Archives de la Confédération lithuano-polonaUe
! 564 polo'gne.
'1 strophes , forment entre la Lithuanio et la Pologne des liens plus étroits et nlu-
^; sacrés que ceux des fédérations ordinaires. Ces lienssi intimes sont devenus pour
i ainsi dire, nécessaires à notre existence. Aussi avons-nous vu, dans toutes les
' vicissitudes du sort commun de notre patrie des rives de l'Oder jusqu'au delà
•1 du Dnieper, depuis le Dniester jusqu'au deli de la Dzwina, les cris du déses-
'.| poir frapper à la fois toutes les oreilles , et la voix de l'espérance pénétrer en
;' même temps dans tous les cœurs et ranimer tous les courages. Et à quelle
! époque cette unanimité de sentiments fut-elle plus remarquable qu'à celle où
i au mépris des lois divines et humaines, au mépris de la raison même fut
; consommé l'outrage du dernier déchirement de notre patrie ? Ah ! si nous
; n'avons pas péri les armes à la main avant qu'elle fût anéantie, c'est que
pour nous enchaîner, on a saisi le moment où nous étions désarmés et .sans i défense.
; Toutefois les cruelles angoisses des cœurs de seize millions d'hommes étaient
adoucies par la conscience de la justice de leur cause. Nous étions soutenus par le pressentiment, la conviction même qu'ahattus par la perfidie et non paria force, le ciel ému par nos prières daignerait un jour jeter sur nos maux un regard plus propice, et que , vengés d'avance dans ses décrets , nous renaîtrioDs enfin de nos cendres. L'inquiétude de la puissance qui nous opprimait, Xruitde sa mauvaise conscience, la rigueur de ses mesures, la défiance de ses agents nourrissaient en nous ce pressentiment. Est-ce, en eiïet, par des bienfaits par la sagesse des lois, que la Russie a signalé chez nous l'établissement de son empire? Non, c'est par la corruption, par l'oppression, par les persécutions. La crainte de laisser échapper sa proie lui a suggéré tous les moyens les plus cruels pour nous soumettre à ses usages, nous façonner i ses règles. Réprimé cet implacable exécuteur du premier et dernier partage, n'organisa-t-il pas' sans retard, un système d'avilissement qui, ayant pour but de dégrader le caraclère national, devait faire oublier à la génération future la gloire de ses ancôlres et la dignité du nom polonais? Mais quand at-on jamais réussi à arracher de nos cœurs ce nom si cher, k empêcher nos lèvres de le prononcer? Les prisons de Smolensk, de Kalouga, de Kamtschatka et du Nertschinsk ne purent que nou5 le rendre plus cher encore.
Ces souvenirs, si douloureux qu'ils soient, ne sont pourtant pas pour vous les plus déchirants. Rappelons-nous, citoyens, ce jour de douleur et de deuil , universel où le nouveau souverain , frappé de l'union des sentiments des deui nations, union qui eût été si étrangère à des âmes asservies, nous ôta nonseulement la faible consolation de confondre nos larmes, mais défendit à jamais d'unir désormais le sang lithuanien au sang polonais. Tendant ainsi des pié'cs aux mœurs publiiiues, tandis que d'un côté l'oppression établissait des barrières entre les fleuves et les forêts de notre commun territoire, de l'autre, et, en môme temps, elle se proposait de fermer nos cœurs à l'accès des sentiments fraternels. Quand le gouvernement rus.se a-t-il cessé de flatter les passions pour nous familiariser avec ce mépris , de former les abus et les coutumes vicieuses do caresser l'orgueil des uns, d'etoufl^er dans tous la voix de la conscience par l'exemple de l'impunité de ceux qui gouvernaient, de présenter aux vieillards l'appât de futiles distinctions et d'une hiérarchie incompréhensible de noblesse, de séduire la jeunesse par un fantôme d'honneur étranger à l'Europe, et p.ir de vaines et stériles occupations? Ici il renversait de la même main les anciens autels d'un million d'hommes, et leur en élevait par force de nouveaux; là, il cherchait à semer une mésintelligence éternelle entre la noblesse et ce boa
peuple, dont il livrait les chaumières A la cupidité, sans lui accorder la protection des lois.
Voilà, citoyens, une esquisse rapide des moyens de corruption employés pour gouverner une tiation vertueuse, afin de l'asservir sans retour. C'est ainsi qu'on a voulu nous forcer à être nous-mêmes les instruments de notre oppression. C'est ainsi qu'on a cru pouvoir employer à perpétuité les bras de nos enfants pour massacrer des Persans, des Lesgis et cent autres nations dont les noms mêmes nous sont inconnus, et, que dis-je, aujourd'hui même, n'a-t-on pas voulu armer le frère contre le frère, et le père contre son fils?
