SAINT-^KTIKNNE-EN-DEVOLUY
Noufli offioiers municipaux de la ooitubunauté de Saint-Étienhe-^ en-Dëvoluy, certifions l'élat ci*«dessuB véritable^
A Saint-Etienne-en-Dévoluy, le ii avril 1789.
Signé : Louis SARaAXUi) i. Aghin^ conêuL
Arrondilseineat de Gap, canton de la BAtio-Neuve, commune; 78a mètres d'altitude; à ii) kilomètres de Gap; superficie en hectares, 865; habitants, a35.
MlBllluaB,
La sagesse et la prudence avec lesquelles vous voulez conunencer vos opérations raniment notre courage, pour concourir aveclapro^ vince au bien de l'Etat, puisque nous espérons dans votre protection, dans le nouveau régime, une justice distributive proportionnée aux pouvoirs et facultés , que vous voulez connattre par Tàveu des habitants qui vivent dans l'expérience.
Nous sommes si persuadés de votre probité, que nous avons refusé un impôt auquel la ville d'Embrun voulait nous soumetti*e , sans voua en avoir prévenus et dont voua oonnoltraa les raiaons du refus par les réponses véridiques que nous avons données h vos demandes et qui sont l'impuissance réelle de fournir les impositions royales, l'injustice aune contribution sur le vin, qui est la seule production surabondante du pays, qui avait porté les habitants ae Saint-Etienne h se réunir à la ville d^Embrun , pour y avoir une garnison. Vous pouvez juger, Messieurs, de la surabondance de cette denrée par Tabonnoment de la dtme à la cote trentième 9 fait à la communauté pour cinq charges de viui et qu'il est impossible et injuste d'aggraver la situation de nos habitants, car nous habitons une campagne que la misère rend déserte , que les charges écrasent, qu'aucune grâce ne soulage, parce que nos facultés ni nos besoins ne sont pas connus, et que nous manquons même de gens instruits pour les exposer.
Dans nos réponses, nous laissons les articles d'amélioration d'une grande dépense, dans un moment où tous doivent tourner leurs vues à l'amélioration générale que nous ne connaissons pas assez, et nous vous prions pour les articles indispensabtt^s qui tournent à l'avantage de notre communauté et de son voisinage,
tels que les ponts sur la rivière de la Vance et les réparations de notre église paroissiale. Nous espérons que vous les accueillerez favorablement.
Nous avons l'honneur d'être, Messieurs, vos très humbles et très obéissants serviteurs.
Signé : J. Aubin, consul, J.-F. Allemand, œnsuL
1. Le territoire de Saint-Eticnnc-d'Avançon peut avoir environ une demi-Ueue dans sa plus grande longueur, depuis celui de Théus, au levant, jusquesà celui de Jarjayes, au couchant, et environ un demi-quart de lieue depuis celui d'Avançon, de bise, jusques à celui de Valserres, au midi. Il n'y a qu'un hameau appelé le LatM, composé de neuf habitants ^^^ avec le courent de MM. les prêtres missionnaires de Sainte-Garde.
â. Il y a dans la communauté cinquante habitants qui font deux cent cinquante personnes, mais on observe que, dans le nombre, il y a quelques personnes pauvres et infirmes qui viennent se fixer au Laus^^^, qui ne contribuent en rien aux charges et qui contribuent à la consommation des récoltes.
3. n y a un chirurgien à Remolon, à une Ueue de distance de Saint-Etienne.
à. On ne connaît, ni dans le pays ni aux environs, des accoucheuses instruites.
5. Les maladies les plus fréquentes sont les fièvres putrides, fièvres malignes et fièvres d'accès; ces dernières sont assez fréquentes. Il n'est pas dans l'usage de pratiquer l'inoculation.
6. Les maisons sont bâties avec du plâtre, couvertes les deux tiers en paille. Il n'y a dans le pays aucune carrière d'ardoises; celles dont on se sert viennent de Châteauroux, à sept lieues de distance, et revient, la toise de couvert, à vingt livres. M. le baron Despraux^^^ a fait faire, pour son usage, des tuiles dans la terre
(^) Et, de plus, les écarts ou lieux- Praux(com*de Saint-Firmin), seigneur
dits : bafr^ot, les Combes, THôpital. de Layc, baron d*Avançon, de Saint-
(') Pèlerinage très fréquenté, fondé Étienne-d'Avançon, coseigneur de Revers t66/i, par une bergère, Benoîte molon, résidant à Valserres dès 1756 Rcncurel, morte en 1718. (G t. V, p. 386), mort le 7 septembre
î^J Picrr<>-Marie Souchoii, sieur des 1795 (Q 2o4).
d'Avançon; nous ne savons pas si son fabricant voudrait en vendre, ni à quel prix reviendrait la toise de couvert.
