‹ Recueil des oraisons funebres prononcees par feu messire Esprit Flechier, eveque de NimesChapitre 12 sur 16 · PREMIÈRE PARTIE · texte numérisé non relu

PREMIÈRE PARTIE

Quel est donc mon dessein, Messieurs, et d© quelle sagesse dois-je ici vous entretenir ? Ce n'est gas de celle du siècle , qui s'empresse et qui s'inquiète , qui conduit des intrigues, qui démêle des intérêts, qui traite d'affaires, qui cause ou qui termine des différends. Vous ne verrez dans ce discours , ni ces diglfessions politiques qu'on accommode au sujet, avec art, et qu'on ramène à la religion avec peine ; ni ces portraits ingénieux, où l'imagination vive et hardie fait voir , comme en éloignement, les agitations présentes du monde, avec les intérêts et les passions des grands hommes qui le gouvernent.

L'histoire de cette Princesse n'est pas liée & celle du siècle; elle n'a nulle part à la guerre jni à la paix des Nations. Ses actions n'ont point de plus grand éclat que celui que la vertu donne : la providence de Dieu ne $'est pas tant servi d'elle pour faire de grandes œuvres, que pour donner de grands exemples. Quelque honorée qu'elle ait été , elle a eu moins de réputation que de mérite; et nous pouvons dire d'elle à la lettre,

(i) fiUIach.

tg6 Oraison funèbre

ce que disoit le l\oi prophète, que toute la gloire de la fille du Roi est renfermée au dedans d'elle: Omnis gloria filne Régis ab (ntùs (i).

Je parle donc de cette sagesse qui montre à chacun les règles et les bienséances de son état j qui donne le discernement pour connoitre , et la jprudence pour agir j qui sépare les vérités des illusions; qui se t'ait des préceptes de bien vivre, et qui les observe j enfin de cette sagesse dont

Ïarle l'apôtre saint Jacques (2): Qui vient d'en aut, qui es! chaste, paisible, modeste, équitable, susceptible de tout bien, docile, pleine de ïniséricorde et des fruits des bonnes œuvres, qui lie juge point et qui n'est point dissimulée. Est-ce la sagesse qu'il loue \ Est-ce la Princesse ? L'une et, l'autre., ce n'est presque qu'une même chose.*»

Avec quelle modération a-t-elle usé des avantages que lui donnoient son rang et sa naissance l Qui ne sait que la maisoAle Bavière est une de ces maisons augustes, où Ta puissance, la valeur et la piété se perpétuent» et dont la gloire ne vieillit point avec le temps l II en est sorti des Rois et des Empereurs: il y est entré des Impératrices et des neines. Combien de siècles faut-U percer pour découvrir son origine \ Combien 'de couronnes faut-il unir pour compter ses alliances î Et combien faudroit il rapporter de noms et d'actions héroïques , pour la faire voir dans tout scu éclat \

Madame la Dauphine , je l'avoue, ne fut pas insensible à cette espèce de gloire, mais elle n'eu fut pas éblouie. Elle fond oit sa grandeur sur les exemples , plutôt que sur les titres de ses ancêtres; l'idée qu'el(e avoit de sa naissance , excitait dans 5Qa cœur, non pas une élévation d'orgueil, mais une émulation de vertu; et la pureté du sang n%

(0 P«- « E P iil - c - 5 -

* de Madame la DaUphine.

fit (}ue servir de motif à la pureté de ses mœurs. Elle savait que Maxim Mien , son aïeul» soutînt

!>ar son zèle et par son courage les autels que 'hérésie a voit ébranlés, et sauva la religion attaquée et chancelante dans l'Allemagne. Elle n'ignoroit pas que Guillaume, son bisaïeul, après avoir sagement gouverné ses états, s'en démit par une abdication volontaire , pour jouir d'une sainte tranquillité dans une retraite religieuse. C'est de là qu'elle tiroit ses principes deweligion et de retraite, et ce désir qu'elle avoit eu, dans se» jeunes ans, de renoncer tout-â fait au monde. . Riais Dieu la réservoit dans les trésors de sa

I Providence , pour donner à la France, par son îeureuse fécondité, la seule bénédiction qui lui manquoit. La prudente Adélaïde méditoit ce noble dessein. Occupée de la puissance et de là* majesté de nos Rois dont, elle sortoit, quel soin | iie prit-elle pas de son enfance I Combien de fois demanda-t-elle au ciel dans $es prières, d'approcher la fille du trône où la mère avoit autrefois espéré de monter ! Avec quelle application lui forma-t-elle une humeur sage, un esprit juste, un cœur français ! Heureuse, si elle eût pu faire passec ces inclinations dans le reste de sa famille ! 0Bes vœux furent enfin accomplis; mais elle ne vit pas le jour du Seigneur > elle mourut comme Moïse (r), sur la montagne; et Dieu pour sa\ consolation, se contenta de lui montrer do loin la terre promise.