Ces moyens astucieux n'ont pas échappé à nos yeux. Chaque père de famille avait le cœur déchiré dans son propre pays, il ne pouvait faire embrasser K ses enfants un état convenable. Les personnes éclairées voyaient avec douleur que la culture de notre langue devait bientôt se détériorer et qu'elle était menacée j .
de perdre un jour l'avantage davoir, avec le reste de l'Europe , un même carac- li
tère d'écriture. îlntre l'humiliation de servir un gouvernement oppresseur, et l
la crainte des suites funestes d'une vie oisive, la jeunesse se trouvait dans la '
désolante alternative de se manquer à soi-même où à la patrie. Ces ouvrages, |«>
ces attentats contre les mœurs publiques furent plus sensibles aux ûmes éle- r
vées que les persécutions éprouvées pour l'amour de la patrie, que la honte et le malheur d'être soumis aux oukases despotiques et arbitraires , que l'humiliation d'être assujettis à une nation moins éclairée, que d'être dépouillés par la violence de presque tout ce qui est nécessaire à la vie! car ce gouvernement, qui en nous accablant du poids de ses fers, nous demandait de l'amour, ne nous laissait en perspective que la détresse, et pour souvenir que l'horreur du passé. Félicitons-nous de n'avoir pas encore à rougir devant nos compatriotes. Si le peuple de nos campagnes s'appauvrissait, si la corruption commençait à pénétrer dans nos maisons , ces vices étaient chez nous des fruits exotiques et non pas des produits de notre sol natal. Oui, nous prouverons aux yeux de l'univers notre empressement-à délivrer de leurs chaînes les mains des cultivateurs , et à ne les attacher que par les liens des bienfaits et de l'éducation. Nous relèverons les autels sapés de la vertu. Rendons grâce à la Providence, qui, après nous avoir châtiés, nous laisse l'avantage de l'expérience et à nos fils celui de l'exemple. Dans les décrets de sa justice, elle a voulu humilier la génération actuelle pour épargner à nos descendants la honte et l'ignominie dont ils étaient menacés. Que les larmes d'allégresse et de gratitude que nous devons répandre à l'arrivée du jour de la justice, succèdent donc aux larmes que nous arrache notre long asservissement. II appartient au héros invincible du siècle et de l'histoire , au législateur de l'Europe^à notre immortel libérateur , de nous rendre aux vertus et aux mœurs de nos pères, de nous donner des lois constitutionnelles en nous rendant notre nom et notre patrie.
Il nous a déjà ramené le palladium de la Litiiuanie , Vaiglc et le cavalier armé, qui religieusement emportés par les Lithuaniens et les Polonais, trouvèrent un refuge en Italie sous les auspices de sa gloire. Des colonnes d'Hercule, il est arrivé dans nos contrées regardées comme fabuleuses par les Grecs et par les Romains, ce héros prédestiné pour notre salut. Il est venu nous avertir que la Pologne était un corps frappé de léthargie, mais encore vivant. Aussitôt que le Niémen étonné le vit pour la première fois arriver sur ses bords , les habitants de la Samogitie, de la Lithuanie, de la Russie-Blanche, de la Podolie, de laWoly- Die, de Kiiow et de l'Ukraine, comptèrent ses pas et lui tendirent leurs mains
5gg POLOGNE.
suppliantes, osèrent raCmc lui faire connaître leurs vœux. Et quand sa modéraration, égale à sa gloire, mit un terme à ses conquêtes, ses traces ne furentelles pas arrosées de larmes de douleur! v» , r A'
C'était là le moment des espérances. Des sentiments bien plus fondes vous animent et vous inspirent aujourd'hui. Vous voyez la sagesse occuper le trône de l'Empire français; un bras toujours invincible fixe ses destinées. L'exemple de nos pères, ne nous fait-il pas une loi de ne nous confier qu'au caractère noble et grand de la nation française, et à la valeur de ces peuples généreux. A qui ' nos ancêtres résolurent-ils en eiïet de confier la tutelle et la défense de notre patrie, à la mort du dernier Jagellon , époque de sa plus grande prospérité ? Aux Français! Le grand Napoléon acquitte aujour-l'hui les promesses des \alois. Après un siècle de calamités, Jean-Kasimir, le meilleur de nos rois, ne conseilla-t-il pas de remettre aux Français la garde de notre patrie, dont le salut ne devait être assuré que par eux? Trente officiers Français suffirent pour vous guider, vous, confédérés de Dar, que je retrouve encore dans cette enceinte a travers des plaines hérissées de baïonnettes moscovites, pour aller des bords du Dnieper aux cimes des Karpates y désarmer vos ennemis. Pousses enfin dans le tombeau de la vie polili-iuc, nous-mêmes nous plaçâmes encore dans le même sanctuaire, l'ancre de nos espérances.
