‹ Recueil des oraisons funeb̀resChapitre 19 sur 23 · DUCHESSE D'ORLÉANS · texte numérisé non relu

DUCHESSE D'ORLÉANS

Prononcée, à St.-Denis, le 12 août 1670.

Vantas raûiUtuHi, diiit Ecclesiastes : ranitas^raiûtafiû», et omnia vantas. Eecl. a.

VemU des vanités, a dit VEcclésiaste i vanité des vënités, et tout est vanité*

MoXfSEIGXIEUB,

J 'étois donc encore destiné i rendre ce devoîife funèbre à Très-Haute et Très-Puissante Princesse Henriette-Anne d'Angleterre, duchesse d'Orléans. Elle que j'avois vu si attentive pendant que je rendois le même devoir à la Reine sa mère, devoit être sitôt après le sujet d'un discours sein* blable; et ma triste voix étoit réservée à ce dé* plorable ministère. O vanité I 6 néant! ô mortels jgnorans de leurs destinées ! L'eût-elle cru il j a dix mois î Et vous f Messieurs , eussiez- vous pensé , pendant qu'elle versoit tant de larmes en ce lieu , qu'elle dût sitôt vous y rassembler jpour la pleurer elle-même? Princesse, le digne

de Madame, duchesse et Orléans. 5t objet de l'admiration de deux grands royaumes 9 ri'étoit-ce pas assez que l'Angleterre pleurât votre absence , sans être encore réduite à pleurer votre mort \ Et la France qui vous revit avec tant de joie , environnée d'un nouvel éclat , n'a voi Welle plus d'autres pompes et d'autres triomphes pour Vous au retour dd ce voyage fameux d'où vous aviez remporté tant de gloire, et de si belle* espérances \ Vanité des vanités , et tout est va* hité. C'est la seule parole qui me reste , c'est la seule réflexion que me permet dans un accident si étrange, une si juste et si sensible douleur. Aussi n'ai-je point parcouru les livres sacrés, pour y trouver quelque texte que je pusse appliquer à cette Princesse. J'ai pris sans étude et sans choix les premières paroles que me présente l'Ecclésiaste , où , quoique la vanité ait été si Souvent nommée , elle ne l'est pas encore assez. À mon gfé pour le dessein que je me propose* Je veux dans un seul malheur déplorer toutes les calamités du genre humain» et dans une seule mort, faire voir la mert et le néant de toutes les grandeurs humaines* Ce texte, qui convient à tous les états et à tous les évènemens de notre vie, par une raison, particulière, devient

Eropre à mon lamentable' sujet > puisque jamais ts vanités de la terre n'ont été si clairement découvertes, ni si hautement confondues. Non , après ce que nous venons de voir, la santé n'est qu'un nom, la vie n'est qu'un songe, la gloire n'est qu'une apparence , les grâces et les plaisirs ne sont qu'un dangereux amusement: tout est vain en nous , excepté le sincère aveu que nous faisons devant Dieu de nos vanités , et le juge* ment arrêté , qui nous fait mépriser tout ce que nous sommes.

« Mais dis je la vérité ? L'homme que Dieu a fait à son image, n'est-il quHme ombre î Ce qute

fctf Oraison fanèhfê

Jésus-Christ est venu chercher du ciel en la terre-, ce qu'il a cru pouvoir 9 sans- se ravilir , acheter de tout son sarig , n'est-ce qu'un rien î Reconnoissons aotre erreur. Sans doute ce triste spectacle des vanité» humaines nous imposoit; et l'espé* rance publique , frustrée tout-à-coup par la mort de cette Princesse, nous poussoit trop loin. 11 ne faut pas permettre à l'homme de se mépriser tout entier; de peur que, croyant avec les impies , que notre vie n'est qu'un jeu où règne le tiasard , il ne marche sans régie et sans conduite au gré de ses aveugles désirs. C'est pour cela que l'Ecclésiaste, après avoir commencé son divin ouvrage par les paroles que j'ai récitées, après en avoir rempli toutes les pages du mépris des choses humaines , veut enfin montrer à l'honv» wae quelque chose de plus solide, et conclut tout son discours en lui disant : Crains Dieu , et garde ses commandemens ; car c'est là tout l'homme, et sache aue le Seigneur examinera 4ans son jugement tout ce que nous aurons/ait de bien ou de mal (t). Ainsi tout est vain en l'homme, si nous regardons ce qu'il donne au monde : mais au contraire , tout est important, si nous considérons ce qu'il doit à Dieu. * Encore une fois , tout est vain en 1 homme , si nous regardons le cours de sa vie mortelle; mais tout est précieux, tout est important, si nous contemplons le terme où elle aboutit, et le compte qu'il en faut rendre. Méditons donc aujourd'hui * è la vue de cet autel et de ce tombeau , la première et la dernière parole de l'Ecclésiaste; l'une qui nous montre le néant de l'homme ; l'autre f qui établit sa grandeur. Que ce tombeau nous

{i) Deum lime , et mandata, ejits observai hoc est enim emnis homo : et cuncta qum fiunt addncet Deus in judiçium t &m kwmm A *ive matma illvd "'. Ifcel. xi), *3* i*fr

de Madame , duchesse d'Orléans. fô

convainque de notre néant i pourvu que cet autel , où Ton offre tous les jours pour nous une

Victime d'un si grand prix, nous apprenne ea même temps notre dignité. La Princesse que nous pleurons sera un témoin fidèle de l'un et de Tau* tre. Voyons ce Qu'une mort soudaine lui a ravi, voyons ce qu'une sainte mort hii a donné. Ainsi nous apprendrons à mépriser ce qu'elle a quitté sans peine, aflp d'attacher toute notre estime A ce qu'elle a embrassé avec tant d'ardeur , lorsque son ame , épurée de tous les senti meus de la terre , et pleine du ciel où e|ie touchoit , a vu la lumière toute manifeste. Voilà les vérités que j'ai à traiter, et que j'ai cru dignes d'être proposées à un si grand Prince , et à la plus illustre assemblée de l'univers.

Nous mourons tous 9 disoit cette femme dont l'Ecriture a loué la prudence au second livre des Rois, et nous allons sans cesse au tombeau, ains\i que des eaux qui se perdent sans retour (i). En effet, nous ressemblons tous à des eapx cou; >

jes. De quelque superbe distinction que se fiaUeqt les hommes , ils ont tous; une même origine, et Cette origine est petite. Leurs années se poussent

^successivement comme des flots : ils ne cessent de découler ; tant qu'enfin après avoir fait un peu 'plus de bruit, et traversé un peu plus de pays

les uns que les autres, ils vont tous ensemble se confondre dans un abîme où Ton ne reconnoît

'plus ni Princes, ni Rois, ni toutes ces autres qualités superbes qui distinguent les hommes $ de

'même que ces fleuves tant vantés demeurent sans

"nom et sans gloire , mêlés dans l'Océan avec les rivières les plus inconnues..

