Le sol, en général, est très mauvais; à un demi-pied de
f>rofondeur, on ne trouve que du rocher ou une terre amère, et e terrain est presque tout si en pente que , lorsqu'il ne pleut pas , le blé sèche sur plante et, lorsqu'il pleut un peu, les terres sont emportées.
8. Les récoltes perçues dans le terroir consistent en froment, seigle , quelques menus grains , et un peu de chanvre. Il y a très peu d'arbres fruitiers. Ils réussiraient assez bien dans la petite plaine au bas du village, mais cette partie de terrain appartient presque toute au seigneur ou aux forains.
9. Il n'est pas possible d'établir un rapport entre les grains et les comestibles. La détresse des habitants, trop chargés ou par les impositions royales ou par les intérêts dus au seigneur, les force à la nourriture la plus pitoyable , qui se réduit à des ponunes de terre cuites à l'eau ou mêlées avec un peu de farine pour faire du pain. La récolte en blé pour les habitants est si modique que sur 60 , s 5 ou 3 o ne recueillent pas U charges de blé chacun. Les extrêmement
f>auvres, comme ceux qui le sont moins, sont obligés de vendre eur blé à la récolte pour payer les charges , en sorte que presque tous sont obligés de l'acheter aux fêtes de Noël.
10. Dans les années de disette, on tire les grains d'Embrun, de Saint-Bonnet et surtout de Gap , plus à portée.
11. Cette petite et pauvre communauté n'a aucune foire; elle est obligée de vendre ses productions très bornées pour payer ses charges; loin d'avoir du surabondant, elle n'a pas le nécessaire. Les marchés de la ville de Gap seraient son débouché le plus commode.
12. Les bois et forêts de la communauté ne sont pas proportionnés aux besoins qu'en auraient les habitants. Eue ne jouit même que d'une partie de ses bois et de la plus mauvaise , qui n'est complantée que de pins, qui ne peuvent servir ni pour les toits, ni pour autre emploi important, au point que les habitants sont en peine pour trouver sur leur sol du bois qm puisse être cm-
ployé pour faire des tuyaux ou bourneaux pour la conduite de l'eau de la fontaine do Yiliage< Le bois le plus peuplé et le meilleur appartenant À la oottmunauté est possédé par le seigneur^ qui l'a pour la somme de 3 a 6 livres» avec la faculté de rachat de la part des habitonta, qui n'ont pu obtenir ce rachat, malgré leurs offres réitérées. Ce bois est planté de fayards* de trembles et de pins» et vaut beaucoup mieux par la qualité du bois, par l'étendue et la production du terrain , que celui dont jouit la communauté. Gelui-lù s^appelle Mat-BoUset ; ceux dont jouit la paroisse sont le Devèn^ îvbac et U^ Arzilliets, dans lesquels il n'y a presque plus rien. Ils se repeupleraient ai la -communauté pouvait rentrer danà la jouissance de i\f al-Boisset , en remboursant 3â5 livres, prix infiniment au^desaOus de sa valeur.
13. Il n'y a presque point de communs. Le torrent de Saint-» Pancrace, pris la Bâtie-Neuve, a emporté une petite He qui était commune. Il y a sur les confins du terroir, du c6té de Ghorges, un terrain presque tout pierreuî et qui ne produit rien , de la contenance d'environ i o à i a charges de semence , qui , divisé entre les particuliers, pourrait, après bien des travaux, produire un peu de blé.
1^. Là petite rivière, appelée la Yenee, traverse la plaine, en dessous du village. Ses eaux ne servent qu'au moulin du seigneur; elles ne peuvent servir k l'arrosage des prés, parce qu'elles sont de mauvaise qualité. A chaque extrémité du terroir, il y a deux tor^ rents qui causent beaucoup de donmiage. Celui des Cottêl», qui vient de la montagne de Gnorges et fait la rivière de la Vence, viendrait traverser la plaine s'il n'était contenu. C'est le seul qui donne les eaux d'arrosage pour les prairies. Si la communauté avait des secours , elle pourrait construire un autre canal et doubler l'eau de la Vence , ce qui serait très avantageux. L'autre torrent, appelé Samt-Panerache , sur les confins du territoire de la Bâtie- Neuve et de Montgardin, cause les plus grands ravages sur les terres de la communauté , qui sont plus basses que celles de la Bâtie- Neuve. Ce torrent, très impétueux et qui entraîne beaucoup de pierres ou de graviers, surtout à la fonte des neiges et après de fortes pluies, a détruit presque en entier une tle appartenant à Montgardin. Sans des digues , le terroir le plus précieux sera em^ porté. Il y a encore un torrent appelé Cambi-Chahert, qui vient des montagnes de Montgardin, Cborges et Espinasses. Lors des fontes des neiges ou des pluies, il cause le plus grand dégât dans les prés de la plaine. En 17875 ii a couvert de pierres et d'un gravier
M0NT6ARDIN. 371
énorme une étendue considérable. Ce n'est qu'avec des secours des Etats de la province que les particuliers pourront lui creuser un lit qui en conduise l'eau dans la Vence, et, en nettoyant ce lit dans l'été, les terres seraient à l'abri de son irruption.
15. Presque tous les habitants labourent âvec une jument ou des bourriques. Il n'y a que & à 5 paires de bœufs. Il n^est pas possible de nourrir des vaches. La qualité des eaux ou des fourrages leur convient si peu qu'elles deviennent raides au bout de quelques mois. Le défaut de pâturage, le manque de fourrages et le peu de facultés font que les particuliers ont très peu d'avérage. En 1785 et 1786, une maladie épidémique enleva presque tous les bestiaux. Depuis cette époque, les habitants, qui n'ont rien obtenu en dédommagement de leurs pertes , sont dans la plus grande misère.
16. Il n'y a qu'à Ghorges et à la Batîe-Neuve deux maréchaux à qui on puisse avoir recours pour les maladies des bestiaux, mais leurs connaissances sont très bornées 1 n'ayant point étudié dans une école vétérinaire.
17. Les habitants ne peuvent se livrer à aucune branche d'industrie ou de commerce, et ils ne peuvent suggérer un projet utile à cet égard. CW aux habitants des villes et groslieUx, qui peuvent en profiter, à réfléchir sur cet article.
18. Deux consuls administrent les affaires de la communauté. Il y A un châtelain f nommé par le seigneur^ et un secrétaire » nommé par la communauté.