants, le progrès dans toutes les branches de l’économie publique changé en détresse, la ruine des finances, de l’industrie et de l'agriculture , l’épuisement de toutes les forces du pays, l’appauvrissement de toutes les classes de la nation, la misère effroyable du peuple, un amer dégoût s'empara des âmes, et y remplaça l'enthousiasme de la confiance et de l’amour '.
' Cependant vos peuples que vous deviez .limer comme vos enfants, et qui ont etc jusqu’ici si passionués pour tous, meurent de faim. U culture des terres est presque abandonnée; les villes et la campagne se dépeuplent ; tous les métiers languissent et ne nourrissent plus les ouvriers. Tout commerce est anéanti. Par conséquent, vous avez détruit la moitié tles forces réelles du dedans de votre état, pour faire et pour défendre de values conquêtes au dehors. (Lettre de Fénelon à Louis XIV, 1692 au y3, Œuvres choisies, t. Il , p. \ 1 7.) — Par toutes les recherches que j’ai pu faire, depuis plusieurs années que je nijf applique, j’ai fort Lieu remarqué que, dan* ces derniers temps, prés de la dixième partie du peuple est réduite à la mendicité, et mendie effectivement; que des neuf autres parties, il y eu a cinq qui .uc sont pas en état de faire Tauméne à
celle-là, parce qu’eu x-mémes sont réduits, à très-peu de chose près, à cette malheureuse condition; que, des quatre autres parties qui restent, 1rs trois sont fort malaisées et embarrassées de dettes et de procès; et que dans la dixième, où je mets tous les gens d’épée, de robe, ecclésiastiques cl laïques , toute la noblesse haute, la noblesse distinguée et les gens en charge militaire et civile, les bous marchands, les bourgeois rentés et les plus accommodes, ou ne peut pas compter sur cent mille familles. (Vauban, Dtme royale , Coller t. des principaux Economistes , 1. 1, p. 34.) — Le peuple même (il faut tout dire) qui vous a tant aimé, qui a eu tant de confiance en vous, commence à perdre l'amitié, la confiance, et même le respect. Vos victoires et vos conquêtes ne le réjouissent plus ; il est plein d’aigreur et de desespoir. La sédition s'allume peu à peu de toutes
INTR ODUCTI ON.
Qu’y avait-il sous ce grand et douloureux mécompte dont l’empreinte se montre si vive dans les documents contemporains? Ce n’était pas simplement l’espérance humaine trompée par un homme, c'était l’épreuve décisive d'une forme d'état préparée de loin par le travail des siècles, au profit de laquelle toute garantie de liberté politiqne avait été détruite ou abandonnée, et dont la masse nationale avait favorisé le progrès comme étant le sien propre. Que la société française eut conscience de la nature et des profondeurs de la crise dont son affaissement actuel n’était qu’un prélude, qu'elle sentit des choses que les générations postérieures n’ont comprises que par la suite des faits et par l’enseignement de l’histoire, c’est ce que je ne veux point dire ici. Quelque signification qu'il eût alors |>our ceux qui en souffraient, l’étrange contraste entre les premières et les dernières années de Louis XIV répondait à l’un de ces moments solennels dans la vie des nations où un grand mouvement social , épuisé dans ses résultats, s’arrête, et où commence un autre mouvement qui , plus ou moins secret, plus ou moins rapide, saisira l'esprit public , pour le transformer, et entraîner tout vers un avenir inconnu.
Après avoir, avec une logique intrépide, sacrifié toutes ses vieilles institutions à l'agrandissement d’une seule, après avoir laissé abattre l’indépendance des classes d'hommes et des territoires, les droits des provinces et des villes, le pouvoir des
part». Il» croient que vous n'avez aucune votre autorité et votre gloire. (Lettre de pitié «le leurs maux, que vous n'aimes que Fénelon il Louis XIV, p. 418 )
CCHI.II
INTRODUCTION
états généraux et le contrôle politique du parlement, la France parvenue à l’apogée de cette longue révolution , se trouvait en face de l’unité monarchique, mais d’une unité toute personnelle pour ainsi dire, et d’où en théorie l’idée même de nation formant un corps était exclue Ainsi l’action des siècles écoulés depuis le douzième, en atteignant son but si régulièrement poursuivi , aboutissait à un régime inacceptable comme définitif pour la raison et le patriotisme, à quelque chose qui, loin de fixer la marche du progrès en politique, n’était qu’une étape, un second point de départ , le commencement de nouveaux efforts. Ce travail nouveau de l’opinion et de la volonté publique devait être, non de rebâtir des ruines, non de toucher h l'unité absolue de l'état, produit spontané de nos instincts sociaux , mais de lui imprimer en quelquè-sorte , au lieu du sceau royal, le vrai caractère national , de faire que son idée agrandie renfermât, pour les garantir, tous les droits de l’homme et du citoyen *. Telle fut l'oeuvre à jamais glorieuse du siècle dont la
' La France est un état monarchique tey, Œuvres complètes, t. V, p. i5.) dans toute retendue de l’expression. Le * Le premier signe d’une réaction des roi y représente la nation entière, et cha- esprits se manifesta, dans l’an nue 1690, que particulier ne représente qu’un seul par la publication de quinze mémoires sur individu envers le roi. Par conséquent, le gouvernement de Louis XIV, impntmite puissance, toute autorité, résident niés à l’étranger sous ce titre : Les svn-
ilans les mains du roi , et il ne peut y en pirs de la France esclave qui aspire après
avoir d’autres dans le royaume que celles sa liberté. L’auteur anonyme dénonce en
qu’il établit.... La nation ne fait pas termes véhéments ce qu'il nomme l'op-
corps en France, elle réside tout entière pression de l’église, de la magistrature,
dans la personne du roi. (Manuscrit delà noblesse et des villes; il s’élève contre
d’un cours de droit public de U France, les doctrines de la monarchie absolue, et composé pour l'instruction du duc de réclame, an nom des droits du peuple, Bourgogne; citation faite par Lemon- la convocation des états généraux.
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INTRODUCTION
cr.xi.il!
quinzième année termina le règne de Louis XIV, œuvre dans laquelle l’objet fut moins simple et les rôles plus mêlés que dans la première, et qui fut pleine de tâtonnements jusqu'au jour où toutes les voies s’aplanirent par la fusion des deux premiers ordres au sein du troisième, et par l’avénement d’une assemblée souveraine et inviolable de la nation.
C’est à ce point de notre histoire que s’arrête celle du tiers état; là disparaît son nom et finit son existence à part, dont les derniers actes seront l’objet des pages qui vont suivre. Dans cette période suprême, on verra d’abord peu de mouvement; les vieilles habitudes politiques subsisteront , tandis qu’un esprit nouveau s’emparera des intelligences; puis, le travail achevé dans les idées passera dans les faits; des essais de réforme plus ou moins larges seront noblement mais inutilement tentés par le pouvoir, et, de leur impuissance éprouvée , naîtra 1a tentative populaire qui fit sortir des états généraux assemblés pour la dernière fois la révolution de 1789. Cette inauguration d’une société fondée sur les seuls principes du droit rationnel n’arriva que lorsque la masse nationale eut senti à (ônd le néant pour elle d'une restauration de droits historiques. I«i raison pure et l'histoire furent comme les deux sources diverses où puisa dès son berceau l'opinion régénératrice ; ainsi que nous le verrons, elle puisa de plus en plus à la première, et de moins en moins à la seconde. D’un côté, le courant se trouva mince et inerte; de l'autre, sans cesse grandissant, poussé par la double impulsion de la logique et de l'espérance, il parvint à maîtriser tout et à tout entraîner.