Chodzko, Ilist. des Légions polon. , t. II, p
pénfîral, que notre corps s'est formé et grossi jusqu'au nombre de six mille hommes. Déji un avenir flatteur nous souriait, nous espérions cueillir des lauriers sous votre commandement, augmenter de plus en plus nos forces, et, en vous suivant dans la carrière de vos victoires, trouver un sentier qui nous aurait conduits vers notre patrie, où déjà un autre noyau de celte nature, qui se formait en A'alaquie par le secours des patriotes, n'attendait que le moment de se rallier à nous sous vos ordres. Et tout à coup les préliminaires de la paix signés à Léoben sont venus faire évanouir toutes nos espérances. .Mais comme rien au monde ne peut nous faire abandonner nos desseins et le désir de recouvrer notre liberté, nous nous adressons à vous, avec cette confiance que vous nous avez si justement inspirée. Le moment est arrivé où une paix générale doit assurer le sort de l'Europe et fixer la destinée des puis- ■ sances qui la composent. Dans un moment aussi intéressant, personne ne s'assoupira sur ses propres intérêts, et les ennemis de la France, même ceux qui ont fait le plus de mal à l'iiumaniié, chercheront à s'assurer un sort quelconque, tandis que los Polonais oubliés resteront les seules victimes, et pourquoi? Pour avoir servi la cause de la liberté, pour avoir montré à l'Europe que dans Pespace de cinq mois, éloignés de trois cents milles de leur patrie, ils ont pu former un corps de six mille hommes? Que la famille des Bourbons, le statbouder et les différents princes d'Allemagne et d'Italie nous montrent, dans le cours de cette guerre, autant de soldats armés en leur faveur, et cependant ceux-ci se reposent entièrement sur les convenances, les intérêts et les liens qui les attachent aux rois et aux monarchies, tandis que nous, bien loin d'avoir un roi ou une monarchie pour amis, nous les avons tous pour ennemis. Nous ne pouvons donc nous adresser qu'à la République française et cisalpine, et espérer que celles-là auront égard à notre situation et à la bonne volonté que nous leur avons témoignée, cl que par leur entremise, nous obtiendrons le droit incontestable d'avoir une représentation nationale au congrès de la paix. Voilà l'intention des Polonais qui composent les légions, celle des patriotes répandus dans la France, et le vœu de la nation entière.
Mais nous ne voulons pas faire cette démarche, ni aucune
autre, sans nous être auparavant consultés avec vous, citoyen
;^'; général, que tous les Polonais regardent comme l'arbitre de la
,^.| Pologne. Prononcez, dites ce que nous devons faire. Votre avis,
i '. ■ votre conFeil sera pour nous une loi impérieuse. Knlin, nous
l'^ vous confierons notre destinée, et nous ne pouvons la remettre
en de meilleures mains. DombrowskL
Mponse du général Bonaparte, à la lettre du général Dombrowski :\'i'^\ du 10 juillet 1197, sur la nation polonaise.
l^;. Milan, ce 25 messidor, an V = 13 juillet 1797.
?'-j'-' J'ai vu avec plaisir, citoyen général, avec quelle prompti-
tude vous avez rétabli l'ordre dans le département de Rcggio. L'on est trop satisfait de la tenue et de la bonne conduite de
I'^jli vos légions pour que tout le monde ne s'empresse de faire tout
i'i'l ce qui pourra vous être utile. Si les affaires se rompent, je
vous rendrai quelques troupes françaises et italiennes pour former une division en ligne, et j'espère que vos légions figu- •f reront avec honneur à l'armée, car il ne me vient de tous côtés
sur ce corps que de bons renseignements. En attendant, or- ,•;! donnez qu'on les exerce partout au maniement des armes et
M aux autres évolutions.
Quant à la demande que vous me faites de pouvoir entrer au congrès, vous sentez combien cela est difficile. Les vœux de tous les amis du la liberté sont pour les braves Polonais, mais il n'appartient qu'au temps et aux destinées de les rétablir. Bonaparte.
