‹ Recueil des oraisons funeb̀resChapitre 14 sur 23 · PREMIÈRE PARTIE · texte numérisé non relu

PREMIÈRE PARTIE

connoître. H craint >de se voir tel qu'il- est, parce qu'il n'est pas tel qu'il devrait être; et pour f*et* tre à couvert ses défauts, il, couvre et flatte ceux des autres. Le monde ne*ttbsiste plus «que par ses^ complaisances mutuelles, H semble que l'esprit <" mensonge que Dieu menaçoit~de répandre sur se* Prophètes (»)t s °i* répandu sur tous les hommes.l @n n'a plus ni le <rourafe de dire 4a vérité, ail la force de l'écouter. La sincérité passe pour *a-| civilité et pour rudesse. Il n'y a presque <plt»s d'aj initié qui soit à ^'épreuve de «la -franchise d?u ►<uni. L'esprit fécond en deg u i semone s^étudie

(») III. Reg. ■■**■.■'•■

de monsieur de Montausier* $.19

Aëfigurer selon se» besoins et ses intérêts , tantôt les vices, tantôt les vertus: et la parole , qui est l'image de la raison et comme le corps de la vérité, est devenue l'organe de la dissimulation et du mensonge.

Charles de Sainte Maure se sauva par la mi* séricorde de Dieu , de cette corruption Commun*» Jl naquit avec des inclinations libres et généreu* ses, qui affranchissent l'ame de toute autre loi que de celle de ses devoirs. Le qel versa dans son esprit et dans son cœur ces . principes d'hon? neur et d'équité, qui font qu'on produit, sans rougir , ses sentimens et ses pensées.. La feinte 11+ pou voit rien ajouter à sa gloire , et l'art <en lui n# pouvoit mieux faire que la nature. Sud illustre maison , dont l'origine s'est perdue dans les obscurités du temps, lui fournissoit depuis sept cents ans de grands exemples. 11 y trou voit une noblesse toujours pure par ses vertus , toujours utile £>ar ses services , toujours glorieuse par son rang,

f>ar ses emplois, par ses alliances. Il vovoit daus 'histoire , ses. ancêtres , tantôt soutenant avec éclat les premières dignités du royauma, tantôt dans l'assemblée des seigneurs de plusieurs pror vinceS, s'intéressant pour les droits et pour les libertés des peuples, tantôt allant avec des trou*

Ees nombreuses , levées à leurs dépens', reprendra >s terres que des seigneurs voisins leur avoieojt usurpées ; plus touchés de l'honneur -que de Tin» térêt , aussi peu capables de souffrir une injustice que' de la commettre. - - , i Mais il racontait avec plaisir les services que son aïeul a voit rendus à Henri IV, de glorieuse mémoire , et plus encore les conseils .sa^es et -libres qu'il lui donnoit , ajoutant à son récit * Que ses pères avaient toujours été fidèles serviteurs des Kois leurs maîtres , mais qu'ils tfavoient pas été leurs flatteurs; que cette hannétp liberté s^ni

psm Oraison funèbre

il faisoit profession, étoit un droit acquis et une possession de famille, et que la vérité étoit venue en lui de père en Jils, comme une por*, tion de son héritage,

La mort lui enleva dès les premières années 4e son enfance, un père dont la perte auroitété irréparable, s'il ne fût tombé sous la conduite d'une mère de L'ancienne maison de Châteaubriant,

3ui renonçant d'abord à toute sorte de vanités et e plaisirs , pour vaquer dans une triste et laborieuse vtduité, aux affaires de sa famille, et conr tenant sous les lois d'une austère vertu et d'une exacte modestie,, une grande beauté et une flor lissante jeunesse, sacrifia toutes les douceurs et fout le repos de sa vie 9 à la fortune et à l'édu? cation de ses enfans» Charles étoit encore en cet Age ou l'on ne suit que les premiers instincts de la liberté. Un feu que la raison n'a voit pas eiir core modéré , le révoltait contre la discipline et la crainte. Elle réprima par une sage sévérité les premières vivacités de son esprit, et les saillies naturelles d'une fierté encore naissante. Elle le plia avec douceur sous le joug de l'autorité mar ternelle , l'accoutumant insensiblement à une vie, simple et patiente; et comme elle n'eut pas pour lui ces complaisances foibles qui amollissent la raison et le courage des enfanà , elle ne souffrit pas en lui ces délicatesses qui affaiblissent le tenir jpérament et la vigueur du corps et de l'ame.

