‹ Recueil des traités, conventions et actes diplomatiques concernant la Pologne (volume 2)Chapitre 52 sur 106 · Archivet du gouvernement provisoire · texte numérisé non relu

Archivet du gouvernement provisoire

Art. VI. La commission de gouvernement est investie de toute l'autorité nécessaire pour sanctionner et faire promulguer, sur la proposition de chaque directoire de chaque département, des lois et ordonnances, relatives à l'administration de la justice, de l'intérieur, de finances, de l'armée et de la police générale.

Art. VIL La division actuelle du pays en six départements savoir, ceux de Varsovie, de Posen, de Kalisz, de Bydgoszcz (Bromberg), de Ploçk, et de Bialystok sera conservée.

Art. VIII. Sont nommés membres de la commission de gouvernement, Stanislas-Nalencz Malachowski, Louis Gutakowski, Stanislas-Kostka Potoçki, Joseph Wybiçki, Xavier Dzialynski, Pierre Bielinski et Valentin Sobolewski. Napoléon.

Par ordre.de l'Empereur, le ministre secrétaire d'État,

H. D. Marct.

La commission de gouvernement informe tous les habitants du pays de ces dispositions suprêmes de S. M. l'empereur des Français et roi d'Italie, et s'empresse de leur communiquer qu'elle est déjà entrée en fonctions.

Polonais, recevez avec la plus grande reconnaissance celte nouvelle preuve de la sollicitude bienveillante de Napoléon. Faites tout ce qui est en votre pouvoir pour avancer la cause commune et soyez assurés que nous ne négligerons rien qui puisse contribuer au bien-être futur de notre patrie.

La présente sera imprimée , insérée dans les gazettes et publiée dans les ville» à son de trompettes.

Stanislas Nalcncz Malachoicshi, président.

Lettre du général Amilkar Kosinski sur la conduite humaine et compatissante des Polonais envers les Allemands leurs ennemis.

Konitz ou Choynice, 27 janvier 1807'.

. . . Les Prussiens fuient devant nous; nous avons occupé aujourd'hui Starygrod (Stargard). Mon aile gauche, portée à Slolpe, coupe la communication entre Kolobrzeg (Colberg) et(rdansk(Danlzig); nous n'avons pas encore vu une patrouille ennemie. S'ils défendent Dant/.ig comme ils ont défendu la provinc*, nous serons bientôt au milieu de celle ancienne ville de la Pologne. D'épaisses forêts me séparent du générai Domb^o^vski; mais je suis assuré de me réunir à lui, demain, derrière Starygrod. Les Allemands qui sont établis parmi lej Polonais, vivaient dans les angoisses avant notre arrivée; ils craignaient que nous nous vengeassions ; mais ils ont trouvé en nous des frères , et ils ont oublié qu'ils étaient Allemands. La ville de Choynice, contre laquelle il a été porté tant de plaintes , donnera sans doute l'exemple du patriotisme lorsqu'elle apprendra la conduite modérée que nous tenons. Je lui ai demandé des objets d'habil-

1. Zaluski Joseph. La Pologne et les Polonais défendus, etc., p. S2.

ï ANNÉE 1807. 459

loroent et autres cfTcls nécessaires contre l'argent comptant, à l'exception des chevaux. Cette ville a promis de ma fournir tout gratuitement, et elle s'en occupe avec le plus grand soin.

1 Amilkar Kosinski.

Qualricme rapport diplomatique adressé à Vcmpcreur Napoléon I",

parle prince de Talleyrand , ministre des affaires étrangères ,

sur la nécessité de continuer la guerre contre la Prusse et la

Bussie, afin de mettre terme aux intrigues de cette dernière en

Pologne çt en Turquie.

Varsovie , 28 janvier 1807 '• Sire,

La Russie cesse de dissimuler. Elle a jeté le masque dont elle avait jusqu'à présent essayé de se couvrir. Ses troupes sont entrées en Moldavie (le 23 no- Tcrabrejet en Valaquie (dans les premiers jours de décembre). Elles ont assiégé les forteresses de Chocim et de Bender (du 2.3 au 28 novembre). Les garnisons peu nombreuses, attaquées à l'improviste , et , lorsqu'elles se confiaient en la foi des traités , ont dû céder à la supériorité du nombre , et les deux forteresses ont été occupées par les Russes.

