‹ Recueil des oraisons funeb̀resChapitre 16 sur 23 · TROISIÈME PARTIE · texte numérisé non relu

TROISIÈME PARTIE

La droiture est une pureté de motif et d'intention qui donne la forme et la perfection à fa vertu , et qui attache Tamis au bien pour le bien même. C'est à cette génération simple et droite-, que l'esprit de Dieu promet dans ses écritures (0, tantôt les bénédictions qu'il verse sur ceux qui le craignent, tantôt les lumières (2) qu'il tire quand*

(1) Ps. 111. (a) Hié, \ '

^ de monsieur de Montausier. &ç

jl veut du sein des ténèbres*, tantôt le plaisir des approbations et des louanges (i) ; tantôt la joie d'une tranquille conscience (a).

C'est ici la gloire de mon sujet, Quel homme est jamais moins entré dans les voies obliques d*s passions et des intérêts, que celui que nous regrettons \ La çonnoissance de ses devoirs lui ter voit de raison pour les accomplir: et les intentions étoient toujours aussi bonnes que ses ac* tions. Quelles furent donc ses règles f L'ambition f eelon lui, n'a voit rien de noble; elle conduisoit la vertu par des moyep?, et à des fins qui sont souvent indigues d'elle : il dispit quelquefois , que les 'ambitieuse qu'on loue tant, étoient fe glo* rieux qui font des bassesses , ou des mercenaires qui veulent être payés. Aussi n'eut-il jamais en 4 vue 4* bien faire pour être heureux ; et ce qui ta conduisit aux charges et aux dignités , il le fit pour les mériter , et non pas pour les obtenir.

L'intérêt et l'amour du bien ne purent jamais le tenter ; et dans tout le cours de sa vie , il n'eut ni le soin ni le désir d'en acquérir, La succession d'une tante (5), dame d'honneur d'une grande Reine, sembloit devoir grossir^ le patrimoine de ses pères: mais rebuté des affaires et des procès, dont son esprit étoit incapable , il relâ* £na ce qu'on voulut , et crut que c'étoit un gain, que de savoir perdre. Contraint de racheter sa liberté , après une longue prison , durant les guer* res d' AUernagne , il employa et *on argent et son crédita pour ramener les officiers qu-abandonmoit à leur triste captivité , l'indigence ou l'avarice de leurs familles. ,

Ceux principes le firent agir, la probité, la religion : l'une lui donnoit le désir d'être utile,

(!) Ps. 63. (3) Madame de Ws*ac.

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l'autre le portoit à travailler à son salut. Quels sincères enseignera ens a- t-ii donnés à Monseigneur, pour le bien oublie, et pour sa gloire 1 IL n'y a rien de si difficile que d'élever un jeune .Prince

Îui est né pour la royauté. Il faut lui inspirer e la hardiesse sans présomption , lui faire sentir ce qu'il doit être , et lui faire connoître ce qu'il est. Il suffit de lui faire voir en éloignement le trône où il doit être assis , et de Lui essayer, pour ainsi dire, la couronne , afin qu'il sache la

Eorter quand la providence de Pieu ja fera tom- . er sur sa tête. Il est nécessaire de lui donner tout ensemble les vertus d'un Rgi et celles d'ua particulier; lui montrer la gloire du commandement , et le mérite de l'obéissance , et Lui apprea» dre a dire comme ce çentenier de l'Evangile:

Homo sum sub potestate constitutus habens subi me milites, et dico huic; vade 9 et vadà(f). M vois des peuples sous ma puissance , mais j'ai une puissance au-dessus de moi, je commanda des. armées , mais j'exécute ce qu'on m'ordonne: j'ai des .sujets , mais j'ai un maître,

C'étoient les enseignemens que lui donnoit M. le duc de Mojitausier. Il lui inspiroit la modération, en lui élevant le CQurage. 11 lui formoit Ce co&ur docile que Salqmqn demandoit à Dieu

Eour la conduite 4e aon peuple. Il lui marquoit >s justes mesures de sa grandeur, en l'instruisant de ce qu'un Roi doit. à ses sujets , et de ce quua fils doit à son pçre.

