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droiture de sens que par ses instincts despotiques. S’il avait en lui-mème une foi extravagante, il croyait profondément à la sagesse de ses ancêtres, à l'efficacité civilisatrice de ce pouvoir uni et concentré qu'il avait reçu d’eux , dont il abusait sans doute, mais qu’il développait dans le même sens qu’eux. Au milieu des pompes de sa cour, il était niveleur à sa manière; pour lui le mérite avait des droits supérieurs à ceux de la naissance; il ouvrait de plus larges routes à l'ascension des hommes nouveaux; au lieu de diviser, il unissait. Il travaillait à rendre complète l’unité politique du pays, et , sans le savoir, il préparait de loin l’avénement de la grande communauté une et souveraine de la nation.
Ainsi, malgré ses défauts trop manifestes, la politique de Louis XIV était plus intelligente et valait mieux pour l’avenir que les imaginations spécieuses des réformateurs de son temps; il comprit quelle devait être sa tâche après l'oeuvre de ses devanciers, et il la remplit fidèlement , selon la mesure de ses forces. Qu'on lui accorde ou qu’on lui refuse le nom de Grand qui lui fut décerné par une admiration mêlée de flatterie', il est impossible de ne pas ressentir l'impression que produit dans l’histoire cette figure de roi, calme et fière, sérieuse et douce, attentive et réfléchie, à laquelle l’idée de majesté répond si bien. Il est même impossible de ne pas regretter par moments le blâme sévère «pilla justice oblige d’associer aux éloges qui lui sont dus; et ces moments ne sont pas ceux où son règne brille de tout ce qui fait
- Ce titre, inscrit d'abord tur quelque» lai fut, en 1680, «léler* Kilrnnrll.inrnl médaille» frappée» en l'honneur du roi , par l'hdtrl de ville de Pari».
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la splendeur et la puissance des états, mais ceux où le royaume a perdu sa force et sa prospérité, où le monarque, autrefois comblé de gloire, n'en a plus à espérer que de sa lutte avec le malheur. C'est lorsque, vaincu sur toutes ses frontières par l’Europe coalisée, il prolonge ce combat suprême avec une constance inébranlable, s'oubliant lui-même afin d'épargner au pays les douleurs d’une invasion étrangère, immolant sa fierté et prêt à donner sa vie pour l’indépendance nationale*. C’est aussi lorsqu’au plus fort de ses revers, il voit, sans se laisser abattre, son fils et ses petits-fils mourir autour de lui'; ou enfin, lorsqu’arrivé au dernier terme, il exprime par des mots touchants une admirable fermeté d’âme, un courage sans ostentation qu’il porte jusqu'à l’aveu de ses fautes’.
1 Voyez les événements du règne de 1708 à 1713, année de la paix d'Utrecht. — Cette constance , cette fermeté d’Ame, cette égalité extérieure, ce soin toujours le même de tenir tant qu'il pouvoit le nmon, celte espérance contre toute espérance, par courage et par sagesse, non par aveuglement, ces dehors <ki même roi en toutes choses, c’est ce dont peu d’hommes auraient été capables, c’est ce qui aurait pu lui mériter le nom de Grand, qui lui avoir été si prématuré. (Mémoires de Saint-Simon, t. XIII, p. 1 63.) — - Je me suis toujours soumis & la volonté divine , et les maux dont il lui plaît d’affliger mon royaume ne me permettent plus de douter du sacrifice qu'elle demande que je lni fasse de tout ce qui me pourrait être le plus sensible. J’oublie donc ma gloire.
Lettre de Louis XIV à son ministre es Hol-
lande [29 avril 1709), citée par M. Mignet, Négociations , etc., L Ier, Introduction, p. xcu.) — Landrecies ne ponvait pas tenir longtemps (Juin 171a). Il fut agite dans Versailles si le roi se retirerait à Chambord sur la Loire. Il dit au maréchal d’ÏIarcourt , qu’au cas d’un nouveau malheur, il convoque rait toute la noblesse de son royaume, qu'il la conduirait à l’ennemi, malgré son Age de soixante et quatorze ans, et qu’il périrait à la tète. (Voltaire, Siècle de Louis XIV y ch. xii, f. II , p. too de l'édition Beuchot.)
