I. Chodzko, Ànn. polon. Ms
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vernement français suscita la guerre de la Turquie, et il appuyait dans l'intérieur de la Pologne la confédération de Bar, en lui fournissant des secours pécuniers et en y envoyant d'habiles officiers. Ceci prouve que ce gouvernement sentait déjà alors la nécessité de garantir l'existence de la Pologne, afin de maintenir l'équilibre du Nord et empêcher l'étroite alliance de la Russie avec ■ l'Autriche.
Le gouvernement français connaissait bien les avantages du commerce avec la Pologne, et voyant que l'Angleterre s'en était emparée sur la mer Baltique, il envoya, en 1178, des ing''nieurs qui devaient chercher des moyens de détourner, par les moyens des canaux et des rivières, ce commerce à la mer Noire , et de le rendre ainsi à la France.
Toutefois, malgré la nécessité sentie d'assurer l'existence de la Pologne, les moyens employés par le Cabinet de Versailles étaient trop faibles pour produire leur c'fTot d'empêcher les liaisons dont le funeste résultat est maintenant si évident.
Une partie de la Pologne , déjà anéantie, a pourtant été en état d'empêcher, en 1792 et en 1794, la Russie de joindre ses forces à celles de la coalition. Elle a obligé l'Empereur à partager ses forces, afin de surveiller la Galicie, elle a contraint le roi de Prusse à conclure la paix avec la République.
Le partaj^e de la Pologne étend, à la vérité, les frontières de la Prusse, mais il donne aussi à ses ennemis naturels, l'Autriche et la Russie, une prépondérance qui finira par l'écraser totalement. L'infiuence de la Prusse à Constantinople vient d'être anéantie par suite de ce partage, et l'alliance de la Russie avec la Porte menace le Cabinet de Berlin de la même dépendance, dans la- '^ quelle celui de Stockholm se trouve déjà vis-à-vis delà Russie.
:: L'unique moyen de prévenir ces suites dangereuses pour la Prusse, pour la
'j Suède et pour TAllemagne, ainsi que pour la France, est de rétablir la Polo-
, gne; ce moyen détournerait peut-être la Porte de la nouvelle alliance.
^. La Pologne, morcelée en trois parties, désarmée et gardée par de nombreuses
.■ • troupes, n'est plus en état de tenter en ce moment quelques coups, mais l'op-
À pression de la tyrannie rappelle à chaque instant aux Polonais la perte de leur
'.j liberté. Ils ont été trop heureux pour ne pas désirer vivement le rétablissement
i'i de leur patrie.
J Après la malheureuse issue de la révolution de 1794 , les Polonais n'ont pu
1 que soupirer après le retour de leur ancienne liberté. Se rallier sous la protec-
tion de la République française leur parut l'unique moyen d'accélérer l'accomplissement de leur vœux.
Sitôt que le général Dombrowski obtint la permission de former les légions polonaises qui doivent contribuer directement ou indirectement à rétablir notre patrie, chnque militaire accourait pour le rejoindre et pour remplir le ■)j serment qu'il avait fait de combattre nos oppresseurs.
1 La continuation de la guerre entre l'Autriche et la France aurait pu nous rap-
, procher de notre but. L'Autriche, étant en possession d'une partie considérable
de la Pologne, en vertu de deux partages, en tire un nombre énorme de recrues,
et ces nouveaux enrôlés sont obligés de combattre, malgré eux, les Français.
Les Polonais avertissaient ces malheureuses victimes en les invitant à se
joindre aux légions. Ils s'imaginaient qu'ayant affaibli de cette manière les
I ennemis de la République , et rassemblé quelques dizaines de mille de troupes,
^ ils parvie ndront à rétablir leur patrie , soit à force ouverte , soit par la voie des
i traités.
L.i va\x conclue à Campo-Formio avec la mnison d'Autriche vint ancanlir rc--poir des infortunés qui, rassemblés au nombre de huit mille hommes, ne luttaient plus dès lors pour leur propre liberté, mais bien pour celle d'aulrui. Leur caractère ferme, leur bravoure et leur bonne conduite les a jusqu'ici avec la protection des généraux français, garantis d'une dispersion totale, à laquelle nos ennemis et les Italiens mêmes ne cessaient ce coopérer avec ardeur. La guerre, recommencée de nouveau en 1798 entre l'Autriche et la France, fait espérer aux Polonais que celle-ci sentira au moins dans les circonstances actuelles combien son intérêt est lié avec celui de la Pologne.
Dans les combinaisons de la politique, il serait peu prudent de compter sur lies secours sans oiïrir une réciprocité d'avantages. Ici , la France en créant des corps polonais en recueille tout de suite des avantages réels, indépendamment (le ceux qu'elle pourrait recueillir si le théâtre de la guerre venait à être rapproché des frontières de leur pays natal.
La formation des li'gions polonaises doit nécessairement contribuer à désorcaniser et àaiïaiblir l'armée ennemie. Ces légions peuvent à l'instant être employées à comprimer les révoltés et imposer aux malveillants, sans que les armées françaises aient besoin d'y envoyer des détachements qui affaiblissent les principaux corps.