(Combien de tais lui a- 1- il dit, que la fin principale et, la première loi .du. gouvernement, étoil le bonheur des peuples ; que la vérité et la fidélité sont, les vertus essentielles des Princes.

£i 4ont les images. du , vrai Uiau , et les arbitra la foi publique ; et que les plus grands royaumei

(i)Mattl*«. .. % .,

de monsieur de Moxtausicr, *5$

et les plus longs règnes n'étant devant Dieu qu'un' point de grandeur et un moment de durée, les Souverains dévoient apprendre à être doux et modérés dans leur puissance, et soupirer après une gloire toute immortelle et toute divine? Que fk& m'est- jl permis d'exposer ici ces saçea et saintes maximes que la fidélité Lui fit écrire, que U modestie lui a fait cacher, et qui paraissent , selon ses désira, avec plus d'éclat dans la vie du JPrince qui les pratique, soit qu'il aille, lancer la foudre <jue le Roi Ma mise en main, aoit qu'il arienne jo.uir ici de la gloire .qu'il s'est. acquise l Rappelé^ en votre mémoire avec quelle ttwdre et simple joie il recueillit ce qu'il avoit semé dans j'ame de ce jeune vainqueur., louant $a, bonté el ja douceur, sa libéralité, sa religion et sa jusr

i tice v et le félicitant de ses vertus, taa<fr que le*

[ autres le féliçit oient de ses victoires.

[ Wétpitçe pas ce même esprjt 4e probité qui Je poussoit à donner tant de bons atis et de ^alur .taire* conseils? Il eût voulu corriger tpu*[le*«bujfr

, et réfermer tous les défauts qu'il connojssoit ^ur les idées de perfection que sa sagesse lui avoit faites. Son âge, son crédit, ses dignités, et je ne sais quoi d'austère et de vénérable dana *e»

; mœu£s et dans sa personne , ln| ayoieat acquit *rae>spèçe d'autorité universelle,, cpntre laquelle le monde n'psoit réclamer.

•' Ceux mêmes qui ne pou voient pas aimer son Éèle .étaient obligés de le louer , et trou voient d* la vprt.u dans ses 4<îfeuts mêmes. On jpouyqif; jeter dta^ns son aine quelques fausses impressions,,

■ inajs il «m i voit toujours <lu moins l'ombre de la y4rité 4 et de la justice ; et quelque ascendant q»'o»

1 *6t sur lui 9 ,oo. pouvait le çféve.nir , «maie on m

*' *»»yî«HAe;çoi;rftmpiye, S'il diapWtaU execAnteur^ ce n'est pas qu'il voulût .assujettir le monde à se* opinions, mais le réduire à Ja virile TO»U

**4* Graison funèbre

connoissoit. ou que du moins il croyoit connol» tre. Attachée ses sentimens par persuasion et'noftpar caprice, souvent contraire é\xx avis des autres , parce que souvent ils étoîent injustes o« déraisonnables, conservant toujours, dans les chaleurs et dans les vivacités de Son esprit , la bonté et la tendresse même de son cœur.

Si sa droiture fut le motif de tant de vertus, ta religion fut te motif et la cause de sa droiture» Ne vous figurez pas une dévotion de spiritualités imaginaires, qui se nourrit de réflexions , et qui laisse les saintes pratiques. Sa foi étoit comme «on cœur, simple et solide. Né pensez pas & *»tte vaine et fastueuse religion, qui se répand toute au dehors, et qui n'a que le corps et la superficie des bonnes œuvres : tout étoit intérieur en lui. ^ Loin d'ici cette piété d'imitation et de complaisance, qui porte dans le sanctuaire des vœux intéressés et profanes , qui , sous un feint ; amour de Dieu 3 couvrant les désirs et les espérances du siècle , fait servir les mystères et les •acremens de Jésus - Christ à l'ambition et à la fortune des pécheurs car une affectation sacrilège. Qui de vous oseroit le Soupçonner de respect humain, ou d'hypocrisie !