1 Louis, dauphin, mort en 17 nj Louis, duc de Bourgogne, et son 61s, Louis, dur de Bretagne, morts en 1712.
* Voy. les Mémoires de Saint-Simon , t. XII, p. 483, /|85 et 491. — Louis XIV mourut le 1er septembre 131 5, trois jour* avant qu’il eût soixante-dix-sept ans ne-
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A part l'éclat (|ue répandit sur ce règne la réunion de tant d’hommes de génie qu'il n'est pas besoin de nommer; à part sa gloire chèrement payée et ses prospérités passagères, dans toutes les phases de sa longue durée ' , en dépit d'énormes fautes, il eut un incontestable mérite, celui d’offrir le premier une forme d’administration complète, embrassant à la fois, sans effort, d'une manière continue, tous les intérêts matériels et intellectuels du pays. Sous ce rapport, le gouvernement de Louis XIV lit un pas immense en avant de ceux qui l'avaient précédé; il fixa les bases de ce que j'appellerais la constitution administrative du pouvoir; il fut, sauf la liberté politique, l'un des plus grands gouvernements que la France ait eus jusqu’à nos jours *. ("est de lui proprement que datent chez nous les temps modernes pour l'action régulière de l'état, la sociabilité, les moeurs, la langue et le goût national. A ce point de notre histoire, nous retrouvons une grande partie de ce que nous sommes; au delà, nous avons peine à nous reconnaître. C’est comme un moule puissant dont l’empreinte est restée sur les principuux éléments de notre civilisation, littérature, beaux-arts, industrie, ordre civil et forces militaires. Dès lors, on voit le pouvoir, libre dans ses mouvements, aller du centre aux extrémités, et remonter de là par des voies sûres et faciles. On voit, près de chaque ministère, fonctionner ces bureaux nombreux où se conservent les traditions
compl». Son règne avait été de soixante et douce ans depuis la mort de Louis XIII, <t de cinquante-quatre ans depuis celle de Mnzarin.
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■ le ne parle ici que du règne per-
sonnel de Louis XIV, qui dura, comme on l’a tu, de 1661 à 1715.
* Voy. Y Histoire générale de la ci situation en Europe , par M. Gu aol ,
• 4* leçon. ^
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et où lesdocuments s’accumulent. On voit enfin la prévoyance de l'état se montrer mure en quelque sorte; il sait ce que vaut le soin de l’avenir, et, sur tous les points, il s'y applique; il institue des compagnies savantes, et s'assure de bons cadres d’officiers, il fonde des écoles d’arts libéraux et des écoles d'armes spéciales, crée de nouveaux ports, des arsenaux et des collections scientifiques.
De singuliers progrès vers la grande fusion nationale ont accompagné, sous Louis XIV, les développements nouveaux de la puissance administrative. Considéré sous le point de vue social, l’esprit de son gouvernement fut de tendre par toute sorte de moyens au rapprochement des classes. Il acheva pacifiquement la ruine de l’indépendance nobiliaire, astreignit les grands seigneurs à ha vie de cour et au service régulier dans l'armée, et partout, même à la cour, fit prévaloir, pour les honneurs, la fonction sur la naissance'. Les maréchaux, qu’ils fussent nobles ou non, passaient avant les ducs; les ministres nés dans la bourgeoisie n’avaient au-dessus d'eux que les princes du sang, et leurs femmes étaient admises à la table du roi ’. Dans l’armée, il
* Peu à peu il réduisit tout le monde à servir et i grossir sa cour, ceux-là même dont il faisoit le moins de cas. Qui étoit d'âge à servir, n’osoil différer d’entrer dans le service. Ce fut encore une autre adresse pour ruiner les seigneurs, et les accoutumer à l’égalité et à rouler péle-méle avec tout le monde... Sous prétexte que tout service militaire est honorable, et qu'il est r.ii&onnable d'apprendre à obéir avant que de commander, il assujettit tout, sans autre exception que des seuls princes du sang,
a débuter par être cadets dans ses g.inlrs du corps, et à faire tout le même service des simples gardes du corps, duos les salles des gardes, et dehors, hiver et été, et à l’armée. (Mémoires de Saint-Simon, t. XIII,
* De là les secrétaires delai et les ministres successivement à quitter le manteau , puis le rabat, après l’habit noir, ensuite l’uni, le simple, le modesie, enfin à s’habiller comme les gens de qualité j de là à eu prendre les manières, puis les
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n’y avait plus', pour les grades, aucune préférence nécessaire de la grande noblesse sur la petite, ni de la noblesse sur la roture; l'ancienneté de service créait le droit à l’avancement, et, sauf les cas de mérite signalé ou de faveur particulière, on suivait l'ordre du tableau La vieille aristocratie, écartée généralement des affaires, n’avait plus, comme classe distincte, ni pouvoir, ni influence politique; lasomme deses privilèges se trouvait réduite à des exemptions d’impôt que le fisc rendait souvent illusoires, au droit exclusif d’admission dans un ordre de chevalerie’, et à des droits seigneuriaux , devenus moins utiles pour elle qu’onéreux pour les habitants des campagnes’. L’un de ses membres, aussi
avantages, et par échelons admis à manger avec le roi; et leurs femmes, d’abord sous des prétextes personnels, comme madame Colbert longtemps avant madame de Louvois; enfin, des années après elle, toutes, à titre du droit des places de leur mari, manger et entrer dans les carrosses, et n être en rien differentes des femmes de la première qualité. (Ibid , p. 17.)
