M, GASPARIN
(Groupe républicain radical et radical-socialiste.)
Élu pour la iTt fois le 27 mai 1906. — Réélu les 24 avril 1910, 26 avril 1914, 30 novembre 1919, J] mai 1924, 22 avril 1928, 15 mai 1932 et 26 avril 1936.
Mes chers électeurs,
Pour la 9e fois je viens vous demander vos suffrages*
Je suis plus vieux aujourd'hui qu'hier, je suis toujours aussi jeune de cœur et d'esprit, aussi ardent à la lutte pour l'amélioration du sort des humbles et des malheureux.
A la Chambre je suis presque le plus ancien des députés, j'ai l'orgueil de pouvoir regarder avec fierté ma longue carrière. J’ai toute ma vie été fidèle au devoir que je m'étais imposé, au mandat que vous m'avez sans cesse renouvelé.
Pour moi, le passé répond de l’avenir,
La tâche est rude h notre époque, pour celui qui, comme moi, se penche vers ceux qui soutirent ; les souffrances sont nombreuses ; et pourtant, comme je l ai toujours fait, je continuerai d’être digne du surnom que vous m’avez donné, je continuerai à être pour tous ceux qui sont opprimés ou malheureux le bon papa Gasparin ; celui qui a des devoirs et sait les remplir, envers les enfants de la race créole.
Plus la tâche est rude, plus nous devons nous souvenir que l'on ne bâtit pas sur la haine.
Tous les enfants de la Réunion doivent serrer les rangs et s'unir fraternellement pour traverser les heures cruelles de la crise mondiale.
Demain il va falloir dans ce pays trouver d'autres ressources que celles auxquelles nous sommes habitués.
La nature généreuse nous a donné un sol qui se prête à ia diversité des cultures, un climat dont la gamme permet toutes les réalisations.
Pour la transformation necessaire des cultures, pour qu'au cours de cette transformation des injustices ne se manifestent pas.
Pour que 1 aide nécessaire matérielle et morale vous soit assurée.
Je lutterai de toutes mes forces avec ce réconfort que le faisant j'aurai la certitude de travailler non seulement pour chacun de vous, mais encore pour l'avenir de notre chère patrie créole.
Eu attendant, la tâche qui s offre à mai tout de suite, c'est d'assurer, avec mes amis, la
bonne entente et îa bonne organisation pour que soit appliquée dans une. atmosphère de justice et d' équité > celte loi du 31 décembre 1927 qui est votre garantie contre les. abus.
Ce n’est point en soulevant des rivalités de personnes derrière lesquelles se cachent les spéculations et les appétits les plus sordides que Ton peut mener à bien rentre prise de répartition, dans la justice et 1T équité, de ce qui qui est l’avoir datons.
C'est en faisant ce que j’ai toujours fait, vous le savez, en écoutant les pkintès, les observations, les conseils de tous, grands et petits, en confrontant, entre, elles toutes les difficultés ; c’est eir mûrissant avec passion tous les problèmes, que je veux dans la concorde et dans fanion féconde de tous les hommes de bonne volonté, travailler avec vous ê aaaaéliorer sur la base de la justice et de la solidarité le sort de notre pays et de ses ha bit an! s.
A votre collaboration j’apporte la mienne; au Parlement je vous servirai' de tout le crédit que trente années de service parlementaire m’ont assuré; près des pouvoirs publics, je vous garantirait bienveillance active que je vous ai toujours, vous le savez, obtenue.
Je vous ai toujours apporté et dévoué toutes mes forces; ma vie a été bien remplie jusqu’ici et ce qui me reste d'existence je vous le donnerai encore avec tout mon dévouement, avec tout mon coeur.
Vive l’union de tous pour le salut de tous !
Vive la Réunion I
Lucie* G A SP A R iM 1 Député de la Réunie ü.
2° circonscription»
M* Auguste BRUNET (Groupe cfe l'Union socUllüte et républicaine. J
Elu pour la P* fois le 11 mai 1924. — Réélu les 22 avril 1928, 15 mai 1932
et 26 avril 1936.
