Chodzko, Ànn. polon. Ms
60â POLOGNE.
Hote verbale du premiev plénipotentiaire anglais, lord Casllereagh, au plénipotentiaire prussien, prince de Hardenherg , au sujet de ' ' la prise de possession du royaume de Saxe par la Prusse.
Vienne, octobre 1814'- Nous supposons que l'on s'occupe du plan d'incorporer la Saxe à la Prusse, pour mettre cette dernière puissance en état de former une barrière pour la if: sûreté du nord de l'Allemagne.
L'utilité de cette mesure, par rapporta son résultat, est généralement admise; les objections ne sont dirigées que contre le choix des moyens.
On prétend qu'une mesure aussi sévère contre la maison de Saxe, dont la
conduite criminelle devrait, dit-on, être attribuée à la nécessité et non pas à
ses intentions, ne s'accorde pas avec l'indulgence observée envers d'autres
puissances également contraintes d'agir contre la cause de l'Europe, et qu'elle
','\ est en contradiction avec les principes de la justice.
Examinons le cas. Le roi de Saxe est devenu , par le zèle avec lequel il s'est
engagé dans la cause de Buonnparte, le principal favori de celui-ci; il l'a
distingué en attachant à sa couronne le duché de Varsovie, acte par lequel la
"' frontière de l'Autriche fut démantelée , la Prusse soumise à la direction de la
France , et le chemin frayé pour pénétrer au cœur de la Russie. 1 ' .j Par l'expulsion des Français du duché de Varsovie, ce pays est échu à la
' ' Russie à titre d'occupation militaire.
'.^' Lorsque les armes des alliés furent parvenues à repousser les Français au
delà de i'Oder et de l'Elbe et s'avancèrent dans l'intérieur de la Save , le roi de
Saxe, sans permettre toutefois à ses troupes d'assister les alliés, se relira sur
le territoire de l'Autriche, engagée alors dans une médiation pour la paix, et
se montra disposé à prendre part au système politique de l'Autriche ; mais, au
premier succès des armées de Buonaparte, il rejoignit les Français avec toutes
ses forces, et coopéra aux mesures qui amenèrent la défaite des alliés et leur
;< retraite vers l'Oder. Par la réunion de l'Autriche aux alliés, à la suite d'une
li négociation infructueuse, les armées des Français furent enfin repoussées
n au delà du Rhin , la Saxe fut entièrement conquise , et le roi lui-même fait
,;, prisonnier.
I Est-il injuste qu'après les efforts que les alliés ont fait pour la cause de l'Eu-
rope ils se trouvent, jusqu'à un certain point, indemnisés pour les risques qu'ils ont courus et pour les pertes qu'ils ont essuyées? , j' • Personne ne sera assez déraisonnable pour soutenir une thèse pareille.
I' Quel moyen y aurait-il de les indemniser, si ce n'est aux dépens des puis-
■ "(f sances qui avaient été agrandies à cause de leur zèle pour l'ennemi commun,
''. • et qui refusaient leur assistance à la cause commune de la délivrance de l'Eu-
'! rope, lorsqu'il se présente une occasion favorable pour y concourir? Tel a été
y. particulièrement le cas du roi de Saxe, et la conduite par laquelle il s'est dis-
,) ,\ 1 tingué de tous les autres souverains.
»- , ! On allègue que le roi a volontairement abandonné le duché de Varsovie.
' ! Comme il ne le possédait que par la conquête, el qu'il ne pouvait avoir aucun
,1 droit de réclamer après qu'il eût été reconquis, celle objection ne mérite au*
<J ' cune attention.
. ! 1. Kluber,t.VII,p. 10.
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ANNÉE miA. 603
Mais s'il est admis que les alliôs doivent être indemnisés, et si ce principe est particulièrement maintenu en faveur de la Russie, où la Kussie peut-elle trouver ses indemnités, si ce n'est dans le duché de Varsovie? Et comment les lui assigner dans ce duché sans dépouiller la Prusse?
Et comment la Prusse serait-elle indemnisée , d'abord pour cette perte et puis pour ses eiïorts et ses pertes dans la cause commune? Il est évident que si elle doit être indemnisée du tout, elle doit l'être par les possessions de quelque autre puissance.
Or, sur quelle puissance la charge de cette indemnité pourrait-elle tomber plus justement que sur celle qui a été le premier et le principal instrument dans le démembrement de la Prusse, et plus tard, par ses tergiversations, ou par sa pusillanimité, ou par son ambition, une des principales causes des sacrifices qu'elle a essuyés en recouvrant une partie de ses possessions?
Combien de puissances, combien de princes n'a-t-on pas vus dépouillés de leurs droits, qui avaient mieux mérité de l'Europe que la Saxe ! Pourquoi leur cause est-elle négligée et oubliée, tandis que celle de la Saxe, certainement la plus coupable et la moins excusable, serait-elle soutenue?