' Grands «t petits, connus et obscurs, furent donc forcés d'entrer et de persévérer dans le service, d'y être un vil peuple en toute égalité , et dans la plus soumise dépendance du miuistre de la guerre et même de ses commis. ( Ibid. , p. 58.) — Il fut établi que, quel qu'on pût être, tout ce qui servoit demeurait, quant au service et aux grades, dans une égalité entière. Cela rendit l'avancement ou le retardement d’avoir un régiment bien plus sensible, parce que de Là dépendait tout le reste des autres avancements, qui ne se
firent plus que par promotions suivant l'ancienneté, ce qu'on appelle l’ordre du tableau. (Mém. de Saint-Simon, t. XIII, p.67)
* L'ordre du Saint-Esprit.
* Les privilèges des nobles ne sont plus que des ombres et des toiles d’araignée* qui ne les mettent à l'abri de rien. Leurs fermiers et leurs terres payent au roi des impôts si excessifs, que tout le revenu du fonds est consumé. Sous prétexte de remédier à quelques désordres qui méritoient sans doute qu’on y eût égard , 00 a envoyé des intendants dans les provinces qui exercent sur la noblesse un empire insupportable et qui la réduisent en esclavage. Aujourd’hui il faut qu’un gentilhomme ait droit et demi pour gagner sou procès contre un paysan. (Les Soupirs de la France esclave, etc. ; Amsterdam , 1 689, p. iS.)
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homme d'esprit qu'entête de l’orgueil de race, appelle le règne de Louis XIV un règne de vile bourgeoisie , paroles dont l’àereté prouve qu'après Richelieu et la chute de la Fronde, il s'était passé en France, au profit de l’égalité civile, quelque chose qui, pour les contemporains, avait un air de révolution
En même temps que la noblesse, abaissée sans violence, reculait sur les rangs de la classe moyenne, celle-ci s'élevait d'un élan plus prompt que jamais en capacité, en valeur sociale, en importance dans l’état. C’est à elle que profitaient les nouveaux encouragements donnés à l’industrie et à l'étude; elle développait dans tous les sens ses forces actives et inventives; ses entreprises plus étendues lui créaient des fortunes rapides, et son ambition d’avancer ne s’arrêtait pas devant les plus hautes carrières. Elle obtenait des succès, un crédit, une puissance dont les exemples frappèrent vivement le grand moraliste du siècle. I.a Bruyère a décrit, avec sa touche inimitable, cette émulation de travail utile, en contraste avec la somnolence d'esprit et l’oisiveté de la haute noblesse*. Sous Louis XIV, presque tous les mi-
' Mémoires de Sain t-S ira on, l. III, p. 3i6. — De là l'élévation de la plume et de la robe et l'anéantissement de la noblesse par les degrés qn’on pourra voir ailleurs, jusqu'au prodige qu'on voit et qu'on sent aujourd'hui, ce que ces gens de plume et de robe ont bien su soulcuir, en aggravant i haque jour leur joug; en sorte que les choses sont arrivées au point que le plus grand seigneur ne peut être bon à personne»
et qu'en mille façons différentes il dépetul du plus vil roturier. (Ibid., t. XII, p. a65.)
* Pendant que les grands négligent de rien coonoître, je ne dis pas seulcmen aux interets des princes et aux affaires publiques, mais à leurs propres affaires; qu'ils ignorent l’économie et la science d'un père de famille, et qu’ils sc louent eux-mémes de cette ignorance ; qu’ils se laissent appauvrir et maîtriser par des in-
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