‹ Recueil des Monuments Inedits de l'Histoire du Tiers EtatChapitre 65 sur 273 · DONATION A L'EGLISE DE NOTRE-DAME D AMIENS · texte numérisé non relu

DONATION A L'EGLISE DE NOTRE-DAME D AMIENS

Le document qui suit est postérieur de quatre années à l’établissement définitif de la commune; mais au lieu de présenter uu exemple des résultats légaux ou moraux de la révolution communale, il montre qu’en certains points l’ancien usage prévalait encore, et que des garanties offertes par la nouvelle loi étaient négligées, faute d’avoir reçu la sanction du temps et de l'habitude.

En statuant sur les actes de la juridiction volontaire, la charte communale avait dit : « Si quelque convention a été faite devant deux uu « plusieurs échevins, il ne pourra plus y avoir combat ou duel au sujet s de cette convention, pourvu que les échevins qui y assistèrent eu

XII* SIÈCLE. 5i

« donnent témoignage. » Principe fécond d’oii ne tarda pas à découler ce corollaire inscrit dans la charte d'Abbeville : « Il en sera de même « si lesdits échevins ne comparaissant pas, on produit une charte pu- « blique et authentique délivrée par le maire et l’échevinage » Ainsi, en partie par son texte, en partie par l’interprétation qui, dans la pratique, développa les conséquences de ce texte, la loi communale d’Amiens institua, pour la garantie des conventions, quelque chose d'équivalent à l’insertion solennelle dans les registres municipaux qui se pratiquait sous le régime romain et que nous montrent en vigueur, jusqu’au milieu du ix’ siècle, les actes et les formules *. Plusieurs des pièces qui viendront ci-après, à la seconde moitié du ail* siècle, sont des chartes données sous le sceau de la commune, en témoignage de contrats passés devant le maire et les échevins. tir, en liai, un acte de donation, celui qu’on va lire, fut dressé, non devant la magistrature communale, mais en présence de simples témoins clercs et laïques et d’uue grande foule de peuple réuni à cet effet : c/ero po/tiduque cvnvocalis, sub testimomo tara cleri t/uttm poptdi , en un mot, suivant les formes' observées sous le régime seigneurial, où l’authenticité des contrats civils n’avait d’autre fondement que la notoriété publique et le témoignage des assistants, soit désignés par les parties, soit réunis en masse pour voir et pour entendre J. Parmi les personnes de tout âge, de tout sexe et de toute condition qui assistèrent, dans l’église cathédrale d’Amiens, à la donation dont il s'agit, le rédacteur de l’acte choisit quelques hommes dont il inscrivit les noms à titre de témoins proprement dits : cujiis quidem populi eus quos iiloneos ad lestimoniimi inte/feximus nominibus subscripsimus.

I-es premiers noms inscrits sont ceux de Maiuier te monétaire et de Robert son neveu ; ensuite viennent Milon le tonloier et Robert son fils; puis Walcod le meunier, etc. Peut-être l’épithète ajoutée ici au nom propre est-elle une indication réelle de profession ou d’office, peut-être n’est-cc qu'un simple surnom devenu, par usage, nom de fa-

• Voyet n-dc*Mj», p. 43. 1 Aadientej et vldentes, Voyrz à ce sujet le ear*

3 Veyet la CoUcelion des diplômes par Bréqui- lulaire de l'abbaye de S*int>Père de Chartres , pu-

g»y, «I les formule* publiées dans le tome IV du bliè par M. Goérard, Collection de j cartulairct de

Recueil det hutorwu de t Gaule 1 et de ta fronce. France . ». I , prolégomènes, p. «ai,

AMIENS

mille. Dans ce cas, le titre de monelarius qui revient fréquemment dans les actes latins de Diistoi re municipale d'Amiens, et qui, dans les actes en langue vulgaire, se traduit par Le Mongnicr, désignerait une famille puissante dont les membres figureront au xm« siècle sur la liste des maires, et dont le chef, cité ici avec distinction, avait du être, en 1 1 1 3, l’un des promoteurs de la commune.

A la date de l'acte, après les noms du roi Louis VI, de Févcquc Enguerrand et du comte Charles, on trouve ceux de Milon fils d’Hubert et Nicolas fils d’Emmelin, prévôts dans la ville (prepositi in civitale); nous croyons qu'il s'agit ici d’officiers du comte et de l'évêque.

ii3i. Rogerus decanus et fratres Ambianensis ecclesie gloriose Dei genitriciset per- ■C petue virginis Marie, fratrihus Ambianensis territorii, presentibus et futuris, eternam in Domino salutem. Notificamus vobis, dilectissimi, quod, anno ab Incarnations Doniirii xx1*!®, quidam eques, Odo nomine, Henrici filius, gravi infinnitate depressus, ut eunt visitaremus nos advocavit, et, post visitationem , fraternitatem nostre ecclesie, orationes et bénéficia sibi expetivit. Cujas postulationem libenter recipientes, que petierat devote ei gaudenter concessiraus. Qui , ne ingratus nostris benedeiis inveniretur, ob retributionem officiorum nostrorum aninieque sue salutetn, mansum quem, per i.x annos, cttin pâtre suo, liberum ab omni exaction# reddition» comitis laicorumque principum 1 nostre civitatis, ab eedesia Ambianensi tenuerat, eidein ecclesie dimisit alque concessit, duos quoque curtillos in villa Bertrici Curtis.

Postea vero, cum de infirmitate sua convaluisset, ad ecclesiam veniens, laudesque et graciartim actiones de sanitate con cessa Domino referens, clero populoque convocatis, manumi&sionrm quam fecerat in eedesia coram omnibus recognovit celebriterque confirmavit , sub testimonio tam cleri quant populi; cujus quidem populi eos quos idoneos ad testimonium intellexiuius nominibus subscripsimus : quorum primus est Mainerus inonetarius et Bobertus nepos ejus, Milo thelonearius et Rohertus filius ejus, Adam quoque et Mainerus Abbatis Ville, Walcodus quoque molendinarius , et alii quainplures. Actum est hoc in occlesia Ambianensi perpétué virginis Marie, die kalendarum augusta-

' Il faut entendre jiar r es mots laie or um principal*, le «idanie et le châtelain qui, avant l’étalilisM'inent de la commune , avaient eu avec le comte et résèque droit de justice «lans la ville, et

qoi depuis ht?, ne conservaient plus que les droits utile* de leur» seigneurie*. Le rhltrUin prend quelquefois dans les acte», le titre de cieitatu prineept y nantit.

mm, Ludovico régnante, Ingelranno episcopante, Karolo consule*, prepositis in civitate Milone Huberti, Nicholao Emmelini, féliciter. Amen*.

Noverint autant u urnes ilium ej»e mansum qui porte Ainbianefui, que est ad magnum pontem , primus adjacet , egredientibus de civitate ad sinistram , introeuntibus ad partein dexteram.

Arch. départes). de U Somme ; eartul. du chap. du N.-D. d'Aaietu , o° t, fol. 49, »#.

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