-| ) Cependant la réputation de cette jeune Princesse ' troissoit avec l'âge. Sa prudence avancée lui tenoit lieu d'éducation. Elle se fit dans son palais tyie Cour et une retraite; et par la force de sa raison , elle apprit l'art de parler et de se taire. On vit paxoître en elle ce que nous avons depu*

(i) Dcut. 4*. \ '

Oraison funèbre

admiré; la retenue qu'inspire la solitude, la politesse que donne l'usage du monde , une fierté noble qui marquoit la grandeur de sa naissance; «ne scrupuleuse pudeur qui marquoit le fond de ta vertu; une vivacité qui lui faisoit souvent prévenir les pensées des autres ; une sagesse qui lui donnoit toujours le temps de peser les siennes; une bonté prê^ en tout temps à faire le bonheur des uns, et soulager les peines des autres; une sincérité qui la rendoit incapable de dissimuler, * ni par gloire, ni par foiblesse ; une fidélité inviolable dans ses amitiés et dans ses paroles : enfin, une piété qui n'étoit ni austère ni relâchée , qui se faisoit honorer de tous , et ne se faisoit craindre à personne.

Toutes ces grandes qualités brillèrent à son arrivée. Souvenez-vous, Messieurs, de ces jours heureux, où parmi les vœux et les acclamations des peuples, elle parut au milieu d'une Cour pompeuse avec un air qui n'avoit rien ni d'étranger ni de contraint, avec une grâce plus estimable et plus touchante que la beauté même. Vous la vîtes , soutenir les favorables regards du plus grand Roi du monde , avec les sentimens d'une joie modeste et d'une humble reconnoissance; allumer au pied des autels, à la vue d'un aimable et royal époux, les feux sacrés d'un chaste mariage, et recevoir les hommages qu'on lui rendoit, avec un visage aussi doux et aussi riant que sa fortune. Applaudie de tous, mais à son tour, affable et civile à tous, elle prévenoit ceux-ci, répondoit honnêtement à ceux-là, donnant au rang et au mérite des préférences d'inclination et de justice, sans faire des mécontens ni des envieux; conservant de 'sa dignité, ce qui lui en faisoit garder la bienséance, et ne comptant pour rien ce que sa, bonté lui en faisoit perdre.

Mais quoi! oublié- je mon triste sujet? et coitK

de Madame la Dauptiine. 19$

meitt accordé-je ici le souvenir de ces joyeuses solennités à cet appareil de cérémonies funèbres? 11 est juste, Messieurs, que vous estimiez la perte que vous avez faite; que vous sachiez les joies aussibien que les douleurs que Madame la Dauphine a ressenties, et que vous connoissiez le bon usage qu'elle a fait des biens et des maux de la vie.

Quelle fut la modération de sen esprit! Vous parlerai-je de ces audiences où elle recevoit les ambassadeurs, entrant dans les intérêts de chacun , et parlant à chacun sa langae ; accompagnant les honneurs qu'elle leur faisoit , d'un air de grandeur et d'intelligence ; et joignant toujours à l'élégance du discours , les grâces de la modestie ? Vous dirai-je avec quel discernement elle jugeoit des ouvrages d'esprit ? Quelle justesse, mais aussi quelle circonspection étoit la sienne ! Exacte sans critique , indulgente sans flatterie , louant par connoissance , excusant par inclination , et ne blâmant que par nécessité. Elle se défioit de ses lumières : une sage timidité lui fit presque toujours supprimer une partie de son avis , bien loin de décider comme la plupart des personnes--de son élévation et de son sexe , qui pour faire valoir leurs sentimens, se ^servent de l'autorité qu'elles ont, et de la complaisance qu'on a pour elles.

Combien étoitelle plus retenue en matière de religion ! Eloignée de curiosité et de présomp*? tion f elle ne savoit que deux choses ; obéir, croire. Elle ne refusoit pas d'être instruite , mais elle n'avoit pas besoin d'être convaincue; allant à Dieu par la docilité de son cœur , non pas par l'agitation de son esprit. Le moindre bruit de division dans l'église la faisoit trembler. Les différends et les disputes des Théologiens alarmoient sa piété d'autant plus craintive, qu'elle étoit constante et solide; et comme on voulut Quelquefois lui faire entendre la diversité des opinions et des doctrines ;

20Q Oraison funèbre .

Laissez-moi, disoit-elle, mon heureuse ignorance , m'ôtez pas le mérite et la tranquillité de ma foi. Attachée au saint- siège et à l'église de Jésus-Christ par les liens de paix , de charité et d'obéissance (i) , elle savoit que tout fidèle doit captiver son entendement ; que, comme il y a une voie étroite qui resserre les mœurs dans les règles de l'Evangile (2) , il y a aussi un chemin étroit qui resserre l'esprit dans la croyance de l'Eglise ; et qu'enfin Dieu ne demande pas aux personnes de son sexe une sublime raison, ni une science fastueuse; mais une dévotion tendre, et une foi simple , accompagnée d'un humble silence.

