Ogioski. — Uémoires, t. III. p
522 FULUur^t.
et sa confiance. Aussi il fiut convenir que, connaissant celte vérité, Napoléon a flatté sans cesse les Polonais de l'espoir de rétablir La Pologne , qu'il les entretient dans cette idée jusqu'aujourd'hui, et qu'il écarte avec soin toutes les impressions contraires qu'on voudrait leur inspirer.
De tout temps , le gouvernement français a cherché à avoir une influence dans les affaires de la Pologne, et à s'y assurer un parti. Sans remonter à des époques plus reculées, personne n'ignore la part qu'il prit à l'élection de Stanislas Leszczynski ; l'appui et les secours qu'il offrit aux confédérés de Bar, et les voies secrètes qu'il employait pour balancer rinfluence de la Russie. Celte dernière puissance avait une prépondérance trop marquée dans les affaires politiques de l'Europe; il était donc de l'intérêt de la France de l'inquiéter et d» l'occuper par les troubles intérieurs de la Pologne. On a cependant tort de croire que le gouvernement révolutionnaire en France, ait porté Kosciuszko et ses adhérents à l'insurrection de 1794. Les patriotes polonais se sont prévalus àla vérilé de cette opinion, pour augmenter leur parti et lui inspirer plus de confiance et d'assurance; mais je puis certifier, d'après tout ce que j'ai su à cette époque, et d'après tout ce que j'ai appris depuis à l'arisetàConstantinople,que l'influence étrangère n'a eu aucune part à l'insurrection de 1794, que l'élan patriotique et le désespoir avaient seuls provoquée. Je ne parle pas ici de l'influence de jacobins français sur les jacobins polonais , car cela n'a rien de commun avec l'insurreciion , qui n'avait d'autre but que de secouer le jouj étranger, et d'assurer l'indépendance delà Pologne; je voulais seulement attester une chose qui m'est connue, c'est que le gouvernement français d'alon ne pouvait ni ne voulait seconder et appuyer les opérations de Kosciuszko.
Mais il n'en a pas été de même depuis cette époque. Tous les Polonais émigrés après cette insurrection ont été accueillis, soit en France, soit dans les pays alliés de cette puissance, comme frères et amis. Tous les ministres français, quelque part qu'ils se trouvassent, les protégeaient ouvertement, les autorisaient à porter la cocarde nationale, les faisaient regarder comme citoyens français. Une société de patriotes polonais établie à Venise, entretenait une correspondance, d'abord avec le comité de salut public, ensuite avec le directoire. C'est d'après l'avis du gouvernement français qu'un agent polonais fut envoyé àConstanlinople, où l'ambassaJeur de France avait ordre de se concerter avec lui, relativement aux affaires de Pologne. C'est d'après son intention que l'on forma les légions polonaises en Italie, et il était même question de rétablira Milan la diète constitutionnelle de Pologne, lorsque Bonaparte parut sur II scène politique.
Il n'aimait pas les Polonais, parce qne dès lors déjà il ne souffrait pas tous ceux qui avaient l'esprit national et patriotique; mais il rendait justice à leur courage. Il protégeait les légions polonaises, il en formait d'autres de tous les prisonniers qu'il avait faiis sur les Autrichiens. On ne parlait en France que du rétablissement de la Pologne, et les Polonais tressaillaient de joie.... Il n'en fallait pas davantage pour déterminer Bonaparte à leur faire sentir qu'ils ne devaient pas concevoir d'autres espérances que celles qu'il lui plairait de leur donner.
Un arrêt fatal signifia à une partie des lésions de passer dans l'ile de Saint- Domingue; un autre renvoya le reste en Italie pour former la garde d'honneur du roi d'Ëtrurie. C'est alors que plus de trois cents officiers polonais demandèrent leur congé. Menaces, persécutions, récompenses, rien ne pût les arrêter; ils déclarèrent qu'ils n'avaient servi que dans l'espoir d'être ramenés un jour
dans leur patrie, et que, trompés dans leur attente, rien n'était capable de les retenir au service français. Cette démarche étonna Bonaparte sans le faire chTipcr de résolution.... Mais il ne fut pas longtemps à s'apercevoir que les polonai'^ lui étaient nécessaires pour l'exécution de ses projets : il ne pouvait attîquer l'Autriche, la Prusse ou la Russie, sans les avoir pour lui.
