‹ Recueil des traités, conventions et actes diplomatiques concernant la Pologne (volume 2)Chapitre 89 sur 106 · Wybicki , Mémoiret publiés par Edouard Raczynski · texte numérisé non relu

Wybicki , Mémoiret publiés par Edouard Raczynski

•pw

AININJtfci lOlV:. 559

puissantes armées de Votre Mnjesté, ayant pour but de pourvoir aux moyens que les localités lui offraient pour qu'elles ne manquassent de rien, a senti, dès le premier pas, qu'elle avait des droits à réclamer et des devoirs d'un ordre plus élevé à remplir. D'une voix unanime, elle s'est constituée en Confédération générale de Pologne; elle a déclaré la Pologne rétablie dans ses droits, et tous les actes arbitraires et usurpateurs qui avaient anéanti son existence, comme nuls et de nulle valeur.

Sire, Votre Majesté travaille pour la postérité et pour l'histoire; et l'histoire et la postérité, comme l'Europe tout entière, ne peuvent méconnaître nos droits, pas plus que nous ne méconnaîtrons nos devoirs. — Nation libre et indépendante depuis les âges les plus reculés, nous n'avons perdu notre territoire et notre indépendance ni par un traité ni par une conquête, mais par la trahison et la perfidie. La trahison ne peut jamais constituer un droit. Nous avons vu notre dernier Pioi traîné à Pétersbourg, y périr dans l'opprobre, et notre nation déchirée en lambeaux et partagée entre les Princes auxquels elle n'avait pas fait la guerre et qui ne l'ont pas conquise.

Nos devoirs sont donc évidents aux yeux des hommes et aux yeux de Dieu môme. Nous avons le droit de nous déclarer Polonais, de relever le trône des Jagellon et des Sobieski , de ressaisir notre existence, de rassembler nos membres épars, de nous armer pour la patrie et de montrer, en combattant pour elle, que nous sommes encore d'gnes de nos aïeux.

Ce qui constitue notre droit, constitue aussi notre devoir.

Grâce à Votre Majesté, quatre millions de Polonais sont libres et gouvernés par des lois polonaises; mais le bonheur dont ils jouissent n'a point étouffé, dans les circonstances actuelle?, le sentiment des devoirs qu'impose la patrie , qui sont gravés dans tous les cœurs et commandés par le ciel même.

Nos frères formant la plus forte population de la Pologne sont encore courbés sous l'oppression des Russes. Nous osons réclamer leurs droits, et présenter un centre de réunion à toute la famille polonaise.

Votre Majesté pourrait-elle nous désarmer et nous blâmer d'avoir fait ce que notre devoir de Polonais exigeait, et d'avoir repris nos droits 1 Oui, Sire, la patrie polonaise est proclamée

'i dès aujourd'hui. Elle existe en droit : existait-elle de fait? Le

\ devoir et le droit légitiment notre résolution; mais la force

'I sera-t-olle pour nous? Kt Dieu n'aurait-il pas assez puni la Po-

I logne de ses divisions ? voudrait-il perpétuer nos malheurs? et

;\ ■ les Polonais, qui ont nourri l'amour de la patrie, devraient-ils

I descendre dans le tombeau, tristes et sans espérances? Non,

j.| vous avez été suscité par la Providence, Sire; sa force réside

;; dans les mains de Votre Majesté, et l'existence de notre grand-

•■ duché est due à la puissance de vos armes.

Tj La Confédération nous a députés devant vous pour soumettre

1} son acte de confédération à votre suprême sanction, et pour vous

:\ demander votre puissante protection pour le royaume de Polo-

gne. Sire, dites : Le royaume de Pologne, existe, et ce décret sera pour le monde l'équivalent de la réalité!

Nous sommes seize millions de Polonais. Il n'en est pas ud dont le sang, les bras, les biens ne soient dévoués à Votre Majesté. Tous les sacrifices seront légers pour nous, lorsqu'il s'agira d'achever la restauration de notre patrie. Depuis la Dzwina jusqu'au Dniester, depuis le Borysthène jusqu'à l'Oder, un seul mot de Votre Majesté va lui dévouer tous les bras, tous les efforls, tous les cœurs. Celte guerre imprudente, que, malgré les souvenirs d'Austerlitz, de Pultusk, d'Eylau, deFriedland, malgré les serments de Tilsit et d'Erfurt, la Russie a osé déclarer, nous n'en doutons pas, Sire, est un décret de la Providence, qui, touchée des malheurs de notre nation, a résolu d'y mettre un terme.