Mais hélas! elle employa tes premiers soins à lui apprendre les principes d'une fausse religion (i). Egaré dès qu'il entra dans les voies de Dieu; nourri depuis par les maîtres mêmes de l'erreur, et dans le sein ? pour ainsi dire, de i'héfésie, il prit une profane nouveauté pour la veV pérable antiquité de l'Eglise. Sensible à tpus les,

#) 4 Wl#f W* *■ laiaistre j)lu «foulin, s

de rhonsieur de Montausiet. Ait'

malheurs du parti, attentif à tout ce qui flàttoil Ses préventions, se mêlant, tout enfant qu'il étoit, dans les conversations et les disputes , il suppléôit par son ardeur à ce qui manquoit à sa connois* sance; et dans un âge, où Ton ne sait pas encore sa religiou , il défendoit déjà la sienne.

O Dieu de vérité 1 vous n'avez pas fait cet esprit pour le mensonge : laissez couler sur lui du sein de votre gloire , un de ces rayons péné*» trans de votre grâce lumineuse, qui portent le vrai dans le fond des cœurs, et ne permettez pas que Terreur et la vanité le possèdent. Ou si vous laïsez croître ses ténèbres , pour avoir plus de gloire à les dissiper, gardez-lui une miséri* corde d'autant plus grande , que son zèle ardent et ses intentions sincères le justifient à lui-même» /et qu'il croit faire honneur à la vérité, dans l'hommage même qu'il fend au mensonge.

Vous dirai-je le progrès qu'il fit dans la con> noissance des lettres humaines , le goût qu'il eut pour la poésie et pour l'éloquence, dont il apprit non-seulement toutes les beautés , mais encore toutes les règles ; l'étude qu'il fit de cette noble et savante antiquité , qu'il regardoit comme la source de la raison , et de la politesse de nos siècles ? Un amour curieux des livres , une avidité de savoir, une assiduité, et, si j'ose le dire, une intempérance de lecture ont été les passions de sa jeunesse. Vous parlerai-je de ces campagnes , où la gloire allumant les premiers feux de sont courage, il fit voir dans les sièges de Hosignan et de Casai, par les services qu'il rendit, ceux que le Prince et la patrie en pou voient attendre f Animé par les exploits éclatans d'un frère, dont la réputation ne pouvoit égaler le mérite, il eut part aux louanges que lui donnèrent justement et ses ennemis et ses maîtres.

La bienséance et la coutume , et plus encore,

iiS Oraisoh Jbhêbré

les devoirs de 'sa' condition et dé si nâîssaâté, Rengagèrent à se mêler dans la foule des courljh ism , pour révérer 5 la grandeur et la majesté d'un Roi (i) plein de religion et de justice, et ponr fcagnir la faveur et l'estime d'un grand ministre {?), qui corrnoissoit la vertu , et qui dUtri- $ubit la fortune. On lui dit mille fois que la franchise n'était pas une vertu de la Cour ; que la vérité" n'y faisoit que des ennemis ; qu'il falloit £ourr y réussir, àavoir selon les "temps, ou dé- . guiser ses' passions, ou flatter celle des autres; qu'il v avoit un art innocent de séparer les pensées d'avec les paroles , et que la probité pouvoit Souffrir ces* complaisances mutuelles, qui étant devenues volontaires, ne blessent presque plus k bonne foi 9 et maintiennent la paix et la polifesse du monde.

Ces conseils lui parurent lâches. Il allait portât son encens avec peine sur les autels de la fortune, et revenoit chargé du poids des pensées qu'un silence contraint avoit retenues. Ce commercé continuel de mensonge ingénieux pour se tromper, injurieux pour se nuire, officieux pour se corrompre i cette hypocrisie universelle , par laquelle chacun travaille à cacher de véritables défauts» ou à produire de fausses vertus : ces airs mystérieux qu'on se donne pour couvrir son ambition^ où pour relever son crédit: tdut cet esprit de dissimulation et d'imposture ne convient pas à sa vertu. Ne pouvant s'autoriser encore contre l'usage, il fit corinoltre à ses amis qu'il alloit à l'armée' faire sa cour par de services effectifs » non par des offices inutiles, qu'il lui coûtoit moins d'exposer sa vie , que de dissimuler ses sentimens, et qu'il* n'achèteroit jamais ni de faveur, ni de fortune, aux dépens dé sa probité.