II recommença donc à nourrir leurs espérances par ses émissaires ; il eut soïq de .réparer tous les prisonniers polonais que le sort de la guerre avait mis entre jes mains, pour compléter les légions d'Italie et former celles du Rhin; il travaillait sourdement, dans les provinces de la Pologne soumi.scs à trois souvcnin5 diiïércnts, et ses victoires suivies augmentaient tous les jours le nombre de îcs prosélytes.
C'est encore avant la bataille d'Austerlilz qu'un agent secret fut envoyé à Varsovie pour préparer les esprits aux changements que Napoléon méditait. M.iis ce n'est que lors de la dernière campagne contre la Prusse et la Russie, (jue sa résolution de rétablir la Pologne fut énoncée ouvertement. Napoléon n'ayant pu séduire Kosciuszko et le décider à l'accompagner et à faire des arlresses à la nation polonaise , n'hésita pas à employer la plume de Dombrowski «tde Wybicki, pour donner la certitude qu'il allait rétablir la Pologne. Luimême le déclara à haute voix à Berlin, Posen et Varsovie, et des milliers de témoins peuvent l'attester. C'est alors qu'il reçut des députés de la Galicie; et s'apercevant que la Lithuanie ne partageait pas l'enthousiasme des autres provinces de la ci-devant Pologne, il y envoya à plusieurs reprises des émissaires autorisés à soulever les habitants, à prendre des renseignements sur l'esprit public, et à donner des assurances positives que son dessein était d'étendre les frontières de la Pologne jusqu'au Volga.
Cependant il se trouvait lui-même dans une position à laquelle il n'avait pu s'attendre avant la paix de Tilsit; il avait trouvé dans l'armée russe une résistance à laquelle il n'était pas habitué.
Le courage de l'ennemi qu'il avait à combattre, la rigueur du climat, une absence prolongée de Paris, la crainte de voir l'Autriche prendre part à celte pucrre , et les nouvelles alarmantes sur la révolution qui se préparait en Espagne, U)ul devait le porter à faire la paix ; aussi ne négligea-t-il aucune démarche pour l'accélérer et pour inspirer de la confiance à l'empereur de Russie. Mais, tout en donnant des fêtes à Tilsit, et en prolongeant les négociations, il traçait dans sa tête dévastes plans dont l'exécution devait étendre, affermir et assurer sa puissance.
C'est dès lors qu'il résolut d'enlever de Rome le chef de l'Église catholique, ou (ic le forcera seconder ses projets; de détrôner le roi d'Espagne, de décider définitivement le sort de l'Allemagne, et enfin d'organiser la partie de la Pologne qui était à sa disposition , de manière qu'avec le titre modeste de duché de Varlovic, elle pût servir aux Polonais ae garant de l'existence future de leur patrie. Ce dernier projet, aussitôt exécuté que connu, eût un plein succès. En effet quel est l'habitant du duché de Varsovie qui ne se laissa pas entraîner par les espérances les plus séduisantes, en voyant ce pays de peu d'étendue administré comme un Ëtal destiné à jouer un grand rôle, entretenant une armée de cinquante mille hommes, ayant un sénat, un corps législatif, un conseil d'État, (les ministres pour toutes les parties de l'administration , et un résident français? Qui est-ce qui ne se trouva pas électrisé en apprenant l'accueil que Napoléon faisait aux Polonais en général, la confiance particulière qu'il accordait à quel- <ju«g.un8 d'entre eux; la manière distinguée et généreuse avec la^jueUe il trai-
tait ceux des militaires dont il avait fait sa garde, et les propos qu'il tenait ou faisait tenir pour nourrir leurs espérances?...
Il est vrai qu'après la dernière campagne contre l'Autriche, le ministre do l'intérieur Montalivet avait déclaré ouvertement, dans un discours public, que Napoléon n'avait jamais pensé à rétablir la Pologne-, mais dans le même temps un courrier ne fut-il pas expédié à Varsovie pour faire rassurer les habitants avant que le discours y parvînt, et pour prévenir qu'il n'avait d'autre but que de tranquilliser la Russie sur les intentions de Napoléon relativement à la Pologne? Il est connu que la phrase de ce discours que je viens de citer a été supprimée dans la gazette de Varsovie, et que le maréchal Duroc, ainsi que d'autres personnes de confiance de Napoléon, avaient soin de débiter à tous les Polonais présents à Paris que c'était une galanterie qu'on avait voulu faire à l'ambassadeur de Russie.