Et certaiaement , Messieurs , si quelque chose

(i) Omnes morimùr ; et quasi arpur dilMmur in terram t quœ . non revertenttir, a, Hef 9 z jr, «4»

% Oraison funèbre

Ïouvoit élever les homme > au-dessus de leur ïon rmité. naturelle; si l'origine qui nous est coin* mune souffroit quelque distinction solide et durable entre ceux que Dieu a formés de la même terre, qu'y au r oit-il dans l'univers de plu» distingué que la Princesse dont je parle l Tout ce que peuvent faire non-seulement la naissance et la fortune, mais encore les grandes qualités de l'esprit pour l'élévation d'une Princesse , se trouve rassemblé , et plus anéanti dans la notre» De quelque coté que je suive les traces de sa glorieuse origine , je ne découvre que des Rois , et par-tout je suis ébloui de l'éclat des plus augustes couronnes. Je vois la maison de France ta plus

rinde, sans comparaison, de tout l'univers, et qui les plus puissantes maisons peuvent bien céder sans envie , puisqu'elles tâchent de tirer leur gloire de cette source. Je vois les Rois d'Ecosse , les Rois d'Angleterre oui* ont régné depuis tant de siècles sur une des plus belliqueuses nattions de l'univers , plus encore par leur courage épie par l'autorité de leur sceptre. Mais cette Princesse née sur le trône, avoit l'esprit et le cœur ■plus haut que sa naissance. Les malheurs de sa maison n'ont pu l'accabler dans sa première jeunesse, dès-lors on vovoit en elle une grandeur qui ne devoit rien à sa fortune. Nous disons avec joie que le ciel Pavoh arrachée comme par miracle, des mains des ennemis du Roi son père , pour la donner à la France : don précieux , inestimable présent , si seulement la possession en eivoit été plus durable 1 Mais pourquoi ce souvé* air vient-il m'interrompre ? Hélas I nous ne pouvons un moment arrêter les veux sur la gloire de la Princesse, sans que la mort s'y mêle aussi* tôt pour tout offusquer de son ombre. O mort! dloigne-toi de notre pensée , et laisse-nous tromper pour un peu de tempe la violence ée netrt

de Madame, duchesse d'Orléans. 5$ douleur par le souvenir de notre joie. Souvenez* vous doue , Messieurs , de l'admiration que 1* Princesse d'Angleterre donnoit à toute la Cour. Votre mémoire vous la peindra mieux avec tous ses traits et son incomparable douceur , que no pourront jamais faire toutes mes paroles. Elle croissoit au milieu des bénédictions de tous les peuples 9 et les années ne cessoient de lui apporter de nouvelles grâces. Aussi la Reine sa mère, dont elle a toujours été la consolation, ne l'aimoit pas plus tendrement que faisoit Anne 4*Espagne. Anne , vous le savez , Messieurs , ne trouyoit rien au-dessus de cette Princesse. Après noua avoir donné une Reine , seule capable 9 par sa

|)iété , par ses autres vertus royales , de soutenir a réputation d'une tante si illustre, elle voulut» pour mettre dans sa famille ce, que l'univers <avoit de plus grand, que Philippe de France., son jecond fils, épousât la princesse Henriette ; et quoique le Roi d'Angleterre , dont le cœur égale )a sagesse* sût que la Princesse sa sœur , re* cherchée de tant de Rois , pouvait honorer un trône, il lui vit remplir avec joie la seconde place 4e France , que la dignité d'un si grand royaume peut mettre en comparaison avec les premrerea du reste du monde* . .

Que si son rang la distinguoit , j'ai eu raison s de yous dire qu'eue étoit encore plus distinguée .par son mérite. Je pourrois vous faire remarquer qu'elle connoissoit si bien la beauté des ouvragée de l'esprit , que l'on cro yoit avoir atteint la perfection 9 quand on avoit su plaire à Madame» Je pourrois encore ajouter que les plus sages et les plus expérimentés admiroient cet esprit vif et perçant, qui embraasoit sans peine les plus

Î grandes affaires , et pénétroit avec tant de jacf» \\è dans les plus secrets intérêts. Mais pourquoi jfQ'iXeùàxt sur «nae. matjèse. où je puis, tout dira

SA Oraison funèbre

•n un mot ? Le Roi dont le jugement est mê rèfjle toujours sûre , a estimé la capacité de cette Prmcesee , et l'a mise par son estime , au<kssu* de tous /nos éloges.

Cependant, ni cette estime, ni toue ces grande avantage», n'ont pu donner atteinte à sa modestie. Toute éclairée qu'elle étoit , elle n'a point présumé de ses connoissances , et jamais ses lainières ne l'ont éblouie. Rendez témoignage à ce ■que je dis , vous que celte grande Princesse a -honorés de sa confiance. Quel esprit avez- vous trouvé plus élevé? Mais quel esprit avez-vous ârouvé plus docile f Plusieurs, dans la crainte rfétre trop faciles, se rendent inflexibles à la raison, et s'affermissent contr'elle. Madame s'éloi- £noit toujours autant de la présomption que de la faiblesse; également estimable, et de ce qu'elle aavoit trouver les sages conseils , et de ce qu'elle étoit capable de les recevoir. On les sait bien connottre , quand on fait sérieusement l'étude qui pJaisoit tant a cette Princesse. Nouveau genre d'étude, et presque inconnu aux personnes de «on âge et de son rang; ajoutons, si voua voulez, de son sexe. Elle étuaioit ses défauts, elle «imoit qu'on lui en nt des leçons sincères : marque assurée d'une ame forte que sts fautes ne dominent pas , et qui ne craint point de les envisager de près par une secrète confiance des ressources qu'elle sent pour les surmonter, C'étoit le dessein d'avancer dans cette étude de la sagesse y qui la tenoit si attachée à la lecture de l'histoire, qu'on appelle avec raison la sage conseillère des Princes. C'est là que les plus grands Rois n'ont plus de rang que par leurs vertus , que dégradés à jamais par las mains de Ta mort, ils viennent subir, sans Cour, et sans suite, le jugement de tous les peuples et de tous les siècles» C'est là qu'on découvre qui le lustre qui vient dt

de Madame , duchesse d 'Orléans. Sf le flatterie est superficiel, et que les fausses cou* leurs, quelque industrieusement qu'on les applique , ne tiennent pas. Là notre admirable Princesse étudioit les «devoirs de ceux, dont la vie compose l'histoire : «Ho y pet doit insensiblement le goût des romans et de leurs fades héros * e| soigneuse de se former sur le vrai, elle méprisoit ces- froides et dangereuses fictions. Ainsi sous un visage riant , sous cet air de jeunesse qui senw . bloit ne promettre que des jeux , elle cachoit un sens et un sérieux, dont ceux qui traîtoient avec elle étoient surpris.

Aussi pou voit-on sans crainte lui confier le» plus grands secrets. Loin du commerce des affaires et de la société des hommes, ces âmes san» force , aussi-bien que sans foi , qui ne savent pas retenir leur langue indiscrète !

(i) Ils ressemblent, dit le Sage, aune ville sans murailles ) qui est ouverte de toutes parts 9 et qui devient la proie du premier venu. Que Madame était au-dessus de cette foi blesse !. Ni 1» surprise , ni l'intérêt, ni la vanité, ni l'appât d'une flatterie délicate, ou d'une douce conversation, qui souvent épanchant le cumr en fait •échapper le secret , n'étoit capable de lui faire découvrir le sien; et la sûreté quion trou voit en, -cette Princesse, que son esprit rendoiï si propre «aux grandes affaires, lui faispit confier les plu» importante».

Ne penseg pas que je veuille, en interprète té* méraire des secrets «de l'Etat , discourir sur le» • voyage d'Angleterre, ni que j'imite ces politique» spéculatifs , qui arrangent suivant leurs idées le» conseil» de» Rois, et composent sa*s instruction»

(i) Sirut nrhs païens : et absqiu mworwtt mmbitu , ha vit qui non potes* m loquênfa c+hibçre êpirititm Jiaupfc Sfov* »T* a8.

