‹ Recueil des oraisons funeb̀resChapitre 17 sur 23 · ÉVÊQUE DE MEAUX · texte numérisé non relu

ÉVÊQUE DE MEAUX

Jacques-Bemigiii^ossuet, naquit à Dijon, le 97 septembre ifmf, d'une famille distinguée par ses charges- Il reçut les premières leçons des sciences au collège des Jésuites de la même vijle, et s'y distingua toujours par cette vivacité de con- 1 ception , qui d'ordinaire annonce' et produit de grands talens. Il fut destiné de bonne heure à f'Egli&e» et sentit bientôt l'importance d'un engagement qui n'est rempli qu'à moitié , et qui même ne l'est point , si les mœurs ne concourent avec le savoir; Les siennes étoient naturellement pures ; il les conserva par une vigilance dont la jeunesse [ ne connoit guère ni l'usage ni le besoin.

F A l'âge de seize ans (1) , U vint à Paris puiser I les hantes sciences dans cette ancienne et célèbre | université , d'où sont sortis autant ou plus de grands hommes que de la fameuse école d'Alexan- ! drie , si Seconde dans les premiers temps du chris- \ iianisme; là se développèrent toutes les grandes I dispositions du jeûna élève. Son bonheur lui donna \ pour maître «n de ces hommes dont les lèvres l sont les dépositaires de la science, C'était Nicolas , £prnet » graudrmaître du collège de Navarre ; et pour guida dans les routes du salut 9 le vénérable

i%) /En ifcfr*

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Vincent de Paul , instituteur des prêtres de h mission. Il puisa dans l'un , la connoîssanée et l'amour de l'ancienne doctrine; et il apprit de l'autre la pratique des plus hautes vertus , et l'art difficile de la conduite des âmes.

A peine eût-il reçu le bonnet de docteur (i),

3u*dn lui offrit les deux plu* importantes cures e Parts , que sa réputation seule sollicita pour lui. Mais attaché dès sa plus tendre jeunesse au chapitre de Met& , d'abord par un canônicat, en* suite par les dignités d'archidiacre et de doyen, il crut devoir Je fruit de 9e$ études à une Eglise qui sembloit se l'être acquise par ses bienfaits , et qui prenoit tant de plaisir à l'élever, 11 eflt pu sV borner à ses devoirs, et se faire à l'ombre de l'autel , une vie commode et paisible; mais il fallut p son z,èle une carrière plus apostolique et plus vaste. Plein des Ecritures dont 11 avoit recueilli l'esprit et la divine onction» enrichi par la foc* ' ture des pères dont les ouvrages Tavoient mis en possession dés plus hautes vérités t H se dévoua ] fout entier à la fatigue des missions.

Peu de gens "connorssent de quelle importance est cette partie du ministère ; moins encore savent-ils quels talèns elle demande pour y réussir. ; C'est un peuple grossier qui vit dans les campât gnes , et qui presque jamais n'a^reçu de sa religion

Sue des idées imparfaites 9 qu'il est question d'é* airer de la plus pure lumière. Ge sont des. cœurs . tout penchés vers la terre, qu*il s'agit d'étever et d'émouvoir. Or quelle adresse ne faut-il pas pour toucher .et pour montrer le- jour à cette sorte à'inr sensibles et d'aveugles. Le graad' triomphe d'élo* ! quence n'est pas toujours d'entraîner ceux qu'une j ^ertainq culture a déjà disposés ; éjlé a peut-être ] plus de gloire lorsqu'elle $lji$rnuè cjans des flmef

de feu M» Bossuet. y

encore brutes , ai on le peut dire ainsi, et qu elle y va débrouiller des semences naturelles , qu'une éducation rendit comme étouffées.

Cet art, l'abbé Bossuet le porta au plus haut point, et ses conversions furent innombrables» Mais ce qui n'appartient qu'aux esprits du premier ordre, il sut de cette aimable et généreuse simplicité passer aux grands, et pathétiques mou- - remens du sublime. La capitale envia bientôt a la province un tel génie, et le lui enleva. Les chaires principales de Paris retentirent toutes de sa voix et de l'acclamation de ses auditeurs. Les têtes couronmées y accoururent elles-mêmes. Anne et Thérèse d'Autriche ne se rassasioient point de l'entendre , et venoient se nourrir du pain préparé pour leurs sujets. Enfin le nouveau Chrysostôme fut appelé à la Cour. Et dans quel temps f Lorsque la paix venoit d'y rappeler des héros aussi connus par leurs lumières que par leurs conquêtes , lorsque la circonstance d'un mariage glorieux y rassembloit la plus illustre portion de la noblesse Française; lorsque les sciences commen* çoient à approcher librement du trône, et que la délicatesse, le bon goût y régnoient avec le jeune monarque.