7. La qualité du terrain , depuis ie village qui se trouve au nord, jusques au terroir de Théus, c'est, en général, une terre glaise ou argileuse, en pente, exposée à couler au printemps, dans le temps des pluies ; cette terre est tellement gluante et serre si fort les plantes, que dans l'hiver elle étouffe le germe ou arrache les racines dans les fortes gelées, ce qui fait que le blé et les prés artificiels ne donnent que de très modiques récoltes, surtout les terres maigres qui ne sont pas coupées avec des engrais. L'autre partie du terroir, qui est exposée au soleil, en général, c'est une carrière de plâtre et quelques carrières de rochers en pente, où l'on a planté des vignes et (ju'on entretient par le moyen d'un travail pénible.
8. Les récoltes qui se perçoivent sont le blé et le vin, gros jardinage et pommes de terre. Les arbres fruitiers sont quelcjues noyers, poires d'été, comme crémoisine et bon chrétien, quelques pommiers de médiocre qualité, plus exposés à la gelée, eu égard à la situation du climat qui se trouve au nord.
9. lia récolte des grains n'est pas sullisante pour nourrir les habitants pendant la moitié de l'année; le fruit, le gros jardinage, les pommes de terre suppléeraient quelques mois. Il y en a qui mêlent des pommes de terre cuites avec la farine, ce qui leur procure un pain fort nourrissant, mais les pauvres qui ne peuvent avoir la faculté d'avoir du sel, pnr rapport à sa cherté, ne peuvent en faire usage, parce que les pommes de terre sont une nourriture trop fade et insipide, qui engendre beaucoup de vers, et sont obligés de se priver de cette subsistance. La diminution du sel serait le meilleur objet d'amélioration, comme les aumônes qu'on en fait dans le pays sont les plus avantageuses pour procurer la subsistance aux pauvres. La nourriture ordinaire est le pain de blé de seigle et la soupe.
10. Il n'y a de marché plus proche que celui de Gap, à deux lieues de distance, qui est à la portée du Champsaur, qu'on dit être le grenier de ces cantons, et c'est de ce marché qu'on tire les grains.
1 1 . Les productions surabondantes sont : le vin , que quelques habitants du Champsaur, des voituriersdu côté de Briançon et d'Embrun, viennent prendre sur les lieux, parce qu'il n'y a point
Ilbctioii di GAP. 3o
mrBiBuua «iTiovâLa.
de marché ni de foire sur les lieux. On peut même y pratiquer qn chemin pour la charrette, au moyen de quelques réparations, vr. qui en faciliterait l'exportation.
12. Dans la communauté il n'y a que du hois de pin pour la bâtisse; il y en a un quartier en réserve, qui ne pourrait pas suffire dans le cas d'un incendie. Il y a aussi des quartiers de fayarils et autres mauvais bois, dont les habitants usent avec modépption pour leurs besoins.
13. Le terrain, depuis le village jusqu'au terroir de Théus se trouvant en pente et coupé par des torrents; on a laissé h^ cette extrémité du terroir, une bande de terres couimunes, où il y a les bois appelés blacheti el le bois en réserve , qu'on ne peut mettre en culture, pour ne pas exposer les champs et les maisons à être emportés par les eaux. 11 en est de même du côté du Laus, au couchant, où on a laissé un quartier en réserve pour la même raison; le restant, de ce côté, est une bande de rochers ou de vallons impraticables; dans le milieu, il y a beaucoup de terrain en friche, coupé par des vallons et par quelques terres cultivées, où l'on a pu le faire.
Dans la plaine, le dessous du village est en grande partie en friche, paries inondations des torrents; il y a quelques îles, le long de la rivière de la Vance; les comiimnes servent pour le pâquerage des bestiaux, n'y ayant poipt de montagne. Ces petites îles sont de la plus grande utilité pour les habitants, qui ne peuvent avoir assez de fourrage pour nourrir les bestiaux qui leur sont indispensables pour la culture des terres. La nature de ce sol est assez bonne.
14. Il y a une petite rivière qui prend sa source à Chorges, qu'on appelle la Vance, qui traverse le terroir de la communauté; la qualité du terrain où elle passe est assez bonne, mais elle cause beaucoup de dommages lors de la fonte des neiges et des grandes pluies; son cours qui va en serpentant lui fait occuper plus de terrain et ses eaux prennent upe plus grande force dans ces contours et causent plus de dommages. On pourrait, à peu de frais, lui donner la ligue directe qui serait la plus courte et par conséquent la moins dommageable. Ses eaux sont un peu amères et communiquent leur amertume aux plantes; cependant c'est l'unique ressource du pays pour suppléer au défaut de fourrages, surtout au printemps, pour les bêtes qui sont indispensables pour la culture des terres; ces eaux ne servent point pour l'arrosage.