On admet de toutes parts que la Russie doit être indemnisée, et qu'elle ne peut l'être qu'aux dépens de la Prusse, dont les sacrifices et les efi^orts pour la cause de l'Europe ont été, en proportion de ses moyens, plus grands que ceux d'aucune autre puissance ; et cependant la Prusse ne doit pas être indemnisée aux dépens de la Saxe, du plus grand ennemi que la cause commune ait eu en Allemagne, quoique cet arrangement serait le seul qui pilt la dédommager, à un certain degré, des cessions qu'elle doit faire de ses anciennes possessions dans le duché de Varsovie , le seul qui pût lui fournir les moyens de former une barrière pour la sûreté du Nord, et la remplacer dans la même situation dont elle a joui auparavant.
Si la Russie doit être indemnisée aux dépens d'un allié, pourquoi la Prusse ne le serait-elle pas aux dépens d'un ennemi? Si la Russie doit êlre agrandie aux dépens de la puissance qui a le mieux servi la cause de l'Europe, pourquoi la Prusse ne doit-elle pas l'être aux dépens de celle qui a fait le plus de mal à cette cause?
Il est impossible de renverser ce raisonnement, à moins d'avoir recours à des arguments qui , en contestant le droit des souverains libérateurs de l'Europe à toute indemnité quelconque, offrirait à chaque puissance la plus forte tentalioa de déserter la cause de l'Europe à la moindre apparence de danger ou d'espoir de s'agrandir.
Le roi de Saxe a, d'après tout principe du droit public, perdu la totalité de ses droits; ou, partout où il n'est pas question de droit, la loi des convenances et de l'utilité générale, modifiée tout au plus par la clémence, doit se faire entendre; je dis modifiée, car elle ne doit pas êlre sacrifiée à des considérations pareilles.
Le roi de Saxe n'a aucun droit ni à être rétabli, ni à être indemnisé ; il peut s'adresser à l'indulgence des conquérants, et, s'ils lui offrent une compensation dans une autre partie de l'Europe, et que cette compensation ne lui paraisse pas proportionnée à ce qu'il perd, il peut seulement se plaindre de l'insufTisance, mais non pas de l'injustice de l'offre qu'on lui fait.
Il faut encore observer que le langage tenu par le roi de Saxe pour défendre sa conduite, est tel que si un officier commandant d'une forteresse en tenait un pareil il s'exposerait à être fusillé. Son apologie pour avoir rejoint la causa de Duonaparte après »'ea être retiré, est qu'il a été décidé par la menace de
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celui-ci de dévaster son pnys et de lirôler sa capitale. Kl cepcndani, à ré[.oq\,e où celle menace a été faite, les alliés élaieiil encore maîtres do sa capiiale ol d'une grande partie de son pays. C'est en parlant d'une pareille é oque qu'd
! établit son apologie sur ses terreurs? Il aime mieux recouvrer son royaume par
■\ les armes de Buonaparle , que le défendre en réunissant les siennes à celles des
I alliés. Il préfère l'assistance de celui qui marchait pour tout détruire, aux
i secours des alliés qui veulent délivrer l'Kurope! Il s'appuie sur la nécessite
• tandis qu'il avait la liberté du choix ; là, où les chances étaient égales en sa
i faveur, s'il voulait se joindre aux alliés , il parle de la certitude de sa destruc-
i tion dans le cas qu'il n'eût pas agi contre eux , et allègue le s.ilut de ses posses-
sions comme son seul motif; faisant en vérité des vœux pour la cause de l'Europe, mais déterminé à rien hasarder pour elle, et également prêta la
i perdre ou à la sauver, pourvu qu'il conservât l'espoir d'assurer sea intéiêls
j personnels.
I Castlcrcagh.
. Lettre adressée à l'Empereur Alexandre par lord Castlcrcagh.
) vienne, le 14 octobre 1814'.
Pour obtempérer aux ordres de Votre Majesté Impériale j'ai réfléchi profondément et attentivement aux arrangements à l'égard de la Pologne dont Votre Majesté a daigné gracieusement me faire part.
Pour que le résultat de ces réflexions puisse être pesé par Votre Majesté avec plus de précision que s'il était soumis dans une entrevue personnelle, je me suis permis de présenter les raisons sur lesquelles ces réflexions sont basées, sous forme d'un Mémorandum non officiel.
J'ai préféré ce mode, qui me permettait d'exposer la question à Votre Majesté avec moins de réserve et telle que le monde la comprend et la raisonne, convaincu que la bienveillance avec laquelle Votre Majesté désire toujours entendre la vérité ot s'en rendre compte rendrait cette forme non moins acceptable à Votre Majesté que si elle était restreinte dans ces bornes que mon respect personnel et ma confiance dans les intentions de Votre Majesté lui auraient assignées.
Mon désir est de donner i l'expression de mes sentiments à cette occasion un caractère aussi peu officiel que possible. Je voudrais parler à Votre Majesté comme un individu à qui les circonstances ont donné une part secondaire à la grande entreprise, qui sous la direction suprême de Votre .Majesté a été