Ce fut donc à cette assemblée, la plut respectable de l'Europe, que M. Bossuet, âgé seulement de trente-quatre ans, porta la parole du salut. Nous ne dirons pas combien il y fut applaudi» Qpi' est-ce qui l'ignore l Mais nous ne tairons point une circonstance qui vaut seule tous les éloges* ^Louis XIV charmé de voir tanj de lainières unies à tant de vertus et de jeunesse , fit écrire à Metz au père de l'orateur, et le félicita sur les succès édifians de son fils. Quand un Prince est sensible au mérite , et qu'il veut bien lui donner des mar"

Sues si flatteuses de distinction f il a trouvé tout 'un coup l'heureux secret d'exciter l'émulatio»

S « Eloge historique

dans ses Etats : le talent qu'il distingué e^lui

eo enfante mille autres.

Celui de M. Bossuet avoit trop d'éclat pour ne lui pal mériter des places honorables. Après avoir eu l'honneur* de prêcher devant le Roi (i), il fut nommé à Tévéché de Condon» Presque aussitôt

rur le rendre aussi utile à l'Etat ,, qu'il l'étoit l'Eglise , )e Roi lui confia l'éducation de mon* seigneur lp Dauphin (2). Mais cet emploi qui alla? che incessamment à la Cour, parut au nouveau Prélat un titre incompatible, avec les devoirs du pasteur, dont le plus essentiel est de veiller sur «on troupeau d'assez près pour le connoitre et pour en être connu. Il se déchargea denc du poids (l'un rang à ses yeux plus formidable encore que jbrillant. Et cette démarche que lui inspirait sa religion seule, lui attira 4e nouveau* éloges et «ne gloire nouvelle.

Libre ainsi de tous soins étrangers r il ne s'occupa

S lus que de ceux de sa place ; et tandî? que M. le uc de Montausier , gouverneur du jeune Prince 9 }e formoit à des sentimpns dignes ne son auguste naissance, M. Bossuet versoit-dans son esprit l'amour sincère de la religion , et ce qui est insé*» parable, une tendre affection pour les hommes, vertu si nécessaire à ceux qui naissent pour les Conduire. Ses travaux eurent le succès qu'il en attendoit. Toute la France lui en marqua sa re- $onnoissance , par son amour pour $on auguste ^lève. Les étrangers s'associèrent même à notre joie , et le souverain Pontife sembla leur en donner l'exemple , par le bref honorable qu'il écrivit à M. Bossuet sur le bonheur d'une ^i belle fducation.

Elle n'étoit pas seulement util,eà la nation par

(1) En 166* , 63, 65 , 66, 67 , 68 et 69.

de feu M* Bosstwt. £

les (rUitt qu'il lui étoit si nature) de s'en^ promettre; elle le fut à l'Europe entière, en lui procurant des écrits propres à former Us . Rois dé tous les peuples. C'est à elle , en effet, que sont dus cette politique fondée sur les maximes # appuyée sur les exemples de l'Ecriture ; et cette Histoire universelle , où le développement des fait» antiques devient )a matière d'une si sublima instruction, qu'en la lisant il semble , comme l'a die un célèbre auteur , que ce soit la religion qui s'explique elle-même.

Après dix années de soins assidus auprès dé Monseigneur* M. Bossue t redevint libre. Il ue lo fut pas assez néanmoins pour s'éloigner de la Cour. Le Rai le connoissoit trop- pour ne le pas attacher à sa maison : il lui donna la charge.de premier aumônier (i) de madame la Daupbine, et quand il se le fut * pour ainsi dire , assuré par là, il le nomma à l'évêché de Meaux (2) : quelques années après il le fit conseiller d'état (3), et enfin premier âumonier de madame la duchesse de Bourgogne (4). Le public, qui par un intérêt assez raisonnable, aime à voir que les grâces du Souverain se partagent, trouva pour la première fois que toutes celles-ci n'étoient pas trop pour un homme qui çontenpit seul tant de mérites divers , et qui après tant d* services rendus à l'Eglise* et à l'Etpt pouvoit continuer de leur être utile.

Il le fut en effet par de mm veaux ouvrages dont la mémoire ne mourra jamais. Déjà il s'étoit distingué iparmi nos plus célèbres controversistes par sa docte réfutation (5) du Catéchisme de Paul Ferri, ministre protestant II le fut bien davantage par son (6) Exposition de la Doctrine catholique , où sont détruites les fausses opinions

(2) i$3i. (4) 1698. (fr) 4671.

X* Eloge historique

que l'hérésie nous imputoit. Ecrit admirable , singulièrement adopté par le clergé de France , ho* flore des éloges de tous les théologiens et de tous les Prélats étrangers , comblé de louanges par Innocent Xî, traduit dans toutes les langues,. et Téjpàndû par toute la terre. C'est cet ouvrage qui mit aux pieds de l'Eglise le grand Turenne , et qui acheva de triompher d'un homme qui jamais n'a voit su que vaincre.

