Archives de France. i
{Deuxième paYtie.)
Dès la fin de l'année 1810, la Cour de Pétersbourg ayant changé de système, el résolue de se soustraire aux engagements qu'elle avait souscrits à Tilsit, prit ]c parti d'appuyer par des armements les actes par lesquels elle violait l'alliance. Elle rassembla des troupes dans ses provinces polonaises, et elle rappela une -partie de son armée de Moldavie, qui arriva à marches forcées sur les frontières du duché de Varsovie.
Dans le mois de février 1811, Votre Majesté demanda des explications sur ces irmemenls extraordinaires; elle dut en même temps conseiller au roi de Saxe de concentrer sur la Vistule , les troupes du duché de Varsovie , pour les mettre i l'abri d'une attaque soudaine.
La Prusse, placée dans une position intermédiaire entre la France et la Bussie, s'aperçut la première des dispositions du Cabinet de Pétersbourg. Elle ne pouvait en comprendre les motifs , mais elle prévoyait les résultats ; elle fit des représentations à la Russie; elle lui montra le danger qu'il y avait à appuyer des négociations par des armements; elle la conjura de cesser des mou- Temcnlsqui pouvaient compromettre la Prusse elle-même , et qui devaient attirer sur son territoire les armées que Votre Majesté serait forcée de faire niarcher à la défense du duché de Varsovie. Celte démarche, inspirée par le désirde la paix, et dictée par la prudence, ne produisit aucun effet, et la Prusse Toyant cette fatalité qui , depuis dix ans , a entraîné l'Europe peser aussi sur la Russie, demanda franchement, dès le mois de mai 1811 , à s'unira Voire Majesté par une alliance.
Voire Majesté hésita longtemps à prendre des engagements qui devaient faire japposer que l'alliance de Tilsit n'existait plus. Elle ne connaissait point encore I les motifs qui pouvaient porter la Russie à rompre les traités, à se mettre en
elâl de paix avec l'Angleterre et à menacer l'existence du duché de Varsovie; mais lorsqu'il ne resta plus aucun doute à Votre Majesté, elle m'autorisa à entrer en négociation avec la Prusse, et à conclure le traité qui a été signé le 24 février 1812.
Je propose à Votre Majesté de faire donner communication, au Sénat, du Irailé d'alliance conclu entre la France et la Prusse, et d'ordonner qu'il sera promulgué comme loi de l'État, conformément à nos Constitutions.
Je suis avec le plus profond respect. Sire, de Votre Majesté Impériale «t Royale, le très-humble et très-obéissant serviteur et sujet,
Duc de Bassano.
Proclamation de Napoléon I" à l'armée, en ouvrant la campagne de MoskoUy campagne appelée seconde guerre de Pologne.
Wilkowiszki, 22 juin 1812.
Soldats !
La seconde guerre de Pologne est commencée. La première \ s'est terminée à Friedland et à Tilsit : à Tilsit, la Russie a juré I ^-tcrnelle alliance à la France et guerre à l'Angleterre. Elle viole ! aujourd'hui ses serments. Elle ne veut donner aucune explica- I lion de son étrange conduite que les aigles françaises n'aient reprisse le Rhin, laissant par là nos alliés à sa discrétion. La Rusas
sie est cntraîn(^c par la fatalité 1 ses destins doivent s'accomplir.
Jij Nous croirait-elle donc dégénérés? ne serions-nous donc plus
■ ■;] les soldats d'Austerlitz? Elle nous place entre le déshonneur cl
■\ la guerre : le choix ne saurait être douteux; marchons donc en
i avant! Passons le Niémen ! portons la guerre sur son territoire.
■■ La seconde guerre de Pologne sera glorieuse aux armes fran-
i{ çaises comme la première; mais la paix que nous conclurons
I portera avec elle sa garantie et mettra un terme à cette orgueil.
I leuse influence que la Russie a exercée depuis cinquante ans sur
ijj ' les affaires de l'Europe. Napoléon.
Proclamation d'Alexandre I" aux Russes.
Wilno, 13/25 juin 1812'.
Depuis longtemps nous avions éprouvé, de la part de l'Empe. reur des Français, des procédés qui annonçaient des in'enlions hostiles envers la Russie; mais nous espérions les chan;,'er en employant les moyens de la douceur et de la paix. Lorsqu'cniin nous aperçûmes que les offenses les plus manifestes se renouvelaient sans cesse, nous fûmes, malgré notre désir de maintenir la paix, forcés de compléter et de rassembler nos armées. Ccpondant nous ne désespérions pas de parvenir à une réconciliaiior. nous arrêtant sur les frontières de notre Empire, sans viokrh paix, et nous nous tînmes prêts pour la défense. Tous les nioyens de douceur que nous employâmes ne purent nous procurer cette paix que nous désirions. L'Empereur des Français nous a, le premier, déclaré la guerre en attaquant subitement nos troupes près Kowno ; alors voyant que rien ne peut le porter à seconder nos vœux pour le maintien de la paix, il ne nous res'.c d'autres ressources que d'invoquer le Tout-Puissant, témoin e! vengeur de la vérité, et d'opposer nos forces h celles de l'ennemi.
Il n'est pas nécessaire de rappeler aux commandants lirj corps, aux chefs et aux soldats leur devoir et leur bravoure. 1/ sang des valeureux Slaves coule dans nos veines. Guerritr»: vous défendrez la religion, la patrie et l'indépendance! Je sert avec vous l Dieu est contre l'agresseur 1 Alexandre.