COTE-D’OR
Circonscription de BEAUNE,
M. Jean BOUIIEY (Groupe socialiste.)
Elu pour la îre fois le 3 mai 1936,
{Voir le programme du parti socialiste S, F. L 0,, p. 3.)
Citoyens,
Pour la troisième fois, j’ai accepte T honneur que m'a fait la Fédération de la Côte-d'Or en me désignant pour être le porte- drapeau du parti socialiste ;S* F. I, 0.) dans le Beaunois.
Vous me connaissez tous. Enfant du Beamiois, n’ignorant rien de ses besoins, issu d’une vieille famille républicaine chez qui les convictions ne varient pas, conseiller municipal de VilIers-la-Faye depuis 1925, maire de ma commune depuis 1929, conseiller général du canton de Nuits-Saînt-Georges depuis 1931, vous avez par deux fois affirmé sur mon nom votre attachement aux institutions laïques et républicaines et votre confiance dans le parti socialiste pour la défense de vos intérêts, la première fois en 1928 par 6.336 suffrages, la seconde par 8.552,
En 1932 , malgré une campagne acharnée et des procédés qu'il vaut mieux ne pas qualifier, 132 voix seulement ont empêché la victoire de la classe laborieuse à laquelle je m’honore d’appartenir. Ce que j’éfais alors, je le suis resté et j’ai la conviction profonde que vous mêmes n’avez pas varié* C’est donc en pleine confiance que je remets entre vos mains mon sort et celui de la classe ouvrière et paysanne que, plus que jamais, je suis avec le parti socialiste tout entier, décidé à défendre de toutes mes forces.
La situation actuelle :
En 1932, en vous présentant Je triste bilan de la soi-disant « union nationale », amalgame à peine camouflé de la réaction, du fascisme et de tous les défenseurs des privilèges, nous vous disions de réfléchir et de sonder Y abîme où nous courions. Les événements nous ont donné tristement raison. La Chambre expirante, élue sous le signe des gauches, a continué la politique d'union nationale, envers et contre tout, et laisse Je pays devant une situation que, sans pessimisme, on doit, hélas, qualifier de catastrophique : misère générale et chômage accrus — vie économique paralysée — produits du sol complètement dévalorisés — puissance de consommation très diminuée — budget en super-déséquilibre (le Ministre actuel des Finances prévoyant 17 milliards d’emprunt pour Y exercice en cours) — institutions républicaines gravement menacées — paix européenne compromise.
Le Front populaire :
Cet effondrement lamentable de la politique d union nationale et de déflation à outrance, joint à 1’outrecuidance des fascistes voulant imposer par la force une politique réprouvée par la majorité républicaine et laborieuse du pays a eu pourtant une contrepartie heureuse : la constitution du « Front populaire », immense rassemblement de tout ce que le pays compte de démocrates sincères, décidés à lutter farouchement pour le pain, pour la liberté des travailleurs, et pour la paix universelle. Le parti socialiste s'honore d’avoir été un des promoteurs et d’être un des éléments les plus actifs de ce rassemblement qui, tout en laissant à chaque parti adhérent son programme propre, a su mettre sur pied un programme minimum de revendications immédiates capables de donner satisfaction aux travailleurs victimes de la politique d’unîon nationale.
Mon programme.
Vous le connaissez. C'est celui de mon parti, parti de défense ouvrière et paysanne, ayant pour but de transformer la société capitaliste actuelle réservant tous ses profits à une minorité de privilégiés, en une société meilleure assurant à tout travailleur la possibilité de vivre largement du produit de son labeur.
Pour dissiper une équivoque soigneusement entretenue par la réaction fasciste, disons tout de suite que le mot capitaliste ne s’applique pas au travailleur qui, par 1 économie et les privations de plusieurs générations parfois, a réussi à amasser quelque bien ou quelque argent pour le mettre à l'abri de la misère — que les cultivateurs ou les vignerons exploitant eux-mêmes leur petite propriété — -* que Partisan — le petit industriel ou commerçant, fussent-ils à fais©, ne sont point des capitalistes. Le parti socialiste ne songe nullement a les déposséder, mais au contraire à les protéger tous, cultivateurs et vignerons — ouvriers et artisans — employés et petits commerçants — contre le régime actuel qui les accable, les affame et les dépouille chaque jour davantage pour ne pas toucher aux vrais profiteurs, financiers interlopes, industriels sans scrupules, spéculateurs souvent internationaux, pour qui la guerre est la bonne affaire et dont le patriotisme se mesure aux bénéfices réalisés.