Tout ce qui est sacré parmi les hommes a été foulé aux pieds. Le sang humain coulait, pendant que l'envoyé de Russie, dont la présence seule devait être la preuve et le garant de la continuation de l'état de paix , était encore à Constantinople , et ne cessait fl'y donner des assurances de l'amitié de son souverain pour Sa Hautesse. La Porte n'a su qu'elle ctnil attaquée , elle n'a appris que ses provinces étaient envahies, que par le manifeste du général Micliclson , que j'ai l'honneur de mettre sous les yeux de Votre M.ijcsté , et ce qui est aussi révoltant que bizarre, au moment où la Porte recevait ce manifeste, l'envoyé de Russie, protestant qu'il n'avait reçu aucune instruction de sa Cour, et qu'il ne croyait pas à la guerre, paraissait désavouer les proclamations des généraux , et révoquer en doute l'entrée des armées russes sur le territoire ottoman.

A quel sort l'Europe serait-elle réservée, si ces destins pouvaient dépendre des caprices d'un Cabinet qui change sans cesse, que différentes factions divi- Mnt , et qui , ne suivant que ses passions semble ou ignorer ou méconnaître les icntiraents, les procédés, les devoirs qui entretiennent la civilisation parmi les hommes !

La Porte ottomane avait depuis longtemps la certitude qu'elle était trahie par !t prince Ypsilanty, hospodar de Valaquie. Le prince Moruzzi, hospodar de Moldavie, ne lui inspirait plus une entière confiance. Usant de son droit incontestable de souveraineté, elle les déposa l'un et l'autre, et les remplaça par lei princes Suzzo et Callimachi. Cette mesure déplut à la Russie. Son envoyé déclara le 29 septembre qu'il quitterait Constantinople si les hospodars destitués n'é:aient pas rétablis. A cette époque, une inconcevable guerre paraissait sur le point d'éclater entre la France et la Prusse. Étonnée de voir en mésintelligence Ici deux puissances les plus intéressées à sa conservation, la Porte sentit quel avantage leur désunion donnerait à son ennemi naturel. Un amiral anglais F4rut le 12 octobre avec une escadre, et signifia que l'Angleterre ferait cause

\. ArcUitet de France.

^OLOG^E.

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commune avec les Russes, si les anciens hospodars n'étaient pas rétablis. Li Porte céda à la nécessité , et conjura l'orage dont elle était menacée , en remettant en place, le 15 octobre , les hospodars qu'elle venait de déclarer traîtres, et en déposant les hommes de son choix. La Russie devait être satisfaite : l'Angleterre le fut au delà de ses espérances. La Porte avait cru et dû croire que , pour prix de sa condescendance, elle conserverait la paix qu'elle avait si chèrement, si douloureusement acliclée.Mais la nouvelle de la guerre déclarée par la Prusse et des premières hostilités commises , ne larda point à arriver à Saint-Pétersbourg vers le 2.'j ou 26 octobre. La Cour de Russie s'applaudit intérieurement d'une guerre qui mettait aux prises deux alliés contre lesquels ellenourris.-ait en secret un égal ressentiment, deux puissances qui devaient être constamment d'accord pour s'opposer à ses projets contre l'empire ottoman. Dés lors elle ne garda plus aucune mesure. Elle expédia au général Michclson l'ordre d'entrer eiî Moldavie, et dévora en espéiance une proie qu'elle convoitait depuis lani d'années , et que l'union de la France et de la Prusse l'avait jusque-là forcée de respecter. Heureusement pour la Turquie , la guerre de la Prusse n'a duré qu'un moment, et l'armée française arrivant sur la Vistule, lorsque les troupes se concentraient sur le Dniester, les a forcées, de rétrograder et d'accourir pour défendre leurs frontières menacées. La Porte-Ottomane a senti son espoir renaître. Elle a sondé dans toute sa profondeur l'abîme que sa condescendance avait creusé sous ses pas. Elle a reconnu qu'un miracle l'avait sauvée, et toute la Turquie a couru aux armes, pour être désormais l'inséparable alliée de la France, sans le secours de laquelle elle était en danger de périr.

Le 29 décembre, l'ambassadeur russe a quitté Constantinople avec toutes les personnes attachées à sa légation , avec tous les négociants russes et même avec les négociants grecs qui étaient à Couslanlinople sous la protection de la Russie. Tous ont été respectés, tous ont pu se retirer librement, tandis que les Russes emmenaient prisonnier en Russie le consul de Votre Majesté à Yassy, quoiqu'ils lui eussent donné des passe-ports pour se retirer par l'Autriche. | Le 20 , la déclaration de guerre de la Porte a été proclamée à Constanlinople. ' Les marques du commandement suprême, l'épée et la pelisse ont été envoyées au grand-vizir. Le cri de guerre a retenti de toutes les mosquées. Tous les Ottomans se sont montrés unanimement convaincus que la voie des armes est la seule qui leur reste pour préserver leur empire de l'ambition de ses ennemis.