Au reste, les faits seuls doivent constater la réalité des intentions. Dans les discours publics prononcés à la diète de Varsovie et que personne ne désavoue; dans les gazettes imprimées, dans les proclamations militaires, on répète sans cesse les expressions de reconnaissance que l'on doit à Napoléon comme au régénérateur de la Pologne , et comme à celui qui s'occupe sans cesse à assurer le bonheur de la nation polonaise. Dans les ouvrages imprimés et répandus en Europe, l'on publie les vastes projets de Napoléon sur la Pologne, avec un toa de liberté et d'assurance qui ne peut être que l'efTet de l'autorisation du gouvernement français, ou au moins d'un consentement tacite, et enfin, sans revenir à tout ce que j'ai dit sur les conjectures que l'organisation du duché de Varsovie devait nécessairement produire, j'ajouterai seulement que l'augmenlatioa récente de l'armée polonaise jusqu'au nombre de soixante mille hommes , quels formation des gardes nationales, la nouvelle réquisition des chevaux pour l'artillerie, l'envoi des deux cents canons et de quarante mille fusils, et l'emprunt fait de douze millions en espèces, par ordre de Napoléon et pour compte des habitants du duché de Varsovie, ne peuvent qu'électriser les Polonais et affermir leurs espérances.
Il semblerait à la vérité, d'après les observations que j'ai mises à la tète de ce mémoire, qu'ils devraient être revenus de leurs préventions en faveur de Napoléon, ayant la certitude qu'il ne les regarde que comme un instrument pour inquiéter la Russie. Il semblerait que les mânes de leurs frères égorges et sacrifiés en Italie, à Saint-Domingue et en Espagne, devraient leur rappeler sans cesse de tristes victimes d'un patriotisme exalté, et d'une confiance abusée par des promesses trompeuses.... Cependant telle est la force du prestige, et tels sont les moyens adroits, captieux et énergiques que Napoléon sait employer pour açir sur leur esprit , qu'ils croient fortement en lui , et qu'ils ne doutent pas du rétablissement de la Pologne, parce qu'ils sont persuadés qu'il en a besoin pour en faire une barrière du côté de la Russie. Celte conviction les anime au point que, quelque tourmentés qu'ils soient par les impôts et le mode de les percevoir, par la conscription et les innovations de toute espèce qu'on introduit chc: eux , ils souffrent patiemment le bras qui pèse sur eux , mais qui doit leur rendre leur patrie.
Tous ceux qui pensent que l'armée du duché de Varsovie n'est pas vouée i Napoléon, et qu'il y aurait moyen de la faire revenir de son opinion dans l'étal actuel des choses, sont en er.reur; tous ceux qui croient que leméconlentemcnt qui règne, dans le duché de Varsovie, et qui est une suite de la misère général* «t des vexations du Gouvernemeat, puisse altérer le sentiment patriotique d«
ANNÉE IJÎII. 625
habitants cl faire évanouir leurs espérances, se trompent également. Aussi longtemps que, d'un côté. Napoléon fera des promesses captieuses et nourrira ■
l'esprit patriotique des Polonais, et que , de l'autre , on mettra de l'inactivité et '
de l'indifTérence, l'exaltation et les espérances des Polonais monteront en raison ' '
des impressions , que ces deux conduites opposées leur feront éprouver. j
Je conçois qu'une armée de soixante mille hommes ne peut pas être en état de j
tenir tête à deux cent mille Russes; mais ce n'est pas la destruction de cette *
armée, ce n'est pas la conquête du duché qui peut assurer à Votre Majesté Jm- v
périale la soumission , l'attachement et la fidélité du reste de la notion polonaise. }
Jlfaut, avant tout, employer des moyens préliminaires, et je prendrai la liberté de les indiquer. '
Il est aisé de réunir des provinces à un empire puissant : mais il faut bien des ?
années pour apprivoiser les habitants du pays conquis, pour les habituer au |
changement, pour leur faire oublier leur ancienne existence; et certes, il n'est !
pas dans la nature d'amalgamer et de fondre, pour ainsi dire , deux nations différentes , au point de n'en faire qu'une. L'empereur Napoléon a beau incorporer, par des décrets, la Toscane, la Hollande, le Valais et le nord de l'Allemagne :,
à son empire, jamais les Italiens, les Hollandais, les Suisses et les Allemands !