: Mes che r s com p a tri o te s ,
Je viens solliciter le renouvellement du mandat qu a trois reprises’ déjà en 1924, en 1928 et en 1932 — vous m’avez confié et que j’ai conscience d’avoir toujours rempli avec fidélité et honneur. Douze années d'expérience parlementaire, à travers les alarmer, les vicissitudes, les crises elles redressements de la vie nationale, à travers les lourdes inquiétudes d’une paix menacée ; douze années, au cours desquelles j’ai été associé par deux fois aux responsabilités du Gouvernement, me mettent, je crois, en mesure de mieux servir encore le pays, la République et la démocratie r je ne présume donc pas de mes1 forces en demandant à mes compatriotes de me charger de nouveau de la défense auprès dès Pouvoirs publics, des intérêts économiques, politiques et moraux de notre collectivité réunionnaise dans l’uni té indivisible de la plus grande France,
Une représentation unie, consciente de ses responsabilités, étroitement solidaire dans l’effort de sauvegarder notre économie, votre labeur, nos libertés, l’avenir des foyers créoles
— tel est l'exemple que nous avons constamment donné et vous savez les résultats qui ont marqué cette action commune :
— les productions de la colonie protégées sur îe marché national ;
— les droits du conseil général restaurés, notamment en ce qui concerne les conditions de délibération du budget du G, P, R* ;
— les procédures d’autorité mises en échec ;
— les décrets-loi humanisés à l’égard des fonctionnaires locaux, des cheminots, des pères de familles nombreuses ;
— les inégalités de traitement infligées aux « originaires » — entendez les fonctionnaires créoles — poursuivies avec vigilance, dénoncées avec fermeté.
Et, quand a pesé sur le principal élément de fortune et de vie de la colonie — la production sucrière — la menace d’une limitation brutale, imposée d’office, sans précautions, sans transition et sans mesure, c’est cette union qui nous a permis de résister à des prétentions égoïstes et de réaliser, par des ententes concertées et librement débattues, les aménagements indispensables d’un contingentement destiné à prévenir l'effondrement du marché des sucres.
Notre tache b cet égard n'est pas terminée, car le même problème va se poser de nouveau en 1937. Mais, forts de l’expérience en cours, avertis des troubles économiques et des perturbations sociales qu’un contingent trop étroit risquerait de déchaîner chez nous, nous nous efforcerons, dans les discussions prochaines, d 'obtenir en faveur de noire colonie laborieuse tous les avantages et toutes les compensations légitimes, convaincus qu'une discipline de la production, pour être observée spontanément par tous, doit être fondée sur une stricte équité à l’égard de tous.
L’organisation du crédit à long terme devra être l’une de ces compensations. Nous y voyons non seulement un moyen de stabilité économique, mais une condition d’indépendance pour les agriculteurs.
Cette indépendance, nous nous sommes efforcés do la leur assurer par la loi du 31 décembre 1927, qui a créé les commissions paritaires où planteurs et usiniers viennent confronter leurs intérêts et fixer les modalités de règlement de la tonne de cannes, sous réserve de l’appel fait à l’arbitrage du chef de la colonie. Nous demandons à tous ceux qui aiment ce pays, qui sont soucieux de paix sociale, de ne pas laisser porter atteinte au principe de cette législation tutélaire, qui reste à la base de notre action parlementaire tout entière tournée vers la liberté et vers la justice l
Je viens de définir, mes chers compatriotes, les préoccupations qui m’ont toujours animé à l’égard de nnlre démocratie coloniale. Je crois que le capital a des devoirs envers le travail. Mais je manquerais à mon souci d’impartialité eL de justice si je ne constatais qu'en absorbant la production excédentaire de 1935, les usiniers ont compris l’étendue de ces devoirs que résume un seul mot : solidarité*
Sécurité de l’avenir pour tous; amélioration de certaines de nos cultures susceptibles de favoriser la prospérité de nos régions, et notamment celle du tabac, en y intéressant la régie française ; allègement des frais qui grèvent les produits de la terre ; développement, dans l’union et la concorde civiques et dans le respect des traditions profondes de nos populations de l'œuvre de fraternité que nous ont léguée les hommes de 48 ; et l’on me permettra de dire que je n’ai besoin, à cet égard, d’autre caution que celle que constitue pour moi une lignée d’ardents démocrates qui ont rempli, dans ce pays et hors de ce pays, leur tâche d’émancipateurs et d’éducateurs et dont les enseignements ont formé ma consciense ; vigilance républicaine à assurer la défense et le perfectionnement de nos institutions; vigilance patriotique b préserver le patrimoine intangible do la France, de cette France libérale et généreuse qui n’a cessé de manifester sa volonté de paix, qui n’entend pas s’isoler de la vie internationale, mais qui doit demeurer sur ses gardes, forte et armée,
en présence des provocations d’un nationalisme exaspéré qui déchire les contrats et viole délibérément les engagements les plus solennels.
C'est le sentiment rêlléchi des travailleurs et des anciens combattants, c’est le vœu unanime du pays qu’exprime cette profession de foi, qui est moins celle d'un homme que celle de notre petite collectivité française.
A servir cet idéal ? à servir le pays, à servir la République et la patrie confondues dans la même foi s je mets toutes les ardeurs de mon cœur, toutes les forces de ma raison, toutes les ressources de mon intelligence et de mon expérience.
Vive la France !
Vive la République démocratique i
Vive La Réunion l
Auguste BRUNET
Député sortant.
Docteur eu droit.
Gouverneur général honoraire des colonies. Ancien combattant — Croix de guerre* Officier de la Légion d’honneur.