Il cherchoit Dieu, selon le conseil de PApAtre (i), dans la simplicité et la sincérité de soi* cœur. Y eut-il jamais tine foi plus vive que la tienne ? On eût dit qu'il voyoit a découvert les vérités du christianisme , tant il en étoit persuadé» Il les croyoit et les aimoit. L'insensé ferma devant lui ses lèvres impies , et retenant sous un Silence forcé se* vaines et sacrilèges pensées r se ^contenta de dire en son coeur : il n'y a point é* Dieu. l\ assistait tous tes jours au saint sacri* #ce , et son attention et sa modestie jxnprknoi^nt

de monsieur de Montausier, zfa

le respect au* âmes les mains touchées de la référence du lieu et de la sainteté du culte. Nous favons vu, frappé d* ces murmures importuns, qui interrompent les oraisons des fidèles , et trou* bient dans la maison de Dieu, le vénérable silence des saints m vstèreS , se lever avec indignation , et faisant l'office des anciens diacres de l'Eglise t ordonner qu'on fléchit le genou , et qu'on se tût devant la Majesté présente, qui , pour être cachée , n'en étoit pas moins redoutable. •

Y eut-il jamais d'adoration plus spirituelle et plus véritable que celle qu'il rendoit à Dieu? Il le reconnoissoit comme sa fin et son origine } et quoiqu'il eût pour lui cet amour de préférence qui lui aonnoit un empire absolu sur ses volontés, il se reprochoit de n'avoir pas pour, lui toute la tendresse et toute la sensibilité qu'il ressentoit pour ses amis. Avec quelle effusion de cœur lui expri» .moii-il ses' nécessités spirituelles et celles de sa famille, dans ses. prières pures et tendres qu'il avqit composées, lui-même pour implorer ses miséricordes , ou pour lui offrir »9» vœux et ses reconnoissances t

D'où pu^soit-il toutes ses lumières t De , la loi qui en est la source éternelle. Il avoit lu cent treize fois Je nouveau Testament de Jésus-Christ avec application et respect. Ministres de sa parole, destinés à la dispenser à ses peuples, l'avonsnous lue, l'avons-nous méditée si souvent l Les premiers chrétiens faisoient autrefois enterrer avec .eux le livre des Evangiles 9 portant jusque dans la tombeau le trésor de leur foi , et le gage de v laur résurrection éternelle -, et celui que nous louons .aujourd'hui, les tint jusqu'à sa mort entre ses* mains, f.at voulut expirer, pour ainsi dire, dans le sein de la> vérité- et de la miséricorde de. Jésus-Christ.

^ C'est- ici, Messieurs, Pendroit sensible de mon iiUcour»* Ke craignez, pas pourtant que je me livra

^4* Oraison, funèhrè

à ma douleur. J'ai vu cette grande miséricorde que Dieu lui avoit réservée, et j'ai pour moi toutes les consolations de la foi,. et de l'espérance des Ecritures. Dans la gloire d'une réputation , qu'une vertu consommée lui avoit acquise , et que l'envie n'osoit plus lui disputer ; dans une vigueur d'esprit et de corps , que l'âge et les maladies sembloient avoir jusque-là respectée , il tombe tout-à-coup dans ces ennuyeuses douleurs où l'on souffre sans secours et sans intervalle?* La respiration qui nous fait vivre , le fait mourir à tous momiens. Les nuits, plus tristes, que le» jours,, lui ôtent la douleur de la compagnie^ et ne hii «donnent pas celle du repos. Il ne peut ni s'étendre sur sa croix , ni trouver de situation ni de remède - .qui le soulage. Quels furent ses sentimens de piété dans ces temps de langueur et de patience I