Celte seconde guerre de Pologne est à peine commencée, et déjà nous portons nos hommages à Votre Majesté dans la capitale de Jagellon, et déjà les aigles de Votre iMajesté sont sur la Dzwina, et les armées de la Russie, séparées, divij sées, coupées, errent, cherchent en vain à se réunir et à se

former.

^ L'intérêt de l'empire de Votre Majesté veut le rétablissement

Ide la Pologne, peut-être l'iionneur de la France. La Pologne opprimée a tourné les yeux, durant presque trois siècles, vers la ! France, celle nation grande et généreuse. Mais ces destinées

ont réservé cedénoûment au chef de la quatrième dynastie, à i Napoléon le Grand, devant qui la politique de trois siècles a été

i^ipjpp^p^ JM u.ijpji|.g(uii

l'objet d'un moment, et l'espace du midi au nord ne fut qu'un point.

Nous présentons à Votre Majesté l'acte de confédération qui proclame la renaissance et l'existence de la Pologne. Nous renouvelons devant elle, au nom de tous nos frères, l'engagement solennel de poursuivre jusqu'à la fin et par le concours de toutes les volontés, de tous les moyens, et, s'il le faut, de tout le sang qui coule dans nos veines, l'entreprise que nous n'aurons pas formée en vain, si votre Majesté daigne la protéger.

Réponse de Napoléon I" au discours de Wybiçki. Messieurs les députés de la Confédération de Pologne,

J'ai entendu avec intérêt ce que vous venez de me dire.

Polonais, je penserais et j'agirais comme vous dans l'assemblée de Varsovie. L'amour de la patrie est la première vertu de l'homme civilisé.

Dans ma position, j'ai bien des intérêts à concilier et bien des devoirs à remplir. Si j'eusse régné lors du premier, du second et du troisième partage de la Pologne, j'aurais armé tout mon peuple pour vous soutenir. Aussitôt que la victoire m'a permis de restituer vos anciennes lois à votre capitale et h. une partie de vos provinces, je l'ai fait avec empressement, sans toutefois prolonger une guerre qui eût fait couler encore le sang de mes sujets.

J'aime votre nation; depuis seize ans, j'ai vu vos soldats à mes côtés sur les champs d'Italie comme sur ceux d'Espagne.

J'applaudis à tout ce que vous avez fait; j'autorise les efforts que vous voulez faire; tout ce qui dépendra de moi pour seconder vos résolutions, je le ferai.

Si vos efforts sont unanimes, vous pouvez concevoir l'espoir de réduire vos ennemis à reconnaître vos droits ; mais dans ces contrées si éloignées et si étendues, c'est surtout sur l'unanimité des efforts de la population qui les couvre que vous devez fonder vos espérances de succès.

Je vous ai tenu le même langage lors de ma première apparition en Pologne ; je dois ajouter ici que j'ai garanti à l'Empereur d'Autriche l'intégrité de ses États, et que je ne .saurais autoriser aucune manœuvre ni aucun mouvement qui tendrait

i à le troubler dans la paisible possession de ce qui lui reste des

1 provinces polonaises. — Que la Lilhuanie, la Samogitie, AVi-

S tebsk, l^olotsk, Mohilew, la Wolynie, l'Ukraine, la Podolie, soient

: i' animés du nnême esprit que j'ai vu dans la Haute-Pologne ; et la

■i Providence couronnera par le succès la sainteté de votre cause.

i-r Elle récompensera ce dévouement à votre patrie, qui vous a

rendus si intéressants, et vous a acquis tant de droits à mon

estime et à ma protection, sur laquelle vous devez compter dans

t' toutes les circonstances.

Acte iV adhésion de Frédéric- Auguste y roi de Saxe, grand-duc de Varsovie, à la Confédération générale du royaume de Pologne.

Dresde, 12 juillet 1811'.

Frédéric-Auguste, etc.

