SAINT-JULIEN-EN-BOCHAINE
Arroodissement de Gap, canton d^Aspres-sur-Buëch, commnne; 989 mètres dallilude; à AS kilomètres de Gap; superficie en hectares, K^Q^v; habitants, /î3Â.
Observations que prennent la liberté de faire les sieurs consuls et communauté du lieu de Saint-Jullien-en-Beauchêno-^), à Nosseigneurs des Etals ^ tenant la Commission intermédiaire de Grenoble^ en suite de ta lettre que Messieurs les Pi'ûcureurs génétaiix syndics leur ont fait V honneur de leur écrire en date du û 8 février fjSg,
En répondant à ce que désirent Nosseigneurs des États, les consuls et communauté de Saint-Julien-en-Bochaine prennent la liberté de leur observer :
1 et 14. L'étendue du territoire a environ une lieue de longueur et utle lieue de largeur, et dont la majeure partie est occupée par des rochers escarpés sur lesquels il ne crott que quelques mauvais pins, bois fayûrdë rabougris et quelques mauvaises broussailles. Le territoire est dans des endroits penchants et montueuk, remplis de pierres, ce (pil en rend TeXploitalion très difficile, étant partage par un torrent appelé le Buëch , qui , depuis quelques années^ leur a emporté le peu de prairies que les habitants du chef-lieu de Saint- Julien possédaient auprès du village, et lequel torrent on ne pourra parvenir à contenir que par une digue élevée à sept ou huit pieds de hauteur, observant même que cette digue ne serait
t*î Orthographe fiiuiive , ft CoHger en BoeehiUm, Bitchium, clc. (Voir Chhrl^^k Siiihl-JHUêti'en-Boehâine , soit 8aini-Ju- de Durbon, 1895; p. vu et 8K7.) Il n'y lien fron la vallée du Du(*€h}> : Rit)ehiwn, a pai de cIléneB ditii^ <'etle locâlit(^.
pas d'un prix bien excessif, attendu que les pierres sont presque sur place. Le territoire est d'ailleurs traverse par six autres petits ravins, qui viennent se dégorger dans le torrent du Buëch et qui causent, par intervalle, des dommages considérables aux terres qu'ils avoisinent.
2. La communauté de Saint-Julien est composée du chef-lieu ol de sept hameaux dispersés dans les montagnes, dont l'un, appelé Vonières, est à une grande lieue distant de la paroisse et dans le fond de la montagne. Dans ce hameau il y a une chapelle où l'on dit la messe une fois par année et toutes les fois que 1 on porte le viatique aux malades dans la communauté^^^ Il y a un curé^'^^ et deux vicaires ^^^.
3 et à. Il n'y a dans la communauté ni médecin ni chirurgien, ni accoucheuse; il y a une sage-fenmie qui remplit les fonctions d'accoucheuse, mais très imparfaitement, n'ayant reçu aucune éducation pour cet objet, et, à l'égard des médecins ou chirurgiens, les habitants sont obligés de requérir les chirurgiens de Veynes ou de Serres, lorsqu'ils en ont besoin, éloignés de trois à quatre lieues du lieu de Saint-Julien.
5. La communauté n'a pas été attaquée depuis longtemps d'aucune maladie épidémique. On n'y pratique point l'inoculation pour la petite vérole, n'ayant personne d'entendu pour remplir cet objet.