N'est-ce pas cette foi qui la conduisit et la régla dans tous les offices de la vie chrétienne? Quel* ordre et quelle attention dans ses prières ! Elle s'y prépare par le recueillement, s'y soutient par la ferveur , s'y perfectionne par les désirs , les résolutions et la vigilance. Son imagination se purifie, les idées du monde s'éloignent au moindre signal qu'elle leur donne, et son cœur par une sainte habitude, se rend à elle, ou plutôt à Dieu , aux heures qu'elle a marquées pour implorer ses miséricordes , ou pour y réciter ses louanges. Entre-t-elle dans les lieux saints pour assister aux sacrés mystères ? Prosternemént , adoration, si-

ipintuelles, 1 obligation contrit et reconuoissant , et le sacrifice de ses passions détruites , ou du moins humiliées.

Quels égards n'avoit-elle pas pour les prêtres de Jésus-Christ, qu'elle considéroit comme les ministres de la loi , et les dispensateurs de son sang et de sa parole ! Ecoutez, esprits moqueurs et libertins, qui prenez plaisir d'abaisser ceux

0) 2. Cor» 10; Lcon. Scrm. c. 1.

de Madame la Dauphine. aoi

que Dieu élève, et qui chercher aux dépens -do leur caractère, le ridicule de leur personne. Elle ne souffroh pas qu'on touchât aux oints du Seigneur, les honorant lors même qu'ils sembloient se rendre méprisables, couvrant leurs foiblesses par sa charité , et voyant au travers des défauts de l'humeur et de l'esprit de ceux que Dieu souffroit dans ses ministères , l'honneur do leur vocation , et la dignité de leur sacerdoce. Quelle étoit sa régularité dans les observances de l'Eglise y qu'elle regardoit , non pas comme des coutumes, de bienséance, ou des institutions d'une discipline arbitraire, mais comme des règles et des pratique* de salut, dont elle ne se dispensa jamais , qu'après avoir examiné ses besoins , et rendu à ses pasteurs les déférences nécessaires.

De ce même principe de religion et de sagesse f naquit cette bonté si connue et si éprouvée. Que ne puis-je vous découvrir ici les inclinations géV néreuses de cette Princesse bienfaisante, libérale et charitable ? A qui refusa- t-elle jamais ses assis* tances l A qui ne fit-elle pas tout le bien qui dér pendit d'elle l A qui ne souhaita-t-elle pas tout celui qu'elle ne put faire l Je réveille ici sa£ y penser, maison désolée de cette Princesse , votre tendresse et votre douleur , par le souvenir des bienfaits ou de l'espérance qui vous restoit de la protection d'une si bonne et si puissante maîtresse. Elle alloit à la source des grâces avec une humble .confiance. Elle employoit auprès du Roi ses sollicitations et ses prières ; prudente sans timidité, pressante sans indiscrétion, montrant plus dimpatieuce dans ses désirs que dans ses demandes, attendant de la bonté du Prince plus que de son propre crédit, les grâces qu'il voudroit lui faire. Elle en revenoit toujours satisfaite, soit qu'elle rapporta des hiens présens, eu des promesses pour l'avenir ; également

aoe Oraison funèbre

reconnaissante de ce qu'on lui accordoît avee plisir , ou de ce qu'on lui refusoit avec peiné.

Combien de lampes précieuses qui brûlent dans le sanctuaire, combien de vases sacrés qui servent à la gloire du saint sacrifice; combien de dons brillans suspendus devant les autels, sont des monumens éternels de sa foi et de sa piété libérale ? Combien de familles et de communautés chancelantes ont été soutenues par les secours

3u*elle leur donnoit ! Que vous dirai-je, Messieurs, e sa charité l Que la compassion senabloit être née avec elle ; qu'elle a .étendu sa main sur le pauvre (i) ; qu'elle n'a pas fait attendre inutilement la veuve et l'orphelin; que l'abondance de ses aumônes a répondu à la tendresse de son cœur; qu'elle a soulagé autant de misérables qu'elle a connu de véritables misères; et qu'enfin, à l'exemple de Dieu qu'elle servoit, elle a été riche en miséricorde (2;.

Attentive à tout ce qui peut servir le prochain, elle ne l'est pas moins sur tout ce qui peut le blesser. Qui de vous, sur des bruits incertains, l'oftt jamais parler désavantageusement de personne ? Ne se fit-elle pas une religion de donner un frein à sa langue, en un siècle où l'on blâme indifféremment les vices et les vertus, où l'on se fait une étude des défauts d'autrui , où la malignité des uns se joue de la foiblesse des autres ; f ©ù, par un juste jugement de Dieu ,**la vanité insulte à la vanité , et où les plus sages ont peine à se sauver de l'iniquité des jugcmens et de la contradiction des langues ?

