‹ Recueil des textes authentiques des programmes et engagements électoraux des députés proclamés élus à la suite des élections générales de 1936 (volume 2)Chapitre 134 sur 186 · M AU RI CE DROUOT · texte numérisé non relu

M AU RI CE DROUOT

lre circonscription de LURE.

M. Louis-Oscar FROSSARD

[N*àpparuent à aucun gioupe,}

É!u pour la lre fois le 22 avril 1928. - Réélu les 8 mai 1932 et 26 avril 1936.

Mon cher Concitoyen,

Au seuil d’une lutte électorale qui sera sans doute sévère, mais que je mènerai comme toujours avec courtoisie, dan» le respect des idées cL des personnes, je dois des explications dancs et complotes aux électeurs de la première circonscription de Dure. Cos explications je les apporte. Je sub.s, depuis bientôt un an, depuis que j'ai eu l’honneur d’entrer dans lès conseils du Gouvernement, le feu croisé de reproches et d’invectives que je ne mérite pas' S,! m arrive de m en émouvoir lorsque les coups me viennent d’amis qui m’étaient cher, je ne m en donne m ne m’en plains. J’ai fait ce que je croyais mon devoir,' dans des circonstances difficiles, anime du souci du bien public et de la volonté de servir de mon mieux les interets du monde du travail. Je n’ai pas changé. Je me sens toujours fidèle à n eal qui a .homme ma jeunesse. L’âge et l’expérience m’ont appris à détester toutes les o. mes de la violence, et a répudier, sous tousses aspects, la démagogie - cette plaie des légimcsd opinion. Je ne crois qu’au progrès des institutions, par un vigoureux et persévérant labeur d organisation, d’éducation, de réforme, dans le resserrement des disciplines sociales et nationales necessaires. Je me sois présenté à vous en 1932, comme un socialiste plus attentif aux réalités qu’à la lettre des formules et qui déplorait que son parti déclinât sans cesse les responsabilités du pouvoir. Si être socialiste, c’est aimer la classe ouvrière s efforcer chaque jour d améliorer son sort, la préparer peu à peu à son rôle de gestioè ans un ordre de choses plus équitable et plus humain, où le travail aura enfin sa place la première — mon socialisme est assurément de meilleur aloi que celui des sectaires bornés qui » flattent d’avoir agi lorsqu’ils ont parlé. Mais, je l’avoue, à travers ma vie pu ique, j ai cherché la vérité avec passion et mon esprit s’est détaché de tout vain ogma isme. Il tache de saisir dans le moment qui passe la parcelle d’action qui peut s’en «gager, et dans 1 action à entreprendre la parcelle de destin qu'il faut fixer. C’est dans le cacie ie a nation que je cherche à promouvoir les initiatives heureuses et i'csfi’me qua de certaines heures, sous le commandement des faits, ce qui nous divise apparaît moins important que ce qui nous unit,

hm,^°US m accordeiiez. mon cher Concitoyen, que ce langage n’est pas nouveau dans ma 10 °“ a?’j,s ma P!ume = je l'ai tenu lorsque je suis venu vous demander vos suffrages I , cancu a| du Pai ti socialiste, je lai tenu à toutes les tribunes publiques, et aucun e ceux qui m attaquent aujourd’hui ne me reprochait alors de proclamer que je me meièè’V1 al exlrem* droite » du Parti. On ne m’a pas écouté. On a négligé lés avertisse- ; que je multipliais. Une tactique d'intransigeance, l’obstination du socialisme français

Cühio rr, f ans,un faro?chc i*»lemenl> ont contribué à la chute des cinq premiers r fS.l° 1 aLurc dans le sein même du Parli socialiste, provoqué une scission, j- , ai 1 e « espérances, nous Pavons tous, déplorée, On sail qu elle a eu des suites ait dussi quels événements dé politique intérieure devaient l'accompagner»

Malgré le départ - ^exclusion — de Renaudel el de la fraction modérée, malgré atmosphère d’hostilité dont je me sentais entouré depuis dix ans, et bien qu’à chaque congrès je m’entendis décréter d'accusation, j’étais cependant resté dans le Parti. J'aMe droit do rappeler que j’avais refusé d'entrer dans le second Ministère Daladier, puis dans le Ministère Doumergue, puis dans le Ministère Flandin. Trois fois, par conséquent, j’ai décliné les offres qui m’étaient faites. Trois fois, malgré mes désaccords flagrants et publics, avec la majorité du Parti socialiste, j’ai sans hésitation écarté les « séductions faciles » du pouvoir. Pourquoi ai-je pris une autre attitude quand Fernand Bouissori m'a prié de lui accorder ma collaboration? Est cc parce que le President de la Chambre avait été mon camarade de groupe? Parce qu’il était mon ami et l'ami de tous 4e» chefs du ParLi socialiste? Non, certes ! Mais il faut se souvenir que l’affaiblissement et la chute du Cabinet Flandin avaient provoqué une terrible hémorragie d'or et que la Trésorerie était à sec. Toute prolongation de la crise pouvait avoir de tragiques conséquences. Aux instances de Bouisson, je cédai donc, résolu à n’engager que moi, et persuadé qu'au Ministère du Travail je serais en mesure de servir efficacement les intérêts de la classe ouvrière. Vous direz si je me suis trompe. Vous conviendrez sans doute que je n’ai pas obéi à des mobiles misérables. En me séparant d un parti auquel je dois le meilleur de ma pensée, je n’ignorais pas les réactions inévitables qui allaient se produire et j’en éprouvais d’avance toute l'amertume. J’étais, néanmoins, assez naïf pour penser que mes camarades me tiendraient compte du fait que je n’avais cherché à entraîner personne et qu’ils m’attendraient à mes actes. Est-il besoin d’insister ?

