D'AUTRICHE
REINE DE FftANCE ET DE NAVARRE;
Prononcée à Paris, le 24 novembre i683, en l'église des Religieuses du Val-de- Grâce, où son cœur repose, et en pré-
* sence de monseigneur le Dauphin.
Fundamenta aeterna suprà pctram soîîdara > et mandata Dei in corde muiieris sancfce. EccU a6.
Les fondement éternels sur la pierre solide et ferme , et * les commandement de Dieu sont dans le cœur de la femme sainte. Au livre de l'Ecclésiastique , ch. a6.
MûNSEJGNE Vit ,
Au milieu de ce funèbre appareil , dan» ee temple sacré où la mort amasse de grandes dépouilles , à la vue de ce triste cercueil et de ce cœur roval, qui n'est plue que cendre, vous pensez peut-être que je dois vous entretenir de la fragilité et du néant de» graadws humaines.
de Marie-Thérèse d'Autriche, 145
L'esprit de Dieu nous apprend, dans ses écritures ? qu'il faut déplorer le sort des pécheurs. I*e ur vie passe comme l'ombre ; il vient un jour fatal où périssent toutes leurs pensées ; leur*mémoire fait un peu de bruit , et va se perdre dans un silence éternel. Les biens qu'ils ont acquis , échappent de leurs mains avares ; leur gloire sèche comme l'herbe; leurs couronne* se flétrissent , et tombent presque d'elles mêmes. Il est vrai , ce qui sert à la vanité, n'est que vanité (1): et tout ce qui n'a que le monde pour fondement, se dissipe et s'évanouit avec le monde.
Mais le même esprit de Dieu nous enseigne que la grandeur est solide , quaud elle sert à la piété (2). Il y a des couronnes qu'on jette aux pieds de l'Agneau , des richesses qu'on répand dans le sein des pauvres, un royaume qui appartient à Jësus-Chiist , et qui n'est pas de ce mon- "j de 5 une gloire qu'on tire de la croix même du j Sauveur , et une élévation des justes qui demeure éternellement, parce qu'elle est fondée sur la pierre ; et cette pierre, selon l'Apôtre (3) , c'est notre Seigneur Jésus-Christ.
Je ne viens donc pas ici vous désabuser des grandeurs humaines, mais vous montrer le bon usage qu'on en peut faire. Ce n'est pas mon dessein de vous émouvoir par mon discours, mais de vous instruire par des exemples ; et je vous exhorte aujourd'hui non pas à pleurer une Reine, j mais à imiter une Sainte. C'est ainsi que saint ; Paul (4) appeloit autrefois les chrétiens; et c'est , -ainsi que j'appelle très haute, très-puissante, trèsexcellente et très*religieuse princesse , Marie-Thé- j rèse , infante d'Espague , rein* de France et de Navarre , qu'une piété sans, interruption , une j
(1) I. Coriotb. (5) I, Cor. îe. i
(2) Afoe, 4. (4> £phes. 4. Philip. S , etc,
1 4 4 Oraison funèbre
fidélité constante à observer la loi de Dieu , ont rendue digne d'être louée à la face de ses autels, par les ministres de son Evangile.
Quand on a pour matière de ces sortes d'éloges, une de ces vies mondaines dont on ne peut louer que la fin , et où le christianisme est réduit à quelques actes de religion faits dans le cours d'une maladie, qu'il est difficile qu'on ne flatte la vanité, ou que du moins on ne l'épargne; qu'on ne confonde la fortune avec la vertu, et qu'on ne jette, sans y penser, quelques grains de l'encens que l'on doit à Dieu, Vur le monde qui n'est qu'une idole! Malheur Jr nous , si nous louons ce que Dieu n'a pas approuvé; si nous consacrons sans discernement ces victimes purifiées à la hâte, sur le point de recevoir le coup mortel; et si nous excusons des années de vanité, en faveur de quelques jours de pénitence.
Grâces à Jésus-Christ , je suis aujourd'hui à couvert de ces difficultés et de ces craintes. Je parle d'une Reine que le ciel avoit prévenue de ses bénédictions, et dont la vertu ne s'est jamais ni démentie , ni relâchée. Sa vie a été une préparation continuelle à bien mourir, et sa mort est pour vous une exhortation à bien vivre Quelque endroit de ses actions que je touche, tout est vertu, tout est piété. Intrigues de Cour, affaires du monde, raisons d'Etat, vous n'avez point ici de part , et c'est la grandeur de mon sujet d'être renfermé dans une vie toute chrétienne* La conduite de Dieu sur la Reine , la conduite de la Reine à l'égard de Dieu ; ou , pour diviser moa discours par les paroles de mon texte , les desseins de Dieu, fondemens éternels de la piété de cette Princesse , accomplis en elle , les commandemens de Dieu gravés dans son cœur , et mis en pratique , sont toute la matière de son éloge : Fundamenta alterna suprà petrajn solidatn %
de Marie-Thérèse a Autriche. \l&
Gt mandata Dei in corde mu lie ris sanctœ. Je ne dis rien que son cœur, que nous voyons ici, n'ait ressenti. Je ne crains pas de mêler ses louangee eru sacrifice qu'on offre pour elle, et je prends sur l'autel tout l'encens que je brûle sur son tombeau*