S0 Oraisèti funèbre

les annales de leur siècle. Je ne parlerai dé cf voyage glorieux que pour dire que Madame y fut admirée plus que jamais. On ne parloit qu'avec transport de la bonté de cette Princesse , qui .mal* greV les divisions trep ordinaires dans les Cours, lui gagna d'abord tous lés esprits. Ou ne pouvoit assez louer son incroyable dextérité à traiter les affaires les plus délicates , à guérir ces défiances cachées, qui souvent les tiennent en suspens, et à terminer tous les différends d'une manière qui concilioit les intérêts les plus opposés* Mais qut pourrait penser , sans verser des larmes * aux marques d'estime et de tendresse que lui donna le Roi son frère ? Ce grand Roi , plus capable encore d'être touché par Je mérite que par le sang, ne se lassoit point d'admirer les excellentes qualités de Madame. O plaie irrémédiable ! Ce qui fut en ce voyage le sujet d'une si juste admira-* tion, est devenu pour ce Prince le sujet d'une douleur qui n'a point de bornes. Princesse, le digne lien des deux plus grands Rois du monde, pourquoi leur avez-vous été sitôt ravie î Ces deux grands Rois se connaissent, c'est l'effet de$ soins 4e Madame : ainsi leurs nobles inclinations concilieront leurs esprits, et la vertu sera entr'eux «ne immortelle médiatrice. Mais si leur union ne perd rien de sa fermeté, nous déplorerons éternellement Qu'elle ait perdu son agrément le plus doux , et qu'une Princesse si chérie de tout l'univers , ait été précipitée dans le tombeau, pendant que la confiance de deux si grands Rois l'eV levoit au comble de la grandeur et de la gloire. La grandeur et la gloire I Pouvons-nous encore entendre ces noms dans ce triomphe de la mort ( Non, Messieurs ; je ne puis plus soutenir ces grandes paroles , par lesquelles l'arrogance humaine tâche de s'étourdir elle-même , pour ne pas apercevoir soa néant. B t»t temps de foûy

de Madame, duchesse d Orléans. Sg

Voir que tout ce qui est mortel , quoiqu'on ajoute par le dehors pour le faire paroi ire grand, est par son fond incapable d'élévation. Ecoutez à ce propos le profond raisonnement, non d'un philosophe qui dispute dans une école , ou d'un religieux qui médite dans un cloître ; je veux coi* fondre le monde par ceux que le monde même; révère le plus , par ceux qui le conhoissent le mieux, et ne lui veux donner pour le convaincre, que des docteurs assis sur le trône, (i) O Dieu! dit le Roi prophète, vous avez fait mes jours mesurables , et ma suas tance n'est rien devant vous. Il en est ainsi , Chrétiens : tout ce qui se mesure finit ; et tout ce qui est né pour finir n'est pas tout-à-fait sorti du néant où il est sitôt replongé. Si notre être, notre substance n'est

rien, tout ce que nous bâtissons dessus, que peut-» il être î Ni l'édifice n'est plus solide que le fonde* meut, ni l'accident attaché à l'être , plus léel que l'être même. Pendant que la nature nous tient si bas , que peut faire la fortune pour nous élever r Cherchez , imaginez parmi les hommes les différences les plus remarquables; vous n'en trouverez point de plus ni arquée , ni qui vous paroisse; plus effective que celle qui relève le victorieux au-dessus des vaincus qu'il avoit étendu a ses pieds. Cependant ce vainqueur , enflé de $es titres, tombera lui-même a son tour entre les mains de la mort. Alors ces malheureux vaincus rappelleront à leur compagnie leur superbe triompha* leur i et du creux de leur tombeau sortira cette voix qui foudroie ^toutes les grandeurs (2) : Vous voilà blessé comme nous, vous êtes devenu

(1) Ecce meiumràkMes posuisti aies mees , et suistandé mea tanquam.nihihtm ente te. Pi. xxx v. j. &

(a) Ecce tu vulnerattu e* , tùut et mes; Pétrit simil§f efecttu ##• fa» *iy. *o.

> £« . Oraison funèbre • - -

semblable à nous* Que la fortune ne tente doii$ pas de noos tirer du néant , ni de forcer la bas* sesse de notre nature*

Mais peut-être au, défaut de laf fortune les qualités de l'esprit , les grands desseins , les vastes pensées pourront .Jiois distinguer du reste des nommes. Gardez- vous bien de le croire , parce que toutes nos pensées, qui n'ont pas Dieu pour objet» sont du domaine de la mort, (i) Ils mourront , dit le Roi prophète , et en ce jour pérU ront toutes les pensées. C'est-à-dire , les pensées des conquérans , les pensées des politiques qui auront imaginé dans leurs cabinets des desseins où .le monde entier sera compris. \Ï9 se seront munis de tous côtés par des précautions infinies; enfin ils auront tout prévu , excepté leur mort , qui emportera en un moment toutes leurs pensées.

C'est pour cela que l'Ecclésiaste , le roi Salomon, fils du roi David ( car je suis bien aise de vous faire voir la succession de la même doctrine dans tin même trône:) c'est, dis-je, pour cela que l'Ecclésiaste , faisant le dénombrement des illusions qui .travaillent les enfans des hommes, y comprend la sagesse même. Je me suis , dit-il , appU* que à la sagesse , et j'ai vu que c*étoit encore une vanité (2) ; parce qu'il y a une fausse sagesse qui , se renfermant dans l'enceinte des choses mortelles , s'ensevelit avec elles dans le néant -Ainsi je n'ai rien fait pour Madame , quand je vous ai représenté tant de belles qualités qui (a rendoient admirable au monde, et capable des

J)lus hauts desseins où une Princesse puisse s'éever. Jusqu'à ce que je commence à vous raconter ce qui l'unit à Dieu , une si illustre Princes**

(t) In illa die peribunt omnts co gi ta t ion ? * eomm, P*

(%) ÈccL a» 1% 17,

ne Madame, duchesse et Orléans. ôf He pafoîtra dans ce discours , que comme un exemple le plus grand qu'on se puisse proposer , et le plus capable de persuader aux ambitieux qu'ils n'ont uutun moyen de se distinguer , ni

{>ar leur naissance , ni par leur grandeur , ni par eur esprit , puisque la mort qui égale tout, les domine de tous côtés avec tant d'empire , et que d'une main si prompte et si souveraine elle reri* verse (es tètes Les plus respectées. *

Considérez , Messieurs , ces grandes puissances que nous regardons ici-bas. Pendant que nous tremblons sous leur main , Dieu les frappe pouîr nous avertir. Leur élévation en est la cause, et il les épargne si peu» qu'il ne craint pas de la* sacrifier à l'instruction du reste des hommes chrétiens : ne murmurez pas si Madame a été choisie pour nous donner une telle instruction. 11 n'y a rien ici de rude pour elle, puisque, comme vout le verrez dans la suite, Dieu la sauva par le même coup qui nous instruit. Nous devrions être convaincus de notre néant: mais s'il faut des coups de surprise à nos cœurs enchantés de l'amour du monde , celui-ci est assez grand et assez terrible, O nuit désastreuse! ô nuit effroyable , où retentit tout-à-coup, comme un éclat de tonnerre, cette étonnante nouvelle : Madame se meurt, Madame est morte 1 Qui de nous ne se sentit frappé à ce coup , comme si quelque tragique accident avoit désolé sa famille? Au premier bruit d'un mal si étrange , on accourut à Saint-Cloud de toutes parts ; on trouve tout consterné , excepté le cœur de cette Princesse. Par-tout on entend des cris ; par-tout on voit la douleur et le désespoir, et l'image de la mort. Le Roi, la Reine, Monsieur, toute la Cour, tout le peuple, tout est abattu, tout est désespéré, et il me semble que je vois l'accomplissement de cette parole du ^Prophète : Le Roi pleurera 9 le Prince sera désolé ;

0s Ùràison funébte

et les mains tomberont au peuple de douleur H d'étonnement (i).