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parce que, dans topte ia pleine, il y a quantité do sources d'une eau amèr^9 qui la rend marécageuse. Ces marais appartiennent en grande partie à des forains de Remolon. On ne propose point de sujets d'amélioration» parce que les roseaux et marais qui y croissent sont plus productifs et plus analogues a l'engrais des vignes dont ils ont besoin. Sur cette rivière oe la Vance qui traverse le terroir, il y a un pont, pour communiquer aux marchés de Gap , où l'on va prendre le blé , le sel et autres denrées de première nécessité, pour communiquer aux terres et au hameau du Laus, et est nécessaire, non-seulement aux habitants, mais encore aux forains pour dégarnir leurs terres, et aux étrangers. Pour communiquer à Gap par cette route, le Ministère avait favorisé la construction de ce pont par un dégrèvement; il Y a quatre ans que M. Gayan, ingénieur de ce département, vint vérifier les réparations qu'il y avait à faire et était d'avis de faire apporter de grosses pierres qui se trouvent dans le ruisseau, à deux cents toises de distance, pour y faire une chaussée ou digue pour tenir l'eau dessous le pont, qui s'en est tout à fait écartée, et [a] emporté les terres qui étaient a côté.
En 1788, le conseil reçut un avis des travaux de charité de la somme de quatre cents livres , pour être employée au rétablissement du pont, sur le torrent de la Vance, cotée n* 61, destinée pour Tannée 1 787 ; mais, comme cet avis portait que l'ordonnance, pour le payement de ladite somme, ne serait dâivrée qu^en justifiant que pareille somme avait été déposée entre les mains d'une personne connue et solvable, on n'a point retiré cette somme et on n'a pas pu faire les travaux nécessaires, parce que, l'année précédente , une tempête affreuse avait emporté toute espèce de récolte et avait réduit tous les habitants à la misère, dont les uns étaient allés passer l'hiver en Provence, les autres avaient vendu leurs bétes de travail pour pouvoir vivre , personne n'avait pu fournir cette somme, et on n'avait pas voulu se servir des moyens de subterfuge pour tromper M^ l'Intendant. On espère que l'aveu de la franchise touchera la sensibilité de MM. de la Commission intermédiaire. Le torrent qui passe dans le village fait un ravage considérable, par la quantité et la grosseur des pierres qu'il traîne. Il a rempli, en grosses pierres, tout le terrain qui est dessous les maisons jusqu'au terroir de V^alserres. On ne connaît aucun moyen de le prévenir, mais, par le moyen de grands travaux, on pourrait, en ôtant les pierres de dessus les fonds, les ranger le long de son lit, et les fortifications forceraient l'eau à pousser les pierres jusqu'à la petite rivière de la Vance.
15. Quoique le pays soit d'une culture très difficile, la mortalité des bestiaux qui eut lieu il y a quatre ans , la cherté actuelle sont des raisons qui font gémir les habitants de ne pouvoir tenir que déjeunes bœufs et jeunes mulets de deux ans; il peut y avoir dans le pays vingt paires de ces jeunes bœufs, dix petits et jeunes nmicts, une vingtaine de petites bourriques, qui sont écrasés de travail; il peut y avoir une centaine de bêtes de menu bétail, (îomme les pâturages, dans le pays, sont dégoûtants par leur amertume, le sel leur est plus nécessaire, et, par rapport à sa cherté et à la misère des habitants, on ne peut les améliorer.
16. Dans la communauté il y a un maréchal ferrant, nommé Charles Ricard, qui a une réputation assez connue dans le voisinage pour les maladies des chevaux, mulets et autres de celte es> pèce, et un habitant, nommé Pierre JuUien, aussi en réputation pour les maladies des bœufs. Quoique ces deux habitants n'aient pas des principes des écoles, par un long usage et une expérience de plus de quarante ans, ils rendent des services signalés et sauvent plusieurs bétes de travail, au pays et dans le voisinage.
. 17. Il n'y SI dans la communauté aucun objet d'industrie ni de commerce; les habitants s'occupent au travail de leurs terres; l'établissement d*une foire au commencement du mois d'août paraît fort avantageux au pays par l'émulation que cela donnerait aux habitants, la petite plaine se trouvant à portée d'un arrondissement de communautés, qui, dans cette saison, veulent vendre des bestiaux surnuméraires à leurs travaux; d'autres, pour acheter ou en remplacer, sont obligés d'aller à Sigoyer, sur une montagne, à six lieues de distance; il serait beaucoup plus avantageux à tout le canton; ce moyen ne porte aucun préjudice et n'obligerait à aucune dépense.
1 8. La communauté est dirigée par deux consuls, qu'on change tous les ans, élus au scrutin, sur six proposés par les consuls.