Politique intérieure :
Profitant des mécontente méats créés dans les masses par des gouvernements qui n’ont pas su se montrer dignes de la confiance que le peuple du travail avait mise en eux et qui. nTont pas osé imposer la loi de la majorité à une minorité qui, possédant Purgent, gouverne dans la coulisse, le fascisme a tenté de s’installer en France, Certains, à la solde de celte minorité, ont cherché à jeter le discrédit sur Le Parlement et n’ont pas craint, le 6- février 1934* de recourir à l’émeute, pour tenter d imposer aux français la dictature du fascisme qu ils, admirent et soutiennent chez Mussolini et Hitler*
Nous exigeons la mise dans 1 impossibilité de nuire de tous les chefs factieux, la dissolution de toutes leurs ligues para-militaires, la suppression des journaux pour qui rappel an meurtre constitue le principal argument*
Nous voulons le maintien absolu et le développement de toutes les institutions démocratiques et de toutes les libertés que nos aïeux en 1789, 1830, 1848 et sous la Commune ont payé es d e , 1 e u r sang.
Nous voulons que toutes les grandes administrations de l'Etat et en particulier la magistrature et l’armée soient véritablement et uniquement au service de la nation et non à la disposition des chefs de la réaction fasciste et des puissances d’argent.
Nous voulons enfin que fa souveraineté nationale devienne une réalité et nous exigerons que la politique pratiquée parle Gouvernement soit celle voulue par le pays et non celle imposée par des privilégiés de la fortune plus arrogants que les privilégiés d’ancien régime.
Partisans de toutes les libertés, de la liberté de conscience en particulier, nous voudrions voir toutes les tendances représentées à la Chambre et c’est pourquoi nous sommes et reste-
rons les partisans de la représentation proportionnelle juste et intégrale supprimant les marchandages du 2' tour, tels que ceux dont nous avons été témoins et victimes il y a quatre ans. Nous désirons toujours le droit des femmes à 1 électorat et a 1 éligibilité par
étapes successives.
Politique extérieure :
La position du parti socialiste est connue et n’a pas varié et nous sommes heureux de constater que le Gouvernement actuel dans sa réponse aux propositions allemandes a fait ( e larges emprunts aux solutions que nous avons toujours préconisées. Nous sommes des partisans forcenés de la paix universelle et nous estimons que le serment fait aux victimes de la dernière guerre qu’on envoyait à la boucherie avec la promesse que leurs enfants ne reverraient pas cette horreur doit Être sacré. Nous savons par expérience que la guerre est faite par les travailleurs uniquement -et au seul profit des forbans de la haute pegre internationale. Nous savons aussi que si personne ne pouvait tirer profit de la guerre, la paix serait sérieusement consolidée et c’est pourquoi notre parti na cessé de réclamer la nationalisation des industries de guerre. Nous imposerons la paix aux gouvernements quels qu ils soient en faisant appel à la volonté pacifique des travailleurs de tous les pays, en assurant la sécurité collective par les pactes de non-agression ouverts à toutes les nations, par le îen orcemen et le perfectionnement de lu Société des Nations, et lorsque la situation sera enfin éclaircie,
par le désarmement général, simultané et contrôlé.
La classe ouvrière et paysanne, dont nous sommes, ayant payé un assez ourt lors de la dernière tuerie, nous ne permettons à personne de mettre en doute notre patriotisme et surtout pas à ceux qui entretiennent des conversations avec Hitler et aspirent a nous doter du régime qu’il a imposé au peuple allemand; et nous persistons a soutenir que la course aux armements est la course à la guerre, celte chose odieuse dont nous ne voulons à aucun prix.
Politique économique :
Dans ce domaine, également, nous voulons que les travailleurs de toutes calegories cessent d’être toujours les vielimes des memes privilégiés. Par suite de la politique de e ation, contre laquelle nous vous mettions en garde il y a quatre ans, les sacn mes imposes uniquement à la masse des travailleurs des champs, de T’usine, du commerce et de l Etat diminuent le pouvoir d’achat de tous. Conséquence : les .produits du sol se vendent ma . e vigneron et le cultivateur se voient obligés de céder leurs produits, a G P*IX s<mpour le consommateur victime de la spéculation. Les impôts bases sur la consomma ion diminuent d’autant et le déficit budgétaire qu’on avait cm combler ne fait que s accroître. Cependant certaines grosses firmes continuent à réaliser des super-béneftees. our exp iquer l’avilissement des cours, on parle de surproduction, mais on oublie de dire qtn y a e* milliers d’êtres qui ne mangent pas à le.ur faim, boivent de l’eau et portent des veteme* s sordides Nous disons nous : sous-consommation d’abord : donnez à tous ces malheureux la possibilité de gagner leur vie, ils redeviendront des consommateurs normaux H liMmse sera bien près d’être résolue. D'ailleurs, la politique de déflation a si bien fait faillite que personne, à l’heure actuelle, sous peine de se voir ridiculiser, Poserait proposer des mesures analogues à celles adoptées par les gouvernements d’union nationale. G est notre herte d en avoir prévu les conséquences et de nous y être opposés de toutes nos lorces.