Mais et les Princes et lès peuples gémissaient en vain. En vain , Monsieur , en vain le Roi même tenoit Madame serrée par de si étroits embrassemens. Alors ils pou voient dire l*un et l'autre avec Saint Ambroise: Stringebam brachla , sed jatft emUeram quatn tenebam (a) ; je serrois les* bras i mais j 'a vois déjà perdu ce que je tenois. La Princesse leur échappoit parmi des embrassemens si tendres , et la mort plus puissante nous ï'enlevoït entre ces royales matas* Quoi donc , elle devoit périr sitôt ! Dans la plupart des hommes les changemens se font peu k peu, et la mort les prépare ordinairement a son dernier coup» Madame cependant a passé du matin au soir, ainsi que l'herbe des champs. Le matin elle fleurissoit; avec quelles grâces, vous Ke savez: le soir nous la vîmes séchée , et ces fortes expressions , par lesquelles l'Ecriture sainte exagère l'inconstance des choses humaines, dévoient être pour cette Princesse si précises , et si littérales. Hélas I nous composions son histoire de tout ce qu'on peut imaginer de plus glorieux. Le passé et le présent nous garantissaient l'avenir, et on pouvoit tout attendre de tant d'excellentes qualités. Elle alloit s'acquérir deux puissans royaumes par des moyens agréables: toujours douce, toujours paisible autant que généreuse et bienfaisante ; son crédit n'y auroit jamais été odieux: on ne l'eût point vue s'attirer la gloire avec une ardeur inquiète et précipitée; elle l'eût attendue sans impatience , comme sûre de la posséder. Cet attachement qu'elle a montré si fidèle pour le Roi jusqu'à la

(i) Rtxlugebit, et princeps induetur nutrorc , et fopuli terrœ conturbabuntur. Ececb. yij. «7»

h <a) Orat. de On. Sat. Pr.

de Madame, duchesse £ Orléans* 65 mort , lui en doitnoit les moment. Et certes , c'est le bonheur de nos jours, que l'estime se puisse joindre avec le devoir, et qu'on puisse autant s'attacher eux mérites qu'à la personne du Prince qu'on en révère la puissance et la majesté. Les inclinations de Madame ne l'atta* choient pas moins fortement à tous ses autres devoirs, La passion qu'elle ressentait pour la gloire de Monsieur * n'avoit point de borne». Pendant que ce grand Prince , marchant sur Îm pas de son invincible frère, secondoit avec tant de valeur et de succès ses grands et héroïques desseins , dans la campagne de Flandre, Ja joie de cette Princesse étoit incroyable» C'est ainsi que ses généreuses inclinations la menoient à la gloire par les voies que le monde trouve les plus belles : et si quelque chose enanfuoit encore à son bonheur, elle eût tout gagné par sa douceur et par sa conduite. Telle étoit l'agréable histoire que nous faisions cour Madame ; et pour achever ces nobles projets, il n'y avoit que la durée de sa vie , dont nous ne trayions pas devoir être en peine. Car. qui eût pu seulement penser que les années eussent dû manquer à une jeunesse qui sembloit si vive l Toutefois c'est par cet endroit que tout se dissipe eu un moment. Au lieu de l'histoire d'une belle vie, nous sommes réduits à faire l'histoire d'une* admirable , mais triste mort. A la vérité , Messieurs, rien n'a jamais égalé la fermeté de son ame , ni ce courage paisible , qui , sans faire effort pour s'élever, s'est trouvé par sa naturelle situation an-dessus des accidens les plus redoutables. Oui , Madame fut douce envers la mort , comme elle l'étoit envers tout le monde. S09 grand cœur , ni ne s'aigrit ni ne s'emporta contr'elle. Elle ne la brave pas non plus avec fierté ; contente de l'envisager sans émotion, et de 1*

(J4 Oraison funèbre - - ■ » j

recevoir sans, trouble. Triste consolation, puisque malgré ce grand courage nous l'avons perdue [ C'est la grande vanité de$ choses humaines. Après, que par le dernier effçt de notre courage nou| avons, pour ainsi dire, surmonté la mort, elll

éteint en nous jusqu'à ce courage , par nous semblions la défier. La voilà , malgré cl grand cœur, cette Princesse si admirée.* et 4 chérie ! La voilà telle que la mort nous l'a faite, encore ce reste, .tel quel , va-t-il disparaître; cettf ombre de gloire va s'évanouir , et nous l'allonl voir dépouillée même de cette triste décoration* Elle va descendre à ces. sombres lieux, à cei, demeures souterraines, pour y dormir dans U poussière avec les grands de la terre, coipml parle Job; avec ces Rois et ces Princes anéantis» parmi lesquels à peine peut-on la placer , tant les rangs y sont pressés , tant la mort est promet à remplir ces places. Mais ici notre imaginaûol nous abuse encore. La mort ne nous laisse pal assez de corps pour occuper quelque place, 4 on ne voit la que des tombeaux qui fassent quel* que figure. Notre chair change bientôt de nature! notre corps prend un autre nom, même celui dl cadavre, dit Tertullien (î), parce qu'il noul montre encore quelque forme humaine , qui n* lui demeure pas long-temps; il devient un je ne sais quoi , qui n'a .plus de nom dans aucune Jam gue : tant il est vrai que tout meurt en lui* j»f qu'à ses termes funèbres par desquels on exprimai* ses malheureux restes.

> C'est ainsi que la puissance divine, justement irritée contre notre orgueil , le pousse jusqu'*"! néant; et que pour égaler à jamais les condition* i

(l) CadU in originem terrain , et cadàveris nomen , «* isto quoque nomine peritura , in nulhtmindè jam nomen, i» bmnis jm vocabuli mttrtem. Tert, de resurr. carai*»

de Madame , duchesse d f Orléans \ 6S

(Ile ne fait de nous tous qu'une même cendre,

*eut-on bâtir sur ces ruines? Peut- on appuyer

Quelque grand dessein sur ce débris inévitable

Mes choses humaines! Mais quoi, Messieurs, tout

ftst-ii donc désespéra pour nous ) Dieu qui four

froie toutes nos grandeurs \ jusqu'à les réduire

ph poudre , ne nous- laisse-t-il aucune espérance f

\j\ï\, aux yeux die qui rien ne se perd, et qui

fait toutes les parcelles de nos corps, en quelque

endroit écarté du monde que la corruption , où

p hasard les jette, verra- t-ilpérir sans ressource,

H qu'il, a fait capable de le connoitre et de l'ai-

' er f Ici un nouveï ordre de choses se présente

moi; les ombres de la wkjrt sa dissipent; les

nés nçe sont ouvertes à la véritable vie (i),

acjame n'est plus dans le tombeau; la mort qui

iembfoit tout détruire a tout rétabli ? voici le se-

et de TEccIésiaste, que je vous evois marqué

s le. commencement de ce discours , et dont il

ut maintenant découvrir le foncj.

\\ faut doue penser, Chrétiens, qu'outre le

rapport que nous avons du côté du corps 1 , avec

[a nature changeante et mortelle , nous avons d'un

K:re côté un rapport intime .et une secrète ni té avec Dieu; parce que Dieu même a mis Quelque chose eu nous, qui peut confesser la rérité de. son être, en adorer la perfection, en idmirer la plénitude ; quelque chose qui peut se fou mettre à sa souveraine puissance , s'abandonner \ sa haute et incompréhensible sagesse, se confier m sa bonté*, craindre sa justice, espérer son éternité'. De ce. côté , Messieurs, si l'homme croît Ivoir en lui dé l'élévation, H ne se tromper* las. Car comme il est nécessaire que chaque feose soit réunie à son principe , et que c'est pour