(i) Louis XJIL. (a) Le cardinat de Richelieu,

de monsieur de Menfàusier. aa5-

it ne voulut apprendre d'autre langage que e^ lui de l'Evangile (i) , oui* ow 9 nstn $ non: elfeo> tif dans ses résolutions» fidèle dans ses promes*, ses , plu* prêt à tenir sa parole qu'à la donne* 9 , tout vrai dans ses actions et dans sa conduite»; Aussi n'eut-il besoin , pour s'élève* dans sa profession , ni de. sollicitations , ni d'artifices. Sa. prudence , son application , sa. valeur ,. lui attiré-* rénl l'estime et?l* confiance dos deux pltia rmommes capitaines' 4» soa temps (2) , qpw dans k$ guerres d'Allemagne, s'étaient aervi utilement dfcj son secours et de Ses conseils dans la . suite dr» leurs victoire»*

L'Alsace qui a voit été le théâtre de Bt$ travaux £ eh fut aussi la récompense. Quelle nouvelle ma» frère de gloire pour lui . l l'ennemi redoutable et Voisin; un peuple qui n'étoh qe'â< demi soumis , Je peu de secours* qu'il pouvbit attendre r une province qu'on lui donnait plutôt à conquérir qu'à gouverner : tant <h> difficultés, ne- fiÉnt qu'animer s'a constance; et par des constats preeqoe jour* nëfiers^afyatft affermi sc% gouvernement , il le rendit par sa modération , un des plus heureux

«et de* phitf tranquille*! dw royaume*

Il revint à la Cour, et ne se prévalut ni des louanges , ni dès* espérances' qu'on lui donna; il jpigQ.it la retenue du jugement à la hardiesse du

► courajgtf. Quokpfil aimât la gloire* il la cherchoit ^ans ses actions, non pas dans lot témoignage des hommes. Il n'a voulu contribuer à sa réputation, d'autre chose que de son mérite. De toutes les vérités , il n'a caché que celles qui lui étaient avantageuses ,* et rien n'a jamais pu affaiblir sa sincérité, que ta modestie. Nous savons pourtant, Messieurs , que jamais ame ne fut plus fière, ni

(1) Sit autem sermo pester , est, est , mon t non. Mat. 5. 5V

(2) Le doc de Wcimar et le maréchal de Guébriant;

a«4 Brairait funèbre

plus intrépide : on le vit à la bataille de Cerne*, charger trois fois les ennemis , couvert de sang et de poussière , et dresser aux pieds de son général, comme un honorable trophée, trois drapeaux - qu'il leur enleva, il parut avec deux cents hommes , durant le siège de Brisac , renversant sur les bords du Rhin , deux mille Allemands à la vue de. leur armée.

- Mais viens-je faire ici' l'histoire sanglante de se) eombats, et mon sujet n'a-t-il rien de plus édifiant et de plus doux l Déjà se formoient dans le ciel ces nœuds sacrés qui dévoient unir éternellement son cœur à celui de l'incomparable Julie (i). Déjà s'allumoient dans son ame ces feux ardeas et purs , que la sagesse , la beauté , l'esprit et un mérite universel ont coutume de faire naître. L'admiration , l'estime entretenoiént cette sage et -vertueuse passion , et plus encore une conformité de mœurs et d'inclinations, qui fait les liaisons parfaites : même candeur dans leurs procédas, même élévation de génie et de courage , même penchant à la vertu, au préjudice de la fortune, même fidélité pour tous les devoirs de la vie, même goût pour la conversation et pour toute. sorte de belles lettres , même plaisir a faire du bien , mais parmi tant de ressemblances, une religion différente.

Tombez, tombez, voiles importuns, qui lui 4 couvrez la vérité de nos mystères: et vous, prêtres de Jésus-Christ, qui depuis si long-temps offrez à Dieu pour son salut, et vos vœux et vos sacrifices , prenez le glaive de la parole , et coupez sagement jusqu'aux racines* de l'erreur, que la naissance et l'éducation avoient fait croître clans, son ame. .Mais par combien de liens étoit-il retenus ? La chair et le sang qui Pattachoient

(i) Julie d'Àngenii'es, depui* duchesse de MouteusieJv

de monsieur de Montausier. aa5

auprès d'une mère qu'il aimoit autant par reconnoissance et par raison , que par tendresse de naturel : certaines vues d'honneur, qui lui faisoieot craindre jusqu'aux moindres soupçons de change» ment et d'inconstance : le pouvoir que prenoit sur lui une première impression de vérité et de jus* tice : les réponses que les oracles du parti lui avoient rendues , et les soins qu'il avoit pris luimême de s'aveugler par des lectures dangereuses t étoieni autant d'engagé mens qui le lioient à sa communion.