Comment lutter contre la crise économique :
11 n’est pas de maux sans remèdes : voici les remèdes que nous vous proposons. Tls ne sont pas nouveaux et figuraient déjà dans toutes Tes professions de foi socialistes di y a quatre ans, mais comme ils n" ont pas l’agrément de la haute finance, on n a pas voulu les appliquer. Les énumérer suffirait presque : offices nationaux du ble, du vin, des engrais, des sucres, de TaTcodl et de l’essence. - Lutte contre le chômage t création d une caisse d assurance-ehômage, organisation de grands travaux, certes, mai» aussi comme je e isais J
en 1932, emploi des chômeurs par une politique active du logement, par l'électrification totale des campagnes y compris les écarts, l’amélioration des routes et des chemins l’adduction de l’eau potable dans les villages, l’assainissement des villes et des campagnes' 1 amelioration des cours d’eau, la construction de maisons de retraites pour les vieux travailleurs privés de ressources, d’hôpitaux et de sanatoria pour les malades, etc.
Politique du blé et du vin :
Cette question intéressant particulièrement notre circonscription, permeltez-moi de m’y arrêter un peu plus longuement. Depuis toujours le parti socialiste s’est élevé contre l’exploitation cynique dont sont l’objet de la part de grosses firmes capitalistes, cultivateurs et vignerons. J usqu’alors rien de sérieux o’a été fait pour eux et toutes les soi-disant mesures de protection prises à leur égard n’ont été en réalité que des mesures vexatoires : déclarations sons objet, limitation des plantations, arrachages, etc. Le régime des importations et des contingentements contrôlés, admissions temporaires et autres n’a réussi qu’à enrichir les imporf ateurs.
Pour mettre définitivement ces travailleurs dignes d’intérêt à l’abri de la spéculation éhontée dont ils sont l’objet, nous demandons et nous exigerons, si les électeurs nous en donnent le moyen, la création de 1 Office national du blé qu’on n’ose tout de même plus traiter de chimère. Nous le voulons composé en majorité de cultivalears-cultivants (et non d’aristocrates exploiteurs de fermiers et de métayers) — de représentants des consommateurs de pain — de quelques représentants du commerce et de la meunerie et enfin de techniciens représentant le Gouvernement, C’est l’Office qui chaque année au moyen des déclarations de récoltes (qui cette fois auront un but précis et un intérêt indiscutable), établira le bilan de la récolte — fixera le cours du blé, supprimant ainsi l’agio — autorisera sur les récoltes les avances sans intérêt - fixera le prix du pain et assurera s’il y a lieu les importations et les exportations. Suppression de l’accaparement à vil prix à la récolte, du commerce en bourse toujours pratiqué au détriment des producteurs et des consommateurs — prix réguliers et rémunérateurs; pour le producteur, raisonnables pour le consommateur, tels seront les avantages que vous retirerez d’un tel Office le jour où, ouvrant enfin les yeux sur vos véritables ^intérêts, vous choisirez pour vous représenter des hommes qui n’ont en vue que le mieux-être de tons les travailleurs. L’Office du vin procurera des avantages analogues aux. vignerons, mais en plus, nous demandons pour eux, peut-être encore plus durement atteints, la liberté complète pour le petit exploitant n’employant que peu ou pas de maind'œuvre étrangère à sa famille. Celui-là n’est pas cause de la surproduction et si l’on a dressé l’une contre l’autre deux catégories de petits producteurs voisins, c’est pour permettre aux capitalistes, véritables industriels de la vigne, du Midi ou d’Algérie, récoltant jusqu’à 25.000 hectolitres par exploitation, de continuer à inonder le marché et à avilir lès cours C’est de ce côté seulement que se trouvent les véritables responsables et c’est contre eux qu il vous faut nous aider à lutter si vous ne voulez pas continuer à connaître la misère à coté de vos cuves pleines. Nous préconisons également l’abaissement des droits de circulation des vins et alcools en rapport avec la valeur de la marchandise et l’établissement d’un statut viticole spécial à la Bourgogne.