(l) tfotas rrp&U feçisti viaç **&*. P#. if . ie>

66 Oraison funèbre

cette raison, dit l'Ecclésiaste (i), que le torp$ retourne à la terre , dont il a été tiré ; iirfeut par la suite du même, raisonnement , que ce qui porte en? nous la marque divine, ce qui est capaoï^ de s'unir à Dieu , j soit aussi rappelé. Or ce q doit retourner à Pieu, qui est la grandeur pi mjtive et essentielle, n'est-il pas erand et élevé Cest pourquoi , quand je tous ai dit que la graudeur et la gloire n*étoient parmi nous que dej noms pompeux, vides de sens et de choses, il regardois le mauvais usage que nous faisons 4 ces termes. Mais pour aire la vérité dans tout) aon étendue, ce n'est m l'erreur, ni la vaniti qui ont inventé ces noms magnifiques ; au cou* traire , nous ne les aurions jamais trouvés, si nom n'en avions porté le fonds en. nous-mêmes. Cal où prendre ces nobles idées dans le néant! L| faute que nous faisons , n'est donc pas de nouj être servis de ces noms; c'est de les avoir appi qués à des objets trop, indignes. Saint Chrvsoj tome a bien compris cette vérité, quand il a dit Gloire , richesses, noblesse, puissance pour & hommes du monde , ne sont que des noms; poM nous, si nous servofis Dieu, ce sont des cho ses (a). Au contraire la pauvreté , la honte , t mort , sont des choses trop effectives et tro\ réelles pour eux : pour nous , ce sont seiflemen des noms (5) , parce que celui qui s'attache Dieu ne perd ni $es biens , ni son honneur , a sa vie. Ne vous étonnez donc pas si rjLcclésiast dit souvent : Tout est vanité, tt s'explique; fou est vanité sous le soleil , c'est-i-dire , tout ce qi est mesuré par le* années , tout ce qui est empprl

. <i) Revertatur pulvjs ad terrai* auu*t »»•>■**♦* *ij* 7- Spûitus ndeat ad Deum qui dédit ifhmh *k*4>

1%) Hom. r 19. in MattJ*.

4p) Ec«l. ç. a. *{. *• tt. ^

de Madame, duchesse- d'Orléans. Gp

r ^ar la rapidité du temps. Sortez du temps et du changement; aspirez à l'éternité: la vanité ne ycrtis tiendra plut asservis. Ne vous étonnez pa»

i si le même gcclésiaste (i) méprise tout en nous, jusqu'à la sagesse, et ne trouve rien (Je meilleur

Îue de goûter en repos le fruit de son travail, >a sagesse dont il parle en ce Heu , est cetfe sai gesse insensée f ingénieuse à 9e tourmenter , habile i se tromper e)le-même, qui se corrompt I dans le présent, qui s'égare dans l'avenir , qui ^ par beaucoup de raisonnemens et de grands eff torts 9 ne fait que se consumer inutilement en 1 amassant des choses que le vent emporte, jhfé / s'écrie ce sage Roi , y a-t-il rien de si vain (2) \ Et \ n'a-t^il pas raison <Je préférer la simplicité d'une vie particulière, qu} goûte doucement et innocemr \ menjt ce peu de bien que Ja nature nous abonne 9 1 au y soucis et aux chagrins des avares, aux songes I inquiets des ambitieux I filais cela mfme , 4it-il , v ce repos, cette douceur de (a vie, est encore une yanité (5) , parce que la rnqrt trouble et emporte 1 tout* Laissons-lui donc mépriser tous les états de ! cette YÎe, puisqu'enfin de quelque côté qu'on s'y » Jour ne, on voit toujours la mort en face , qui 1 Couvre de ténèbres tous nos plus beaux jours.» t Laissons-lui égaler Je fou et Je cage , et même je> - ne craindrai pas de Je dire hautement en cette chaire, laissons-lui confondre l'homme avec la bête : Unus inferitits est hopiinis et fumentorum (4), En effet , jusqu'à ce que nous avons trouvé la Véritable sagesse; tant que nous regarderons l'homme par les -jeux du corps , sans y déméjer par

(1) Eco!. 1. 17. t. is> *4.

1 (a) Et est quidquatn tan* cernai»! Ecd. j>. 19, (3) VIM <fuod fiqc f*oyve e**<* «pftftf* Ceci. i|. | f fa* Vij. io.

(j) Eccl. 5» f(fc

88 Oraison funèbre

l'intelligence ce seer^t principe de toutes net actions; qui étant capable de s'unira Dieu, doit nécessairement y retourner , que de folles inquiétudes j Et* que verrons-nous dans notre mort, qu'une vapeur qui s'exhale, que des esprits qui S'épuisent , que de% ressorts qui se démontent et se déconcertent, enfin qu'une machine qui se dissout, et qui se met en pièces : ennuyés de ces vanités , cherchons ce qu'il y a de grand et de solide en nous, Le Sage nous l'a montré dans les dernières paroles de l'Ecclésiaste : et bientôt Madame nous le fera paroître dans les dernières actions de sa vie. Crains Dieu , et observe ses commandemens : car c'est là tout l'homme (i) : comme s'il disoit : ce n'est pas l'homme que j'ai méprisé , ne le croyez pas ; ce sont les opinions , ce sont les erreurs par lesquelles l'homme abusé se déshonore lui-même. Voulez-vous savoir en un mot ce que c'est que l'homme l Tout son devoir, tout son objet, toute sa nature, c'est de craindre Dieu ; tout le reste est vain, je le déclare; mais aussi tout le reste n'est pas l'homme. Voici ce qui est réel et solide, et -ce que la mort ne peut enlever : Car , ajoute l'Ecclésiaste , Dieu examinera dans son jugement tout ce que nous aurons fait . de bien et de mal. IL est donc maintenant aisé de concilier toutes choses. Le Psalmiste dit, qu'à la mort périront toutes nos pensées ; oui ,; celles que nous aurons laissé emporter au monde , dont la figure passe et s'évanouit. Car encore que notre esprit soit de nature à vivre toujours , il aban* donne à la mort tout ce qu'il consacre aux choses mortelles , de sorte que nos pensées qui doivent être incorruptibles du côté de leur principe , devient périssable du côté de leur objet. Vouleztous sauver quelque chose de ce débris universel,

<i) Eccl. îa. 19.

de Madame, duchés fc d % Orléans. B§

à> inévitable ? Donnez à Dieu vos afïectieus ; nulle force ne vous ravira ce que vous aurez déposé en ee* mains divines. Vous pourrez hardiment mépriser la mort , à l'exemple de notre héroïne chrétienne. Maie afin de tirer d'un si bel exemple toute l'instruction qu'il nous peut donner , entrons dans une profonde considération des conduites de Dieu sur elle, et adorons en cette Princesse le mystère de la prédestination et de la grâce»

Vous savez que toute la vie chrétienne , qu# tout l'ouvrage de notre salut est une suite continuelle de miséricordes : mais le fidèle interprète /du mystère de la grâce, je veux dire le grand Augustin, m'apprend cette véritable et solide théologie, que c'est dans la première grâce, et dans la dernière, que la grâce se montre, c'e3t-à»dire p ~

Îue c'est dans la vocation qui nous prévient, et ans la persévérance finale qui nous couronne 9 que la bonté qui nous sauve paroit toute gratuite et toute pure. En effet, comme nous changeons deux fois d'état, en passant premièrement des ténèbres à la lumière, et ensuite de la lumière imparfaite de la foi, i la lumière consommée de la gloire; comme c'est la vocation qui nous inspire la foi , et que c'est la persévérance qui noue transmet à la gloire , il a plu à la divine bonté de se marquer elle-même au commencement de ces deux états par une impression illustre et particulière ; afin que nous confessions que toute Isj, vie du chrétien, et dans le temps qu'il espère , et dans le temps qu'il jouit, est un miracle de grâce. Que ces deux principaux momens de la grâce ont été bien marqués par les merveilles que Dieu a faites pour le salut éternel de Henriette 4'Ângletere 1 Pour la donner à l'Eglise , il a fallu renverser tout un grand royaume. La grandeur de La maison d'où elle est sortie , n'étoît uour elle jgu'un engagement plus étruit dans te schisme d#

