MOYEN-CONGO
M. Jean Félix-Tchicsya (R, D. A-.)
Deuxième coi.lègiï.
PROFESSION DE FOI de Jean FÉLIX-TCHICAYA Député sortant, — Candidat du Parti progressiste congolais.
Congolais, Congolaises,
Me voici une fois de plus parmi vous et auprès de vous. Me voici revenu de la haute mission dont vous m’avez chargé au sein de l'Assemblée Nationale de la République et de la mère pairie.
Cette mission que vous m'avez confiée à un moment émouvant de notre histoire, vou savez que je l'ai considérée, non seulement comme un honneur, mais encore plus comme un impérieux devoir auquel j’ai consacré le meilleur de moi-même, dans le seul souci d remplir dignement ma tâche, de répondre à la confiance qui m'a été faite et de servir loyalement la cause juste et légitime de nos populations, de notre fédération et de toute l'Union française, animé par un idéal commun de liberté et de fraternité.
Avec la IVe République et dans le cadre prodigieux d’une union scellée par un lourd tribut de sang et de sacrifices, de nouvelles institutions sont nées dont l'esprit lui-même était nouveau. Les frontières artificielles et dangereuses, créées par l’égoïsme et la soif du lucre entre le peuple français et les peuples d'Afrique nourris par le génie de la France, on été abolies ;
— le travail forcé a été supprimé,
— les hommes circulent plus librement,
— l'instruction publique se développe,
— nos richesses sont de plus en plus exploitées,
— nos villes s’agrandissent et se modernisent.
Malgré les imperfections inhérentes à toute oeuvre humaine, on peut dire que notre pays connaît aujourrî hui, grâce à faction vigilante et résolue de tous ses habitants, sans distinction d'origine et sous fégïde d’une administration zélée et compétente, une ère de rénovation, promesse de lendemains toujours meilleurs.
Congolais et Congolaises,
Yrous avez pu ainsi vous rendre compte de l'étendue de la tache qui était la mienne. Je vous tromperais si je vous disais que mon travail a été parfait en tous points, que j’ai
obtenu en toutes occasions les succès espérés. Non. J’ai fait seulement œuvre d’homme de bonne volonté attaché à la chose publique et sans cesse soucieux de combattre et de lutter pour tout ce qui me paraissait être juste, équitable, favorable à la paix et à la fraternité des hommes. Je n’ai pas cherché à avoir toujours raison mais à voir où était le vrai et le possible. C'est pourquoi vous comprendrez facilement cette attitude droite que, avec tous mes collègues, j’ai voulu conserver dans les circonstances critiques où l’avenir de notre cause pouvait être mis en jeu.
Pendant six années durant vous m’avez accordé votre confiance; vous n’avez jamais ménagé vos efforts pour m’éclairer dans ma mission et m’aider à la remplir d'une façon sérieuse et efficace. Peuple souverain, vous êtes une fois de plus appelé à choisir votre représentant au sein de l’Assemblée législative de la République. Je n’oserais pas solliciter votre confiance, si je ne savais pas que votre pressant désir, votre volonté manifeste est de voir le travail poursuivi par le même porte parole qui a œuvré pour les intérêts de tous, dans la pleine conscience de ses devoirs et de ses responsabilités.
Congolais et Congolaises,
Mon programme, vous le connaissez, je n’ai pas besoin de le développer ici. Ce que je peux affirmer de nouveau et avec force, c’est que tel j’ai été, tel je serai le soutien fidèle des masses laborieuses et de toutes classes industrieuses de notre beau territoire.
Mes idées sont les vôtres : des libertés, encore des libertés et toujours plus de liberté. Liberté à tous les citoyens d’exprimer d’une façon démocratique leurs aspirations et leurs sentiments, liberté à ceux qui veulent se pencher sur le sort de la jeunesse, d’ouvrir des écoles et des institutions ou former une génération congolaise plus instruite et plus apte à gérer les affaires du territoire ; hormis les contraintes indispensables et dictées par d’impérieuses nécessités nationales, liberté pour le commerce et l’industrie de se développer pour la prospérité de tous.
Liberté et paix sont indivisibles. Ainsi s’établit d’une façon de jour en jour plus consciente dans l’esprit de tous les hommes mus par de nobles desseins, cette interdépendance de plus en plus ample qui marque les temps présents et les siècles à venir. La fraternité n’est plus un commandement de la morale naturelle ; elle est un impératif catégorique, sans lequel aucune nation, si forte et si puissante soit-elle, ne pourrait plus assumer sa subsistance et son développement. Les peuples isolés sont des peuples de proie qui risquent d’être des peuples morts.
Congolais et Congolaises,
Vous êtes, vous, un peuple vivant. Tous ensemble avec la République et dans l’Union française, nous conduirons notre territoire vers plus de prospérité, plus d’union et plus de bonheur !
Pointe-Noire, le 28 mai 1948.