ne seront Français. Toutefois, il en sait tirer un très-grand parti, et il n'est pas indifférent de s'arrêter sur les moyens qu'il emploie pour rapprocher des >!
nations dont les langues, les usages, les lois et les habitudes sont diamétra- l'i
leraent opposés. A peine a-t-il formé et réuni un département à l'empire français, j'
qu'il s'informe exactement de l'esprit public, des ressources et des besoins du pays nouvellement acquis, du caractère des habitants, des hommes qui lui sont dévoués et qu'il doit récompenser , de ceux qui sont remuants et inquiets . et qu'il faut employer pour les empêcher de nuire. Chaque nouveau département a ses représentants au corps législatif, ses sénateurs, ses membres dans les cours de justice. La plupart des employés dans l'intérieur sont nationaux. On caresse les riches et les magnats en les plaçant à la cour; on flatte des ambitieux en leur donnant des titres et des décorations; on donne des emplois avec de bonnes pensions à ceux qui n'ont pas eu d'existence , et qui sont dénués de talents ; on protège les savants et les artistes. De cette manière. Napoléon, malgré les contributions, les impositions et la conscription que l'on déteste partout, se ménage , ' I et conserve, dans toutes ses nouvelles acquisitions, des personnes qui lui sont rouées , qui veillent et qui sont intéressées personnellementau maintien du bon ordre et de la sûreté intérieure.
Je me suis écarté de mon sujet; mais je croyais nécessaire de faire connaître la méthode que Napoléon emploie pour se faire partout des sectateurs, pour séduire, entraîner et soumettre tout à ses lois. C'est d'après cela qu'il réussit, «t qu'il ne voit rien d'impossible à exécuter.
Voyons si, dans la position actuelle des affaires politiques, il ne serait pas possible de prévenir Napoléon dans le projet de rétablissement de la Pologne, qui ne lui sert que de prétexte pour attaquer la Russie; et si elTectivemcnt l'on ne pourrait s'en occuper , assurer le sort des Polonais , et les attacher h la personne de Votre Majesté Impériale par des sentiments bien plus fondés que ceur qui leur sont inspirés par l'empereur des Français.
S'il était question dès à présent d'une guerre offensive ou défensive avec la France, il serait trop tard d'indiquer les mesures que l'on pourrait employer pour organiser les huit gouvernements de la Russie qui faisaient autrefois partie de la Pologne, et pour en faire un boulevard puissant, contre toute en-
treprisc, soit hostile, soit insidieuse , de la part de Napoléon. Ce serait au sort des armes à fixer avec la victoire la destinée des Polonais.
Si la --uerre dis-je, était imminente, il faudrait peut-être que Votre Majesté Impériale commençra par se déclarer roi de Pologne; car ce serait le moyen le plus sûr et le plus naturel de disposer les esprits des habitants du duché de Varsovie en sa faveur. Ce serait ensuite à Elle de décider comment ce nouveau royaume devrait être administré, et quelle étendue il faudrait lui laisser; et dans un cas semblable je ne me hasarderais pns de prononcer ce qu'il y avait de plus avantageux à faire pour les Polonais , sans blesser les intérêts de l'empire. Mais aujourd'hui je pense qu'il est encore temps de profiter des circonstances, et je crois pouvoir prouver que, puisque Napoléon travaille la nation polonaise avec des promesses plausibles, sans avoir probablement l'intention de les réaliser, et laissant éprouver aux Varsoviens tous les inconvénients que j'ai cités plus haut, il conviendrait, Sire, de chercher à vous attacher davantage les habitants de cette partie de la Pologne qui est incorporée à la Russie, pour lui faire sentir la différence qu'il y a entre un gouvernement bienfaisant etungouverneraent oppressif. Je veux, en outre, mettre en évidence que les moyens pour y parvenir sont très-simples; qu'ils s'accordent avec les intentions paternelles de Votre Majesté Impériale, et ne sont pas contraires aux intérêts de la Russie.