Eu présence du marasme profond dans lequel sont plongées l'agriculture eL la viticulture bourguignonnes en particulier, seules des solutions telles que celles préconisées par le parti sociahste peuvent apporter une amélioration à. .votre sort. Remarquez h ce sujet que les socialistes n’ont pas attendu la création d’un parti agraire pour prendre en mains vos intérêts et apporter pour combattre votre misère des solutions beaucoup plus hardies que celles préconisees par les dirigeants de ce parti*
Le petit industriel et le petit commerçant savent qu’ils trouveront chez nous des défenseurs ardents; la haine que nous portent les grandes firmes capitalistes leur en est le meilleur garant.
Les travailleurs de l’Etat et des grandes entreprises publiques, les retraités savent que es revendications de leurs associations professionnelles groupées dans la C. G. T. réunifiée
-ont toujours trouve le meilleur accueil auprès de notre parti, spécialement en ce qui concerne la suppression des décrets-lois do misère, symboles de la déflation que nous condamnons.
Partisans du contrôle des banques, en attendant leur nationalisation, les petits épargnais et les petits rentiers peuvent être assurés que nous ferons tout pour les mettre à 1 abri des spéculateurs at des requins do finances dont ils sont les victimes constantes et impuissantes jusqu'alors.
Nous voulons en particulier faire de la Banque de France, aujourd'hui banque privée entièrement entre les mains de la haute finance, la véritable banque de la France, recevant les directives du Gouvernement au lieu de lui imposer ses volontés.
L'organisation du crédit devra être conçue dans le but essentiel de mettre à la disposition de 1 agriculture, de 1 artisanat^ du commerce et de F indus trie, des moyens qui jusqu’alors ne leur sont consentis qu’à des taux; usuraires et même sont réservés aux grands capitalistes {De Wendel et autres).
Citoyens,
Bien d autres questions telles que les nationalisations diverses, la simplification et la démocratisation des impôts, la répression de la fraude fiscale, la lutte contre le gaspillage, la chasse aux cumuls, 1 institution de caisses autonomes de retraites, etc., mériteraient de retenir notre attention, J ai cru bien faire en donnant la prédominance aux questions qui vous touchent de plus près et qui., à mon sens, sont le plus rapidement réalisables, La plupart de ces revendications se retrouvent dans le programme du Front populaire destiné à devenir le programme du Gouvernement de demain si tous les partis qui y adhèrent et si tous les candidats qui s en réclament sont décidés comme Je sont le parti socialiste et moimême à dire franchement, sans réticence, qu'ils se considèrent engagés d’honneur à l'action commune sur la base de ce programme.
Je m engage, si je suis élu, à rester en contact permanent avec vous et vous savez que pour un candidat socialiste il ne s'agit pas là d’une vaine promesse. Les électeurs du canton de Nuits pourront vous dire qu’un compte rendu de mandat est chose normale pour moi et ceux de la 1" circonscription de Dijon, ont vu mon ami Jardillier se présenter régulièrement même dans les plus petites communes, pour tenir ses électeurs au courant de son activité parlementaire eL s’informer de leurs besoins.
C est aux producteurs, à tous les travailleurs du Beaunois, c’est à tous les hommes de cœur que révoltent les injustices du régime actuel que je m’adresse en leur disant, pour mener la lutte jusqu’à la victoire complète, pour soustraire le monde du travail à l’emprise du capitalisme qui l’étreint, vous me trouverez toujours à vos côtés avec le parti socialiste tout entier.
Vous connaissez l’homme,
Vous connaissez le parti,
\ ous connaissez les méfaits de la politique d’union nationale imposée par la réaction.
Votez selon voire conscience,
Jean ËOUHEY
Négociant et viticulteur.
Maire de Villers-la-Faye,
Go nae il 1er général du canton de K oh 8- Saint -George b. Candidat du parti socialiste (S, F. I, O.).
Je renouvelle également l'engagement que je prenais vis-à-vis de vous en 1632, d’établir à Beaune, chef-lieu de l’arrondissement, une permanence où amis et adversaires me trouveront toujours disposé à étudier et à soutenir leurs revendications professionnelles ou écono- Cliques,
Circonscription de CH ATILLOIÏ- SUR- &EINE