Mais aussi, dans les recherches de ta foi.il lui avoit échappé quelque doute : la lecture des histoires de l'Église lui avoit fait entrevoir quel* que nouveauté dans ces derniers temps; des con* testations, des disputes qu'il avoit eues, H étoit sorti je ne sais quelles clartés passagères f qui avoient laissé quelque trace de lumière dans sou esprit. U n'étoit pas de ces hommes tiède» , à qui Dieu et le salut sont indifférent qui demeurent sans mouvemens où, ils sont tombés, soit an midi, soit au septentrion, selon le langage de l'Ecriture (i); qui ignorent ce qu'ils croient, «t n'ont une religion que par hasard , et non par lu» mière. Il savoit rendre raison de sa foi, comme l'Apôtre le commande; et la connoissaticê que Dieu lui donna, fut peut-être la récompense da son zèle.

Des lumières imperceptibles et successives dis* sîpèrent une partie de ces nuages dont il étoit environné. Il demanda, et il reçut; il frappa, et on lui ouvrit; il reconnut dans l'Eglise de Jésus- Christ une puissance de décision , qui nous fait croire ce qu'elle croit , pratiquer ce qu'elle ordonne ,~ tolérer même avec soumission ce qu'elle tolère : et se ^faisant de cette cTo vance une nécessité

(a) Ecci. 21»

226 ~ Oraisqn funèbre

pour toutes les antres; docile, humble , pénitent i surmontant le monde par sa foi , et la nature par la grâce, il alla sous la conduite d'un grand prélat (i) , aux pieds des autels assujettir sa raison & l'autorité de l'Eglise, et faire un sacrifice de ses erreurs devant les nlinistres du Dieu de la vérité. Quels Ont été depuis les accroissemens de sa foi 1 Avec quelle reconnoissance et quelle joie chantoit-il au Seigneur le Cantique de sa délivrance ! Avec quel z$le exhortoit-il quelques-uns de ses domestiques à rentrer, comme lui , dans le bercail de Jésus Christ , leur fournissant et les livres et les raisons les plus propres à les convaincre ! Avec quelle douceur et quelle charité consoîoil-U en ces derniers temps quelques-uns de èes amis, dont il vojoit la conscience irrésolue •t inquiète I II les touchoit par ses conseils et par sa propre expérience ; il leur racontoit st$ combats , pour les exciter, è gagner sur eux la même victoire : et pour guérir leur opiniâtreté , il éëploroit en leur présence la sienne propre.

Je ne vous dirai pas , Messieurs , les commandement et les emplois de confiance qu'on lui de*tina; le» solennités de son mariage, où toute la France s'intéressa; les gouvernemens et les charces dont il fut pourvu , dans des conjonctures où al étoit difficile de les soutenir. N'attendez pas que je vous le représente se dérobant aux prenne» Tes tendresses d'un chaste mariage, pour aller chercher la gloire sous les ordres d'un Prince (2) toujours prêt à combattre, toujours assuré de vain* cre. Je ne viens pas non plus vous le faire voit conduisant le légat de sa Sainteté, montrant des vertus de l'ancienne Rome aux Prélats de la nouvelle , et faisant admirer à cette nation une judt*

(1) M. Faure, éyéque d' Amiens, {a) M. le Prince de Coudé.

de monsieur de Xfonùmsier, iaf

tleoso 'sincérité, qui valoit mieux cp* ses snb« tiliïés et ses adresses.

l\ est temps de venir au point de sa réputation et de sa gloire. Dieu don! la providence veille au bonheur* de ce royaume, l'appela à l'instruction et a la* conduite de Monseigneur le Dauphin , et cette même segesse, gui, selon l'Ecriture, fait régner lee Rois (i), lui apprit l'art de former une âme royale»