70 Oraison funèbre

?es ancêtres ; disons des derniers de ses ancêtres, puisque tout ce cjui les précède, à remonter jus» qu'aux preinjers temps, est si pieu* et si cathoe lique. Mais si les lois de l'Etat s'opposent à soi| salut éternel, Dieu ébranlera tout l'Etat pour l'afr franchir de ces lois, Jl me{ les âmes à ce prix, }1 remue Je ciel et la terre pour enfanter des élus ; è)t comme rien ne lui est cher que ces en fans de la dilection éternelle , que ces membres insépara* !>les de sorç fils bien-aimé, rien ne lui coûte pourvu qu'il les sauve, Notre Princesse est persécutée *vant de naître, délaissée aussitôt que mise au inonde, arrachée en naissant à la piété d'une mère catholique, captive dès le berceau de§ ennemi* implacables de sa maison; et ce qui étoit plu; déplorable, captive des ennemis de l'Eglise; par conséquent destinée premièrement par sa glorieuse naissance, et ensuite par sa malheureuse captif

Ïité , à l'erreur et £ l'hérésie, Mais le sce*u de )ieu étoit sur elle, plie pouvoit dire avec le Pro? phète: Mon père et ma mère m'ont abandonnée ; mais le Seigneur m'a reçue en sa protection (1). Délaissée de toute la 'terré dès ma naissance , je fus comme jetée entre les bras de Sa providence* ' paternelle , et. dès le ventre de ma mère il se déclara mon Dieu (2). Ce fut à celte garde fidèle que la ïieine sa niè'rè commît ce précieux dépôt, i^lle ne fut point tronipëe dans sa confiance. Deu$ ans après, un coup imprévu et qui tenoit du feiracle, délivra la princesse des mains des rebelles. Malgré les tempêtes de l'Océan, et les agi* tations encore plu? violentes de la terre , Dieu tft prenant sur ses ailes , comme l'aigle prend ses petits, }a porta lui-même dans ce royaume , lui* jrnème la £osa dans Le sein de I3 Reine sa mère, qu plutôt <jkn? le s^ixi 4 e l'Egée catholique. Là,

âe Madame* duchesse d'Orléans. 7% elle apprit les maximes de la piété véritable ; moins par les instructions qu'elle y recevoit, que far les exemples vivans de cette grande et reli-

gVusé Reine. Elle a imité ses pieuses libéralités* >s aumônes toujours abondantes se sont répandues principalement sur les catholiques d'Angleterre, dont elle a été la fidèle protectrice. Digne fille de Saint Edouard et de Saint Louis , «lie s'attacha du fond de son cœur à la foi de ces deux frands Rois. Qui pourroit assez exprimer le zèb ont elle brûlôit pour le rétablissement de cet Us foi dans le royaume d'Angleterre , où l'on en con* «erve encore tant de précieux monumens ? Noua •avons qu'elle n'eôt pas craint d'exposer sa vie pour un si pieux dessein : et le ciel nous l'a ravie. O Dieul que prépare ici votre éternelle provt» dence l Me permettez-vous , ô Seigneur I 4'envisager en tremblant vos saints et redoutables cou* seils f Est-ce que les temps de confusion ne sont pas encore accomplis f Est-ce que )e crime qui fit céder vos vérités saintes à des passions malheureuses est encore devant vos veux , et que, vous a* l'avez pas assez puni par un aveuglement de plue ti'un siècle f Nous ravissez* vous Henriette par un effet du même jugement qui abrégea les jours jd% la reine Marie , et son règne si favorable a l'Eglise! Ou bien voulez-vous triompher seul? Et ep nous ôtant les moyens 'dont nos désirs se flattoient tf réservez-vous dans les temps marqués par <voto# prédestination éternelle, de secrets retours à l'Etat et à la maison d'Angleterre f Quoi quil en soit f ô grand Pieu ! recevez-en aujourd'hui les bienheureuses prérriiees en la personne de cette Princesse, Puisse toute sa maison et tout le royaume suivre l'exemple dé sa foi. Ce grand Roi qui remplit de tant de vertus îe ; tr6ne de $es ancêtres , et fait louer tous les jours la divine main qui l'y a ré- J*bti çom^ne par miracle , n'imgrouyerapas nptr*

y% Oraison funèbre

feèle, si nous souhaitons devant Dieu que lui et tous B93 peuples soient comme nous» Qpto apud Deurn , non tantiim te, sed etiam omnes fieri f

Îjualit et ego sunp (i). Ce souhait est fait pour es Rois , et Saint Paul étant dans les fers , 1* fit la première fois en faveur du roi Agrippa, mais saint Paul en exceptait «es liens, exçeptûf vinculis kis/ et nous, nous souhaitons prince paiement que l'Angleterre , trop libre dans sa croyance , trop licencieuse dans »e$ sentiniens , •oit enchaînée comme nous, de ce? bienheureux liens qui empêchent l'orgueil humain de s'égarer dans ses pensées, en le captivant fous l'autorité du Saint-Esprit et de l'Eglise.

Après vous avoir exposé le premier effet de la grâce de Jésus- Christ eu notre Princesse , H mis leste, Messieurs, à vous faire considérer le deiv nier qui couronnera tous les autres. C'est par cette) dernière grâce que la mort change de nature pour |es Chrétiens, puisqu'au lieu qu'elle jenibloit être faîte pour nous dépouiller de tout, elle cotât mence, comme dit l'Aptare, & nous revêtir et à nous assurer éternellement la possession des biens véritables. Tant que nous sommes détenus dans cette demeure mortelle, nous vivons, assujettis huit éhangemens, parce que } si vous me permettez de parler ainsi, c'es,t la Iqi du pays que npus habitons; et nous ne possédons aucun bien, même ^Uns l'ordre de le grâce , que npus ne puissions; perdre un moment après par la mutabilité* naturelle 4le nos désirs* Mais aussitôt qu'on cesse pour nous de compter les heures, et qe mesurer notre vie par les jours et par les années , sortis des figures qui passent et des ombres qui disparaissent t nc >°^ arrivons au règne de la vérité, où npus somme* affranchis d* la loi 4es ç^pemen», A\n# *9tre

de Madame, ducheste d'Orléans. j$ astte n'est plus en péril; nos résolutions ne va* cillent plus, la mort, ou plutôt la grâce de ta persévérance finale a la force de les fixer: et dé) même que le testament de Jésus-Christ, par lequel il se donne à nous, est confirmé à. jamais ,.sui* Tant le droit des testa mens et la doctrine de TA* pôtre, par la mort de ce divin testate r ; ainsi la mort du fidèle fait que ce bienheureux testament t par* lequel de notre côté nous nous donnons au Sauveur, devient irrévocable. Donc , Messieurs 9 si je vous fais voir encore une fois Madame aux prises avec la mort, n'appréhendez rien pour elle; quelque cruelle que* la mort vous paroisse, «île ne doit servir à cette fois que pour accomplir l'œuvre de la grâce , et sceller en cette Princesse) le conseil de son éternelle prédestination. Voyons donc ce dernier combat; maie encore un coup, affermissons- nous. Ne mêlons point de faiblesse à une si forte action , et ne déshonorons point, par nos larmes une si belle victoire. Voulez- vous voir combien la grâce qui a fait triompher Ma* dame , a été puissante î Voyez combien la mort a été. terrible. Premièrement, elle a plus de prisa sur une Princesse qui a tant à perdre. Que d'années elle va ravir à cette jeunesse! Que de joie elle enlève à cette fortune ! Que de gloire elle ôte à ce mérite 1 D'ailleurs, peut-elle venir ou* plus prompte ou plus cruelle 1 C'est ramasser toutes ses forces, c'est unir teut ce qu'elle a der plus redoutable, que dey joindre comme elle fait, aux plus vives douleurs l'attaque la plus imprévue. Mais quoique sans menacer , et sans avertir elle se fasse sentir toute entière dès le premier coup, elle trouve la Princesse prête. La grâce