Utlre du général en chef de V armée de Naples, Championnct, au Directoire exécutif, portée par le général Charles Kniazicwicz, présentateur des drapeaux napolitains.
Liberté. ARMÉE DE NAPLES. Égalité.
Au quartier général à Naples,
ce 15 pluviôse an VII =;3 février 1799.
Championnat, général en chef, au Directoire exécutif. Citoyen directeur, j'envoie auprès de vous le général de brigade polonais Kniaziewicz pour vous présenter trente drapeaux ou étendards enlevés i l'armée napolitaine dans les différents combats qu'a livrés l'armée de Naples. Ils appar-
tenaient aux régiments de Lucnnia, de Calabre, de Terra di Lavoro, de Bourbon, de Terra?,'one, de Uoussillon , de Sicile, etc., etc. Je dois vous dire que qi:atre de ces drapeaux , des régiments des Albanais, ont été pris le 4 de ce mois dans Nnples, au pied des murs du cbâteau des Carmes, dont la contjuôlc a décide de la soumission de la ville.
Le brave général qui est cbargé de vous offrir ces trophées de la valeur de l'armée républicaine , n'a cessé pendant le cours de la cnmpngne de donner des preuves du plus rare courage, allié à de grandes connaissances militaires. Il est l'ami de Kosciuszko; il a été son compagnon d'armes et de malb.eurs.... Je dois beaucoup d'éloges à la brave légion qu'il commande. Je la recommande , citoyen directeur, à votre justice et à la sollicitude que vous avez constamment pour les républicains de tous les pays.
Si du fond de la Moskovie une horde barbare semble s'avancer à grands pas pour menacer l'édifice de la liberté française, qu'il est constant, qu'il est beau de voir accourir des légions républicaines des bords de la Vistule pour planter l'clendard de la liberté sur le sommet enflammé du Vésuve!
Il me reste encore beaucoup de drapeaux à vous envoyer; ils sont dans les jilaces d'Ancône et de Pescara, mais l'officier général polonais prend la route de la Toscane.
Cliampionnet.
Mémoire du général Charles Kniaziewicz au ministre des relations extérieures, Tallcyrand-Pcrigord, contenant l'exposition de l'intérêt qu'a la France dans la formation de nouvelles légions polonaises, et, par la suite, du rétablissement de la Pologne.
Paris, ce 8 floréal an VII, = 27 avril 1799'.
Les Polonais croyaient de tout temps que la France était essentiellement intéressée à veiller sur les destinées de leur patrie. Cette opinion était tellement enracinée dans tous les esprits, que toutes les fois où nos trop puissants voisins s'avisèrent de porter atteinte à notre indépendance ou à nos possessions, les regards de ceux qui entreprenaient de sauver la patrie se portaient tout de suite vers la France. Cette opinion n'était pas sans fondement. La nécessité d'arrêter l'accroisement trop rapide de la puissance de la Russie dans le Nord, et de paralyser la dangereuse influence que cet empire commençait à acquérir dans les afl'aires du reste de l'Europe, portait sans cesse le gouvernement français à protéger avec sollicitude les possessions de la Turquie, de la Suède et de la Pologne, et à déjouer les manœuvres par lesquelles la Russie s'en"orçait d'ctL'ndre partout sa prépondérance.
Dans les temps où la Russie tâchait de maintenir Auguste II sur le trône de Pologne , le cabinet de Versailles appuyait le projet de Charles XII. En donnant des secours à Stanislas Lesczynski , il avait en vue d'aflTaiblir les liaisons de la Russie. Lorsque à l'époque de la guerre de sept ans, l'Autriche et la Russie jurèrent l'anéantissement de la Prusse, le gouvernement fronçais, guidé conitamment par les mômes principes , détermina la Porte à la guerre.
Sitôt que la Russie, en élevant btanislas-Augustc Poiùatowski au trône de Pologne, le destina à être l'inslrumenl de ses entreprises sur ce pays, le gou-