', Echappa- t-il jamais à son esprit vif et pré* sent, quelqu'une de ces railleries d'autant plus piquantes, qu'elles sont plus ingénieuses, qui cachent beaucoup de venin sous peu de paroles*

(t) Job. 3i. Prov. 3ju (?) Ephcs. %

de Madame la Dauphine. 2o5

et donnent la mort en riant, selon le langage de l'Ecriture (i)î

C'étoit sa maxime , que la raillerie ne convient pas à ceux qui sont élevés au-dessus des autres que les traits qui partent d'en haut t'ont des blessures plus profondes; qu'il est inhumain de s'en prendre aux gens à qui la crainte et le respect ètent la liberté de se défendre et de se plaindre; «t que de tels discours sont empoisonnés, et par la dignité de celui qui parle , et par la maligne et flatteuse approbation de ceux qui écoutent.

Que si la faute d'un domestique , ( car peut-on être toujours si juste et si fidèle dans ses devoirs?) ou si la force de ses maux , ( car peut- on posséder toujours son ame dans la patience \) a voient comme arraché d'une bouche si sage et si circonspecte, une parole plutôt sévère que fâcheuse; quel soin ne prenoit-elle pas d'adoucir et de guérir la plaie qu'elle avoit faite? Elle excusoit l'action, elle louoit l'intention, elle ofïroit-ou rendoit ses bons offices, accordant le pardon comme si elle l'eût dei mandé , et justifiant la promptitude de son esprit par la constance et par la bonté de son cœur.

Maïs si elle mît une garde de prurlence sur ses lèvres, pour les fermer à la médisance, elle mit aussi, selon le conseil du sage, une haie d'épines autour de ses oreilles (2), pour arrêter et pour piquer les médisans. Reconnoissez ici votre ignorance ou votre injustice, vous qui prêtez l'oreille au mensonge, et qui, par honneur ou par conscience, renonçant à débiter les médisances, vous êtes réservé le droit de les croire, et le plaisir de les écouter. Que faites- vous par vos crédulités «t vos complaisances ? Vous animez le médisant , vous réchauffez le serpent qui pique , afin qu'il pique plus sûrement : vous ne voulez pas être

(0 Proy; 10. 1 (2) Sept aures tuas spinis. JEccl. 2&»

2©4 Oraison funèbre *

l'assassin, mais vous devenez le complice; et c'est à tort que vous croyez être innocent du sang de vos frères, quand, par vos applaudissemens vous aiguisez les flèches dont on les perce , et qu'au lieu de les protéger, vous appujez le bras qui les tue. Garde-toi dé coûter la méchante langue , dit le Sage (i) , ne V avise pas d'être complaisant à ceux qui parlent mal du prochain , si tu ne veux porter leur péché , dit-il encore. Et quelle marque donne le Saint-Esprit de la justice et de l'innocence d'un homme de bien l C'est de n'avoir pas reçu favorablement l'oppiobre et la médisance contre ses frères: Qui opprobrium non accepit adrersùs proximos suos (2).

Ce fut là le caractère de madame la Dauphîne: bien loin d'avoir de la crédulité, elle n'eut pas même en ces occasions de la patience. Elle rom- >it l'iniquité , et fit la guerre au détracteur. Combien de réputations innocentes sauva-t-elle des mauvais bruits qu'alloit semer la haine d'un ennemi, ou la jalousie d'un concurrent! Combien de fois, par un triste silence ou par un sévère regard, étouffa-t-elle dans sa naissance une calomnie qui 4 auroit causé des divisions éternelles ! Combien de fois arrèta-t-elle par autorité le coup mortel qu'une langue cruelle alloit porter à l'honneur ou à la fortune d'une famille!

Qu'attendez-vous d'une vie si sage et si chrétienne l Ce qui en est la suite et la récompense : une mort soutenue par une sainte résignation et par une heureuse patience.

SECONDE PARTIE

* Soit que nous vivions , soit que nous mourions, nous sommes au Seigneur, dit l'Apôtre. C'est lui qui m'a fait et qui m'a créé , et qui me rédtit au

(1) Eccl. a8. (a) Pa. 14.

de Madame la Dauphine* 2o5

néant sans que je le sache: je reconnois en l'un et en l'autre sa souveraineté , ma dépendance. Mais quoique nous vivions eu Dieu, et que Dieu nous fasse vivre , il semble qu'en mourant nous soyons encore plus à lui. Il étend sa main, et il déploie sur nous sa puissance; il entre en possession, pour l'éternité, et de nos corps et de nos âmes; il consomme eu nous ses miséricordes ou ses justices, nous arrache du monde, à nos plaisirs , à nous-mêmes; ot dans cet état de séparation et d'humiliation, nos volontés à son égard doin vent être plus patientes et plus soumises.