Îilus active encore , l'a déjà mise en défense. Ni a gloire, ni la jeunesse n'auront un soupir. Utt regret immense de ses péchés ne lui permet pas de regretter autre chose. Elle demande le crucifix

y4 Oraison funèbre

*ut lequel elle avoit vu expirer la Reme sa beHemère , comme pour. y recueillir les .impressions de constance et de piété. que cette ame vraiment chrétienne , y a voit laissées avec les derniers soin pirs. À la vue d'un si grand objet, n'attendez pas de cette Princesse des discours étudiés el magnifique* ; une sainte simplicité fait ici toute sa grandeur. Elle s'écrie : O mon Dieu I pourquoi n'ai- je pas toujours mis en vous ma confiante î Elle s' afflige , elle se rassure , elle confesse hum* blement , et avec tous les sentimens d'une profonde douleur , que de ce. jour seulement elle commence à connokre Dieu , n'appelant pas le. connoUreque de regarder encore tant soit peu le. monde. Qu'elle nous parut au-dessus de ces. lâches chrétiens , qui s'imaginent avancer leur mort! quand ils préparent leur confession-, qui ne reçoivent les saints Sacranens que par force ; dignes r -Certes, de recevoir pour leur jugement ce mystère, de piété qu'ils ne reçoivent qu'avec répugnance» Madame appelle plutôt les prêtres que les médecins* Elle demande d'elle-même les Sacremens de l'Eglise, la pénitence avec componction, l'Eucharistie avec crainte, et puis avec constance % la Sainte Onction de? mourans avec un pieux empressement. Bien loin d'en être effrayée , elle veut la recevoir avec connaissance : elle écoute l'explication de ces saintes cérémonies , de cesprières apostoliques-, qui par une «espèce de charme divin suspendent les douleurs les plus viofentes, qui font oublier la mort ( je l'ai vu souvent ) à qui les écoute avec foi $ elle s'y conforme; on lui voit paisiblement présenter soi* corps à cette huile sacrée , ou plutôt au sang de Jésus, qui coule si abondamment avec cette liqueur. Ne croyez pas que ses excessives et insupportables douleurs aient tant soit peu troublé sa grande ame» Ah ! je ne veux plus tant admirer

âe Madame, duchesse ^Orléans» 7$

les braves, ni les conquérans. Madame m'a fait counoitre la vérité de cette parole du Sage (1^ :• Le patient vaut mieux que le fort ; et celui qui] dompte son cœur , vaut mieux que celui quV prend des villes. Combien* a-t-elle été maîtresse* du sien ? Avec quelle tranquillité a*t-elle satisfait ( à tous ses devoirs i Rappelez en votre pensée ce j qu'elle dit à Monsieur. Quelle force I quelle ten-j dresse ! O paroles qu'on voyôit sortir de l'aBon^ dance d'un cœur qui se sent au-dessus de tout ;' paroles que la mort présente, et Dieu plus pré-' sent encore , ont consacrées; sincère production] d'une ame , qui tenant du ciel, ne doit plus rieii ( à la terre que la vérité : vous vivrez éternellement dans la mémoire des hommes, mais sur-tout vous vivrez éternellement dans le cœur de cé v grand Prince. Madame ne peut plus résister aux larmes qu'elle lui voit répandre. Invincible par tout autfe endroit , ici elle est contrainte de céder. Elle prie Monsieur de se retirer, parce qu'elle ne\ veut plue sentir de tendresse que pour ce Dieu crucifié qui lui tend les bras. Alors qu'avons-nous vu? qu'ayoosrnous qui î Elle se conformoit aux ordres de Dieu ; elle lui ofïroit ses souffrances en expiation de ses fautes ; elle professoit hautement la foi catholique, et la résurrection des morts, cette précieuse consolation des fidèles mourans. Elle excitoit le zèle de ceux qu'elle a voit appelés pour l'exciter elle-même , ne voulant point qu'ils cessassent un moment de l'entretenir des vérités chrétiennes. Elle souhaita mille fois d'être plongée au sang de l'agneau; c'étoit un nouveau langage que la grâce lui apprenoit. Nous ne voyons en . elle, ni ostentation par laquelle on veut tromper les autres, ni ces émotions d'une ame allarmée,

(l) Melior est patiens viro forti , et qià dominatur animo ûuo 9 ejrpuçruitore iirbium. Pro?. ivj. 3ar.

56 Oraison Jhnêtre

par lesquelles on se trompe soi-même. Tout étoit

•impie , tout étoit solide , tout étoit tranquille , tout partoit d'une ame soumise, et d'une source sanctifiée par le Saint-Esprit.

En cet état, Messieurs, qu'avions- nous à de* mander à Dieu pour cette Princesse, sinon qu'il l'affermit dans le bien, et qu'il conservât en elle les dons de la grâce ? Ce grand Dieu nops exauçait; mais souvent, dît Saint Augustin, en nous exauçant, il trompe heureusement notre prévoyance. La Princesse est affermie dans le bien d'une manière plus haute que celle que nous attendions» Comme Dieu ne vouloit plus exposer aux illusions du monde les sentimens d'une piété si sincère , il a fait ce que dit le Sage (i). // s'est hâté. En efjfet , quelle diligence ! En neuf heures l'ouvrage est accompli. // s'est hâté de la tirer du milieu des iniquités. Voilà , dit le grand Saint Ambroise , la merveille de la mort dans les Chrétiens (2). Elle ne finit pas leur vie; elle ne finit que leurs péchés , et les 6érils où ils sont exposés. Nous nous sommes plaints que la mort , ennemie des fruits que nous promettait la Princesse, les a ravagés dans la fleur; qu'elle a effacé , pour ainsi dire , sous le pinceau même , un tableau qui s'avançoit à la perfection avec une incroyable diligence , dont les premiers traits , dont le seul dessein montroit déjà tant de grandeur. Changeons maintenant de langage; ne disons plus que la mort a tout d'un coup arrêté le cours de la plus belle vie du monde, et de l'histoire qui se commencent le plus noblement: disons qu'elle a mis fin aux plus grands périls dont une ame chrétienne peut être assaillie. Et pour ne point parler ici des tentations infinies, qui

(1) Properavit educere de média iniquitatum, Sap. iv. 14.

(4) Finis foetus est erroris, quia culpa, non natura dkfe^

cit. De kc no mord*. *>

âe Madame i duchesse <t Orléans. 77 attaquent £ chaque pas la foibiesse humaine , quel péril n'eût point trouvé cette Princesse dans sa propre gloire ? La gloire 1 Qu'y a-t-il pour le Chrétien de plus pernicieux et de plus mortel f Quel appât plus dangereux 1 Quelle fumée plus capable de (aire tourner les meilleures têtes. Considérez la Princesse ; représentez- vous cet esprit qui , répandu par- tout son extérieur , en rendok les grâces si vives ; tout étoit esprit , tout étok i>onté. Affable à tous avec dignité , elle savoit estimer les uns sans fâcher les autres ; et quoique le Siérite fût distingué , la foiblesse ne se sentoit pas édaignée. Quand quelqu'un trait oit avec elle, il sembloit qu'elle eût oublié son rang pour ne se soutenir que par sa raison. On ne s'apercevoit presque pas qu'on parlât à une personne si élevée; on sentoit seulement au fond de son cœur qu'on eût voulu lui rendre au centuple la grandeur dont «41e se dépouilloit si obligeamment. Fidèle en se» paroles, incapable de déguisement, sûre. à ses amis par la lumière , la droiture dé son esprit , elle les mettoit à couvert des vains ombrages , et ne leur laissoit à craindre que leurs propres fautes. Très-reconnoissante des services, elle aimoit à prévenir les injures par sa bonté; vive à les sentir, facile à les pardonner. Que dirai-je de sa libéralité l Elle donnoit non-seulement avec joie , mai» avec une hauteur daine qui marquoit tout ensent» ble, et le mépris du don, et l'estime de la personne. Tantôt par des paroles touchantes , tantôt même par son silence elle relevoit ses présens* et cet art de donner agréablement, qu'elle a voit si - bien pratiqué pendant sa vie, l'a suivi, je le sais , jusqu'entre les bras de la mort. Avec tant de grâces et tant d'aimables qualités , qui eût pu lui refuser son admiration î Mais avec son crédit , avec sa puissance, qui n'eût voulu s'attacher à elle t N'alloifcelle pas gaguer tous lès ceeursj