Que la jeunesse s'enrôle donc sous les drapeaux de l'aigle portant le tonnerre; qu'elle suive l'exemple de ses frères, rétablis déjà dans les premières provinces de notre patrie par une main invincible. Là, de nombreux enfants de laLithuanie vous ont annoncé et ont répondu de votre vaillance. Bientôt vous retrouve- - rez les sentiers non perdus que suivirent vos ancêtres, pour aller planter vos étendards et ceux des Polonais sur la tour de Kremlin, et vous allez mscrire de votre main, sur les colonnes relevées de Boleslas le Grand, le nom immortel de votre vengeur, à côté de celui de nos premiers fondateurs. Nous lavons entendue, cette voix qui dicte l'histoire du siècle, proférer le nom de la Pologne! et les phalanges de nos ennemis éternels la proclament déjà dans leur fuite au delà de la Dzwina. Nous vivons, nous respirons déjà en Pologne; de> V : il nous est permis d'y rétablir l'édifice des lois et de la gloire nationale, celui de
■' l'honneur et de nos privilèges. Nous chantons des hymnes a l'Eternel; nous
lui rendons grâce du salut de la patrie , dans ce temple où , depuis vingt-cinq ans il était défendu comme au sacerdoce , comme à la nation , de la redemander. du moins pour nos enfants. Ombres des Jagellons, qui planent dans cette enceinte auguste , allez dire aux ombres des Jagellons qui reposent dans les murs de Krakovie, que notre vengeur apparaît dans la capitale de notre empire, ^j jadis si florissant. Vous le voyez, entouré de la gloire de ses armées, ajouter
•'! par leur passage à la solennité de ce jour, que l'univers nous enviera. Appiau-
' dissez au renouvellement de ce lien d'une amitié qui, depuis quatre siècles,
unit sans altération la Pologne à la Lithuanie et dont le but est la défense éternelle de nos intérêts communs. Ce bien c'est la main lithuamenne du vertueux prince Adam-Kasimir Czartoryski qui le rattache et le rend indissoluble, sous la protection du génie. ,
, , Sénateurs et députes do l'ordre équestre polonais ,vous qui avez signe dans le
i , sanctuaire commun de notre représentation à Varsovie, l'acte d'une coiifcdc-
^ ration générale pour la Pologne, et nous l'avez apportée avec des paroles de
reconnaissance adressées en notre nom commun à S. M. l'Empereur et Roi ; la délicatesse de notre amitié dans le choix du maréchal de cette confédération , n'échappe pas aux yeux de la Lithuanie. Les cœurs des Lithuaniens l'ont Domme
d'avance maréchal commun, et nous ne sommes, depuis ce moment, qu'une seule et même nation , même pour le nom.
Serrons donc nos mains devant cet autel tout-puissant, et que nos voir, redevenues libres, fassent entendre la première parole du cœur: Vitp l'empereur ji'apolc'nnl le sauveur de deux nations, et l'égide de notre patrie commune.
(Ce cri est répété par tout le monde. Le secrétaire général lit ensuite l'acte de la Confédération générale de la Pologne du 28 juin, rapporté plus haut, aprè» quoi Siérakowski continue son discours.)
Illustres citoyens de la Pologne! Vous venez d'entendre la voix de nos frères, l'expression de leur vive sollicitude pour notre bien commun. Vous connaissez les mesures de sagesse qu'ils ont prises pour le rétablissement de notre patrie. Elles portent une garantie trop suffisante de notre sécurité et de notre bonheur; car les paroles du héros du siècle impriment à cet acte le caractère de l'éternelle durée. Jurons donc d'appuyer cette confédération de tous nos moyens, de consacrer à sa défense notre sang et nos biens. Rappelez-vous que nous le jurons aux yeux du tout-puissant qui lit dans tous les replis du cccur, sous les auspices du grand Napoléon et du plus grand des hommes, en présence des armées invincibles de la plus généreuse nation. Nous avons encore pour témoin l'Europe, pour ainsi-dire tout entière, dont les drapeaux flottent ici rangés sous l'empire de notre bienfaiteur.