Telle étoit la disposition de notre Princesse. Je n'ai fait jusqu'ici que louer d'heureuses vertus , et qu'amasser , pour ainsi dire , les fleurs qui parent la victime. Je viens à celles que produit la tribulation, et qui font l'appareil et la consommation du sacrifice. N'attendez pas, Messieurs, que je ménage vos esprits , ou que , par des figures étudiées, je flatte ou j'irrite votre douleur. La mort de Madame la Dàupbiue est une de ces morts précieuses qui couronnent une belle vie , qui font naître les soupirs et qui les étouffent, et qui, après avoir attendri par la compassion, rassurent par la piété , et consolent par l'espérance. *

Elle s'y prépara par la retraite. Elle connut les inutilités et les corruptions du monde, et je ne sais quels pressentimens d'une fin prochaine lui m en donnèrent du dégoût. On la vit renoncepusensiblement aux plaisirs, et se faire une solitude où elle pût se dérober à* sa propre grandeur, et jouir d'une paix profonde au milieu d'une Cour tumultueuse.

Je sais ce que vous pensez , Messieurs; que les Princesses comme elle, ne sont pas faites ordinairement pour la solitude; qu'elles se doivent "au public ; qu'encore qu'elles ne veuillent être qu'à Dieu, leur coadiwn les oblig* à se prêter

206 Oraison funèbre

quelquefois au monde, pour être comme les liens entre les Souverains et les sujets qui les approchent; pour remplir les jours vides des courtisans, et leur ôter l'ennui d'une triste et pénible oisiveté; pour calmer et suspendre par d'honnêtes et nécessaires divertissemens, les passions secrètes qui les dévorent, et pour entretenir entr'eux la paix et la société, en les rassemblant tous les jours auprès du tr<Vne qu'ils révèrent.

Mais qui ne sait que, selon l'Apôtre (i), nous ne sommes pas débiteurs à la chair , pour vivre selon la chair ; que le détachement du monde est la piemière vocation et le premier vœu df l'ame chrétienne, et que la religion dè Jésus-Christ est une religion de réparation et de solitude? 11 y a, direz- vou*, un éloignemerit d'esprit et de mœurs, et une retraite en soi-même, qui dans le commerce des hommes, séparent invisiblement les justes d'avec les pécheurs , et mettent les uns à couvert des dissipations et des convoitises des autres*

Mais qu'il est difficile qu'au milieu de tant de passions, si l'innocence ne se perd, du moins elle ne s'affaiblisse 1 A force de voir la vanité, on s'accoutume à la connoître et à l'aimer. De tant d'objets qui frappent les sens, il s'en trouve toujours quelques-uns qui se glissent jusqu'au cœur: et les Saints Pères nous enseignent qu'il y a dans le ' siècle des séductions imperceptibles, et qu'il faut moml^de force à y renoncer , qu'à s'y maintenir *avec la v sagesse et la .modération que Dieu demande.

Saintes vérités, dont notre Princesse étoît pénétrée , que n'êtes- vous connues à ces ames, diraîje trompeuses , dirai- je trompées, qui, pour plaire & Dieu , et pour plaire aux hommes , accommodent la religion avec les plaisirs ; regardent quel*

{i) Rom. ?.

de Madame la Dauphine. aey

«quêtais le ciel sans perdre la terre de vue; et se fout honneur d'une dévotion qui n'exclut pas les empressemens ni les affections du siècle; commet si l'on pou voit mêler aux grâces de Jésus- Christ les consolations et les joies humaine», et jouir de la paix de la sainte Sion, parmi les troubles et la confusion de Babylouel

Madame la Dauphin© voulut éviter ces dangers. Jeux, conversations, spectacles, rien ne la tira de sa solitude. L'exemple récent d'une Heine que la France admirera et pleurera éternellement, lui paroissoit au-dessus de la portée de sa vertu. Que

Îuis~je 9 disoit-elle, auprès d'une Sainte, en i/ui a grâce avait purifié tous les sentimens de la nature: également pieuse dans ses austérités et dans ses condescendances ; qui savoit trouver Dieu, là même où souvent les autres le perdent ! Ainsi retenue par une triste et secrète langueur , tantôt elle cultivoit son esprit par la lecture des histoires édifiantes 9 et nourrissoit sa pitié du suc et de la substance .des saintes Ecritures. Tantôt occupée à l'ouvrage, mêlant industrieusement l'or et la soie, elle emplovoit l'adresse, et pour parler avec le Sage (i), le conseil et la prudence de ses mains royales à la décoration des autels, et à la gloire du tabernacle. Tantôt, après ses prières accoutumées, s'abaîssant jusqu'à son néant , ou s'élevant jusqu'à Dieu par la foi et la méditation de ses mystères , elle lui demandoit sa grâce, et lui oftroit un cœur contrit èt humilié.