Peu de nations ont mis dans la poursuite de leurs desseins autant d'artifice et de constance que la Russie. La ruse et la violence qu'elle a tour à tour e.ii- ' ' ployées pendant soixante ans contre la Pologne , sont encore les armes dont elle se sert contre l'empire ottoman. Abusant de l'influence que depuis les dernières guerres elle avait acquise sur la Moldavie et la Valaquie, elle a, du sein de ces provinces, soufflé partout l'esprit de sédition et de révolte. Elle a encouragé les Serbiens rebelles à la Porte. Elle leur a fait passer des armes, elle leur aenvoyc des officiers pour les diriger. Profitant du naturel sauvage des Monténégrins ei de leur penchant à la rapine, elle les a soulevés et armés. Elle a pareillemeol et pour ses futurs desseins, armé secrètement la Morée, après l'avoir efij-.^jK^de dangers imaginaires dont elle avait adroitement semé le bruit. Elle a enl.- ^ ; .s les prétextes les plus frivoles, continué d'occuper Corfou et les autres îles de li mer Ionienne, dont elle avait elle-même reconnu l'indépendance. L'exécution de ses projets étant ainsi préparée par tous les moyens que l'artifice et l'iutrigue pouvaient lui fournir, elle a saisi habilement l'occasiOQ que lui otlraitU

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ANNIiE 1»U7. 461

rucrre de la France et de la Prusse, et marché ouvertement à son but avec ctuc violence qui ne connaît aucun droit ou n'en respecte aucun.

Des circonstances aussi graves m'obligent de rappeler h Votre Majesté la confîuite que tint l'ancien gouvernement de la France, à une époque à laquelle il faut remonter pour trouver la ca\ise des événements actuels. De toutes les fiutes de ce gouvernement , la plus impardonnable , parce qu'elle a été la plus funeste, fut de souiïrir, comme on le fit, avec une inconcevable imprévoyance, le premier partage de la Pologne, qu'il aurait pu si facilement empêcher. Sans ce premier partage, les deux autres n'auraient pu s'effectuer et n'auraient pas Hiéme été tentes à l'époque où ils furent faits. La Pologne existerait encore. Sa <ji.<;p.irulion n'aurait pas laissé un vide , et l'Europe aurait évité les secousses et les agitations qui l'ont tourmentée sans relâche depuis dix ans.

Le Cabinet de Versailles aggrava encore cette f lute en laissant la Porte-Otlocane seule aux prises avec les Russes et forcée aux plus douloureux sacrifices, quand il pouvait les lui épargner, quand il lui était si facile de la secourir, joit en 1783 après la paix qu'il venait de faire, soit cinq ans plus tard, lorsque commença cette guerre qui fut déterminée par la déplorable paix de 1791.

Cet oubli des intérêts de la France et de l'Europe entière aurait encore aujourd'hui pour l'une et l'autre des conséquences nouvelles et bien plus funestes, ti Votre Majesté ne les avait pas rendues impossibles.

Mais Votre Majesté a tout fait pour que tous ses ennemis désirent la paix et elle a tout fait pour la rendre facile. Car on ne peut pas supposer que la Russie »'aveu;,'le elle-même, au point de renoncer à tous les bienfaits de paix, en refu- ».int de prendre le seul engagement que Votre Majesté veuille exiger d'elle, celui de s'abstenir désormais des entreprises qu'elle a faites depuis trente ans et qu'elle poursuit ou renouvelle en ce moment, sur les États qui l'avoisinent au pidi, et de reconnaître l'indépendance et l'intégrité de l'empire ottoman, qui importent si esseatiellement à la politique de la France et au repos du inonde.

Ch. Maur. Talleyrand, prince de Bénévent.

Message de l'empereur Napoléon /" au président et aux membres du sénat français, sur la nécessité de continuer la guerre contre la Prusse et la Russie.

Au camp impérial à Varsovie, le 29 janvier 1807 '.

Sénateurs ,

Nous avons ordonné à notre ministre des relations extérieures de vous communiquer les traités que nous avons faits avec le roi de Saxe et avec les différents princes souverains de cet»^ maison.

^^ nation saxonne avait perdu son indépendance le 14 octobre 1756; elle l'a recouvrée le 14 octobre 1806. Après cin-

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