‹ Recueil des oraisons funeb̀resChapitre 10 sur 23 · DE BAVIÈRE, DAUPHINE DE FRANCE · texte numérisé non relu

DE BAVIÈRE, DAUPHINE DE FRANCE

Prononcée dans l'église de Notre-Dame, le i5 juin 1690 , en présence de monseigneur le Duc de Bourgogne , de Monsieur, et des Princes et Princesses du Sang.

Die* mei aieut ombra .deciinaTerant % et «go aient fœmatt arui : tu autem , Domine , ia eternum permanea.

Mies jours sont évanouis comme V ombre , et foi séché comme Vherbe •* mais vous , Seigneur , vous demeure* éternellement. Ps. toi.

MoffSEIGlfBUR ,

Cj'est ainsi <jue parloit autrefois un Roi sel*» la. cœur de Dieu , quand ses jpurs défaillant et ses infirmités mortelles l'approchoient du tombeau, et lui laissoient encore un reste de vie pour sentir sa langueur et sa chute , et pour adorer ia grandeur et la durée éternelle du Dieu vivant.

de Hfadarne la Dauphin*. i$¥

Il regarde sa vie , tantôt comme la fumé* qui <■ • v éï£ve, qui s'affaiblit en s'élevant , qui s'exhale et s'évanouit dans les airs (i); tantôt comme l'om» bre qui s'étend , se rétrécit , se dissipe $ sombre, vide et disparoissanter figure ! tantôt comme l'herbe) qui sèche dans la prairie, qui perd à midi sa fraîcheur du matin, et qui languit et meurt sons le» mêmes rayons du soleil qui l'avoit fait naître» De combien de tristes idées son esprit est-il occupé , et combien trouve-t-il par- tout d'images jensiblerde i»os fragiles plaisirs', et de nos grandeurs passagères^ Mais lorsqu'il se regarde du côté di* Seigneur -, comme une de ces créatures qiri sont faites pour le louer (2),. comme un de ces Rois qui doivent servir à sa gloire (3) , il demeure en suspens entre la confusion et la confiance. Il excite son bu* milité à la vue de sou néant ; il anime ses espérances à la vue de la bonté et de l'éternité de Dieu. Il voit une vanité qui passe , et il dit : Vous le changerez, Seigneur, et ils seront changés (4). U voit une vérité qui demeure, et il s'écrie; Four vous, mon Dieu, vous êtes toujours le même (5), et vos années ne finissent point. 11 tremble à*U face de l'indignation et de la colère, de ^ ce Dieu (6) qui coupe le fil de ses jours , et qui le brise après Tavoir élevé (7); niais il se rassure par la pensée de ses miséricordes, qui se réveillent ordinairement dans le' temps de nos plus grandee misères (8).

(1) Defeceruni tient fumus aies mei.

(a) Populus qui ereabitur y Imudabit Dominant* (5) Reges ut serviant Doniinç.

t (4) Mutàbis eos , et mutabuntur.

(5) Tu autem idem ipse es. ' *

(6) A faeie-ir/e et indignationis'tum*

0Ï Q"W élevons al H fie ti me. *

(J) Çftàa tcmpus mUcrendl efufr

*$>4 Oraison funèbre

v Ne connoissep-vous pas, Messieurs, dans le* fètttimens de ce Prince, ceux de la Princesse que. nous pleurons»? Ne semble^t-il pas, qu'elle vous dif d'une voix mourante : la lumjere d* mes yeux •téterai, un. nuage sans fia se lève entre le mondé. #t moi: je meurs et je m'échappe insensiblement à. moi-même I Triâtes moment ] terme fatal 4e ma languissante jeunesse { Mail si je sêni qu'il n'y a qu'un petit nombre de jours poqr moi , je sai; ftussi qu'il y à des années éternelles, Ça main qui me frappe me sputieu4ra: et cqmme, par la Joj au corps, , ja tiens à ce monde qui passe ; par l'espérance et par la. foi , je tieng fr pieu <jui ne passe poinf.

- Si je venais déplorer ici la «Wt imprévue de

rlque Princesse mondaine 9 je n'a ur ois qu'à vous, e voir le monde avec ses vanités* et ces inconstances;; cette foule de figures, qui $e présentent}, nos yeux, s'évanouissent : cefte révolution de çonditio4s. et de fortunes qui commencent et qui finis.* aeatf qui sa relèvent et qui retombent; cette vicissitude de corruptions , (antôt secrètes , tantôt visibles , qui s,e renouvellent : cette suite de change? mena en nos. corps par la défaillance de la nature , en nos âmes par l'instabilité de nos désjr*; enfin, «a dérangement universel et continuel des. choses Jnumaines ? qui , tout naturel et toqt désordonné

3u'il semble à ^ncjs yeux, est pourtant l'ouvrage e la main toute-puissance de Dieu, et l'ordre qe ga providen.ce.

Mais, grâces au Seigneur, je viens louer une; princesse pluf grande par sa religion que par sa paissance; et vous montrer» au lieu- des fragilités {le la nature , les effets constans de la grâce : des, yertus évangéliqué* pratiquées en esprit et en yérité | des Sacremeas reçus avec. des senti rriena 4' une dévotion exemplaire , des prières attentives fi persévérais, : 9110 volonté soumi#eeç c^ufor-

de Madame la Daufjhi&e. ig5

me à la conduite de Dieu sur elle: des souffrances unies à celles de Jésus-Christ crucifié : des conso* lations veaues du sein du Père des miséricordes 1 des espérances immobiles , fondées sur celui qui dit dans l'Ecriture : Je suis Dieu , je ne change pointai). Recueillons ce discours , et réduisons-le à vous faire voir une vie courte, mais toute réglé» par ia sagesse : une longue mort soutenue par la résignation et la patience. Ces deux réflexions composeront l'éloge île Très-Haute, Très-Puissante f Très-Excellente Princesse Marie-Annc-Christme~ Victoire de Bavière , Dauphine de France.

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