La partie de la Pologne incorporée à l'empire de Russie, formait jadis la Lithuanie avec le royaume «le Pologne. Ses habitants toujours guerriers, entreprenants, jaloux de leurs droits, et fidèles à leurs souverains, se distinguaieai par le courage et l'amour de la patrie. Fiers de leur origine, les Lithuaniens, malgré la réunion de leur province à la Pologne, ont conservé leurs usajes, leur Gode civil, leurs magistrats; et c'est ainsi que jusqu'à l'époque du detuier partage, il y avait des diètes alternativement à Varsovie et à Grodno, il y avaii une armée de Pologne etde Lithuanie ; la Lithuanie avait ses tribunaux suprêmes, ses dicastères, ses ministres, ses fonctionnaires puljlics. Elle tenait si fort à ses prérogatives que, malgré tous les efforts et les persuasions des hommes d'Êlat, qui connaissaient l'inconvénient de cet abus, on ne put déterminer les Lithuaniens à s'en désister.
Je suis persuade que, si depuis le moment de l'incorporation des nouvelles acquisitions sur la Pologne à la Russie, l'on en avait formé une province, en lui conservant le nom de Lithuanie , en lui laissant ses anciens droits, et en eu faisant un État séparé, quant à la forme d'administration , mais réuni et incorporé à l'empire de Russie ; l'influence étrangère n'y aurait pénétré que difficilement.
Au reste, malgré la répugnance naturelle que l'on éprouve à écDanger son indépendance contre l'obligation d'obéir, malgré les difierents aims qui se sont glissés dans l'administration delà Lithuanie, et enfin malgré la misciegénorilc qui se fait sentir dans ce pays, les Lithuaniens n'ont jamais cessé d'être ûdclcs aux souverains de la Russie depuis qu'ils sont sous leur dépendance: et pleins de confiance dans les sentiments de Votre Majesté Impériale, dont ils ont éprouvé, en difféi entes occasions, des effets bienveillants, ils ont osé tout espérer Je la justice et de sa générosité.
Voilà, Sire, le moment de mettre leur attachement àrépreuve,et dedclruirc l'impression que l'espoir du réiablissement de la Pologne, par l'innucucc Je Napoléon , pourrait faire naître en eux ; voilà le moment de leur faire sentir 1 latérôt que Votre Majesté prend à leur sort, et le prix qu'elle attache à lourde-
ro'jement, en employant des mesures qui sont en votre pouvoir, Sire, et (jui TOUS attacheraient ;\ jamais environ huit millions d'hahitants qui deviendraient un boulevard pour la Russie, du côlé où elle est le moins Lien défendue, et qui vous attireraient en même temps le secours des Polonais habitant le duché de Varsovie.
En organisant ces huit gouvernements selon que le local du pays et le caractère des habitants le permettent, et en arrêtant le cours desabus qui ontdû ntcessairement se glisser dans l'administration intérieure de cette province Votre Majesté Impériale accjuerrait des titres inviolables à la reconnais- «Dce de ses habitants, et elle verrait ses frontières, du côté de l'ouest, bien plus renforcées que si elles étaient garnies de troupes et hérissées de forteresses.
Si j'ai l'honneur démériter que ce Mémoire soit lu et agréé par Votre Majesté Impériale, si j'ai celui d'être appelé pour exposer des idées détaillées surl'orgar,isation de la Lithunnie, je ne manquerai pas de leur donner le développement nécessaire. Aujourd'hui je me bornerai à retracer en peu de mots quels sont les i;cnefices que l'on peut accorder aux Lithuaniens , quel parallèle il en résulterait entre les habitants delà Lithuanie et ceux du duché de Varsovie, et enfin quels jont les avantages que le Gouvernement russe en retirerait.
r II n'y a pas d'individu qui ne soit jaloux de faire valoir le nom de la patrie qui lui adonné le jour, et ce sentiment si naturel n'a pas besoin d'être justifié. On conçoit donc facilement que les Lithuaniens seraient flattés de porter le nom de leur pays, et de jouir en cela du même droit que l'on a conservé, en Russie, lui Calmiicks, aux Cosaques, aux Finois, etc., etc.
2''Si l'administralicn de la Lithuanie était concentrée et confiée à un seul chef Doromé par Votre Majesté Impériale, avec tel titre que bon lui semblerait de lui donner, la raarchedes affaires devrait nécessairement être plus simplifiée, plus npiile, moins gênée et moins à charge aux habitants.
3° Le chef, tel que je le suppose, devrait avoir une cour et une représentation, M qui donnerait du relief à la province, apporterait des bénéfices marquants pour la ville qui serait le siège du gouvernement , ranimerait la communication caire les habitants , et rétablirait , autant que les circonstances présentes le permettent, la situation du numéraire.