?• Oraiten fbnéëw

t'est à-dire, h seule chose qu'ont a gagner est» à qui la naissance et la fortune semblent te«V donner; et si cette haute élévation est un pré-» cipice affreux pour les Chrétiens, ne puis je pas dire , Messieurs , pour me servir des paroles fortes du plus grave des Historiens , qu'elle alloit être précipitée dans la gloire (i) ? Car quelle créature fut jamais plus propre a être l'idole du monde? Mais ces idoles que le monde adore, à combien de tentations délicates ne sont-elles pat exposées l La gloire , Il est vrai , les défend de quelques faiblesses? mais far gloire les dé fend- elle de la gloire même 1 Ne s adorent-elles pas secrètement : ne veulent-elles pas être adorées l Que n'ont-elles pas à craindre de leur amour-propret Ct que se peut refuser la faiblesse humaine , pendant que le monde lui accorde tout ? NVst-ce pas là qu'on apprend à faire servir à l'ambition, à la grandeur , i la politique-, et la vertu , et la religion , et le nom de Dieu $ la modération que le «tonde affecte , n'étouffe pas les mouvement de la «vanité: elle ne sert qu'à les cacher; et plus elle tnénage les dehors, plus elle livre le cœur aux sen- 4imens les plus délicats et les plus dangereux de la fausse gloire. On ne compte plus que soi-même | et on dit au fond de son cœur; Je suis , et U fiy a que moi sur la- terre (2). En cet état* Messieurs, là vie n'est-elle pas un péril î La mort n'est-ette pas une grâce t Que ne doit-on pa* craindre de ces vices, si les bonnes qualités sont si dangereuses ? N'est-ce donc pas un bienfait de Dieir d'avoir! abrégé les tentations avec les jour» de Madame t De l'avoir arrachée à sa propre gloire, avant que cette gloire, par son e*cèe f eût mis en hasard sa modération l Qu'importe que .

(t) In ipsam gloriam preecept agelator.

(à) E&> sum, prmUw me Mon ttt oftcr«.dP8« avij. *é> '

de Madame^ ducketié fôrléahL 99 ta vie ait été si courte j jamais ce qui doit finir ne peut être long* Quand nous ne compterions* point ses confessions plus «exactes, ses entretien» ée dévotion plus fréquens , son application plus forte à Sa piété, dans les derniers temps de sa vie , ce peu d'heures saintement passées parmi les plus rudes épreuves , et dans les sentiment iôs plus purs du christianisme, tiennent lieu tou* tes seules d'un âge accompli. Le temps a été court* je l'avoue, mais l'opération de la grâce a été fonte ; mais la fidélité de l'ame a été parfaite. C'est l'effet d'un art consommé de réduire en petit tout un grand ouvrage * et la grâce , cette excellente ouvrière, se plaît quelquefois à renfermer en un

Kur la perfection d'une longue vie. Je sais que ieu ne veut pas qu'on s'attende à de tels mira» clés; mais si la témérité insensée des hommes abuse de ses bontés , son bras pour cela n'est paa raccourci, et sa main n'est pas affaiblie. Je m* confie pour Madame en cette miséricorde , qu'elle a si sincèrement et si humblement réclamée. I» semble que, Dieu ne Lui ait conservé le jugement libre jusqu'au dernier soupir 9 qn'afin de faire du^ rer les témoignages de sa foi. Elle a aimé en mou* rant le sauveur Jésus, les bras lui ont manqué plutôt que l'ardeur d'embrasser la croix ; j'ai va sa main défaillante chercher encore en tombant de nouvelles forces pour appliquer Sur ses lèvresce bienheureux signe de rédemption ; n'est-ce pas mourir entre les bras et dans le baiser du Sek gneur ? Àh I nous pouvons achever ce saint sacri*» ftce pour le repos de Madame, avec une pieuse confiance. Ce Jésus en qui elle a espéré, dont elle a porté la croix en son corps par des douleurs si cruelles, lui donnera encore son Sang, dont e))e est déjà toute teinte , toute pénétrée par la participation k ses, sacremene , et par la communion *jV4£ se» souffrances» Mais 9 n priant pour-

8*v Oraison funèbre

•on ame , Chrétiens, songeons à nous-méffttfft

Siu'attendons-nous pour bobs convertir l Quelle ureté est semblable à fa nôtre, si un accident si étrange, qui devrait noue pénétrer jusqu'au fond de l'âme , ne fait que nous étourdir pour quelques momens ! Attendons-nous que Dieu ressuscite des morts pour nous instruire l II n'est point nécessaire que 1er morts reviennent f ni que quelqu'un sorte ou tombeau ; ce qui entre aujourd'hui dans le tombeau doit suffire pour nous convertir. Car fi nous savons nous connoitre , noue confesserons , Chrétiens , que les vérités de l'éternité sont assez bien établies , nous n'avons ries que de foible à leur opposer ; c'est par passion , et non par raison , que nous osons les combattre. Si quelque chose les empêche de régner sur nous, ces saintes et salutaires vérités, c'est que le monde nous occupe , c'est que les sens nous eachaalent, c'est que le présent nous entraine. Faut-il un autre spectacle pour nous détromper, et des sens, «t du présent, et du monde. La providence divine pouvoit-elle nous mettre en- vue , ni de plus prés, ni phi» fortement la vanité des choses humaines ; et si lios cœurs s'endurcissent après un> avertissement si sensible , que lui reste- 1- il autre chose oue de nous frapper nous-mêmes sans mi» aéricorae î Prévenons un coup si funeste , et n'attendons pas toujours des miracles de la grâce» Il n'est rien de plus odieux à la souveraine puissance , que de la vouloir forcer par des exemples, et de lui faire une loi de ses grâces et de ses faveurs. Qu'y a-t-il donc , Chrétiens , qui puisse nous empêcher de recevoir, sans différer, ses inspirations ? Quoi ! le charme des sens est-il si fort que nous ne puissions rien prévoir t Les ado» , rateurs des grandeurs humaines seront-ils satisfaits de leur fortune , quand ils .verront que dans un ajoutent leur gloire passera à leur nom, leur*

de Madame , duchesse <? Orléans. ïh

titres à leurs tombeaux , leurs biens à des ingrats, tft leurs dignités peut-être à leurs envieux ? Que si nous sommes assurés qu'il viendra un dernier jour où la mort nous forcera de confesser toutes nos erreurs , pourquoi ne pas mépriser par raison ce qu'il faudra un jour mépriser par force f Et quel est notre aveuglement f si toujours avançant ver* notre fin, ou plutôt mourans que vivans, nous attendons les derniers soupirs pour prendre le» senti mens que la seule pensée de la mort nous devroit inspirer à tous les momens de notre vie f Commencez aujourd'hui à mépriser les faveurs du monde; et , toutes les fois <jue vous sere£ dans ces lieux augustes, dans ces superbes palais à qui Madame domioit un éclat que Vos yeux recherchent encore , toutes les fois que regardant cette grande place qu'elle remplissoit si bien, vous sentirez qu'elle y manque ; songez que cette gloire que vous admiriez f ai soit son péril en cette v\e f •t que dans l'autre elle est devenue le sujet d'un examen rigoureux, où rien n'a été capable de la rassurer que cette sincère résignation qu'elle m eue aux ordres de Dieu , et les saintes humiliations de la pénitence*

8* OraUen furtèhtê

ORAISON FUNÈBRE

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