Vu l'acte du 28 juin 1812, par lequel la Diète rassemblée à" ,i Varsovie s'est réunie en une confédération générale de Pologne,

5 et qui, conformément à un article de cet acte, nous a été pré-

i sente par une députation que l'on nous a envoyée pour conûr-

j mer cette union, approuvant le but qu'elle se propose sous la

/ protection de S. M. l'Empereur des Français, roi d'Italie, pro-

5 lecteur de la Confédération du Rhin, médiateur de la Confédé-

; ration suisse, et dans l'espérance que ce grand monarque ne

refusera pas le puissant appui que la nation lui demande; enfin, pour coopérer de notre côté et par tous les moyens au soutien '■ des intérêts de la patrie, nous avons accédé et nous accédons i

la confédération générale de la Pologne. En conséquence, nous ordonnons et nous commandons à tous , • les fonctionnaires ecclésiastiques, civils et militaires, et en gé-

néral à tous nos fidèles sujets du grand-duché de Varsovie, d'employer leur pouvoir, leur autorité et tous les moyens qui dépendront d'eux pour seconder les eflbrts que fait en commun la nation, et l'aider à en atteindre le but.

En foi de quoi, nous avons signé cet acte de notre propre main, et nous y avons fait apposer notre sceau royal.

Frédéric-Auguste.

l. Archives de la Confédération,

; xyytz 1812- 5Q2t

(EnraiU rdatifsi à 7.7 rr:.--f,vr.)

^ViIl)0, 12 juillol 1,S12 ... Le prince de Schwarzenberg a passé le Bug k Drohiczyn, a poursuivi 1 ennemi dans ses d.fTerentes directions et s'est emparé de plusieurs voitures de bagages. Le prince de Schwarzenberg se loue de l'accueil qu'il reçoit des habitants et de l'esprit de patriotisme qui anime la Wolynic et la Polésie

A.ns., d,x jours après l'ouverture de la campagne, nos avant-postes sont sur la Dzw.na. Presque toute la Lilhuanie , ayant quatre millions d'hommes de populat.on est conquise. Les mouvements de guerre ont commencé au passL de la Vistule. Les projets de l'empereur étaient dès lors démasqués et il Jv avait pas de temps à perdre pour leur exécution. Aussi, l'armée a-t-elle fait de fortes marches depuis le passage de ce fleuve, pour se porter par des manœuvres sur la Dzwina, car il y a plus loin de la Vistule à la Dzwina, que de la Dzwina a Moskou ou à Pétersbourg.

Les Russes paraissent se concentrer sur Dynebourg (Dzwinogrod) ; ils annoncent le projet de nous attendre et de nous livrer bataille avant de rentrer dans leurs anciennes provinces, après avoir abandonné sans comliat la Pologne comme s ils étaient pressés par la justice, et qu'il voulussent restituer un pays mal acquis, puisqu'il ne l'a été, ni par les traités, ni par le droit de conquête.

La chaleur continue à être très-forte.

Le peuple de Pologne s'émeut de tous côtés. L'aigle blanche est arborée partout. Prêtres, nobles, paysans, femmes, tous demandent l'indépendance de leur na. on Les i,aysans sont extrêmement jaloux du bonheur des pavsans du grand-duche de Varsovie, qui sont libres; car, quoi qu'on en dise' la liberté est regardée par les Lithuaniens comme le premier des biens. Les paysans s'expriment avec une vivacité d'élocution qui ne semble pas devoir appartenir aux climats du Nord, et tous embrassent avec transport l'espérance que la fin de la lutte sera le rétablissement de leur liberté. Les paysans du gran.l-duché ont gagne à la liberté ; non .[u'ils soient plus riches, mais que les propriétaires sont obliges detre plus modérés, justes et humains, autrement les paysans nuit leront leurs terres pour cherclier de meilleurs propriétaires. Ainsi, le noble ne perd rien .1 est seulement obligé d'être juste, et le paysan gagne beaucoup, ça dut être une douce jouissance pour le cœur de l'empereur, que d'être témoin, en traversant le grand-duché, des transports de joie et de reconnaissance qu'excite le bienfait de la liberté accordé à quatre millions d'hommes Six régiments d'infanterie de nouvelle levée viennent d'être décrétés en Lilhuanie, et quatre régiments de cavalerie viennent d'être oiïerts par la no-

Discours de Joseph Siéralwivski, prononcé dmis la cathédrale de Wilno, aumomentoù les Lithuaniens adhéraient à la confédération

du royaume de Pologne, le 14 juillet 1812'.

Le sang lithuanien qui , depuis quatre siècles , coule dans nos veines uni au sang polonais, des alternatives toujours communes de gloire; de prospérités, de cata.

Page 1