Que lui manquait- il pour un si glorieux , niais si difficile ministère l Du savoir ? Il avoit acquis par les lectures continuelles ,. èas habitudes dans tous les pays et dans tous les siècles : il étoit devenu , pour ainsi d>re , le spectateur et loto* moin di U conduite de #oos les Princes: il avoit assisté à.. leurs conseils et à leurs combats: H con* Êoissoit testes» les routes de- la vertu et de h gloire ancienne *t nouvelle* De» la probité 1 tïeu A'étoit pkirS coottj! flfee soaécpftitéiso» désintéressement et la religion de sa parole : il pouvoft inefruîre , sans se rétracter et s*n* se condamner Soi-même : ses exenvpies n'aftoibliseoient pas ses préceptes , et il n'avois point à justifier au Prince ni aux courtisans la contrariété de- ses mœurs et 4e ses règles. La piété ? il avoh connu Dieu, et l'avoit toujours gloi'iiiéj il avoit regardé le Kèertinags comme Un monstre, et dan» la Cour et dans les armées. Il avoh appris dans 1» loi do Dieu, ce qu'elle défend et ce qu'elle ordonne 2 «tenseur zélé de» vices, sans riguVtir, et sans in* discrétion : chrétien de bonne foi , sans super** titîon, sans hypocrisie.

Le Roi , qui, dans ses choix, eu misant justice m* mérite , a toujours fait honneur à sq sagesse , s'applaudit même de celui-ci. Avec quelle confiance h substitua-t-il en sa place, dans l'un de

(î) fret. i«.

sot Oraison funèbre*

ses plus importons et plus indispensab'es devoir*! Avec quelle bonté voulut-il remettre lui-même, ce dépôt .sacré en des mains si pures et si fideàfesT Ayant sur lui tou^ le gouvernement de son peu*

{de, il lui donna toute la conduite de son fils: il ui recommanda le soin de l'instruction , et si chargea des grands exemptes : il voulut que le siècle présent jouit de la félicité de son règne; et laissa à la conscience et à l'habileté de ce prudent gouverneur , les espérances du siècle a venir. . Aussi , quelle reconnoissance fut la sienne ] Il sacrifia ses plaisirs , ses intérêts et sa liberté ; il ne pensa plus qu'à ce jeune prince * il n'eut plus desprit, il n'eut plus de cœur que pour lui. De

feut de s'amollir par la tendresse, il emprunta, autorité du Roi : de peur de rebuter par l'austérité des préceptes , il prit les entrailles du père; et par ce juste tempérament, il avançoit en lui les fruits de ta raison, et corrigeoit" les défauts de rage.

Sa principale occupation fut de l'accoutumer à connoitre et à souffrir la vérité. Il savoit que les grands naissent avec certaines délicatesses, qui retiennent dans un timide respect les courtisans

Îui les approchent ; qu'on ne leur présente jamais es miroirs fidèles; qu'avant qu'ils sachent qu'ils sont hommes , et qu'ils soni, pécheurs , on leur apprend qu'ils ont des sujets, et qu'ils sont les maîtres du monde. ' ,

Plus Te Prince qu'il çouvernoit % avpit de bonté et de docilité naturelle, plus il éloignoit tout es qui pouvoir le corrompre. Combien de fois arrèia t-il une flatterie, ejui, comme un serpent tor» tueux, alloit se glisser dans son amel Combien de fois éteignoitil l'encens , dont la douce et ma* ligne odeur auroit empoisonné une imagination) encore tendre ! Combieu de fois lui fit-il faire la différence d'un auïi d'avec un flatteur 1 Combien

de monsieur de Montamier. 349

de fois leva- 1- H d'une main sévère les premiers voiles qu'un© Cour artificieuse alloit mettre devant $es yeux , pour lui cacher quelque vérité ou quelque devoir i

Permettez que je me le représente ici comme un cavalier que vit saint Jean dans l'Apocalypse; H s* appel oit fidèle et véritable ; Jîdelis et vera» (i) ; montrant à cet auguste enfant les sources du vrai et du faux , et lui formant dans le monde, que saint Augustin appelle la région des faussetés et des mensonges , une ame innocente et sincère* Il portoit plusieurs couronnes , lui expliquant pour son instruction, la différence des bons et des mauvais règnes* Il teneit eu ses mains un glaive luisant 9 pour couper les filets de ses pas* sions naissantes , et les discours et les exemples qui pourroieut les entretenir. Voilà quel étoit son amour pour la vérité: voyons quel étoit sois zélé pour la justice.

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