4* Le Statut de Lithuanie a toujours élé regardé, par la noblesse, comme le Code des lois civiles et criminelles le plus parfait ; en lui laissant doi;c la liberté de juger ses procès d'après ce statut, avec certaines modifications que l'expérience a rendues nécessaires, Votre Majesté Impériale mettrait le comble ;\ ses T(cux, et ne ferait pas plus pour les Lithuaniens qu'elle ne vient de faire pour 1*4 habitants de la Finlande, qui ont conservé leurs lois et leurs formes de proailurc.
j* Si l'article ci-dessus est accordé aux Lithuaniens, on pourrait leur permettre d'aToir un sénat ou plutôt un tribunal sans appel, ce qui ferait disparaître le Borabre des plaideurs i Saint Péter»bourg, diminuerait Icsoccupations du sénat «i»n« la capitale, et épargnerait aux parties plaidantes, des voyages, des em- Urras et des dépenses inévitables.
G* Enfin, il faudrait mettre les Lithuaniens absolument au niveau des autres gouvernements de l'empire , pour les impôts et le mode de les percevoir.
11 &emble au premier abord , que les bénéfices que je propose pour les Lithuanien» sont de si pou de conséquence qu'ils ne peuvent pas aller de pair avec les (Tantages »éduiâaDts du rétablissement de la Pologne, dont se fiallent les habi-
i9am
tants du duché de Varsovie; mais le parallèle suivant peut résoudre celte { question. ',
Les Lithuaniens d'un trait de plume , recouvrent leur nom et leur patrie ; tandis ' que les Varsoviens ne l'ont encore qu'en espérance, et ne peuvent l'acheter ' qu'au prix de leur sang; les Lithuaniens, formant partie d'un gtand tout, sont t fiers d'être sujets de l'empereur Alexandre, auquel ils sont sincèrement alla. | chés; de lui devoir de véritables bienfaits, et d'avoir toujours une armée russe • de quatre cent raille hommes, prête à les défendre en cas d'agression. Les Varsoviens, sujets d'un roi, soumis aux ordres de Napoléou, gouvernés civilement par le roi de Saxe, militairement par l'empereur des Français; incertains ds leur sort, n'ont que la certitude de voir, dans tous les cas, le théâtre deU guerre sur leur terriroire, et de faire l'avant-garde d'une nombreuse armée composée de différentes nations, qui s'avancera, non pour défendre leur pays étendre leurs frontières et rétablir la Pologne, mais pour èlre dirigée là seuleraent où les intérêts de Napoléon et ses projets gigantesques l'exigeront. }
Pour appuyer cette assertion d'un exemple récent, il me suffit de faire ob- I server que les fronliéres de la Lithuanie sont garnies aujourd'hui d'une armée ^ formidable pour la défendre en cas de guerre . comme partie intégrante de l'en. • pire; tandis qu'à l'épnque de la dernière de 1809 contre l'Autriche , les Français S et les Saxons évacuèrent le duché de Varsovie, et en abandonnèrent la défense à quelques milliers de Polonais.
Les Lithuaniens n'ayant qu'un chef qui représenterait l'empereur, et qui serait certainement digne de son choix , jouirait de tous les avantages d'un gouvernement simple , uniforme et veillant au bonheur et à la tranquillité des individus. Les Varsoviens , au contraire , ne connaissent, jusqu'à présent, que 1« /» despotisme militaire et l'anarchie civile. f
Les Lithuaniens, en conservant leur statut, conservaient les lois de leuri ! pères, des lois adaptées au local , aux mœurs et aux habitudes de la nation. Les Varsoviens, au contraire, conservent dans leurs formes judiciaires un mélangî d'anciennes lois polonaises, de lois prussiennes et françaises, d'après le Cdle Napoléon; ce qui présente beaucoup d'inconvénients aux juges et aux parties. Enfin, les Lithuaniens étant mis au niveau des autres sujets de l'empire de Kussie pour la perception des impôts, ne seront point exposés à des vexatioris arbitraires, comme le sont les habitants du duché de Varsovie, où il est connu I que, dans plusieurs déparlements, on a vu des particuliers réduits à vouloir se désister de leurs possessions ou se contentant d'une pension qui répondrait à Ij moitié des impôts qu'on leur fait payer.