6. Tout le village et les hameaux qui composent la communauté de Saint- Julien, les bâtiments sont tous couverts en chaume, à l'exception d'un bâliment appartenant aux chartreux, de la maison presbytérale, de l'église et de la maison d'un particulier, qui sont couvertes en tuiles creuses, ardoises, ou tuiles h crochet. Il n'y a aucune fabrique de tuiles creuses, ni carrière d'ardoises dans la communauté de Saint-Julien; la fabrique de tuiles creuses la plus près est celle qui est située dans le territoire d'Oze, distant de trois grandes lieues du village de Saint-Julien. On vend ces tuiles creuses 5 livres le cent , prises sur place , ce qui les porterait au moins à
(') Autres hameaux : Baumugne, se retire aux Reculas, hameau de Saint-
les GombeUes, Durbon, Montamat, Firmin. Ncuviilar, lesOches, VîHar-Mouren. ^^^ L*un d^eux, Jean Blanc, avait été
^-) Jacques Grau, nommé le i8 fé- nommé le io août 1787 (V5/i)el i-ë-
vrior 17^*8 (G 11, p. 969): il prête le sidail en 1760 (ibid,); il devint curé de
serment de Liberté et Kgalilé le 1" no- Montdus le 27 avril i8o3. J*ignor»^ le
vembro 1799 et, le 97 juillet 1790, il nom du second vicaire.
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10 livres le cent, rendues au chef-iieu de Saint- Julien, et même un peu plus chères pour les transporter dans les villages situés dans les montagnes.
6 à 11. Le territoire ne produit, en général, que du blé méteil, quelque peu de froment et de mauvaise qualité, de l'avoine et (quelques légumes. La communauté est composée d'environ i/ïo habitants, desquels il n'y a environ que 3o habitants qui aient du blé pour leur usage et très peu à vendre, en supposant néanmoins une récolte assez bonne; de sorte que, dans une récolte médiocre, la plupart de ces 3o habitants ont à peine du blé pour eux. Tout le reste de la communauté n'a pas de blé pour son usage , de sorte que les habitants à qui celte denrée manque sont obligés d en faire l'achat au lieu de Veynes , où il y a deux marchés par semaine, ou au bourg de Mens, éloigné de cinq lieues du lieu de Saint-Julien.
7. Il n'y a aucune vigne, dans le terroir de Saint- Julien ; se trouvent complantés, dans les fonds qui sont auprès du chef-lieu, quelques mauvais arbres fruitiers et quelques mauvais noyers, tout rabougris et de mauvaise venue, par rapport aux grands froids qui régnent dans le pays, arrivant très souvent que le fruit que portent ces arbres ne parvient point à sa maturité, étant exposé très souvent à geler sur les arbres. La nourriture des habitants ne consiste qu'à manger du pain de seigle, le peu de froment leur étant nécessaire pour de la soupe, et se nourrissent d'ailleurs de quelques pommes de terre. Ils seraient dans le cas de tenir quelques chèvres qui leur fourniraient un peu de laitage pour leur aider à manger le pain grossier dont ils se nourrissent; ils ont voulu quelquefois tenter d'en avoir; mais les incursions que viennent faire les oiRciers de la maîtrise les tiennent bien souvent dans le cas de n'oser tenir aucune chèvre; leurs incursions et les amendes auxquelles le tribunal les soumet et les condamne, les mettraient souvent dans le cas de n'oser revenir à la recharge, implorant la protection de Nosseigneurs des Etats, en les suppliant de leur prêter une main secourable pour obtenir la permission de tenir des chèvres, pour les aider à se sustenter et à se nourrir.
8. Il n'y a aucun marché dans le lieu, n'ayant qu'une mauvaise foire le jour de la Saint-Biaise, le 3 février.
9. Dans le territoire de Saint-Julien et à une demi-lieue de distance du chef-lieu , en tirant du côté du nord , se trouve la char-
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treuse appelée de Durbon^^^ dont les terres quelle possède sont dépendantes du territoire de Saint-^Juiien.
Il y a des bois de haute futaie, en sapins et en pins et bois fayards qui sont de toute beauté et dont on se sert toutes les années pour la marine. Les habitants avaient anciennement le droit de prendre de ces bois pour se bâtir, et de bùcherer et faire patfre dans ceux-ci. Depuis quelques années, les chartreux leur ont interdit cet usage, sans en savoir la cause ni le motif, de sorte
3u*aujourd'hui les habitants, s'ils ont besoin de bois pour se bâtir, faut qu'ils achètent les bois dont ils ont besoin aux chartreux, sans qu'ils puissent aller bùcherer ni faii*e paître leurs bestiaux dans les susdits bois, ayant trois gardes établis pour la conservation de ceux-ci.