C’est surtout de ma participation au Cabinet Laval que' certains me font grîef. La politique de déflation massive, connue sous le nom de « politique des décrets-lois », a provoqué beaucoup de protestations et de colères. Elle n’a pu se faire sans que soient commises bien des injustices — dont le Cabinet actuel a déjà, d’ailleurs, réparé quelquesunes. Rappellerai-je que j’ai défendu, au Conseil des Ministres, où je siégeais comme Ministre du Travail - le Populaire du 17 juillet l’atteste! ■— les assistés, les chômeurs, les retraités, les petits fonctionnaires, les ouvriers mineurs ? Qu’en faveur des assistés el des chômeurs, comme de la Caisse autonome des ouvriers mineurs, j’ai eu la joie d’obtenir l’exemption du prélèvement de 10 0/0? La politique de déflation est assurément cruelle. Je suis persuadé, après l’expérience des divers pays, que la dévaluation aurait des conséquences plus désastreuses encore pour les ouvriers et les agents des services publics, car elle provoquerait une montée en flèche des prix et rétribuerait le travail en monnaie dépréciée sfin§ que les rajustements de salaires vinssent compenser la hausse du coût de la vie. Certes, les sacrifices exigés par l’Etat de ses parties prenantes sont douloureux, et iis seraient insupportables s'ils s’avéraient, de surcroît, inefficaces. Et je n ai garde d’oublier que les plus grands ont été imposés par la crise aux ouvriers, sous la forme de réductions successives de salaires et de chômage partiel ou total, et aux paysans, sous la forme d’une dévalorisation à pente abrupte des produits de la terre.

Minisire du Travail, c’est plus spécialement des intérêts des ouvriers, des artisans, et des épargnants que j’avais la charge. Je ne peux qu’énumérer ici les initiatives que j’ai prises et les projets que j’ai fait aboutir. Par un décret -loi du 28 octobre, j ai réalisé la réforme, attendue depuis cinq ans, du régime des assurances sociales. Les droits des assurés sont mieux garantis, les prestations sont intactes, l'assurance invalidité est couverte, l’assurance vieillesse consolidée, la loi enfin est simplifiée. Il me sera facile d établir que son équilibre financier n’est pas menacé.

Je revendique donc hautement à mon actif :

a) La réforme des assurances sociales ;

A) La réforme de la loi de 1898 sur les sociétés de secours mutuels ;

c) Les décrets concernant le privilège de la Caisse des retraites des ouvriers mineurs, ies retraites minières d’Alsace-Lorraine, les "caisses de secours

d) Les décrets qui ont donné une législation à l'artisanat ;

e) Les mesures de protection de la main-d’œuvre nationale ; f ) Les mesures de protection de l'épargne ;

g) Le décret tendant à assurer le payement des salaires en cas de faillite de

l’employeur ; . L

h) Le décret tendant à réprimer les abus du marchandage ;

i) Le décret étendant le champ d’application de la loi sur les salaires des ouvriers à domicile, etc*

Je suis fier d’avoir fait voter par les deux Chambres :

— L'abaissement de 55 à 50 ans, de l'ago de la retraite pour les ouvriers mineurs ;

Par la Chambre :

— Le projet de loi sur la boulangerie ;

— Le projet de loi reconnaissant la qualité de salarié aux conducteurs des voitures publiques ;

— La proposition relative aux majorations de rentes des mutilés du travail d’après 19:27,

J’ai réduit les délais d’exécution du programme de grands travaux : c’est grâce aux dispositions prises que les chantiers forestiers de notre région pourront rester ouverts toute l’année.

Je me suis f?iTorcé, enfin, de garder le contact et de rester d'accord avec les grandes organisations syndicales, et j’ai toujours répondu à leur appel, qu’il s'agît de la grève d’Héri court ou du conflit des dockers de Marseille,

Ainsi, c’est par tous mes actes que s’est affirmée ma fidelité au. monde du travail et à son idéal* Dans le cadre de la circonscription, j'ai accueilli tous ceux qui m’ont fait l'honneur de s’adresser à moi, et je me suis employé à leur rendre service sans me préoccuper de leurs. opinions politiques ou de leurs croyances.

Le pouvoir ne m’a pas changé*

Vous direz, mon cher concitoyen, si je reste digne de votre confiance et de votre amitié*

Page 1