Je vous invite, Messieurs les membres de la commission provisoire du gouvernement de Lilhuanie , vous , vénérable clergé catholique et des différents cultes; vous , administration du département de Wiino ; illustre académie de cette capitale; tribunaux supérieurs et inférieurs; concitoyens chefs des troupes lithuaniennes, vous maréchal , sous-préfet, président de la municipalité; magistrats, colonels de notre gendarmerie, et de notre garde nationale; en un mot, autorisés de toutes les classes et professions ici présentes, à signer cet acte de notre accession à la confédération de la Pologne, inséré au procès-verbal de la pré.sente cérémonie. Nous statuons à celte occasion pour donner à cette grande mesure un ensemble nécessaire, que les administrations des départements qui seront ultérieurement organisées enverront leurs adhésions à la commission provisoire du gouvernement, elles enverront avec une solennité digne de son objet les livres d'adhésion des maréchaux et sous-préfets, et de la noblesse des chefs-lieux. Les sous-préfets enverront les cahiers d'adhésion de leurs districts aux administrations respectives. C'est ainsi que nous entendons propager et étendre ce lien qui doit rattacher nos provinces les plus éloignées et les plus anciennes. Et qu'il soit notoire à tous ensemble et à chacun en parliculier que la Commission provisoire du gouvernement du duché de Lithuanie établit de ce moment des relations pour ce grand but, avec !e conseil général de la confédération de Pologne.
Acte d'adhésion des Lithnanicnset des Rutliénicns, à la Confédération générale du royaume de Pologne.
Wilno, 14 juillet 18l2, Nous, commission du gouvernement provisoire du grand-duché de Lithuanie, administration du département de Wilno, nous les ecclésiastiques du rit latin, grec-uni et de toutes les autres confessions, l'université, la magistrature de justice, maréchal, sous-préfet avec les citoyens propriétairey, président de la ville avec la municipalité, toutes les corporations de la rilie, citoyens et habi-
tants du crand-duché de Lithuanie, aujourd'hui présents dans celte ville, nous noussommes rassemblés dans l'église cathédrale de Wilno, sous la présidence lie LL. EExc. MM. les sénateurs et de MM. les nonces à la diète de Varsovie, députés de la Confédération générale de la Pologne auprès de S. M. l'Empereur et Roi et après avoir entendu la lecture de l'acte de la confédération générale qui indique pour base de cette vertueuse entreprise de réunir dans le même corps politique les États partagés du royaume de Pologne et du grand-duché de Lithuanie, et de rendre à notre patrie, d'assurer son existence, sa force et sa prospérité au prix de nos fortunes et de notre sang, nous accédons à la Confédération générale de Varsovie en soussignant cet acte de notre adhésion fraternelle de nos propres mains , dans la maison de Dieu , dont nous invoquons li
miséricorde et la protection. . ...
(Suivent des milliers de signatures.)
Septième bulletin de la Grande-Armée.
(Extraits relatifs à la Fologne.)
Wilno, 16 juillet 1812.
Sa Majesté fait élever sur la' rive droite de la Wilia un camp retranché fermé par des reiloutes , et fait construire une citadelle sur la montagne où éuit l'ancien palais des Jagellons. On travaille à établir deux ponts de pilotis sur la Wilia. Trois ponts de radeaux existent déjà sur cette rivière.
Les habitants de la province de Samogitie se distinguent par leur patriotisme. Ils ont un grief de plus que les autres Polonais : ils étaient libres; leur pays est riche; il l'était davantage; mais leurs destinées ont changé avec la chute de la Pologne. Les plus belles terres ayant été données par Catherine II aux Zoubo(T, les paysans de libres qu'ils étaient, ont dû devenir esclaves. Le mouvement de ilanc qu'a fait l'armée sur Wilno, ayant tourné cette belle province, eUe se trouve intacte, et sera de la plus grande utilité à l'armée. Deux mille chevaux sont on route pour venir réparer les pertes de l'artillerie. Des magasins considérables ont été conservés. La marche de l'armée de Kowno sur Wilno, de Wilno sur Dyncbourg et sur Minsk a obligé l'ennemi à abandonner les rives du Niémen, et a rendu libre cette rivière, par laquelle de nombreux convois arrivent de Kowno.
La diète de Varsovie s'étant constituée en confédération générale de Pologne, a nommé le prince Adam-Kasimir Czartoryski son président. Ce prince , âgé de quatre-vingts ans, a été, il y a cinquante ans, maréchal dune dièle de Pologne. Le premier acte de la Confédération a été de déclarer le royaume de Pologne rétabli.
Une députation de la Confédération a été présentée à l'Empereur, à Wilno, et a soumis à son approbation et à sa protection l'acte de la Confédération.
Appel à la nation tatare, établie depuis le quatorzième siècle en Lithuanie afin de combattre pour la patrie commwu.
Wilno, le 2 août 1812'. Nation tatare I depuis plusieurs siècles votre nation s'est distinguée par son attachement pour la patrie qui vous avait adoptés pour ses enfants. Lorsque