La nouvelle de la formation des légions attirerait de l'intérieur de notre patrie un grand nombre d'officiers; elle donnerait un nouvel essor aux esprits affaiséssous le poids de la tyrannie, et les rendrait capables d'opérer une insurrection sitôt que la majeure partie des forces de nos oppresseurs aura quitté DOS foyers.
Cistte formation ne peut pas donner de l'ombrage au roi de Prusse. En qualité d'une puissance neutre, il n'en a rien à craindre. Il lui importe d'ailleurs , ainsi qu'à la France, que la Russie et l'Autriche soient humiliées et aiïaiblics autant que possible. Le gouvernement autrichien, prévoyant les suites fatales qui peuvent résulter pour lui de cette formation, a ordonné aux troupes de ne point donner de quartier aux légionnaires. On confisque les fortunes et on pend tous ceux qui sont convaincus d'avoir voulu rejoindre les légions. Toutes ces atrocités n'ont pu comprimer l'énergie des Polonais; ils conservent toujours l'espoir de servir un jour leur patrie. Il se trouve peut-être des hommes qui ne veulent pas croire à tant d'énergie, et qui, loin d'entrer dans nos vues, attribuent au dtJsir et au besoin de s'aventurer ce qui en nous n'est que le résultat de notre fervent attachement à la patrie.
Mais les officiers bgionnaires sont des hommes, les uns riches par eux-mêmes, d'autres qui appartiennent à des familles opulentes. Il n'y en a pas un qui n'ait joui d'une honnête aisance en Pologne. Quel pourrait donc être le motif qui Us a portés à abandonner leurs propres foyers, à renoncer aux douceurs d'une vie paisible, à s'exposer, en échange, aux fatigues journalières et à la funeste perspective de rester pour le reste de la vie sans aucune ressource, si . après avoir abandonné leurs fortunes ils venaient encore, à manquer le but de leurs généreux efforts! Il n'y a sans doute que l'amour de la patrie et l'horreur de la tyrannie qui ait pu déterminer les Polonais à chercher au sein des peuples libres des secours pour leur patrie. Les soldats n'ont pas accepté le pardon que leur offrait l'empereur d'Autriche , et ont refusé de profiter de la permission de retourner chez eux.
Voilai le but des légions.... voilà les principes de ceux qui arrivent pour les rejoindre I
m^^mmmmimi
C'est dans ce même but que j'ai quitté mon. sol natal et ce sont encore les mêmes vues (jui me guidoiil dans mon inloiition d'augmenter ces légions.
La pureté de nos intentions vous attachera sans doute, citoyen ministre, au sort des malheureux l'oloiiais. Mais vous sentirez en même temps que si je perdais un instant de vue le but du rétablissement de ma patrie, je ne serais plus alors qu'un vil enrôleur, je ne ferais qu'arracher des malheureuses victimes du sein de leurs familles et augmenter le nombre des dupes pour assurerraon biea être individuel.
En conséquence , j'espère, citoyen ministre, que vous intercéderez auprès du Directoire exécutif en notre faveur.
Kniazicwicz.
Adresse des officiers des Icfjions polonaises en Italie au r/énéral Dom-
browsld, en le priant d'aller à Paris pour y parler en faveur de
la Pologne.
Ovada, ce 11 frimaire an VIII z= 2 décembre 1799'.
D'après l'ordre du gouvernement français, vous étiez envoyé pour former les légions polonaises en Italie, sous les yeux de Bonaparte; vous leur avez donné une existence distinguée, laquelle plus tard par les généraux en chef Berthier, Brun,Moreau, a été confirmée par la justice qui leur a été rendue. Nos légions sont diminuées par la guerre à. moitié. Veille/,, général, à leur augmentation : c'est le moment. Qui peut être un meilleur organe auprès de Bonaparte, qui est consul ; de Berthier, qui est aujourd'hui ministre delà guerre, si ce n'est pas vous? Pour le bonheur de notre patrie, pour nous, partez, général, pour Paris.
Imitant votre exemple par la manière avec laquelle vous partagez ce que vous possédez, nous vous oiïrons pour les frais de ce voyage un mois de nos appointements. {Suivent les signatures).
Lettre de Napoléon Bonaparte, premier consul de la république française, au général Dombroivski, commandant en chef les légions polonaises, en V assurant de l'intérêt qu'il prend à la cause de la Pologne.
Paris , 5 nivôse an VIII = 2G décembre 1799.
De retour en Europe, citoyen général, j'ai appris avec intérêt la conduite que vous et vos braves Polonais avez tenue en Italie pendant la dernière campagne.
Des revers ont obscurci un instant la gloire de nos armes, mais tout nous promet qu'elle brillera bientôt d'un nouvel éclat. Dites à vos braves qu'ils sont toujours présents l'i ma pensée, que je compte sur eux, que j'apprécie leur dévouement pour la cause que nous défendons, et que je serai toujours leur ami et leur camarade.