CHARLES DE S. TE -MAURE
DUC DE MONTÀUSIER ,
PAIR DE FRANC Ei
Prononcée dans l'église des Carmélites du faubourg Saint-Jacques, le xi août 1 690.
Sicut ambulavit in cou sp ce tu tuo , in veritatc et justitiâ, et recto corde tecum , custodisti ei misericordiam grandem.
Comme il marclia devant vous. Seigneur % dans la vérité k dans la justice et dans, la droiture du arur , vous lui avez conservé votre grande miséricorde^ A« liv. 3 de* Rois $ ch. 3* t
Ce fut après un solennel at magnifique sacrifice , ou coula le saug de mille victimes (1) % dans la ferveur de la prière , en présence du Dieu d'Israël (2) , que Salomon , déjà rempli de
(1) Mille hostias obtulit Salomon. Liv. 3 des Rois, ch. & Ç%) AppamU autom Dominas Sakmoni. Jbid.
2î6 Qraison funèbre
son esprit et de sa sagesse , fit cet éloge du Roi son père. Et c'est dans la solennité ' des saints mystères , parmi les vœux et les suffrages des fidèles, à la face de ces autels où Jésus-Christ f Sauveur du monde , hostie pure et salutaire, se
{présente aux jeux de ma foi, et s'immole pour es vivans et pour les morts, que j'applique ce même éloge à Très-Haut, Très-Puissant Seigneur, Messire Charles de Sainte-Maure, Duc de Montausier , Pair de France , Gouverneur de Norman* die , Chevalier des ordres du Roi , ci-devant Gouverneur de Monseigneur le Dauphin.
David avoit mérité ces louanges , ce Roi qui se plaisoit dans la vérité , qui marchoit dans les sentiers de la justice, qui cherchent le Seigneur dans toute l'étendue de son cœur , qui chantoit dans la paix les cantiques de Sion , qui brisoit dans la guerre la force dps Philistins : ce Roiselon le cœur de Dieu, observateur de ses ordonnances, zélateur de la sainte loi, ami des ames simples et fidelles, ennemi des esprits doubles et des mauvais cœurs; pécheur par fragilité , pénitent par réflexion, juste et saint par la grâce et par la miséricorde de Dieu. «
Je viens faire revivre ici les mêmes vertus et les mômes miséricordes, et vous faire admirer un homme qui ne se détourna jamais de ses devoirs; qui , pour maintenir la raison , se roidit contre la coutume : qui n'eut jamais d'autre intérêt que celui de la vérité et de la justice ; et qui , ayant eu part à toutes les prospérités du siècle , n'en apoint eu à ses corruptions: un homme d'une vertu antique et nouvelle , qui a su joiudre la politesse du temps à la bonne foi de nos pèreà; en qui la fortune n'a fait que donner du crédit au mérite ; qui a sanctifié l'honneur et la probité, par les règles et les principes du christianisme ; qui lf 'est élevé par une austère sagesse, au-dessus de*
de monsieur de Montausier. ai y
craintes et des couj plaisances humaines , et qui f toujours prêt à donner à la vertu les louanges qui lui sont dues,' a fait craindre à l'iniquité le jugement et la censure; vaillant dans la guerre, •avant dans la paix ; respecté parce qu'il étoit juste, aimé parce qu'il étoit bienfaisant, et quelquefois craint parce qu'il étoit sincère et irréprochable.
^C'est vous, divine providence, qui m'avez conduit en ces lieux, pour recevoir les derniers gages de son amitié, et pour recueillir les derniers soupirs de sa pénitence. Vous vouliez qu'il me tût connu tout entier r et qu'après avoir vu sa modération dans les temps heureux de sa vie, je fusse" aussi dans ses jours de douleur et d'infirmité^ le témoin de sa patience. Vous avez couronné sa piété , et voes m'avez destiné à honorer sa mémoire : faites servir à votre gloire les grands exemples qu'il a donnés, et comme vous formiez en lui, pour sa perfection, de saints désirs et de bonnes œuvres , inspirez-moi , pour l'édification de mes auditeurs, d'efficaces et justes louanges.
Ne craignez pas , Messieurs , que l'amitié ou la reconnoissance me préviennent. Nous parlons devant Dieu en Jésus-Christ, dit l'Apôtre (i) ; 1 et je puis dire comme lui : vous savez , mes frères, que la flatterie jusqu'ici n'a pas régné dans les discours que je vous ai faits : Neque enim aliquandb fuimus in sermone adulationis , sicut scitis (2). Oserois-je dans celui-ci, où la franchise et la candeur font le sujet de nos éloges , employer la fiction et le mensonge f Ce tombeau s'ouvriroit , ees ossemens se rejoindraient et se ranimeraient pour me dire : pourquoi viens-tu mentir pour moi, qui ne mentis pour personne! Ne me rends pas un honneur que je n'ai pas mérité, à
(t) II. Cor. * (s) I. Theas. s.
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*i8 Oraison funèbre
moi qui n'en voulus jamais rendre qu'au vrai mérite. Laisse- moi reposer dans le sein de lavé* rité , et n^Yiens pa$ troubler ma paix par la flatterie que je hais. Ne dissimule pas mes défauts, et ne m'attribue pas mes vertus: loue seulement la miséricorde de Dieu, qui a voulu m'hnmilier |>ar les uns , et me sanctifier par le? autres.
Je me renferme donc dans les paroles de mon texte , et me destine à vous faire voir l'amour de |a vérité, le zèle de la justice, l'esprit de droir fture, qui sont le caractère de ce grand homme que vous regrettez , et que vous louez avec moi. J>i je n'observe pas dans ce discours tout Tordre <*t toutes les règles de l'art, pensez, qu'il y a je pe sais quoi de désordonné dans la tristesse; que Jes grands sujets sont à charge à ceux q^> le* traitent , et que c'est ici une effusion de mon cœur , plutôt qu'un ouvrage et une méditation (le morç esprit.