A ce traité succéda celui de la Communion sous les deux espèces (1), pour répondre à ceux qui se plaignoient injustement qu'on les privoit de la coupé sacrée. Mais ce qui importait le plus è l'Eglise, étoit de trancher par un seul coup tous nos différends avec la prétendue réforme , en lui montrant son opposition formelle avec elle-même , ses contradictions palpables : l'ambiguïté de ses dogmes , l'incertitude et l'inconstance de sa foi* M. de Meaux ouvrit le premier cette carrière, et donna (2) t Histoire des variations de t Eglise protestante. On ne sauroit dire à quel point les deux communions séparées de la Véritable , furent frappées de ce coup qui détruisoit jusque dans ses fondemens l'autel dressé contre le trône. Vainement la Secte nouvelle tenta d'en relever les ruines; ses efforts ne fuirent qu'à sa honte , et elle fut contrainte enfin d'avouer àu'elle rëstoit sans justification et sans .réponse. I*e seul Jurieu, cet écrivain téméraire, qui osoit tout contré la vérité, même contre l'évidence ,' voulut paroître après la défaite dés siens , et livrer de nouveaux combats ; il ne fit que procurer de nouvelles victoires au docte Prélat , qui le convainquit d'autoriser le socinianisme, de tendre les bras à toutes les religions, et de-là de renverser tout le christianisme.

de feu M. Bossue t. tif

fondant que M. Bossuet sembloit n'avoir plus qu'à jouir de sa gloire, une occasion malheureuse vînt le replonger dans les disputes de religion (i). Le Livre dé l'explication des maximes des Saints sur la vie intérieure , paru! dans le monde, et partagea les esprits. L'auteur de l'ouvrage étoît un grand archevêque universellement respecté par $es vertus , admiré par la beauté de son es* prît , et séduisant malgré lui-même par les grâces infiniment touchantes de soit style. Il étoit ami de M. Bossuet, et ami de tous, les temps* Quelques évéques crurent apercevoir que ce livre mettoit TeraUon en péril* Ils en avertirent l'auteur. Il s'expliqua. Ses explications parurent insuffisantes , il .fallut que M. de Meaux, en gémissant, prit la pi urne contre un confrère chéri , et qu'il portait dans ses entrailles % comme il le dît lui* même. La vérité règne bien souverainement dans v un cœur, quand elle le récrit à se déchirer de la sorte ,. a;; CQntrâtajXt l'obiet ou'il aime* Quoi quîil en soit, M. de Meaux", au jugement de toute PEgîise , fut encorei vainqueur dans cette) Important* Contestation , « «eSfîîSl l'on pett t appeler vaincu f le docte Prélat qui sut rendre on* soumission si prompte à la vérité , dès qu'elle se déclara. ^

Si nous avions résolu de faire l'hUtoire complète de M. Bossuet, ce seroit ici le lieu de dite combien de fois les assemblées da clergé (2) empruntèrent sa plume et sa voix dans Us matières importantes du dogme et de la- morale. Noué parlerions de même et en détail de ses éloquentes Oraisons funèbres, où se déploie tout l'art dé la parole , où les actions éclatantes ne sont louée» que quand elles ont des motifs vertueux, et où la gravité , la sévérité même de l'Evangile na

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perdent rien de leur privilège. Mais nous ne songeons pas à citconstancier ; .nous ne voulons qu'indiquer les faits , et encore les faits principaux de la vie d'un si grand homme.

Infatigable jusqu'au bout, il s'éleva contre an critique habile , mais audacieux , qui , dans sa Version du nouveau Testament , avançoit de ces parodoxes savans qui altèrent la simplicité de la foi. 11 avertit les fidèles de se précautionner contre ces dangereuses nouveautés, et il le fit avec cette dignité , cette force, ce uoble feu qui siéent si bien à un défenseur de la vérité, et qui étoient les caractères propres de ses ouvrages.

Il mourut enfin (i), mais les armes à la main contre le socinianisme , et fiait en confondant ces faux sages , qui , pour éviter le vrai sens des Prophéties, leur en substituent d'arbitraires et de vagues. Son explication du Psaume 21 y «t du fameux oracle d'Isaïe sur l'enfantement «l'une vierge , fut le dernier trait dont il frappa lïs^îéîé ? et il termioa le cours d'une si belle viey^é dé àÔÎASuifr» seize ans, six moi* .fj

seize jours. - . .

On aura peine à comprendre comment un évoque , d'ailleurs attentif aux besoins de son troupeau , suffisoit à tant d ouvrages. Mais quand 1* zèle est ardent, il trouve bien des ressources que le génie seul ne découvriroit pas* M. de Meaux aimoit le travail comme les autres aiment le repos. Pour jui nul délassement d'un travail que par un autre. Son cabinet étoit par-tout. Le tumulte même de la Cour ne le dissipoit point , parce qu'il ignoroit les passions qui le causent Jamais homme n'a eu tant d'éclat ni plus de cette aimable modestie qui auroit gagne

. ^\\ En 1704

àe Jeu M* BossueU i3

ses rivaux s'il en a voit eu. Tous les ialens avoîent droit à ses bienfaits comme & son estime. Ceux qu'il ne pouvoit récompenser lui-même , il les produisent du moins, et les faisoit connoitre. Il avoit cette candeur qui attire la confiance , cette gaieté tranquille et égale que donne la vertu, cette politesse de manières qui naît de celle, du cœur ; sur- tout cet amour de la religion qui efface dans l'ame tout autre objet qu'elle , et qui n'est jamais plus Dure que dans ceux qui •nt le bonheur de la bien connoitre.

Fin de V Eloge de M. Bossuei.

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