14 («titte). Outre les ravins dont on a ci-devant parlé ^^^ il y en a encore un considérable, quon avait omis, appelé SQuriane, qui vient du côté de la Chartreuse et c[ui passe tout près du village de Saint'Julien et va se dégorger dans le torrent du Buëoh. II arrive très souvent que ce ravin sort de son lit et se répand dans le village, surtout en été et dans le temps de la fonte des neiges, et, par ses débordements, couvre la surface des petites prairies qui sont autour du village: de gravier, leur emporte le foin ou second foin, ce qui arrive assez souvent.
15. Le genre de bétail que tiennent les habitants de Saint- Julien, pour l'exploitation de leurs terres, ne consiste qu'en a ou 3 chevaux ou juments, 3 à /j petits mulets, quelques bourriques ou ânes et environ 3o paires de bœufs de médiocre grosseur; tout le reste des habitants, n'ayant pas des facultés pour en tenir, étant obligés de cultiver leurs terres à bras. Les habitants qui tiennent des bœufs sont obligés de les vendre du moment que les semailles sont finies, et très souvent à perte, pour la raison qu'ils n'ont pas de fourrage pour les hiverner, ce qui ne leur arriverait pas s ils avaient de quoi les nourrir pendant l'hiver. Ils tiennent quelque peu d'avi'rage, ce qui peut se porter à environ i,ooo hôtes pour la communauté, ce qui n'est cependant pas pour eu\ d'un très grand
^'^ La cliarlrousc de Durbon, qua- 17/17, de 7 mèlrcs de large sur 3 m 5o
Irièine nionaslèrc de Tordre des char- de long, a ëlc dépose aux Archives des
treiix, fut fondée en 1116. (Voir noire Haute(i-Alpo>it b 33 août 1905, pîir
reciioiidesC^W0«d«/^r6o/i, Montrewil- M. Pc}(ral, stmatetir des Bouches-du-
sui'-Mor, tS^t^i ïn-dr de XXX-9Q/1 pages Rhône, propriétaire actuel do cette an-
et une vue.) — Le ffplan géoraclrique cienne charlreuFe. de Durbon^ et de ses possessions en '^^ V mr arliclo 1, p. Â76.
SAENT-JUUEN-EN-BOCHA INE.
produit, par la raison que ce même avérage est souvent ravagé par les loups.
16. Il n'y a aucun artiste v^tcirinairc dans le village, ni aucun maréchal expert. H y a cependant le nommé Jean-Antoine Laugier, qui habite un hameau appelé Beaumunie^^\ terroir de Saint- Julien, lequel est assez entendu pour la maladie dont les bœufs peuvent être attaqués, et, pour le surplus, les habitants sont obligés de requérir les maréchaux de Veynes ou ceux de Mens, lorsque leurs autres bestiaux sont attuqués de quelque maladie.
18. On suit, dans la communauté, l'ancien régime, c'est-àdire que Ton ne suit pas l'édit municipal. La communauté est régie par des consujs, qui sont changés chaque année, et par un secréfaira-grelli^r, qui Qst nommé et choisi par le seigneur, de même que le châtelain.
20. Les charges locales ou autres charges extraordinaires qu'on impose annuellement arrivent à la soipme de i ao livres ^^^ qui sont employées aux usages de la communauté, et, outre ce, la communauté paye encore annuellement Ifi somme de 9oq livres, qui sont employées à l'entretien des chemins et à l'entretieti des deux ponts en Dois , l'un sur le tenant du Buêch et l'autre çur le torrent de Bouriane , et lesquels ponts sont sur la route qui conduit do Sisteron à Grenoble; lequel payement est fatigant pour la cQmmunauté et lequel se fait par une simple collecte, et ceux qui ne sont
as en état de donner de l'argent payent leur quote-part on faisant e travail auquel ils seraient tenus, D'ailleurs, il est observé que la
communauté paye annuellement 3,ooo livres ou environ de taille,
vingtièmes ou capitation.
