L.-O FROSSARD
Mai iv. de B on champ.
Député de Lun?*
Ministre dû Travail,
Mon cher Concitoyen,
Dans une première lettre, que vous avez reçue la semaine dernière, je vous ai donné les explications d’ordre personnel que je vous devais. Il me reste, maintenant que la campagne électoral© s’achève, à vous dire quelles préoccupations, selon moi, domineront la législature prochaine et quelle politique devra s’imposer pour y répondre, J’aî recueilli, à travers toute 3a circonscription, l’écho de l’inquiétude qu’ont fait naître et qu'entretiennent les événements internationaux récents. Chacun se demande, depuis le coup de force du chancelier Hitler, si la paix n’est pas compromise. Livrée au pouvoir d'un seul homme, l’Allemagne nous place devant le fait accompli le plus brutal, achève de se dégager des obligations militaires du traité de Versailles, et déchire, sous un vain prétexte* 1 acte de Locarno. La Société des Nations restaurera-t-elle le droit violé? Elle est à une épreuve décisive. Il s’agiL de savoir si feflort accompli depuis seize ans pour organiser la sécurité collective a été stérile* La France ne veut pas se résigner à cet échec, si gros de redoutables conséquences. Résolue à assurer, par tous les moyens dont elle dispose, la securité de ses
frontières, elle a opposé au pseudo-plan allemand de paix, un plan conforme à ses aspirations, à son génie, et capable d’établir la paix sur des bases solides. Elle souhaite que son initiative reçoive l’adhésion de l’univers civilisé. Elle a Irop souffert de la guerre pour ne pas désirer la paix avec passion. Fidèle à ses alliances et à ses amitiés, si elle est sans crainte, elle est aussi sans haine contre personne.
C’est à la lutte contre la crise économique qu'elle voudrait se consacrer tout entière. Il faudra par des initiatives hardies accélérer la renaissance de notre activité générale. Un grand pays a le devoir de donner à tous du travail et du pain* L’ouvrier souffre de la crise : i! convient de le protéger dans son labeur par des lois sociales efficaces ; il convient également de reconnaître la fidélité du paysan à la terre par la revalorisation des produits agricoles, de venir en aide aux artisans, d’alléger les charges qui pèsent sur le commerce et l'industrie. Mon concours est acquis aux mesures qui pourront répondre utilement à ces nécessités pressantes de l'heure, et dans bien des domaines, Ministre du Iravail, j ai amorcé les réformes Indispensables. Elles risqueraient de n’apporter à la situation qu'un remède passager si une gestion aventureuse des deniers publics provoquait une nouvelle dévaluation du franc, qui serait funeste aux petites gens — ouvriers, paysans, fonctionnaires, petits rentiers, assurés et assistés.
Dans l’ordre poliLique, aucune réforme ne me paraît plus importante et plus urgente que la réforme électorale par la représentation proportionnelle. Elle libérerait les partis et les élus. Elle nous permettrait d obtenir la continuité de l'action gouvernementale. Elle consoliderait îe régime démocratique. Républicain et socialiste, aï-je besoin d’ajouter que la démocratie n a d'autre loi que celle du suffrage universel et que nulle faction n'a îe droit de substituer sa volonté à la volonté souveraine de la nation? Rien ne serait pire que la guerre civile. La sagesse du peuple saura l’éviter.
Mon cher Concitoyen,
Vous avez pu suivre ma campagne de réunions publiques — si limitée par le temps — et que je m excuse de n'avoir pu mener dans toutes les communes : je n’ai attaqué personne, je n’ai pas répondu aux violences de polémiques injustes. Vous me connaissez. Vous savez mon dévouement à la cause des humbles. A vous de dire dimanche si je mérite ou non que votre confiance me soit renouvelée !