C'est alors, mon Dieu, que vous lui parliez dans la solitude où vous-même l'aviez conduite : vous vouliez qu'elle mourût peu à peu et comme par degrés au monde, qu'elle perdit insensiblement le goût des plaisirs et des vanités; et qu'ayan*

(») Pr*r. Si.

éo8 Oraison funèbre

à mourir dans voire paix et dans votre amour, sa vie fût auparavant cachée en vous avec Jésus-* Christ.

• Quelle vie, Messieurs I Une vie souffrante et crucifiée. A ce mot , combien de tristes objets viennent s'offrir à ma pensée ! une langueur qui semble d'abord plus incommode que dangereuse; des maux d'autant plus à plaindre, que n'étant pas assez connus , ils n'étoient pas peut-être assez plaints ; des remèdes aussi cruels que les maux mêmes ; des douleurs vives et longues tout ensemble; les humiliations de l'esprit jointes à celles du corps; les forces de la nature usées par le soin même qu'on prend de la soutenir ; l'art des gué$ risons impuissant, et toutes les ressources réduites à la patience et à la mort de cette Princesse.

Je ne crains pas d'avancer ici le pitoyable récit de ses peines. Pourquoi ne dirai-je pas sanà crainte ce qu'elle a prévu, ce qu'elle a souffert sans foi* blesse ? Elle fit de tous ses maux , comme l'épouse des Cantiques (i) , un faisceau de myrrhe, qu'elle reçut des mains de son bien-aimé , et qu'elle mit dans son sein comme une marque précieuse de son amour et de ses volontés pour elle. Elle attendit ces mauvais jours que le ciel lui préparoit, pour en composer avec soumission les exercices de sa piété, et le cours de sa pénitence. Elle vit toutes les dimensions de sa croix , et résolut de s'y laisser attacher sans se plaindre, et de faire du supplice de ses péchés, un sacrifice ^volontaire de sa vie. Prévenus des bénédictions et des miséricordes du Seigneur, au travers même des nuages qu'un corps corruptible et mourant élève jusque dans l'esprit, les yeux éclairés de sa foi découvrirent la main paternelle qui la fvappoit, pour éprouver sa fidélité et sa confiance.

X*) Cant. a.

ta

dè Madame la Dauphine. 209

Loin d'étendre sa vue sur les espérances trompeuses d'un heurèux avenir, elle se dît mille fois (1): Le jour du Seigneur approche. Prés de paroître devant le tribunal de sa justice i elle se présenta souvent à celui de sa miséricorde , après une exacte recherche de ses actions et de ses pensées. PéÊhés , affections au péché , ombres et apparences du péché , elle vous poursuivoit dans les plus secrets replis de son ame. Rien n'échappoit aux soins ni aux lumières de sa pénitenee: elle craignoit tout : elle pesoit tout au poids du Sanctuaire, comptant pour grand tout ce qui peut déplaire à Dieu, quelque léger qu'il fût en lui-même, et considérant , non pas l'importance du commandement , mais la dignité du Dieu qui commande.

Ne vous figurez pas ici une foiblesso de scrupule, mais une délicatesse de vertu , un grand désir de la pureté, et une humilité profonde. Trois jours lui sursoient à peine pour régler ses confessions ordinaires; et combien en prit-elle dans le cours de 3 sa maladie , pour repasser dans l'amertume de son , j ame toutes les années de sa vie , dérobant , pour j ainsi dire à la douleur de ses maux, tout le temps ? qu'elle pouvoit donner au repentir de ses péchés ?

Vous qui dans vos confessions précipitées , n'examinez que la surface de votre ame; qui ne pouvez haïr vos péchés , que vous ne vous donnez pas le temps de connoître; qui sous un air de pé- 4 nitent, portez encore un cœur coupable; qui ne ; vous présentez au sacrement de réconciliation , que pour arracher à l'Eglise une absolution qui vous lie 4 encore davantage, et qui semblez, en retenant une partie de vos fautes , ne dire l'autre que pour apaiser les remords de vos consciences : condamnez- ; vous aujourd'hui sur les soins et sur l'exactitude \

de cette Princesse. j

(1) Isaïe i3.

2io Oraison funèbre

Lavée ainsi dans le sang de l'Agneau, elle prit de nouvelles forces pour soutenir les maux pressans, et pour attendre une mort tardive. Quand elle vient en peu de temps , cette mort toujours amère et toujours cruelle, on n'a pas le loisir de la voir avec tout ce qu'elle a d'affreux. Les sens ont toute leur vigueur; on a, pour ainsi dire, son ame encore toute entière ; on oppose à ses maux une constance ramassée : la patience se soutient par le désir de vivre, ou par l'espérance même de mourir. Mais lorsqu'il faut souffrir une longue et pénible langueur; qu'un cœur est rempli d'amertume et devient à charge à lui-même ; qu'afToibli du passé, accablé du présent, on est encore effrayé de l'avenir; qu'il est à craindre que l'inquiétude et l'impatience ne diminuent un peu la soumission et la foi ! Une pénitence continuée n'est pas toujours également volontaire, et on est las de porter sa croix , quand il faut la porter si loin.