Quel mépris du monde et de ses vanités ! Il comptait ses .prospérités temporelles» dont il avdit ; toujours senti et le néant et le danger 9 et s'écrioit en soupirant : SeroitM possible , mon Dims t que ce fût* là ma récompense l Quelle horreur 1 mais quel repentir du péché f Il repassbit les années de sa vie dans l'amertume de son ame : et se réveillant dans ses réflexions de pénitence: Quatre-vingts- ans, disoit-il, quatre-vingts ans f .Seigneur 9 passés à vous offenser î Quelquefois -se défiant de son propre cœur, et craignant qu'il ne fût pas assez profondément touché , il disoit: .Vous m'avez appris dans vos Ecritures ^ que te eosur de £ homme est impénétrable? le mien n'auroit-il de pli et de repli que pour vous t Vous tromper ois- je y me tromperais- fe 9 4 nwn Dieu ! tf Une sainte frayeur des juge mens divins ; Je saisissoi^. On vojroit sa* fqi ^ans «ses" yen* -et dans ses paroles. La confiance chrétienne reftaat au secours ; J approche , . ajout oit- il , éiu ttêne éet voire §râc#i je vuusj amène up péôk*uri[mi ï*

de monsieur de Montausier. %$b

^mérite point de pardon : mais vous m'ordonnez dé le demander ; la miséricorde en vous est au* dessus du jugement; le sang de votre fils n'est* il pas< répandu pour moi 9 et n'est-ce pas sa fonction d'effacer les péchés du monde { '

Dans cette ferveur de piété, les heures fatales t'avancent» Encore un coup, divine providence, étois-je attendu * étois-je destiné a être le témoin et comme le ministre de son sacrifice? Je vis ce visage que la crainte de la mort ne fit point pâlir; ces jeux qui cherchèrent la croix de Jésus-Christ, et ces lèvres qui la baisèrent. Je vis un cœur brisé de douleur dans le tribunal de la pénitence 9 pénétré de feconnoi séance et d'amour à la vue du saint viatique , touché des saintes onctions •t des prières de l'Eglise. Je vis un Isaac , levant avec peine ses mains paternelles, pour bénir une fille que la nature et la piété ont attachée à tous ses devoirs , aussi estimable par la tendresse qu'elle eut pour lui , que par l'attachement qu'il eut pour elle , et des enfans qui firent sa joie , et -qui feront un jour sa gloire. Je vis enfin comment meurt un chrétien qui a bien vécu.

Que vous dirai-je* Messieurs , dans une cérémonie aussi lugubre et aussi édifiante que celleci î. Je vous avertirai que le monde $st une figure trompeuse qui passe , et que vos richesses, vos plaisirs, vos honneurs passent avec lui. Si la réputation et la vertu pou voient dispenser d'une loi commune , l'illustre et la vertueuse Julie vi- Txoit encore avec son époux : ce peu de terre que nous venons dans cette chapelle, couvre ces grands noms et ces grands mérites. Quel- tombeau renferma jamais de si précieuses dépouilles! La mort a rejoint ce qu'elle avoit séparé. L'épeur et l'épouse ne sont plus qu'une même cendre ; et tandis que leurs âmes teintes du sang de Jé^us- Christ reposent dans le seia de la paix , j'ose

*44 Orakonfon. de M. de Montausier.

le présumer ainsi de ton infinie miséricorde, leur* ossemen» humiliée dan* la poussière du sépulcre t eelon le langage de l'Ecriture, se réjouissent (i) dans l'espérance de leur entière réunion et de leur résurrection éternelle.

Offrez pourtant pour eux 9 prêtres du Die* vivant , vos voeux et vos sacrifices j et vous, chastes épouses de Jésus-Christ , gardez religieu- «ement ce dépôt sacré , arrosez- le des larmes de .votre pénitence ; attirez sur lui quelques regarde de l'agneau sans tache que vous suivez, quand il va «'immoler sur tous ces autels ,. afin qu'étant purifiés par cette divine oblation des restes, de» fragilités humaines, ils chantent dans le ciel ave* vous les miséricordes éternelles.

(s) EsuUahumi otsa hu mil iait* PreVt 5*V

Fin des Or aisons funèbres de M* fïéckitr.

RECUEIL

DES

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