21. Les comptes des collecteurs ont tous été rendus, k l'exception des trois dernières années, que le collecteur est en demeure de les rendre.
Les moulins, la communauté les tient en empensionnement du
^') Ou mieux Baumugne, en lotiu Halmunia , ii35, ii66, ii83, eU*.
(Chm'i$9 4$ Ih^rbon, passim.)
W £« 1739, le toW des cbargca |ocaiefl est de i5a 1. i5 (Ordonnance du s8 nov. 1788): cierge pascal, 6 livres; entretien de ^église, i5 livres; entretien de la maison commune, 6 livres; entretien des ponts et passerelles, i5 livres; conInMe des d(51ibérations , 3 livres; gages du maître d^école, 5o livres; ga-
ffes du garde champêtre. 6 livres; gages du valet de ville, 6 livres; port de lettres, Q livres; «droit de ban dû au seigneur», 3'i 1. i5; iraii du d^pu^ 9U]( assises de ia maîtrise, 0 livres. — En 1790, les charges sont de 186 1. i5 et, en 1791 , de 3^7 livres, dont 60 livres pour le secrétaire ; 1 9 livres pour frais de bureau; i3o livres pour le receveur des contributions. (G 107, r 106.)
480 EJECTION DE GAP.
seigneur du lieu, sous la pension de i5o livres annuellement. Ces moulins s'aflerment ordinairement de 5 à 600 livres, sur lesquelles il faut prélever la pension due au seigneur, et le restant est à peine su (lisant pour l'entretien des moulins, les usines, le bâtiment et le rcpurgement du canal et Tenlretien de ce même canal qui, d'un côlé, est avoisiné par le Buëch, et de l'autre, est continuellement 1 empli par de petits ravins qui descendent de la montagne à côté.
â!2. Les pauvres n'ont aucun revenu. Ils n'ont que la vingtquatrième, qui est payée annuellement par le décimateur, laquelle peut arriver annuellement à environ quatre charges blé seigle.
â3. Il n'y a non plus ni fondations ni hôpitaux, ni école publique. Les habitants du lieu et ceux des hameaux tiennent quelquefois des maîtres d'école , qu'ils payent chacun par une collecte qu'ils font , et chacun à proportion des enfants qu'il envoie.
24. Le parcellaire est dans un état déplorable, y ayant plus de deux cents ans qu'il n'a pas été refait; celui qui existe ne pouvant plus servir, étant tout en lambeaux et en feuilles détachées, n'étant plus possible de s'en servir pour aucun usage ^*^; étant de la dernière nécessité d'être refait à neuf; suppliant Nosseigneurs des Etats de leur accorder leur protection pour cet objet, de même que quelques soulagements pour y parvenir.
Telles sont, Nosseigneurs, les observations que nous avons cru devoir vous faire d'après la lettre et mémoire instructif que vous nous avez fait l'honneur de nous adresser et lesquelles observations nous certifions sincères et véritables.
En foi de ce, à Saint-Julien, ce 3o mars 1789.
Signé : Jean Gasqubt, consul, J. Court, consul, Pierre Mathieu, consul, A. AuBERT, J. ViAL, P. Bertrand, Jacques Roux fils, J. MoNNARD, D. Laurbns, L. Barth^lemy, L. Pi- ^ET, G. Rolland.
^^- Des fragmente des cadasires de en-Bochaine». (Cf. Procèt-verbam: du 1619, in-folio, et de 1717, in- A*, Cotueil géiéral dê$ Hautes -Alpe$, août existent aux archives de fr Saint-Julien- 1890, p. 17a.)