Madame la Dauphine, dans toute sa tribulation, n'est point sortie des mains de Dieu, ni de l'ordre de sa providence: elle a vu , sans murmurer, les débris de son corps mortel ; et joignant à la fermeté qu'elle tenoit de la nature, celle que la piété lui avoit acquise, elle a senti jusqu'où va la misère humaine , jusqu'où vont les miséricordes divines. La maladie ou la santé lui devinrent indifférentes. Que demanda-t-elle à Dieu dans ses prières l Sa grâce, rien de plus. On faisoit mille vœux pour sa guérison: on la prioit d'y joindre son intention. Quelle intention puis-je avoir , disoit-elle , sinon que la volonté du Seigneur s'accomplisse l Quel temps pensez-vous qu'elle vouloit donner à ses peines \ Autant qu'il en falloit pour expier ses péchés. Combien de fois s'unissant en esprit à Jésus- Christ crucifié, lui offroît-elle son cœur et son mal, afin qu'il fortifiât l'un, et qu'il augmentât ou adoucit l'autre ! Combieu de fois humiliée , mais

de Madame la DaupJiine. atf .

mon pas abbattue , lui dit-elle avec une hemble confiance, comme cet homme de l'Evangile (i) : Si vous voulez me guérir , Seigneur , vous le pouvez. Mais aussi , combien de fois , l'adorant comme sa fin et son principe , disoit-elle ces paroles d'un Roi soumis et pénitent : Ma vie est dans sa volonté ; vita in voluntate ejus (2) ! C'est ainsi qu'elle s'élevoit au-dessus d'elle-même, et de la mort qu'elle craignoit.

La mort qu'elle craignoit ! Ne fais-je point dè tort à sa religion et à son courage l Ne me contredisse point? Non, Messieurs, rette crainte d'amour et de péniteuce n'a rien de lâche. Elle se regardoît comme une pécheresse frappée de la main de Dieu. Elle savoit que les Anges, tout spirituels et célestes qu'ils sont, ne sont pas assez purs en sa présence. Elle avouoit qu'il y a dans la grandeur, quoiqu'innocente , je ne sais quel esprit d'orgueil et de mollesse contraire à l'humilité et atfx souffrances de Jésua-Christ. Aussi eut-elle recours aux remèdes de t'ame, dans le temps qu'elle méprisoit ceux du corps. Sa conscience acheva de se purifier , et tout l'appareil de la mort ne fit que redoubler son zèle et sa componction.

Avec quels sentimens de reconnoissanco et d'amour reçut-elle le saint viatique 1 Que n'êtes- vous à ma place dans cette chaire, éloquent et pieux: prélat (3), qui portiez ce pain vivant, avec la parole de viel Vous l'avez vue, et vous diriez en, des termes plus énergiques , que la foi ranimant la nature, elle sentit vivement la charité de Jésus- Christ: qu'elle le vit au travers des voiles mystérieux qui le couvrent : qu'elle sortit comme hors d'elle-même, pour aller au devant de lui ; qu'après d'inutiles efforts pour se relever, retombant comme

(1) Matth. 8. (3) M. Bossuet, évêque de Meaw.

(a) Pï. *9 v

ara Oraison junèbtè

sous le poids de la divinité présente, pfcr Aspect moins que par foibiesse, ëîle reçut ce dernier gage de son amour , comme le sceau de sa pré* destination éternelle.

Que ne puis-je vous exprimer avec quelle présence d'esprit elle ménagea ce qui lui restoit de momens précieux , pour délier les nœuds qui l'attachoient encore au monde t Avec quelle candeur elle ouvrit son cœur au Roi , humiliée devant lui , et touchée non pas de sa grandeur , de sa gloire ou de sa puissance, Dieu seul, devant qui elle alloît corriparoltre, lui paroissoit grand, mais de sa religion, de sa justice, de sa bonté et du mérite de sa personne l Avec quelle douceur elle leva vers Monseigneur, ses yeux mourans et ses mains tremblantes : ses yeux qu'elle avoit toujours arrêtés sur lui , comme sur l'unique objet de sa tendresse : ses mains qu'elle avoit si souvent levées au ciel , lors qu'il s'exposoit à Unis les périls de la guerre, et qu'elle occupoit, dans les transports de sa joie , à lui préparer des couronnes après ses victoires ? S'il restoit encore en son cœur quelque endroit sensible, c'étoit à l'amour, à la gloire, et plus encore, au salut de ce Prince.