Enfin, pour que personne n'o&ât m'accuser de sacrifier les intérêts de h Eussie en ne pensant qu'à la Pologne, il me reste à exposer les avantages qui t résulteraient, pour l'empire, de l'organisation de la Lithuanie. ,
r Dès que Napoléon ne pourra plus faire jouer en sa faveur le grand ressort du rétablissement de la Pologne, tous ses partisans disparaîtront nécessairement dans la partie de la Pologne incorporée à l'empire; de manière qu'en eu | de guerre on ne sera plus obligé d'observer, de surveiller et de craindre l'en- ( nemi dans l'intérieur , bien plus dangereuxquelquefois que celui qu'il faut com- | battre les armes à la main. ^
2° Les Lithuaniens , incertains jusqu'à présent sur le sort que la guerre ou de» arrangements politi(iucs leur destinent, verraient avec plaisir et rccoiiniusance leur sort prononcé et fixé d'avance ; et par conséquent , une population Je plusieurs millions d'habitants attachée par de noureaux liens à l'empire, et m
pjuT.inl compter sur sa force et son existence qu'autant qu'elle en fera partie, nvilifcra avec tous les sujets de Votre Majesté Impériale, pour lui prouver soa jsuchement et le prix qu'elle met à ses bienfaits.
3* Jusqu'à présent, soit par crainte, soit jiar prévention, soit par faute d'occi-<ionsde pouvoir être employés, la plupart des hommes capahlos qui avaient j^rri jadis leur patrie se tenaient à l'écart, et préféraient finir leur carrière jins l'obscurité plutôt que d'en recommencer une nouvelle. Aujourd'hui, Sire, jf puis répondre d'avance qu'il ne se trouverait personne qui ne s'emp'^?ssât (3'cfTrirses services à Votre Majesté Impériale, soit pour le civil, soit pour le ciililaire.
4* Les Lithuaniens sont enthousiastes, fidèles et attachés à leur souverain. Silsdemaniient àêtre rais au niveau des autres sujets russes pour les impôts et If mode de les percevoir, ils ne mettent point de bornes dans les sacrifices cu'ils feront avec plaisir pour le bien de l'État lorsque leur sort sera fixé et usure; ils défendront vaillamment les frontières de l'Empire; ils donneront lûul ce qu'ils ont lorsque l'intérêt de Votre Majesté Impériale l'exigera; ils fourniront autant d'hommes qu'il en sera besoin.... Leur caractère loyal, leur pilriolisme, leur attachement pour Votre auguste personne, Sire, en seront le ^rant.
5* Mais ce n'est pas assez que les Lithuaniens soient pénétrés d'admiration et ie reconnaissance pour Votre Majesté Impériale : ce sentiment passera aux habitants du duché de Varsovie. C'est alors seulement que, jugeant par compafjison, ils sentiront la dirrérence des gouvernements et sauront distinguer la conduite d'Alexandre de celle de Napoléon. J'oserai prédire qu'à cette époque on grand nombre d'officiers et de soldats varsoviens désireront passer au ser- Tice de Votre Majesté Impériale , et tout au moins ceux qui ont quitté ses États chercheront à y rentrer infailliblement. Ce ne seront pas des déserteurs, mais des hommes détrompés et convaincus que l'espoir du rétablissement de la Poljj,'ne par l'opération de Napoléon n'est qu'une chimère. C'est alors que les Var- WTiens désireront fortement et sincèrement d'avoir le sort des Lithuaniens.... itâisjc ne veux pas anticiper sur les événements, et je crois avoir entièrement iccompli ma tâche après avoir dit avec franchise à Votre Majesté Impériale tout c« que mon cœur et ma conviction m'ont suggéré.
m. C. Oginski.
Ullre de M. C. Oginski à l'empereur Alexandre /", relative à l'or^ ganisation du grand-duché de Lilhuanie.
Saint-Pétersbourg, le 10/22 octobre 1811 .
Sire, une indisposition qui me contraint de garder la chambre depuis riiolques jours, m'a donné tout le loisir nécessaire pour m'occuper du projet «juo Votre Majesté Impériale m'avait permis de lui présenter il y a quelque Umps.
Trop heureux d'avoir rencontré les idées de Votre Majesté Impériale, et d'avoir pu mettre sous ses yeux une esquisse d'un vaste plan' qu'elle avait elle-même conçu, je n'ai cessé un instant de me persuader que les intérêts de l'empire, la gloire de Voire Majesté Impériale, et le bonheur de plusieurs millions d'habitmls, en demandaient l'exéoution. . ' .