Tout s'attendrissoit, tout tondoit en larmes : la sainte onction qu'on lui donnoit , les tristes prières qu'on faisoit pour elle, la croix de Jésus- Christ qu'elle embrassoit , le pardon qu'elle demamloit tantôt à Dieu, tantôt aux hommes; la compassion qu'elle avoit pour elle, et celle qu'elle avoit peur ceux qui l'avoient servie, causoit une douleur qui portoit la consolation, mais aussi le trouble dans l'ame: elle seule , Messieurs , elle seule demeuroit tranquille.

Maîtresse de son esprit, et toute occupée de ses devoirs , au milieu même des horreurs de la mort , elle voulul bénir les jeunes Princes ses enfans , celui-là même qu'elle croyoit être l'enfant de sa

. - de Madame la tXauphiae. * i:> douleur } et recueillant sa force avec sa »»g c » e j . Foyez dit-elle, mes en/ans, létal où Dieu m a mise, et que cela vous porte à le servir et a ie craindreJ rendez au Roi et à Monseigneur l obéissance que vous leur devez : souvenez-vous du sang dont vous êtes sortis , et ne faites "en qui enîoitindigne.Prince, qui fait es hu, les

espérances et les délices de la France Çi), que pourrois-je vous dire de plus touchant l Pu sse» ces efficaces et saintes paroles être f^ellemerit gravées dans votre esprit; et dans le temps que fous les ordres du Roi , dont le ciel a toujours béai les armes, un père victorieux va par mille ac ons éclatantes, vous tracer le cheminde la gloire ; pu» se le pieux souvenir d une mère inHrme et mourante, maintenir dans votre coeur une vive ; ^pression , de la crainte de Dieu , et de l'humilité chrétien. e u Vos souhaits seront accomplis, pieuse rrjncesse : fermez , fermez pour jamais vos yeux a la vanité , que vous avez connue et que vous avez méprisée Pour nous , me, frères, o«;^ e p 5 pour la connoitre et pour nous en désabu er Lels conseils nous faut-il! Quelle raison? Quel» exemples î Nous voyons mourir tous les pur. no» inférieurs , nos égaux , nos maître». Nous porton» - en nous-mêmes une voix et une réponse de mort , ■ comme pirle l'Apôtre (2) ; une sentence qu se prononce et qui s exécutu incessamment bar l«£ Foiblissement et la diminution continuel U > d notre vie i et nous sommes aveugle, et insensibles. A la vue de cette mort que nous pleurons . touché -. de douleur et baigné de 1^,-» — votre néant , grand Roi , et vous dites . C est auis* lue nous finissons : voilà qui nous *gaU> £y. 'Job, au milieu de ses info, tunes parloit Celui-ci meurt dans les prospérités et dans les

(t) M, 1« Duc de Bourgogne. (?) H- Cor * »•

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- richesses , celui-là^ dans la misè/e et l amertume de son ame ; et les uns et les autres dormiront ensemble dans la même poussière. Et vous , lorsque votre grandeur et votre puissance semblent éclater davantage, vous donnez à votre cœur , et prenez pour vous-même cette leçon si salutaire.

Pour nous, Messieurs» nous* voyons ce lugubre appareil et ces tristes cérémonies , peut-être «ans fruit et sans réflexions sur nous - mêmes. Une tristesse superficielle compose pour un temps le visage et la constance , mais l'esprit et le cowir n'en sont pas frappés. Notre penchant nous porte à des idées plus agréables , nous nous livrons à nos plaisirs , le siècle présent nous entraîne , les bons ou les mauvais succès nous enflent ou nous inquiètent : nous ne pensons ni à la mort dont Dieu nous menace, ni à l'immortalité qu'il nous promet. Si nous n'étions chrétiens que pour cette vie, et si nous n'espérions qu'aux biens de ce monde , nous serions peut-être excusables ; mais par la grâce de Jésus-Christ , nous sommes chrétiens pour l'autre vie, et c'est en Dieu. seul que se fondent nos espérances»

Oublions donc ce qui n'est que périssable et passager , pour nous attacher à ce qui est notre partage éternel. Et pour finir par où j'ai commencé, disons-nous sans cesse, selon le conseil de saint Augustin : Toutes choses passent comme Vombre , pour nous exciter à la pénitence , ou pour renouveler notre ferveur, de peur de dire vn jour inutilement : Toutes choses ont passé comme Vombre , pour nous reprocher notre oisiveté , et pour nous plaindre de nos pertes irréparables. Fasse le ciel que nous profitions du temps, des grâces et des exemples que Dieu nous offre : t et qu'après nous être unis à lui par la foi , nous jouissions de lui par la charité au siècle des sipelea.

de monsieur de Montausier. 21 5

ORAISON FUNÈBRE

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